La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

E. Aragon · Chapitre 10 sur 33

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La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

Chapitre 10

 

Il tâtonna à la recherche de son téléphone. Il le plaçait toujours près de son oreiller pour dormir. Ne le trouvant pas, il ouvrit les yeux pour se rendre compte qu’il était au chalet et tout lui revint en mémoire. L’horrible douleur de sa transformation au coucher du soleil, la chasse avec les autres. Sigurd et Alvin se bagarrant et lui, sautant au milieu dans un geste stupidement héroïque. Il se releva sur un coude et observa la pièce. Einar était sur le lit gigogne d’à côté, ronflant comme un sapeur.

Il se leva sur la pointe des pieds et alla dans le salon. Il trouva sans mal son portable, posé sur la table basse et consulta ses messages. 15 appels en absence et 18 textos. Fichtre. Il regarda la date et se rendit compte que les résultats du bac tombaient aujourd’hui.

Merde.

Avec tout ça, il avait totalement zappé ce qui était primordial pour lui quinze jours plus tôt. Il n’avait pas besoin de se connecter sur un site internet pour savoir s’il l’avait ou pas. Il lui suffisait d’ouvrir son premier texto pour savoir à quel point il avait réussi.

Il était inconcevable pour Adam de ne pas avoir son bac. Il avait travaillé comme un dingue tout au long de ces années pour être à la tête de sa classe et il le prendrait vraiment comme un affront personnel s’il se foirait sur l'épreuve finale.

Il ouvrit donc le texto de Romu, qui vivait à deux pas du lycée et qui à priori s’était rendu directement à l’ouverture voire les résultats et actionna la petite vidéo filmée par son ami.

La vidéo tremblait tellement qu’on aurait pu penser que le téléphone était tenu par une personne atteinte de Parkinson, mais il se força à regarder pour ne rien rater. Romuald fendait la foule, cherchant le nom de chacun, jusqu’à ce qu’il zoome sur les feuilles pour montrer le nom des reçus. Ils y étaient tous, Romu, Seb, Benoit, Jerem et lui. Il sentit les larmes lui monter aux yeux puis se dépêcha de regarder les autres messages.

Entre les messages et les appels, il recevait les félicitations d’un grand nombre de ses proches. Son cousin Jonas qui lui avait envoyé une vidéo avec tout le monde et son oncle Philippe qui se disait très fier de lui. Le reste des messages venaient de ses camarades de classe, du coup il répondit à chacun. Dans leur classe, il y eut quatre recalés, des gens qu’il ne connaissait pas bien et dont il n’avait pas le numéro, il ne put donc pas les contacter.

Trop heureux, Adam se dirigea vers l’extérieur et s’habilla en vitesse après avoir retrouvé ses vêtements à l’endroit même où il les avait laissés. Il entreprit ensuite de piller le frigo et les placards pour préparer des pancakes. Quand le caramel commença à fondre, il vit Sigurd pointer le bout de son nez.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Des pancakes ! je suis trop content, j’ai eu mon bac.

— Félicitation mon grand, et en plus tu as survécu à ta nuit.

Sigurd lui ébouriffa les cheveux, le faisant enrager. La petite phrase sur sa survie le fit légèrement tiquer, mais vu la souffrance endurée pendant la nuit, il ne pouvait pas nier qu’il y avait pensé aussi. 

— C’était chaud cette nuit. Vous vous battez souvent ?

— Tout le temps, mais si tu interviens à chaque fois comme tu l’as fait ça va couper court.

— Pourquoi j’ai sauté entre vous comme ça ? ça a été plus fort que moi…

C’était assez perturbant de faire des choses sans même savoir pourquoi.

— Tu es un Oméga.

Il se tourna pour voir Einar qui se profilait derrière Sigurd. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre de lui-même ce que disait l’Alpha. Il avait vu assez de documentaires et lu assez de livres sur les loups pour savoir de quoi il en retournait.

— Ça craint, se plaignit-il en retournant un pancake.

— Le bon côté c’est que ta voix est guérie.

Adam se surprit à tenter des vocalises pour tester sa voix. Il n’avait même pas remarqué en se levant qu’il n’avait plus une voix de robot.

— Un oméga est précieux pour une meute. N’oublie pas que nous sommes aussi en partie humain, ce qui s’est passé cette nuit restera exceptionnel. Tu vas jouer un rôle important dans la résolution des conflits sans pour autant à avoir à sauter dans les bagarres.

La tête qu’il n’avait pas conscience d’arborer fit rire Sigurd et l’incita à se reprendre.

— Le petit a eu son bac.

L’alpha s’approcha de lui, l’obligeant à lever la tête pour le regarder dans les yeux.

— Bravo. Pas trop fatigué de ta nuit ? Hagen avait mis de la viande à décongeler hier soir.

— Merci, oui je l’ai vu mais je me suis dit que des pancakes ça serait mieux. J’ai fait du caramel aussi.

Alvin et Hagen semblèrent attirés par ses mots.

— J’ai entendu Caramel ? s’enquit Alvin

— Y’a que ça qui t’interpelle ? Félicitations pour ton bac ! cria le soigneur. Comment te sens tu après cette nuit ? Je vois que tes cordes vocales sont rétablies. Me laisserais-tu regarder ton cou ?

— Je prends le relais pour les pancakes, vas-y.

Sigurd attrapa sa maryse et le poussa doucement hors de la cuisine. Il suivit donc Hagen en traînant des pieds à la manière d’un condamné à mort. Il était content d’être guéri, mais batailler avec le médecin… très peu pour lui. Il avait été content que son oncle le déclare exempté de soins. Il était un mauvais malade, mais il suivit tout de même Hagen jusqu’à la chambre. Il s’assit sur le lit et attendit patiemment. Adam joua le jeu, enlevant son t-shirt, tournant d’un côté et de l’autre, se laissant prendre en photo.

— Tu es allé faire un tour dans la salle de bain ?

— Non, directement par la cuisine, j’ai faim.

— Tu n’as pratiquement plus de cicatrices. On dirait de vieilles marques blanches, très effacées. Je ne t'embête pas plus longtemps, va manger.

Adam respira profondément, imité par Hagen et il eut l’eau à la bouche instantanément. Sigurd s’était à priori lancé dans la préparation d’une montagne de bacon. Hagen l’observa, les yeux grands ouverts et lui dit de se dépêcher de se rhabiller avant que les autres ne mangent tout. C’était terrible de devoir lutter pour sa survie. Manger avec ces quatre hommes était pire qu’avec ses cousins qui étaient pourtant bien plus nombreux.

— Ce n’était pas suffisant avec ce que j’ai préparé ?

— Tout est meilleur avec du bacon, affirma Alvin en enfournant une énorme bouchée.

Adam fut un peu vexé que la meute mange ses pancakes sans même l’avoir attendu, mais il repensa à ce qu’il avait lu sur les omégas. Les omégas mangeaient en dernier ou parfois pas du tout et avaient du coup tendance à être plus fins que les autres. Ils étaient également les souffres douleurs et les boucs émissaires de la meute, prenant sur eux la résolution des conflits.

Il s’installa à table, devant une des assiettes vides et attendit, sans oser se servir. Einar le regarda étrangement avant d’attraper cinq pancakes dans le plat et de les jeter dans son assiette.

— Tu veux de la viande avec ? lui demanda-t-il avec circonspection.

— Non du caramel, j’en mangerai après, s’il en reste.

— Il en restera. On prend soin des nôtres, n’est-ce pas les gars ?

Toute la meute leva sa fourchette pour signifier son assentiment et il eut même droit à un clin d'œil de la part d’Alvin. Il se souvint d’un coup que le bêta l’avait utilisé comme jouet pour chien pendant la nuit et détourna le regard, le braquant sur son assiette. Adam mangea en silence et dès qu’il eut fini ses crêpes et léché son assiette, celle-ci se remplit de bacon sans qu’il n’ait rien à demander. Alvin tenait le plat et il se rendit compte que c’était lui qui l’avait servi.

— Pas besoin de me remercier. Tu as besoin de manger après cette nuit. Ça a été rude, mais les prochaines fois, ça devrait bien se passer. Pour infos, on se dispute tout le temps avec Sigurd, donc pas besoin de te jeter entre nous. On fonctionne comme ça depuis toujours.

— Je n’ai pas réfléchi… désolé.

— C’est normal, c’est ton instinct, je voulais juste que tu le sache pour la prochaine fois. Avec Sig, c’est notre façon de fonctionner. Pas besoin de t'inquiéter pour ça. 

Adam hocha vivement la tête et observa le bêta et le gamma se chamailler. Sigurd finit par frapper son ami avec la spatule pleine d'huile, faisant marrer tout le monde. L'ambiance était bonne et chacun semblait plus préoccupé par son assiette que par son portable, qui n'arrêtait pas de vibrer. Il devait en être à un demi-millier de textos reçus maintenant. Et demain avec son anniversaire son smartphone allait finir par faire un AVC.

Quand sa tante appela il observa son téléphone un moment avant de raccrocher.

— Tu ne réponds pas ? S'étonna Hagen

— Je la vois tout à l'heure… si je réponds maintenant elle va vouloir me passer toute la famille et ça va durer des heures.

Il fut assez surpris par la quantité de nourriture qu'il avait ingurgitée. À priori ce n'était pas qu'une question de gabarit. Le reste de la meute faisait au minimum un mètre quatre-vingt-dix et ils semblaient tous peser cent ou deux cents kilos de muscles pourtant, il avait mangé autant qu'eux. Allait-il finir obèse ?

Dans le doute, il tendit sa fourchette pour attraper un ou deux pancakes mais il se vit repoussé par Sigurd. Adam glapit en reculant sa main qui venait de se faire gifler par celle de son ami et la serra contre son torse.

— Qu'est-ce que tu fais ? Grogna Einar en direction du cuisinier en se levant à moitié.

— Il va être malade s’il s'empiffre trop. N'est-ce pas Hag ?

— C'est un lycan à part entière maintenant… il a un métabolisme rapide et il est encore en pleine croissance. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'il mange plus que nous.

— Sers toi, l'encouragea l'Alpha.

Adam dû hésiter un peu trop à ses yeux puisqu'il fronça les sourcils avant de grommeler entre ses dents.

— Quel est le souci encore.

— Juste… je croyais que les omégas étaient maltraités par le reste de la meute et qu'ils avaient à peine le droit de manger.

— Sottises. Oui l'oméga est une éponge à émotions et a tendance à servir de souffre-douleur, mais c'est aussi lui qui est le plus souvent l'instigateur des jeux. Nous sommes humains autant que loups donc comme je te l'ai dit, on ne passera pas notre temps à te cogner ou à t'affamer. Ce n'est pas comme ça que ça marche, soupira Einar.

— Quand une meute perd son oméga, elle pleure et arrête de chasser. L'oméga, c'est le cœur de la meute, ajouta Alvin.

— On t'aime déjà, plussoya Sigurd en poussant l'assiette de pancakes vers lui.

— Il n'y a pas beaucoup d'oméga. Encore moins que des Alpha. Tu es précieux Adam, n'en doute pas, le rassura Hagen. Maintenant mange et reprend des forces avant qu'on te ramène entre les griffes de ta tante. Tu crois qu'elle a prévu une fête ?

Oh mon dieu, il n'y avait pas pensé avant mais c'était bien le style de sa tante d'organiser une petite fête en famille, avec un gros gâteau et des cotillons. Il commença à se mâchouiller la lèvre, parce qu'il n'était pas certain que Noé soit très enclin à fêter ses réussites. Ils s'étaient peut-être "réconciliés" mais il appréhendait tout de même de se retrouver face à son cousin tirant la gueule alors qu'il recevait les félicitations de la famille.

Il y aurait sûrement des phrases sibyllines de la part de ses tuteurs qui relanceraient l'animosité de son cousin. Les phrases qui n'avaient l'air de rien, mais qui restaient dans l'esprit comme autant de piques. "Adam a des bonnes notes, lui." "Je n'ai pas besoin de toujours crier sur Adam pour qu'il range sa chambre", "Si tu pouvais être aussi serviable ou travailleur qu'Adam." Si au début ça lui faisait plaisir, il avait maintenant l'impression de se faire poignarder à chaque fois. Cette compétition était malsaine.

— Sûrement…

— Ça n'a pas l'air de te réjouir, s'étonna Alvin.

— Si si, mais j'ai peur que ça relance la colère de mon cousin. Ça allait mieux depuis quelques jours.

— En quoi le fait que tu ais ton bac peut influer sur ton cousin ? Avança Hagen.

— Mon oncle et ma tante essayent de le pousser dans les études mais il préfère le sport.

— Ahh les parents, c'est triste quand ils projettent leurs envies sur leurs enfants. Les miens voulaient que je sois avocat… ou quelque chose dans le genre, se plaignit Einar en mâchonnant une couenne de bacon.

— Mon oncle Philippe, le frère de mon père, voudrait que je sois Notaire, comme mon père.

— Et que faisait ta mère ? Sigurd était penché vers lui.

— Éleveuse de chiens.

— Ah oui, les animaux c'est une affaire de famille, s'amusa Hagen. Notaire c'est bien aussi.

— Je vais quand même tenter d'être vétérinaire.

Einar grogna mais ne dit rien de plus. Il loucha sur le smartphone qui vibrait comme un fou, jusqu'à ce qu'Adam le bascule en silencieux. Il répondrait à chacun pendant le trajet en voiture, ça lui donnerait une bonne excuse pour couper court à toute conversation.

— Quand tu auras fini de manger, ça serait bien de tenter une transformation.

Adam grimaça, pas vraiment emballé par l'idée de souffrir encore. L'alpha sembla comprendre et le dévisagea jusqu'à ce qu'il tourne le regard et tombé dans ses yeux noirs.

— Ça se passera mieux cette fois. Ton corps connaît le processus. Tu dois t'exercer un maximum pour que ça devienne un automatisme.

— C'est en faisant qu'on apprend.

Il soupira de dépit.

— Exactement. Content que tu comprennes.

Einar lui envoya une tape tellement grosse sur l'épaule qu'il faillit décoller de sa chaise de bar. Adam attrapa sa fourchette et eut du mal à couper ses pancakes supplémentaires, tellement il tremblait. Il n'avait pas du tout envie de se transformer encore. Il avait peur.

— Je n’ai pas envie de faire ça.

Alvin, Hagen et Sigurd s'esquivèrent et Einar rapprocha son tabouret un maximum près du sien. Adam se mit à avoir très chaud et quand l'Alpha se pencha dans son oreille, il eut un long frisson.

— Je sais. Mais je serai là. Contrairement à la pleine lune, je pourrais t'aider. Je ne te lâcherai pas jusqu'à ce que tu sois au point. Ne compte pas là-dessus. Tu passes ton permis vendredi c'est ça ?

— Oui.

— Et tu as un véhicule, pour après ?

— Oui, la 206 de ma mère.

Son oncle Philippe l'avait gardé pour lui. Elle était restée très longtemps dans un garage et quand il avait été question de la vendre, Adam avait voulu la garder. Philippe n'avait pas été emballé, voulant lui acheter une nouvelle voiture, mais il avait été intraitable. Il aimait cette 206.

— Cool. Mais tu ne sauras pas tout de suite si tu l'as non ? Quand j'ai passé le mien, je l'ai su tout de suite, c'était plus pratique.

— Je le saurai entre deux et quatre jours plus tard. Des jours ouvrés.

— La poisse. Je viendrai te chercher vendredi soir alors.

Adam se força à manger un bout de crêpe pour se donner une contenance.

— Non pas vendredi. On fait une soirée vendredi soir et samedi je dors chez Benoît.

Le grondement sortit si durement de la poitrine de l'alpha que l'oméga eut mal pour lui. Il se ratatina sur sa chaise et pencha la tête en avant, dégageant inconsciemment sa gorge.

— Tout va bien louveteau, on a juste une conversation. Tu n'as pas d'ennuis, détends-toi. Tu vas sortir deux jours de suite ? Tes tuteurs savent que tu seras seul avec Benoît ?

— On fête le bac, mon anniv et le permis…

— Grosses soirées en perspectives alors ?

Adam se sentit rougir à nouveau parce qu'il ne savait pas s’il parlait de sa soirée avec ses amis ou avec Benoît. C'était gênant, mais dans tous les cas, qu'il parle de l'une ou de l'autre, mes deux allaient être chargées.

— Mmh…

— J'aimerais bien rencontrer Benoît. C'est sérieux entre vous ?

— C'est mon meilleur ami.

— Pas au vu de ce que tu as dit à Sig.

Une fois l'assiette terminée, il la repoussa devant lui.

— Fais gaffe, c'est souvent compliqué les relations entre amis. Regarde Alvin et Sigurd… c'est le meilleur exemple que je connaisse.

— Ils sont ensemble ?

— C'est compliqué.

Adam soupira puis sourit.

— J'ai l'impression que ça l'est souvent.

Einar lui frappa l'épaule en lâchant un rire grave ressemblant à un aboiement.

— J'te l'fais pas dire. Maintenant au boulot.

Adam gémit pitoyablement, pas du tout enclin à lever ses fesses de la table. Mais quand l'Alpha commença à taper du pied d'impatience, il se sentit obligé et se leva à son tour.

Debout au milieu du salon, il avait l'impression d'avoir l'air d'un con, à attendre il ne savait quoi. Respirant profondément par le nez et soufflant par la bouche, il jouait à ça depuis cinq minutes maintenant. C’était censé être relaxant mais il avait l’impression que ça ne servait à rien.

— Bien, maintenant, je veux que tu visualises ton loup et que tu te projette sous cette forme.

— Je fais ça comment ? À quoi ressemble mon loup ?

— Tu es un très joli petit loup gris. Gris comme tes cheveux. Maintenant respire et transforme-toi.

Adam écarquilla les yeux et se gratta la tête, se demandant ce qu’il devait faire… Il essaya de se focaliser sur une photo de loup gris en poster dans la chambre de Becca et s’imagina se transformer. Il rouvrit les yeux lorsqu’il sentit sa peau commencer à picoter. Il fut surpris de voir une tache de poils grisonnants sur sa main et sourit à s’en faire mal à la mâchoire.

— Regarde ! j’ai réussi !

Einar souriait mais ça n’atteignait pas ses yeux.

— C’est bien mais continu.

Adam hocha de la tête avant de fermer les yeux et de tenter à nouveau. Quand une douleur horrible le cloua sur place, il rouvrit les yeux et hurla d’horreur en voyant son avant-bras totalement tordu dans une forme improbable.

— C’est super, continu. L’encouragea l’Alpha alors qu’il commençait à hyper ventiler.

— Ça fait trop mal.

Sa voix lui donna l’impression d’un couinement enfantin un peu déplacé dans sa bouche.

— La douleur ne dure pas. Il ne faut pas interrompre le processus. Accepte cette douleur en te disant qu’elle n’est qu'éphémère.

Peut-être, en attendant, elle était bien réelle et il avait un mal de chien à ne pas tourner de l'œil en voyant son bras. Il essaya de visualiser le loup encore une fois et ignora la douleur pendant de longues secondes. Adam eut l’impression que tout son corps essayait de passer au travers un tuyau minuscule, griffant et arrachant sa peau et cassant ses os, au passage. Quand il rouvrit les yeux, il se rendit compte qu’il était couché sur le plancher. Il fut surpris, ne s’étant pas rendu compte d’être tombé à un moment donné.

Einar le regardait en souriant et écarta les bras pour qu’il s’y réfugie. Il n’hésita pas, ses premiers pas furent hésitants puis finalement, la mécanique de cette nuit lui revint en tête et il ne trébucha plus. En deux bonds il fut à l’abri dans les bras de son Alpha.

— Bravo, tu as réussi !

Les mains d’Einar le touchaient partout, lissant son poil et le cajolant. Il essaya de lui répondre, mais le son qui sortit de sa gorge s’apparentait plus à un jappement joyeux qu’à des mots.

Il s’en fichait. Il était fier de lui-même.

Adam s’agita et l’Alpha sembla comprendre le message. Il écarta les bras et le laissa gambader dans la maison. Sa truffe était attirée par toutes sortes d’odeurs et c’est nez au sol qu’il parcouru plusieurs mètres. Il sursauta quand la porte s’ouvrit sur les trois autres membres de la meute, puis il leur fit finalement la fête.

Il s’esquiva cependant quand des mains se tendirent vers lui. Il ne voulait pas être touché par d’autres que l’Alpha. Il portait son odeur et pour l’instant c’était la seule qu’il voulait porter. Les rires accompagnèrent sa fuite.

— Si tu veux te voir, il y a un miroir en pied dans la salle de bain, lui confia Alvin.

Il fila jusqu’à la salle de bain et gratta à la porte pour que quelqu’un lui ouvre. Il remarqua que Sigurd le braquait avec son téléphone et il se demanda si son ami le filmait ou s’il se contentait de prendre des photos. Dans tous les cas, il le remercia en se frottant contre sa jambe.

Adam passa un long moment à se regarder. Il paraissait en effet petit, et tout gris. Son museau était fin, ses yeux bleus, ses oreilles pointues. Son pelage tirait vers le blanc, mais le dessus de son dos était plus foncé. Il était plutôt beau. Il entendit un bruit dans le salon. Il y pointa son museau et aperçu Einar sous forme lupine.

Immédiatement il hésita. Le voir sous forme humaine ou sous forme lycane n’avait rien à voir. L’Alpha avait de grandes dents… Il pencha la tête et tenta de se faire tout petit pour ne pas paraître menaçant, puis attendit. Einar ne bougea pas d’un poil et pris d’une envie subite, Adam se courba en deux. Dans la position du sphinx, couché au sol, les pattes parallèles et le postérieur relevé. Sa queue se balançait de droite à gauche, joyeusement, dans un appel au jeu.

Il vit la mâchoire de l’Alpha se détendre et s’ouvrir, laissant pointer sa langue sur le côté de sa gueule. En quelques secondes, ils se couraient après dans le salon sous le rire des autres. Ils jouèrent un moment puis Einar l’attrapa par une patte et le tira jusqu’au tapis sans qu’il ne se débatte. Il entreprit ensuite de le nettoyer dans les moindres recoins sans qu’il essaye de bouger. Adam se sentait à sa place, couché tout contre Einar. C’était étrange, mais il se sentait tout simplement complet.

Il ne rentra chez lui qu’à la tombée de la nuit, après avoir passé les moments les plus étranges de sa vie. Il était épuisé, mais étrangement satisfait de lui.

 

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