La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

E. Aragon · Chapitre 19 sur 33

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La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

Chapitre 19

 

 

— Tu sais, qu'est-ce que j'ai rêvé papa !

Adam avait débarqué à Biarritz vers quinze heures, après s’être arrêté en route pour faire le plein et manger quelque chose. Sa famille avait été ravie de le voir et il avait profité de l'après-midi pour aller se promener au bord de l’océan avec son fils. Hugo rêvait de faire du surf… chose un peu compliquée à la montagne. Il avait sombré comme une masse et maintenant au petit déjeuner, il était très en forme.

— Je ne sais pas.

— De toi. Tu conduisais le camion poubelle !

C'était vraiment un rêve alors, parce que jamais il ne conduirait un truc plus gros qu'un 4x4. Ça lui faisait bien trop peur.

— Ohh et toi tu faisais quoi ?

— Je ramassais les poubelles.

— Super.

Adam était à fond, il ne pouvait pas se montrer plus enthousiaste à propos de ce rêve. Il plongea le nez dans son café, doux nectar divin et laissa son fils babiller. Ce n'était pas évident pour Hugo de garder leur secret quand il allait chez des humains, mais il était intelligent et avait tellement d'autres choses à raconter que ça se fondait dans la masse.

Ils passèrent la matinée au parc près de la plage puis le petit demanda à manger un burger. Camille qui les avait accompagnés, assura que la cuisinière serait enchantée de le préparer spécialement pour lui mais Hugo avait été formel. Il voulait aller à McDonald's.

Ce fut une grande première pour Camille et Philippe pour qui le gobelet de boisson géant en carton fut le principal souci.

Ils prirent la route presque immédiatement après et Hugo conversa avec lui tout le long. Arrivé à Mauléon, le plus gros village de Soule, il prit son courage à deux mains et se décida à aborder le problème qui le préoccupait actuellement.

— Il y a des nouveaux venus dans le village.

— Ils sont gentils ?

— Oui, très. Ce sont des anciens amis de papa. Il faudra être gentil avec eux.

— Oui papa.

— Mais je voudrai que tu fasses attention avec Einar parce que c'est un Alpha. 

— Comme Patxi ?

— Oui, comme Patxi et André. Alors il faudra rester sur tes gardes avec lui.

— Il est méchant ?

« Oui ! » avait-il envie de crier, mais il ne voulait pas inquiéter son fils.

— Non mais les alphas, sont susceptibles, tu le sais.

Il ne pouvait pas faire passer Einar pour un méchant, même s’il en rêvait. Il n'était pas à ce point dépourvu de morale.

— Tu te souviens quand Patxi, il a perdu à Croque-carotte[5] ?

— Oui, c'était drôle. 

Bien sûr, l'alpha avait fait exprès de perdre, mais également de sur-jouer sa déception. Qui serait assez fou pour faire une crise en perdant à un jeu de société pour les enfants de trois ans et plus ? Patxi pouvait être sanguin mais pas à ce point.

Ça avait beaucoup fait rire Hugo de voir le futur chef de meute faire un caprice.

— Tu te souviens que Patxi est parti ?

— Pourquoi ?

— Pour suivre son amoureuse.

— Beurk !

— Du coup Einar va prendre sa place et deviendra le prochain Alpha de la meute.

— André c'est son papa aussi ?

— Non. C'est le fils d'Amatxi.

— Ah d'accord.

Vive les enfants. Hugo ne voyait pas encore les liens de parenté et ce qu'ils représentaient. Quand Philippe avait tenté de lui expliquer qu'il était l'oncle de son papa, et donc le frère du papa de son papa, Hugo s'était agacé en disant qu'Adam était son papa, et non le papa de son oncle.

S'en était suivi un imbroglio d'explications qui avaient fini de perdre l'enfant. Alors tant mieux s’il ne faisait pas le lien entre le fils de sa grand-mère et son second père. Ça l'arrangeait bien.

— Je suis un peu fatigué.

— Tu peux dormir un peu, il reste une heure de route.

— D'accord.

Finalement Hugo ne s'endormit pas, ce qui lui permit de voir le super tracteur qui leur boucha la route pendant vingt minutes. Adam dû résister très fort à ne pas pester contre ce tordu, pas fichu de se décaler ne serait-ce qu'un petit peu pour le laisser passer.

Il dut carrément se mordre la lèvre inférieure pour ne pas jurer quand il vit Einar assis sur le banc devant sa maison.

— C'est qui papa ?

— Le monsieur dont je t'ai parlé. 

— L’Alpha ?

— Moui.

— Super. Pourquoi il est là ?

Aucune idée. Il se trouvait dans l'incapacité de répondre à son fils qui se désintéressa bien vite de lui pour observer leur invité indésirable.

— Il est grand.

En effet, il ne pouvait pas dire le contraire.

— Et musclé.

Oui très.

— Plus que toi.

Et sûrement plus qu'André. Pouvait-il s'arrêter là dans les comparaisons ? Adam gara la voiture et se dépêcha d'ouvrir la portière d'Hugo avant qu'il n'attaque les sièges à la manière d'un chien enragé.

Le petit garçon sauta de la voiture et se précipita vers la porte d'entrée et donc vers Einar qui le regardait d'un œil torve.

— Tu veux jouer avec moi à Croque-carotte ?

L'alpha eut l'air d'avoir avalé sa langue.

— Moi c'est Hugo et toi tu t'appelles quoi ?

— Comment.

— Quoi ?

— On ne dit pas quoi on dit comment.

— D'accord.

— Einar. Je m'appelle Einar. Et toi ? Qui es-tu ?

— Hugo. C'est ma maison.

Deux regards se tournèrent vers lui, l'un bleu, pétillant de joie et l'autre brun, empli de questions.

— Il est rigolo papa.

— Papa ?

Einar avait l'air d'un poisson hors de l'eau, ouvrant et fermant la bouche sans bouger. Adam lui passa devant pour entrer dans sa maison.

Quand l'oméga passa près de lui pour atteindre la porte, il enroula sa main autour de son poignet pour le stopper. Il lui suffisait de toucher Adam pour ressentir cette chaleur et cette douceur qui émanait de lui. Immédiatement, le plus jeune riva ses deux billes bleues dans les siennes et ses pupilles se dilatèrent en réaction.

Son pouce caressa doucement la peau satinée et il l'a senti découvrir de chair de poule. Adam pouvait bien quitter sa propre maison pour l'éviter, son corps n'en restait pas moins honnête. Il respira le parfum que le plus jeune dégageait et y perçut de la colère, de la peur, mais aussi et surtout une bonne dose d'excitation.

Il n'était pas fou et ça le rassura.

Par contre, il commença à grogner de mécontentement quand Adam essaya de se libérer de sa poigne. Il était peut-être pressé de se débarrasser de lui, il ne fallait tout de même pas en oublier les bonnes manières.

— Tu ne me salues pas ?

Adam fronça les sourcils avant de détourner le regard et de pencher la tête sur le côté de mauvaise grâce.

— André ne l'exige pas, lui.

— Moi si.

En fait, il ne l'exigeait qu'avec Adam. Alvin le lui avait fait remarquer quand l'oméga avait disparu.

Il s'approcha doucement, savourant l'instant, comme un moment volé. Il eut à peine le nez dans le cou d'Adam qu'une petite voix haut perchée vint les interrompre.

— Vous faites quoi à mon papa ?

Il releva la tête pour regarder l'enfant qui le regardait avec de grands yeux. Les mêmes que ceux d'Adam mais en gris. "Papa" hein ? Il leva un sourcil à destination d'Adam mais il y avait peu de doute possible.

— Il me dit bonjour. Tu sais, comme je t'ai appris avec tonton Simon.

Le garçonnet hocha de la tête.

— Vas jouer dans ta chambre mon cœur.

— Je peux aller dans la salle de jeu ?

— D'accord mais tu laisses la porte ouverte pour que je puisse t'entendre.

Einar sourit de cet échange. Adam gardait des réflexes totalement humains. En tant que lycan, mordu ou pas, il pourrait entendre son fils à l'autre bout du champ. L'oméga se tourna ensuite vers lui, tout sourire ayant déserté son visage.

— Je voudrais que tu partes.

— J'ai au moins un millier de questions et tout autant d'exigences.

— Et comme je ne te dois rien, tu n'auras rien du tout.

— J'ai réparé ta porte.

— Que TU avais cassé ! 

Einar sourit, ce n'était qu'un détail mais ces petits détails contribuaient à entretenir la conversation.

— Invite-moi à manger.

— Il est à peine quatre heures. Laisse nous tranquille.

Il avait tellement envie de l’épingler contre cette porte et de se perdre en lui, encore et encore, comme lors de cette fameuse nuit. Un mètre et il serait collé à Adam, il en avait tellement envie. Tellement. Il fit un pas et la réaction ne tarda pas.

— Qu’est-ce que tu fais ! Ne me touche pas.

— J’ai envie de toi…

— Mais ça va pas !

— Vous faites quoi ?

Einar bondit en arrière alors qu’Adam lui tournait le dos pour attraper son fils.

— Rien, mon lapin, Einar allait partir. Dis-lui au revoir.

— Au revoir.

Adam le fusilla du regard par-dessus son épaule pour qu’Hugo ne le voit pas et il lui fit un petit sourire moqueur. Il fallait qu’il comprenne qu’il ne s’en tirerait pas en permanence. Se cacher derrière un enfant n'était pas ce qui le sauverait. Ils auraient une conversation et ils allaient reprendre leur relation là où ils l’avaient laissée il y à cinq ans. 

Il concéda la victoire à Adam sur ce coup-là et regagna la maison de ville de ses parents. Sa mère était dans la cuisine occupée à équeuter des haricots verts alors que son père lisait le journal dans son fauteuil. Ils étaient un couple amusant, toujours à se bagarrer, mais il était évident qu’un amour profond les liait. C’est ça qu’il voulait pour lui aussi.

Einar s’assit avec sa mère dans la cuisine et attrapa une longue tige verte. Elle le dévisagea, sourcils froncés.

— Il fait encore jour. Qu’est-ce que tu fais ici ?

Il résista à l’envie de rire. Sa mère était diabolique.

— J’espère que tu as rangé ma boîte à outils à sa place, grommela son père en tournant une page du Sud-Ouest dimanche.

— Pourquoi avais-tu besoin des outils ?

Sa mère le regardait maintenant avec un air affolé, lui causant un effet violent de boomerang. Là tout de suite, il avait à nouveau douze ans.

— Tu m'as entendu Franck ? Einar a cassé quelque chose ?

— Demande lui directement, il est à côté de toi.

Elle tourna vivement la tête vers lui, pauvre papillon sous microscope. Elle n’avait pas besoin de répéter sa question.

— La porte d’Adam.

— Oh mon dieu, comment va ce pauvre petit. Il est si gentil. Pourquoi as-tu fait ça enfin !

— Pas ma faute, il a crié et la porte était fermée à clé.

— Le pauvre chéri. C’est bien d’avoir réparé la porte. Demain je préparerai un brunch et tu lui emmèneras.

Devait-il faire semblant d'être ennuyé par l'opportunité offerte par sa mère ? Non, il la joua plutôt blasée, haussant les épaules d’un geste désinvolte et décida de regagner sa chambre… enfin, sa nouvelle chambre quand il crut entendre sa mère murmurer un “de rien”.

***

Le lendemain, ce ne fut finalement pas un brunch que sa mère prépara mais un petit déjeuner complet pour douze. Il sortit de la maison de ses parents et tomba sur les enfants en train de rentrer à l’école. Il ne lui fallut qu’un coup d'œil pour voir Adam tenant Hugo par la main. Il le vit prendre son fils entre ses bras pour lui faire un gros câlin, puis le petit courut rejoindre ses amis en hurlant de bonheur.

Le gosse avait l’air vraiment espiègle et plein de vie. Plutôt mignon dans son genre. Dès que le portail de l’école fut fermé, il vit Adam monter sur un vélo. Sa mère lui avait fait un grand sac qu’il portait sur l’épaule, mais il n’hésita pas à courir pour le rattraper.

— Adam attends-moi !

Comme il s’y attendait, l’oméga, loin de l’attendre, prit la tangente en pédalant comme un furieux en danseuse. Heureusement sa mère, connaissant sa délicatesse évidente avait tout emballé minutieusement, il se mit donc à courir à la suite du vélo. Il accéléra le pas, coupa les virages en courant en ligne droite et attendit devant la maison un instant avant d’aviser le salon de jardin.

Le temps qu’Adam n’arrive, il avait déballé le pain perdu, les muffins, des viennoiseries, des gaufres, des pancakes, une gourde de jus d’orange, des bagels au saumon et une omelette. Sa mère avait dû penser que le reste de sa meute se joindrait à eux car il y avait au moins à manger pour huit lycans. Un grand broc de café et ça serait parfait. Le bruit des graviers le sortit de sa contemplation.

— Ah te voilà. Ma mère a préparé le p’tit dej, t’as du café ?

Adam semblait sans voix, si innocent que ça le fit sourire. Il ne pouvait pas laisser un être si innocent sans protection, il serait son rempart. Il ne lui avait fallu que quelques heures, après la disparition du gamin pour comprendre qu'il lui manquait. Plus que l'inquiétude, il avait ressenti un effet de manque, à la manière d'un drogué.

— Qu’est-ce que tu n’as pas compris ? Je ne veux pas te voir.

— Allons, allons, ma mère semble t’adorer, tu ne voudrais pas la vexer quand même.

Einar pouvait voir chaque rouage du cerveau d’Adam s’activer et vit clairement le moment où il capitula. Le moment exact où son estomac commença à gargouiller.

— Pour Paulette alors.

Donc rien à voir avec toutes ces bonnes choses sur la table en tech. Adam ouvrit la porte de chez lui qui visiblement n'était pas fermée à clé et revint avec une cafetière pleine et deux bols. Il attrapa un muffin et Einar dû se retenir de rire tant il était flagrant que le plus jeune adorait ça. Sa mère le connaissait visiblement très bien, il en était un poil jaloux.

Jaloux de sa propre mère… c'était un peu bizarre.

— Ma mère et toi semblez proche.

— Elle est charmante.

Vu le ton employé, il était clair qu'il manquait des mots. « elle est charmante, ELLE. » était ce qui était suggéré. Il rigola de bon cœur face à la pique. On ne l'avait en effet jamais qualifié de charmant.

— Pourquoi t'es parti ?

Oui c'était emmené un peu brutalement mais il n'en pouvait plus des non-dits, des détours et des fuites.

— C'est toi qui m’as chassé, ce soir-là.

— Tu étais censé venir le lendemain.

— Oh alors c'est ça le truc ? C'est ma faute parce que je suis venu trop tôt pour que tu camoufles Manon sous le tapis.

— Ce n’était rien de sérieux, s'agaça-t-il.

— Oui on a bien compris, elle comme moi que tu n'avais rien de sérieux.

— T'es injuste. C'était la première fois que je baisais un homme, moi. J'avais besoin d'un peu de temps pour faire un point mais tu n’arrêtais pas de m'appeler.

— Ohh pauvre chou. Du coup tu as été tremper ton pinceau un peu partout pour te prouver que t'étais un vrai mec. Je comprends. Maintenant que tout est dit tu peux partir.

Einar bascula la tête en arrière et soupira de dépit.

— Je ne dis pas que ce que j'ai fait était bien, mais toi tu avais ton mec et moi j'avais besoin d'un peu de temps… rien d'autre.

— J'ai rompu avec Benoît le jour même. Contrairement à toi je ne suis pas un coureur.

— Ne pousse pas, Adam.

Il commençait à sentir son estomac se nouer et son dos se crisper.

— Je ne te demande strictement rien Alpha. C'est toi qui viens chez moi continuellement.

— Je veux que les choses s'arrangent entre nous.

— Les choses brisées ne peuvent pas toujours être réparées.

C’est lui qu’il avait envie de briser contre ce mur à grand coup de rein. Il respira doucement pour se calmer et but une bonne rasade de café.

— Tout aurait pu être réglé dès le lendemain si tu n’avais pas disparu.

Au vu de sa tête, Adam allait lui répondre quelque chose de violent, mais leur attention à tous les deux furent attirée par quelqu’un sur le chemin. Einar tourna la tête pour apercevoir Hagen arrivant d’un pas nonchalant et du se retenir encore de grogner. Être interrompu à tout bout de champ était vraiment pénible et l'empêchait d’avancer dans sa reconquête d’Adam.

Enfin, maintenant qu’Hagen était là, il pourrait lui poser les questions qu’il avait à lui poser. La garde du soigneur avait durée bien plus longtemps que la normale et il le soupçonnait fortement d'avoir fait exprès. Adam pinça les lèvres et le fusilla du regard avant de courir vers Hagen pour lui sauter dans les bras.

Oublié la colère, il arborait maintenant un sourire magnifique pour quelqu’un d’autre.

— Hag tu m’as trop manqué et tu arrives au bon moment !

— Vous avez pourtant gardé le contact non ?

Les deux lycans se tournèrent vers lui comme un seul homme. Hagen semblait le regarder narquoisement… mais enfin, c’était peut-être son imagination qui lui jouait des tours. Au cas où, il le fusilla du regard et le soigneur baissa les yeux.

— Einar, ça a été plus long que prévu. Désolé. Je peux me joindre à vous pour le petit déjeuner ?

— Oh oui, Paulette a fait à manger pour un régiment. Hugo va être si content de te voir.

— Tu connais bien Hugo ?

Les deux lycans se figèrent à nouveau, leurs sourires se fanant. Il était celui en trop dans cette équation. Un cheveu dans la soupe. Il attrapa un bagel et le mangea, observant les deux autres s’installer. Ils échangèrent un regard gêné puis Hagen se jeta à l’eau.

— Je me suis parfois occupé des soins d'Hugo lors de mes déplacements à Bordeaux.

Einar hocha de la tête mais ne contribua pas à relancer la conversation. Il fallut un long moment, que tout le monde mit à profit pour se goinfrer, pour que les deux comparses se mettent à commenter les changements de la meute. Il resta silencieux mais écouta avec attention toute information quittant les lèvres de l'oméga.

Ils restèrent près de deux heures, puis finalement Einar se leva et annonça leur départ, à Hagen et à lui. Il n'était pas question que le soigneur stagne chez Adam. Il consulta son téléphone et avisa un message d'André. Il attendit d'être assez loin de la maison pour marmonner à l'attention de son ami.

— A priori on possède une maison pour nous.

— Bien. On va pouvoir s'installer. André t'a donné l’adresse ?

— Non il nous attend au village. Préviens Sig et Alvin steup.

Son ami pianota sur son téléphone puis ils reprirent leur chemin. Hagen raconta ses premiers jours à l'hôpital et l'Alpha eut l'impression qu'il n'était pas très emballé. Hagen était un médecin brillant et l'hôpital de Mauléon ne devait pas être assez stimulant pour lui.

C'est vrai que ces derniers temps, Hagen multipliait les remplacements au CHU de Bordeaux et semblait épanoui… peut être devrait-il rejoindre les Bronzes…

— Ça te plaît ?

— En fait, c'est plus une maison de retraite qu'un hôpital.

— Bordeaux te manque ?

— Un peu oui.

— Tu veux y retourner ? On pourrait trouver un accord avec Simon si tu veux.

— Tu veux te débarrasser de moi ?

L'air blessé du soigneur le piqua au vif. Son ami le prenait-il à ce point pour un gros connard ?

— Putain Hag ! Je veux le mieux pour toi. Si tu te fais chier comme un rat mort à Mauléon il ne faut pas que tu stagne là. Tu as le droit d'être égoïste, merde !

— Je pensais qu'avec Adam… tout ça.

— Adam c'est mon problème. Je veux que vous arrêtiez de roder autour de sa maison, parce qu'à chaque fois que j'y vais, l'un de vous s'y trouve. On a besoin de mettre les choses au point. Besoin de se retrouver.

Besoin de le serrer contre lui pour éviter de se consumer comme une allumette.

— Quand as-tu su qu'Adam était à Bordeaux ?

Hagen hésita.

— Quelques mois après sa disparition. Mais avant que tu t'énerves, ce n'était pas mon secret et donc pas à moi de te le dire.

— Je n'ai rien dit, fit-il remarquer.

— Ton visage parle pour toi. Ça te saoule et tu m'en veux.

Évidemment que ça le saoulait. Sa meute avait des secrets pour lui concernant son compagnon. Chacun avait droit à son jardin secret mais ce droit était-il valable quand ça concernait Adam…

A méditer. En attendant il ne mentirait pas.

— Grave. Je l'ai cherché partout et toi tu savais où il était. Ça ne t’a pas dérangé de me voir galérer ?

— Pas vraiment non. C'est ta faute s'il est parti. Je trouvai ça équitable.

Einar grogna de frustration, faisant ricaner son ami.

Ayant coupé à travers champs ils arrivèrent au village très rapidement. C'était l'avantage d'être à pied. Pas besoin de suivre les virages. Ils retrouvèrent Sigurd et Alvin devant la mairie. Ces deux-là avaient l'air d'être sortis du lit alors qu'il était près de onze heures.

— Qu'est ce qu'il se passe ?

Sig n'avait même pas pris la peine de se laver les dents, faisant grimacer Hagen face à l'haleine fétide.

— André possède visiblement une maison pour nous.

— Une pour quatre ? Se renseigna son bêta.

— Pour vous trois. Je m'installe avec Adam.

— Non. André avait franchi la porte de la mairie et se tenait là, les bras croisés en imitation peu convaincante de l'autorité.

Et dire qu'il fut un temps, enfant, où il était impressionné par cet homme.

— Ceci ne te regarde pas. Adam est mon compagnon.

— Je pense qu’il a son mot à dire sur la question et il n'a pas l'air d'accord.

— C’est entre nous.

— Ça ne l’est pas. Adam est membre de ma meute et je ne tolérerais pas que tu le harcèles.

— Parfait, considère alors qu’il fait partie de ma meute.

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