La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

E. Aragon · Chapitre 26 sur 33

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La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

Chapitre 26

 

— On va se marier.

Sigurd dévisageait Einar qui venait de faire son annonce à sa meute.

— Pourquoi ?

Il vit clairement Alvin cacher son sourire derrière sa main alors qu'Hagen se contentait de hocher de la tête sans qu'il ne sache pour qui était cette réaction. Il n'y avait que Sig pour poser ce genre de question sans en éprouver aucune gêne.

Heureusement qu'Adam n'était pas là, déjà parti au travail, pour entendre ce genre d'inepties. Le mariage avait beau être une invention humaine, il s'était tout de même bien démocratisé chez eux aussi. Du moins le mariage laïque, puisqu'il n'y avait même pas d'église dans le village.

Hagen était confortablement installé sur le canapé, Sigurd à sa droite, perché sur l’accoudoir alors qu'Alvin occupait le fauteuil. De son côté, il était debout contre le mur, bras croisés, afin d’avoir un œil sur tout le monde.

— On dit, félicitations, dans ces cas-là, informa poliment le médecin.

— Il ferait mieux de le mordre, souligna inutilement Sigurd.

— Tu ne dis rien ? S'étonna Einar auprès d'Al.

— J'attends de savoir qui sera ton témoin. Si tu choisis Sigurd je me tire.

Einar pinça les lèvres, dépité. En même temps il avait les amis qu'il méritait. Sigurd haussa les épaules.

— Moi je serai celui d'Adam.

— Il a déjà demandé à Benoît

— Tsss. Trahison ! ♪ Disgrâce ! ♫[7] Comme d’habitude, le gamma en faisait des tonnes, ce qui eut le mérite de les faire rire. Comme d’habitude on va se retrouver mis à l’écart. A peine des figurants, chouina-t-il en se collant à Hagen.

— Pauvre petit. Tu veux que je te console ?

Il n’en fallut pas plus pour que le grand gaillard se renfrogne et détourne le visage d’un air hautain pour ignorer Alvin. L’ambiance entre les deux ne s’était visiblement pas améliorée. Einar soupira et se tourna vers Hagen, qui ne disait toujours rien.

— Hagen, voudrais-tu être mon témoin ?

La mine surprise qu’arborait son ami le blessa plus qu’elle ne l’aurait dû. Moins présent dans leur meute à cause de ses longues gardes, il n’en restait pas moins son ami d’enfance au même titre que les deux autres. Il se mettait trop naturellement en retrait dans leur groupe. C’était sa faute, il était un mauvais ami.

— Moi ?

Sigurd et Alvin le regardèrent puis le gamma se laissa tomber sur le canapé, directement sur les genoux du soigneur qui le réceptionna sans sourciller. Le plus grand frappa le nez d’Hagen du bout de son index d’un ton taquin.

— Bien sûr, toi. Accepte, ça sera drôle.

— Ça sera drôle que je sois témoin ou pas. C’est Al qui devrait remplir ce rôle.

— Et pourquoi ? C’est moi qui filais la raclée aux grands avant qu’Einar n’ait sa poussée de croissance et c’est toi qui soignais ses bobos

quand il se prenait une peignée. Alvin se contentait de jouer les Grima[8].

— Sérieux Sig ? On en est là, je suis le fourbe ?

— Parle à ma main ! le gamma lui montra la paume de sa main tout en se poussant sur le canapé pour ne garder que les jambes posées sur les genoux d’Hagen.

— Je serai ton témoin avec plaisir.

Hagen n’en avait sûrement pas conscience, mais il massait les mollets de Sigurd en même temps qu’il parlait donnant au boucher un air de sultan avachi. Einar l'envia un peu avant de se faire la réflexion qu'il voudrait que ça soit Adam qui le masse et non l'un de ses amis. Alvin ne devait pas être loin derrière lui dans ses réflexions puisqu'il regardait les deux d'un air morne.

— Super. Pour la morsure, je pense le faire ce soir… ou très vite en tous cas. Avant qu'Hugo ne rentre de vacances. Comme ça nous aurons le temps de nous adapter.

La morsure était une revendication pour les couples lycans bien plus importante qu'un bout de papier puisqu'elle était permanente. Outre les cicatrices laissées, elle créait un lien d'appartenance entre les individus. Seuls les compagnons d'âme pratiquaient ce genre de rituel pour ne pas risquer de rater l'être qui leur était prédestiné.

Une fois mordu, qu'ils soient compagnons ou pas, les êtres se retrouvaient liés jusqu'à la mort. La morsure se pratiquait instinctivement pendant le coït et était normalement bilatérale. Certains clans avaient disparu à cause d'alpha ayant pratiqué la morsure de masse sur leur meute pour éviter toute rébellion. En effet, une morsure unilatérale créait un lien à sens unique, comme une blessure purulente n'arrivant pas à cicatriser. Une dépendance qui n'avait plus rien à voir avec l'amour, mais plus avec de la servitude.

Cette pratique avait été interdite dans toutes les communautés lycanes de par le monde et la morsure avait été réservée aux compagnons. Une revendication sacrée assurant la protection et la sécurité du couple en plus d'apaiser les instincts des amants.

Il lui tardait de mordre Adam pour qu'il porte sa marque et que chacun sache bien que l'oméga lui appartenait. Savoir que Patxi, Simon et tout autre alpha s'était tenu si proche de son compagnon avait le don de lui tourner les sangs et ce sentiment primaire bouillonnant en lui n'était pas pour lui plaire. En fait quiconque ne faisant pas partie de sa propre meute approchant Adam le rendait nerveux.

C'était absurde mais il ne pouvait rien y faire.

— Tu as prévenu André ?

— Pourquoi faire ?

— La simple courtoisie, après tout Adam fait partie de sa meute.

— Qui sera bientôt la mienne. En plus je lui ai dit que j'allais le marquer.

— Oui, mais pas que tu comptais le faire ce soir.

— Ça va… je ne vais pas publier des bancs pour ça aussi. Pourquoi pas inviter tout le village tant qu'on y est.

— Toujours plus, soupira Alvin. Qui essayait tant bien que mal de se faire la voix de la sagesse.

De la part de quelqu'un vivant avec une poutre dans l'œil, c'était un comble.

— Je veux bien venir moi, ricana Sigurd. Ça doit être quelque chose, vous deux au pieu. Un mélange entre un porno et le cirque du Soleil.

Einar résista à rire, même si intérieurement, il se rengorgeait un peu de l'image et se contenta de se gratter le nez avec son majeur, dans un fuck qui se voulait discret.

— Moi aussi je t'aime, s'amusa son ami qui n'avait rien raté de son geste. On serait épatant dans un numéro à trois.

— C'est ceux qui en parlent le plus… grommela le bêta.

— Et à qui la faute ? Répondit Sigurd du tac au tac.

— Si vous voulez je demande une autre maison à André, proposa Hagen. Pour le temps que j'y passe de toute façon.

— T'inquiète, ça ne changera rien. Alvin envisage déjà de déménager, on sera bientôt en tête à tête mon poulet.

— Ah bon ?

— Mes parents me poussent à me ranger, maintenant que nous allons nous établir définitivement ici.

Sigurd bondit du canapé et quitta la maison, rapidement suivi par Hagen qui secouait la tête d’un air dépité. Einar attendit que les deux autres se soient assez éloignés pour poursuivre.

— Te ranger ? Mais… et Sigurd ?

— Quoi Sigurd… on est amis, rien de plus.

Einar n’avait pas besoin de dire quoique ce soit pour communiquer avec Alvin. Un regard suffisait à lui faire comprendre qu’il disait de la merde.

— Putain on est amis Ein !

— Plus qu’amis je dirais. Vous couchez ensemble comme des lapins depuis tellement longtemps que je pensais que vous finiriez par vous mettre en couple. Vous êtes compagnons après tout.

Les sourcils de son bêta se froncèrent tant qu’il se demanda l’espace d’un instant s’ils ne finiraient par se rejoindre en un trait unique sur son front.

Alvin, contrairement à Sigurd, n’était pas particulièrement jovial. Il avait un humour caustique qui pouvait parfois mettre mal à l’aise. Lui, il adorait ça, mais ce n’était pas le cas de tout le monde.

— On est plus des gosses, mes parents ont raison. Si nous avions dû nous officialiser, nous l’aurions fait depuis longtemps. Nous ne sommes pas comme Adam et toi. Notre compagnonnage présumé n’est que de l’amitié.

— Avec un plus en nature.

— Hmm. Oui…

— Il souffre que tu le rejettes.

— Mais non, il en fait des tonnes comme toujours. Tu sais bien que notre relation n’a jamais été exclusive. Nous continuerons comme d’habitude.

— Tu compte fonder un foyer et garder Sigurd pour les pleines lunes ? C’est dégueulasse.

Alvin rougit furieusement avant que son visage ne se chiffonne.

— Mais pas du tout ! on sera amis, rien de plus. Comme maintenant.

— Ahh mais c’est ça en fait… t’es juste super con. Einar soupira avant de rejoindre le canapé en quelques enjambées. Vous vous êtes foutu de ma gueule pendant des années en me traitant de débile, mais en fait c’est moi le cerveau de la bande. 

Son ami ne le regarda pas et resta silencieux jusqu'à ce que son regard accroche un cadre fixé au mur. C'était amusant de voir à quel point son amant aimait exposer ses souvenirs. Einar savait parfaitement ce que représentait le cliché. Adam et Hugo avec Philippe et Camille devant la statue de la Liberté. C'était impressionnant de voir à quel point Hugo, qui n'avait que quatre ans, avait déjà voyagé plus que toute la meute d'Erroymendi réunie.

— À quel point est-il riche ?

— Qui, Philippe ou Adam ?

— Adam, puisque c'est le seul héritier.

— Très riche. Et si tu regardes le capital global… il pèse très lourd. Philippe m'a demandé de signer un contrat de mariage.

— Ah ouais… il n’était pas si content que ça du mariage, le pépère.

— Si, très content, mais il tient à protéger l'héritage de sa famille, Adam et Hugo. Après tout, je suis déjà parti une fois… enfin, même si techniquement ce n'est pas moi qui suis parti.

— Fallait bien que quelqu'un te claque la gueule à un moment, Adam a été trop gentil de t'ouvrir les bras.

Einar n'était pas vraiment d'accord, puisqu'il avait fallu plusieurs jours à l'oméga pour ne serait-ce qu'accepter de lui parler. Ce qu'il pensait devait se voir sur son visage parce qu'Alvin s'esclaffa.

— Ça ne fait même pas quinze jours que nous sommes rentrés au village et tu vas déjà le marquer puis te marier.

— Pas avant cet été.

— Ça reste quand même très rapide.

— Cinq ans que j'attends ça. Je ne trouve pas ça rapide.

— Quatre ans et demi. Et mis bout à bout je pense que vous cumulez à peine vingt minutes de relation. Vous baisez peut-être "bien", comme l'a signalé Sig, mais vous ne vous connaissez pas. Qu'est ce qu'il aime manger ? Ses artistes préférés, sa chanson, couleur ou tout autre chose qu'il aime ? Être prédestinés ne fait pas tout.

Vexé, l'alpha montra les dents. 

— En voilà un discours éloquent de la part de quelqu'un qui n'est même pas capable de reconnaître son compagnon alors qu'il l'a sous le nez. Occupe-toi de ton cul avant de surveiller le mien.

— C'est bon je me casse.

Alvin, bien qu'agacé, ne lui tourna pas le dos et ne le quitta pas de yeux jusqu'à avoir franchi le seuil de la porte. Il apprendrait à connaître les goûts au fil du temps… après tout, il connaissait Alvin depuis toujours mais était incapable de dire quel était son parfum de smoothie ou sa chanson préférée. Certains détails n'étaient pas importants.

Par exemple, il connaissait les bières préférées de ses amis et veillait à en avoir toujours au frigo. Adam buvait de la Tourtel… était-ce ce qu'il préférait ? Il regarda vite fait internet et trouva une liste de questions pour connaître quelqu'un. Il cliqua sur le lien par curiosité et resta subjugué par leur nature profonde. La couleur préférée ? Le film préféré ? Chien ou chat ? Montagne, mer ou campagne ? Matin ou soir ? Numéro fétiche ? Introverti ou extraverti ?

Mais qui est ce que ça intéressait de connaître un numéro fétiche… ou encore, qui avait un numéro fétiche à part les joueurs de loto ? Il continua à regarder et commença à rire tout seul. Crois-tu au karma ? Crois-tu aux fantômes ?

Ça en devenait ridicule. Il ferma internet et bascula sa tête en arrière contre le dossier du canapé en soupirant.

Cette position eut le mérite de lui détendre les épaules jusqu'à ce que l'odeur d'un intrus ne l'oblige à relever la tête. Qui donc venait l'importuner en début d'après-midi ? Il respira rapidement et tenta de se souvenir à qui appartenait cette odeur légèrement chimique. Son cerveau balaya les divers membres de la meute avant de s'arrêter sur un loup gris foncé rencontré lors de son arrivée. Cédric, un ami d'Adam. Il les avait vu jouer ensemble lors de la précédente pleine lune.

— Si c'est pour Adam il est au boulot.

Il entendit les pas s'arrêter dans les graviers. La porte d'entrée était restée ouverte suite au départ de son bêta et l'autre avait dû l'entendre sans difficulté. Les pas avancèrent, avant de reculer. Visiblement, son hôte était indécis.

— Je ne vais pas te manger. Il se peut même que je t'offre une bière.

Le jeune homme, sûrement alléché par l'offre, pointa le bout de son nez. C'était un grand gamin d'une vingtaine d'années, un peu dégingandé. Le genre à avoir poussé trop vite, forçant son organisme à absorber la moindre particule de graisse pour ne laisser que la peau et les os.

Le gamin allait bientôt s'étoffer, quitter son look d'adolescent et ses cheveux gras pour quelque chose de carré, mais en attendant, il restait un grand ado, sans l’acné. Était-il autorisé à boire de l’alcool par ses parents ?

— Je veux bien une Tourtel, s'il en reste.

Oh, alors il était également un amateur de bière sans alcool.

— J’avais laissé un pack la dernière fois.

Peut-être que ce n’était finalement pas Adam qui buvait cette liqueur, mais Cédric.

— Hum, oui, il y en a. Tu en veux une ?

Einar se leva du canapé et le gamma lui sembla encore plus fin qu’il ne l’avait vu de prime abord. Il traversa le salon, puis récupéra une Tourtel

au citron et une Akerbeltz[9] ambré, puis revint au salon où Cédric n’avait pas bougé d’un poil.

— Assieds toi, tu es le bienvenu ici.

Surtout en l’absence d’Adam. Le gamin avait beau ne pas être une menace, il n’aimait quand même pas le voir roder autour de son compagnon.

Question de principe.

— Alors ? Que me vaut le plaisir de ta visite ?

— Je venais prendre des nouvelles d'Adam. Je ne pensais pas qu'il serait au travail, maintenant que tu es là.

Il ne pouvait pas vraiment le blâmer pour sa réflexion tout à fait logique, mais considéré comme rétrograde par Adam et Hagen. En général, un oméga travaillait jusqu'à avoir un compagnon ou un partenaire pour prendre soin de lui et restait ensuite à la maison.

Quand il avait émis l'idée à son amant, il s'était fait pincer puis bouder alors qu'à son sens, il n'avait rien fait de mal. Bien au contraire.

Grosse injustice.

— Et bah non, il veut poursuivre sa carrière.

Cédric avait l'air parfaitement mal à l'aise, c'était assez triste à voir. Il lui tendit sa boisson sans l'avoir ouverte, c'était ce genre de capsules languette.

Il ouvrit sa propre bouteille en prenant appui sur la table basse et s'installa sur le canapé après avoir invité le gamin à en faire de même.

Docile, il s'exécuta gauchement, prenant place sur le canapé du bout des fesses. C’était tellement drôle à voir qu’Einar dut boire pour cacher son sourire. Il n’avait jamais été bon joueur, il n’allait pas commencer aujourd’hui.

— Ah d’accord. C’est bien que vous soyez tous rentrés. Tout le monde était triste, quand vous êtes partis il y a dix ans.

— Je n’avais pas le choix. Les autres n’auraient pas dû suivre. Ils auraient sûrement été plus heureux.

— J’ai toujours envié votre complicité… Et puis, vous avez eu de la chance de naître tous les quatre la même année… moi j’étais tout seul.

Les lycans, ayant une espérance de vie plus longue, le taux de natalité n’était pas très développé, ce qui fait que parfois, il n’y avait qu’une naissance par an… voir pas du tout. L’école malgré le manque d'élèves pouvait rester ouverte car elle avait été privatisée après avoir failli fermer de nombreuses années auparavant. Avec les nouveaux habitants de la meute, il y avait une recrudescence des naissances.

La plupart des lycans ne faisaient pas plus de deux enfants, malgré leurs longues vies. Un reste de comportement génétique induit par la chasse subie par l’espèce durant des millénaires. La chasse avait disparu depuis plusieurs centaines d’années maintenant, mais le fait de n’avoir qu’un ou deux enfants était devenu une sorte de norme… comme chez les humains.

Pour sa part, étant un alpha jeune et puissant, il rêvait d’une ribambelle d'enfants avec Adam. Que son amant soit récessif était un vrai bonheur, même s'il n'avait de fait qu'une seule période de chaleur par an, contrairement aux femelles.

Il s’était fait à l’idée de ne pas avoir d’enfants après avoir accepté d’avoir un homme comme compagnon, mais le fait qu’Adam soit un oméga récessif était juste parfait.

La vie était bien faite.

Par contre, Adam n’avait pas eu l’air très emballé par l’idée d’avoir d’autres enfants… à moins qu’il ne se soit fait des films. Il revint à l'instant présent grâce à Cédric qui posa sa bouteille sur la table basse un peu bruyamment.

— Mais tu n’étais pas seul, tu as pu te mêler à ceux des années suivantes, non ?

— Oui mais ce n’était pas pareil. Vous aviez l’air si soudés tous les quatre. On est tous ravis que tu sois le prochain alpha.

— Qu’est ce qui n’allait pas avec Patxi ?

— Pas grand-chose, il était juste plus vraiment là ces derniers mois… on comprend pourquoi maintenant.

— Hum… Pour ma part, mon compagnon est ici, alors je n’irai nulle part.

Cédric le regarda, surpris.

— Com… Compagnon ? Adam ne m’a rien dit !

Einar ne fut pas ravi de l’apprendre mais ne broncha pas. Pourquoi Adam n’avait-il pas prévenu ses “amis” qu’ils étaient compagnons ?

— Nous allons-nous marier bientôt. La meute sera invitée ainsi que les amis humains d’Adam.

— Ah bon ?

Putain de merde, mais à quoi jouait donc son amant. Son but était-il de le rendre fou ? Il allait devoir avoir une conversation sérieuse avec ce petit con pour lui faire entrer du plomb dans la tête. Cédric dut sentir le changement d’ambiance car ses mains se mirent à trembler et il les occupa avec sa bière.

— En tout cas, c’est formidable que tu ais trouvé ton compagnon ici. Erroymendi est sauvé.

Il ne répondit pas, se contentant de boire de manière régulière. Les minutes s'égrainaient lentement et la gêne de Cédric commençait à emplir la pièce comme un nuage étouffant. Enfin, il devait être oppressant pour un visiteur parce que nageant dedans depuis le début, le gamma ne s'en rendait sûrement pas compte.

Quand il finit sa bière il récupéra l'autre bouteille vide et la déposa dans la cuisine, dans le bac spécial verre. S'il en avait le courage, il attellerait la remorque et irait au conteneur de tri.

Demain.

Là tout de suite, il n'avait qu'une envie, passer sa frustration et pour ça, rien de tel qu'une balade en forêt.

— Je vais courir, tu viens ?

Cédric fut si surpris qu'il bondit sur le canapé avant de se lever en catastrophe en hochant la tête.

— Ah oui, oui !

Il n'attendit pas que le gamin le suive, déjà un pied à l'extérieur. Il jeta ses vêtements dans l'entrée sans se soucier qu'ils s'éparpillent au sol et se transforma.

***

Satisfait de sa journée, Adam sortit de l'office en sifflotant. Il avait bouclé ses dossiers sans rencontrer d'obstacle, sans avoir à se battre contre le matériel - son imprimante le haïssait, il en était persuadé - et sans se faire manger par Flocon.

Idoia, à la suite d’un souci logistique, avait été contrainte d'emmener Flocon, son bichon, au boulot. L'animal était prétendument une perle, ce qui ne l'avait pas empêché de lui grogner dessus à chaque fois qu'il passait près du bureau de la secrétaire.

Très pratique.

Il était donc ravi de partir en aillant ses deux mollets intacts.

Qui aurait pensé qu’un si petit chien pouvait être aussi hargneux ?

Il avait croisé de nombreux molosses, depuis sa transformation et ceux-ci avaient toujours baissé la tête et filé, la queue entre ses jambes. Mais pas cette serpillière qui avait tellement de poils devant les yeux qu’il ne voyait pas à trois centimètres devant lui. Il n’était pas du genre à se dégonfler.

— A demain Idoia ! et sans Flocon par pitié !

La jeune fille rigola et le salua joyeusement de la main alors qu’elle tenait son pit-bull de l’autre. Aucun doute que la petite bête féroce lui aurait sauté dessus autrement.

— Vraiment désolée, il est a-do-rable d'habitude !

Après un dernier salut, il monta dans sa voiture après avoir déverrouillé la portière et démarra.

Impossible de se cacher qu’il était très heureux de rentrer chez lui. Savoir qu’Einar l’attendait y était sans aucun doute pour beaucoup.

Le village n’étant pas gigantesque, il ne lui fallut qu’une minute pour quitter le bourg et s’engager sur la route sinueuse menant à Larrau.

En réalité, la route était belle et le soleil encore haut dans le ciel, rendant le paysage très agréable. Il traversa le pont, suivit la courbe des virages et tourna le volant vers la gauche pour le prochain, mais après un bruit affreux, Adam se rendit compte que rien ne se produisit.

En fait le volant tournait dans le vide, à la manière d’un jouet alors que la paroi en pierre qui habillait la montagne se rapprochait dangereusement. Il appuya frénétiquement sur le frein et passa les vitesses mais rien ne se passa.

La voiture semblait être une boite à savon lancée à pleine vitesse sans pouvoir rien y faire. A ce rythme-là, il allait se cracher.

En désespoir de cause il tenta de détacher sa ceinture pour sauter en marche mais sa main ne trouva pas l’accroche de verrouillage. Il quitta le mur des yeux pour chercher le poussoir rouge puis le choc fit valdinguer sa tête en tous sens jusqu’à ce que tout devienne noir.

Quand il rouvrit les yeux, tout était blanc et il demanda si c’était ça, la mort. Un immense espace blanc.

Le vide à perte de vue.

C’était reposant.

Pourtant, le blanc se dissipa et Adam se rendit compte qu’il s’agissait en fait de l’airbag, et non pas du paradis.

Il cligna des yeux et sa main droite s’agita à la recherche de sa ceinture. Comme par hasard, il y arriva, alors qu’il n’y était pas arrivé quelques instants plus tôt. Assis comme il l’était, il pouvait voir l’avant de sa voiture éclatée comme un chou-fleur.

Mince… il aimait bien cette voiture.

Il tenta de bouger, mais se rendit compte qu’il était coincé. Tentant de se contorsionner, Adam tendit le cou en grimaçant. Il couina en se rendant compte qu’une barre en fer sortait du moteur et transperçait le pédalier et sa cuisse par la même occasion. Tout était enfoncé et compressait ses jambes, l'empêchant de sortir de l’habitacle. Il se mit à hurler face à la brûlure qui lui cisaillait le muscle.

C’était comme si son cerveau et ses nerfs avaient attendu que son œil fasse le point de la situation pour manifester sa douleur. Et d'un coup, sans prévenir, il souffrait le martyre.

La douleur partait du point d'entrée de la barre en acier et remontait à l'aine tout en descendant jusqu'aux genoux jusqu'à ses orteils. Adam avait l'impression de sentir son cœur battre dans la plaie. Il tenta de retirer l'entrave mais elle semblait avoir fini sa course dans le plancher de la voiture - ou dans les nuages, pour ce qu'il en savait - et ne bougea pas d'un pouce.

De toute manière il était coincé là, compressé comme il l'était. Il serra les dents pour refouler ses larmes, totalement inutiles dans sa situation et chercha son portable sans le trouver. Il avait dû glisser du siège passager où il l'avait posé avant de démarrer.

Sa voiture étant à moitié avion de ligne, il avait une commande tactile sur le tableau de bord, reliée par Bluetooth à son mobile. Il tenta de passer un coup de téléphone mais la voiture ne semblait plus connectée.

Vive la technologie.

Heureusement, dans son malheur, il s'était accidenté dans un endroit passant, il n'eut donc pas longtemps à attendre pour voir quelqu'un apparaître à sa fenêtre.

— Vous allez bien ?

Il tourna la tête pour la regarder mais la femme d'une cinquantaine d'années s'agita.

— Non ne bougez pas. Mon mari est en train d'appeler les pompiers. On a eu sacrément peur en ne vous voyant pas tourner. Heureusement on était juste derrière vous.

Juste derrière lui ? Mais il avait l'impression qu'il s'était passé au moins cinq minutes depuis l'accident. Le temps qu'il analyse la situation et qu'il essaye de s'en sortir… avait-il eu une sorte de montée d'adrénaline ?

— Comment vous vous appelez ?

Il ouvrit la bouche pour répondre mais seul un couinement en sortit.

— Là… ! ne forcez pas. Vous avez eu un sacré choc. Surtout il ne faut pas bouger. Je suis infirmière, je vais rester avec vous.

Elle pouvait bien être courtier en assurance, il ne voulait pas rester seul. Tant qu'il était entier il savait qu'il se remettrait, mais il avait peur.

— Ne pleurez pas mon petit.

Ah il pleurait ? Première nouvelle ! Il s'essuya le visage d'un revers de manche et posa l'autre main sur sa cuisse. Il voulait sortir de là le plus vite possible. Sa sonnerie de portable se fit entendre, une horrible polyphonie et il eut le réflexe de tendre la main pour répondre. Mais cela lui fit plus de mal que de bien.

— Ne bougez pas, laissez-le sonner. Où qu'il soit, les pompiers le trouveront sûrement. Vous entendez les sirènes ?

Il tendit l'oreille et essaya de faire abstraction du vrombissement qui lui tenaillait la cervelle. Au loin, il pouvait entendre les pompiers. Il ferma les yeux et quand il les rouvrit, il fut surpris de se trouver nez à nez avec un pompier.

— Restez avec moi monsieur. On va vous sortir de là.

Et ou voulait-il qu'il aille ? Il tenta de bouger mais se rendit compte qu'il ne pouvait plus du tout.

— On vous a mis une minerve. Laissez-vous faire sans lutter ça ira plus vite.

S'en suivit une cohue indescriptible. Les images étaient floues et hachées, le bruit semblait bloqué par une grosse sourdine. Le pompier semblait parler au ralenti, donnant un effet grotesque à la scène.

Étrangement il fut particulièrement inquiet pour sa voiture quand quelqu'un se mit à la découper avec une énorme scie faisant des étincelles. Son assureur allait le tuer… et Mario serait ravi de la changer.

Dommage, elle était si confortable…

— Oui c'était une belle voiture. Elle vous a sûrement sauvé la vie.

Il avait dû parler à voix haute sans s'en rendre compte.

En quelques minutes, il se retrouva sur un brancard, sa tige en acier toujours plantée dans la jambe. Elle avait été raccourcie, mais pas enlevée.

— Enlevez ça ! supplia-t-il.

— Non on ne peut pas y toucher. On va vous hélitreuiller à l'hôpital de Pau et ils vous l'enlèveront là-bas.

— Pas à Pau.

— C'est la procédure.

— Hagen ! Prévenez Hagen c'est mon médecin.

— Vous avez son nom de famille ?

Mais il eut une impression de chute et tout fut noir avant qu'il ne puisse répondre.

Il s'était réveillé une fois arrivé à l'hôpital et avait été soulagé quand on lui avait appris qu'il était resté inconscient durant son petit tour en hélicoptère. Rien que l'idée d'être suspendu par un filin dans les airs lui donnait des sueurs froides. On l'avait ensuite endormi pour pouvoir l'opérer, il avait cependant eu le temps de communiquer le nom de son médecin.

Il commençait doucement à se réveiller et les bruits autour de lui se précisaient. Il connaissait ces voix… et elles semblaient se disputer.

Étrangement il lui fallut assez longtemps pour réussir à ouvrir les yeux et il les referma aussitôt à cause de la lumière, mais surtout de l'impression qu'une poignée de sable lui avait été versée dans chaque œil.

— Pourquoi il ne se réveille pas ? aboya Einar.

— Ça ne devrait plus tarder maintenant, tempéra Hagen patiemment.

— Schhhhttt, taisez-vous un petit peu.

La voix de Sigurd était toute proche.

— Je pense qu'il se réveille.

Il entendit des bruits de pas et sentit les regards se braquer sur lui. Sur son visage. Il fronça les sourcils et tenta à nouveau de soulever les paupières.

— Attends, je ferme les rideaux. Alvin fut plutôt rapide à l'exécution de ses paroles et bientôt, il put sentir la luminosité baisser contre ses paupières.

Adam sentit le lit s’affaisser et un claquement de langue rompit le silence, signe que son médecin n’était pas ravi par la situation.

— Voilà bébé, tu peux ouvrir les yeux maintenant. Fais-moi voir tes jolis yeux s'il te plaît.

Einar pouvait se faire si doux quand il le voulait. Il frissonna et encouragé par la voix caressante, papillonna des yeux pour plonger dans les yeux chocolat de son amant. 

— Bonjour, sourit l’alpha.

— Hey, lui répondit-il d’une voix râpeuse.

— Comment tu te sens ?

— Comme quelqu'un qui a foncé dans un mur.

— Que s'est-il passé ? Demanda Alvin alors qu'Einar se penchait sur lui pour l'embrasser doucement.

— Je ne sais pas… la voiture ne répondait plus… le volant… les pédales… plus rien.

— Elle a été remorquée par les flics, l'informa Sigurd. Un certain Mario a été contacté par l'assurance et il rôde dans les couloirs depuis vingt minutes.

Il hocha la tête pour faire comprendre à tout le monde qu'il avait tout entendu. Il se sentait étrangement cotonneux et détaché de tout… la légère piqûre dans son bras lui fit baisser les yeux sur celui-ci et il remarqua le tuyau qui en sortait. Son regard suivit la perfusion jusqu'au sac de liquide transparent suspendu au lit et il se demanda si c'était à cause de ça qu'il avait l'impression de planer au-dessus de son corps.

— C'est un petit cocktail d’anti-douleur et de glucose. Tu pourras sûrement sortir demain, l'averti Hagen. Tu as eu le bon réflexe de me demander.

— C'est qui Mario ? Grogna Einar.

Passé la joie de le voir réveillé, l'alpha avait récupéré la mine sévère qu'il arborait en général.

— Le gestionnaire de la famille.

— Qu'est ce qu'il fait là alors ?

— C'est plus… euh comment dire…

— Avec des mots c'est mieux, s'amusa Sigurd alors que tout le monde soupirait de dépit.

— Un genre de majordome multifonction ? Tenta Adam.

— Je me qualifierais pour ma part comme étant le surintendant de la maison Fontaine, précisa Mario depuis le pas de la porte.

C'était un homme d'un mètre quatre-vingts aux cheveux noirs et à la peau olivâtre. Ses yeux dorés étaient vifs et brillaient d'intelligence. Il avait beau avoir à peine une trentaine d'années, il était un véritable couteau suisse et son oncle ne jurait que par lui.

Les quatre lycans le regardèrent approcher avec curiosité. Seul Adam souriait, ravi de le voir, malgré les circonstances.

— Je suis venu dès que j'ai su. J'ai d'ores et déjà ordonné votre transfert à la polyclinique de Reims-Bezanne, ne vous inquiétez de rien.

— Pourquoi faire ? S'agaça l'alpha en se plaçant devant le gestionnaire.

— Et bien ils prodiguent les meilleurs soins au niveau national.

Mario avait le visage fermé et toisait son amant comme s’il s'agissait d’un insecte.

— Adam va rentrer à la maison demain au plus tard. Pas besoin de l'envoyer à l'autre bout de la France, il va très bien.

Le surintendant, comme il se qualifiait lui-même ainsi croisa les bras sur son torse en claquant sa langue contre son palais.

— Vous devez être monsieur Belzunze, dont tout le monde ne cesse de parler. Vous avez peut-être séduit mes maîtres, mais pour ma part, je ne vous aime pas.

La tête d'Einar valait le détour et Adam ne put résister au besoin d'exploser de rire. Sigurd semblait avoir avalé un poisson et Alvin était si figé qu'il ne clignait même pas des yeux. Hagen quant à lui salua Mario de la main.

Ils s'étaient déjà croisés.

Quand Adam avait présenté Hugo comme son fils et débité sa petite histoire de test féminin avec qui il avait couché une fois, Philippe avait demandé un test de paternité et Mario s'était occupé de toutes les procédures dites "gênantes". Il avait voulu tout savoir de la "mère" pour éviter qu'elle ne réapparaisse plus tard pour faire chanter la famille.

Ça avait été compliqué de lui faire lâcher prise, si bien que Simon avait même pensé à faire jouer le rôle de la "mère" à une des louves de sa meute… très mauvaise idée qui n'avait finalement pas été retenue.

C'était la porte ouverte à n'importe quoi.

On n'allait quand même pas inventer une mère à Hugo juste pour satisfaire quelqu'un. C'était délirant.

— Alors monsieur Nazabal, autorisez-vous cette sortie anticipée ?

— Tout à fait. Adam sera mieux chez lui qu'ici. Il a une légère commotion cérébrale mais Einar sait parfaitement gérer ce genre de choses. Pour les fractures de ses jambes, je m'occuperai personnellement d'enlever les plâtres le moment venu.

Mario opina. Les deux hommes s'entendaient bien puisque l'intendant était aux anges de savoir qu'un médecin se tenait aussi proche de son employeur en permanence.

La famille Da Silva servait la famille Fontaine depuis trois générations maintenant. Ils avaient des parts dans l'entreprise et étaient assez riches pour vivre dans l'oisiveté mais étrangement, un héritier de la famille sortait toujours son épingle du jeu pour prendre cette place de confiance. Comme un genre de fierté d'un patrimoine bizarre…

Comme le fait de l'appeler maître. C'était dérangeant et Mario savait parfaitement placer ce mot pour le faire taire. L'objectif principal de cet homme était de faire en sorte qu'il soit vivant et comblé… trop bizarre.

Quelque chose qui avait été dit le percuta soudain.

— J'ai les deux jambes cassées ?

— Oui bébé, mais rien de grave, tu seras debout en un rien de temps. En attendant je vais m'occuper de tout.

Il n'était pas vraiment inquiet… juste surpris. Après tout, il n'avait pas eu si mal que ça dans la voiture. La seule douleur qu'il avait réussi à analyser, c'était sa plaie ouverte… tout le reste avait semblé inexistant. Il tenta de bouger ses jambes mais se retrouva bloqué par les plâtres.

— Je vais avoir un fauteuil roulant ?

La question était bien évidemment adressée à Hagen.

— Nous t'avons posé deux plâtres cruro-pédieux, il sera donc plus simple de rester au lit. 

Adam souleva le drap et constata que les plâtres partaient du haut de sa cuisse pour descendre jusqu'à son pied, qui était aussi figé dedans.

Il ne risquait pas d'aller loin, en effet.

— Et comment vous allez me ramener à la maison ? Il est hors de question que je reprenne l'hélicoptère, je vous préviens.

Mario, comme toujours, avait déjà la solution.

— L'ambulance initialement prévue pour votre transfert s'occupera de votre rapatriement. Pour ce qui est de votre nouvelle voiture, j'ai sélectionné l'AddArmor Audi RS7 et le Rezvani Tank. Je vous laisse choisir.

— Je n'y connais rien et vous le savez parfaitement. Choisissez ce que vous voulez…

Mario eut l'air d'un chat devant un bol de lait. À priori, il aimait bien les voitures, contrairement à lui. Alvin se redressa aussi et se rapprocha de Mario, l'air intéressé.

— Est ce que Top Gear n’a pas fait quelque chose sur ces voitures ? Ça me parle.

— Tout à fait, vous avez raison monsieur Labaldea.

Le bêta fut un peu surpris.

— Vous avez fait des recherches sur nous ?

— Évidemment, c'est mon travail.

— Vous êtes un genre d'agent secret en fait ? Demanda Sigurd, très intéressé.

Mario le dévisagea un instant avant qu'un sourire sincère illumine son visage.

— J'aime votre façon de voir les choses monsieur Olhagaray.

— Appelez-moi Sig, comme tout le monde.

— D'accord, enchanté Sig.

— De même 007.

Einar semblait se désintéresser complètement de leur conversation puisqu'il braquait son regard sur lui. Sa grande main vint prendre sa joue en coupe et il s'appuya dedans avec plaisir. Hagen s'esquiva pour aller chercher quelques papiers et les deux autres semblaient très occupés à discuter voiture avec Mario, les laissant en un tête à tête presque parfait.

— Alors dès que je tourne la tête, tu te mets en danger ? Je dois faire quoi ? T'attacher au lit pour être sûr que tu ne disparaisses pas ?

— Je te promets que je n'ai rien provoqué ! C'est la voiture… plus rien ne marchait.

— Hum… on devrait peut-être écouter Milo et t'attribuer un chauffeur.

— Mario ! Ce n’est pas ton rôle ça de me suivre partout ? s'amusa Adam. De toute manière on n’a pas la place.

— Je compte faire construire une nouvelle tanière.

— La mairie ne te plaît pas ?

A priori les Alphas d'Erroymendi s'installaient à la mairie depuis de nombreuses générations.

— Trop vieille et je veux que ce qu'il y a de mieux pour nous. En plus c'est important de pouvoir loger les gens de passage. Tu crois que Luigi voudrait nous aider ?

Adam gloussa sans pouvoir s'en empêcher, attirant le regard des trois autres. Il eut le réflexe de cacher son rire en grimace et porta la main à sa tête, qui palpitait légèrement.

— Attention à ce que tu demandes, mon rêve d'une maison, ça n'est pas Versailles.

C'est ce moment que choisit le médecin pour revenir.

— J'ai les papiers et la décharge.

Einar se redressa et attrapa la tablette à roulette qui vint se percher au-dessus de son lit. Grâce à la télécommande, il se retrouva bientôt assis de manière très inconfortable si bien qu'il lui tarda encore plus de rentrer.

Adam avait parfaitement compris qu'on lui retirerait les plâtres dès qu'il aurait regagné son foyer et il fut plus qu'heureux d'être un lycan… il aurait sûrement passé plus d'un mois avec ces horribles choses s'il n'avait toujours été qu'un simple humain.

Il lui arrivait encore parfois de faire des cauchemars du soir ou il avait été mordu… et à chaque fois dans son rêve, ce n'était plus un lycan enragé qui l'attaquait, mais un vieillard qui lui offrait une seconde vie, une renaissance qui lui permettait de s'affranchir des obstacles de sa vue… une sorte de révélation.

C'était très bizarre.

— Tu veux que je t'aide à le remplir ? s'étonna Hagen.

Adam observa la feuille et se demanda depuis combien de temps il avait beugué sur sa date de naissance.

— Non ça va, je réfléchissais.

— Te fais pas trop mal surtout, se moqua Sigurd alors qu'Alvin le poussait de l'épaule sous le regard noir d'Einar.

— Il a eu une commotion je te rappelle, si ça se trouve il ne se souvient plus de sa date de naissance.

Adam tira la langue aux deux nigauds et termina de remplir les feuilles qu'on lui glissait sous le nez. Au bout de plusieurs heures, il put enfin rentrer chez lui.

***

Hagen s'approcha avec sa scie à plâtre et l'oméga eut peur sans pouvoir s'en empêcher. Il savait que c'était absurde, mais entre le bruit et la machine en elle-même, son corps se tendait sans le vouloir dès que le médecin s'approchait.

— Ne t'approche pas ! tu lui fais peur, s'énerva Einar.

— Mais je dois bien lui enlever le plâtre ! S'agaça Hagen. Adam ! Tu n'as pas trois ans ! Prends sur toi enfin !

Adam le regarda avec des yeux de chiens battus qui n'eurent aucun effet. Einar respira profondément et se pinça l'arête du nez en le dévisageant. Il loucha ensuite sur la scie du gamma et ce dernier sembla comprendre.

— La lame vibre, elle ne tourne pas, donc pas de blessures si tu ne bouges pas.

— Et si je bouge ? couina-t-il piteusement.

— Je te coupe un membre. Mais non ! c'est une blague ! cria Hagen en voyant qu'il essayait de s'échapper.

— Ce n’est pas drôle !

En effet, ni Adam ni Einar ne rigolaient et Hagen ricana tout seul, joyeux.

— Allez, on ne va pas y passer la journée. On se fait ça vite fait… en plus tu ne veux pas garder le dessin de Sig, je me trompe ?

Sigurd avait pris un malin plaisir à dessiner une grosse verge velue sur sa jambe droite. C'était assez obscène et dérangeant pour lui de voir ça… même si ça ne faisait que quelques heures, il n'en pouvait déjà plus de l'avoir sous le nez.

— D'accord, fais vite.

Il ferma les yeux bien fort et attrapa la main de son compagnon pour se donner du courage. Il sursauta violemment quand la scie toucha le plâtre puis prit son mal en patience. Toute sa jambe vibrait mais il n'y avait pas la moindre trace de douleur.

Au contraire, ça chatouillait et il devait se mordre la lèvre pour ne pas rire.

Ce fut un peu long mais finalement il fut libéré et capable de se mettre debout immédiatement. Il n'avait qu'une petite marque rouge là où la tige en acier avait transpercé sa cuisse. Il s'était attendu à avoir une gigantesque balafre au vu de la souffrance endurée quand on lui avait enlevé le drain.

Il savait être une chochotte mais sur ce coup-là, personne n'aurait pu lui dire qu'il en faisait des tonnes. Pour preuve, il n'avait pas émis le moindre son. Il était même resté muet de douleur… c'est pour dire.

Quand le chirurgien qui avait retiré la tige et plâtré sa jambe après l'avoir recousu était venu dans sa chambre pour retirer le drain, il avait suivi scrupuleusement ses indications.

Inspirer profondément et expirer longtemps.

Facile.

Le chirurgien avait retiré le drain pendant qu'il inspirait et avait ricané gentiment devant sa mine outré et trahi, pétri de souffrance extrême.

— Je retire toujours au milieu de l'inspiration comme ça les gens ne peuvent pas crier. Avait-il confié à Hagen alors qu'Alvin essayait de calmer Einar.

En comparaison, enlever le plâtre était juste amusant. Il se retrouva bien vite les jambes nues en boxer sur le canapé.

— Alors comment tu te sens ? demanda Hagen. Une douleur quelque part ?

— Un peu derrière les yeux et au-dessus du genou.

— Hum… oui c'est normal pour la tête. Les commotions, même pour les lycans sont plus longues à se remettre. Tu risques d'avoir mal au crâne… ou des vertiges pendant quelques jours. Le cerveau, c'est fragile. Et ton fémur droit était brisé en quatre endroits… ça devrait aller mieux très vite.

Il sourit au médecin, soulagé de savoir qu'il serait intact pour le retour d'Hugo. Ça aurait été un véritable drame si son fils l'avait vu boiter… ou tourner de l'œil. Il se leva et fit quelques pas.

Einar vint se coller dans son dos et il s'appuya contre lui avec plaisir. L'alpha avait une façon de draper ses bras autour de lui qui lui était propre et qui avait le don de le faire frissonner.

Peut-être était-ce dû à la barre de chaire dure qu'il sentait frotter contre ses fesses.

— Je vais te baiser tellement fort que tu vas me sentir pendant des semaines. Ça te permettra de te souvenir que tu m’appartiens et que tu n'as le droit ni de douter, ni de mourir.

Il frissonna agréablement au son rauque de la voix de l'alpha dans son oreille et ne se posa pas de questions jusqu'à ce que les sensations refluent et que les paroles trouvent un sens.

— Je doute ? s'étonna-t-il.

— Cédric est passé, il n'était pas au courant pour le mariage.

Adam le dévisagea comme il pouvait, ne voyant que son profil.

— Cédric est passé ?

— C'est la seule chose qui t’interpelle ?

— J'ai cru entendre que tu allais me faire l'amour… puis plus rien…

Einar l'attrapa et le souleva pour le jeter sur son épaule alors qu'Adam gloussait de plaisir. L'alpha ne ralentit pas dans l'escalier quand ils croisèrent Hagen, qui passait dans l'entrée avec son matériel en râlant.

— Vous pourriez au moins attendre que je sois partie sérieux… vous êtes des lapins ou quoi ?

— Arrête de râler et dépêche-toi de partir. Einar continua jusqu'à la chambre et les jeta sur le matelas où ils rebondirent en riant toujours. Il serait temps qu'il se trouve quelqu'un celui-là.

Adam, les jambes écrasées sous le ventre de son amant passa la main dans les cheveux, ne ressentant qu'un léger tiraillement dans le membre droit.

— Je te fais pas mal ?

— Mmh-mmh… non j'ai un peu mal derrière les yeux. Mais j'ai très envie de toi surtout.

— Fort ?

— Oui très fort.

— Tu devrais te reposer.

— Si tu me laisses avec cette érection je te quitte ! s'indigna-t-il d'une voix outrée.

L'Alpha ricana en refermant ses bras autour de sa taille alors qu'il appuyait sa joue contre son boxer, le faisant haleter. L'alpha commença à se frotter comme un chat contre son érection et finit par lécher le tissu en appuyant bien fort.

La sensation était juste divine. Adam fixa le plafond, déglutissant à chaque fois que la bouche se faisait taquine. Sa tête bascula en arrière et il se hissa sur les talons pour chercher plus de contacts. Il soupira de plaisir quand son amant baissa son boxer pour le prendre en bouche.

Il leva la main et la posa sur le crâne entre ses jambes, jouant avec les mèches brunes jusqu'à ce qu'un doigt recouvert de salive vienne titiller son entrée. Einar le prépara rapidement, le menant au bord de la jouissance avec sa bouche et ses doigts, qui venaient titiller sa prostate à chaque passage mais ne le laissa pas aller au bout.

Au lieu de ça Einar le prit doucement et profondément, prenant le temps de faire monter la vague plusieurs fois. Ce n'était pas souvent qu'ils faisaient l'amour aussi doucement.

Le plus souvent c'était brutal, impétueux, intense et fantastique. Mais là, c'était juste merveilleux, mais frustrant. Il avait tellement envie de jouir…

Besoin même.

— J'avais tellement envie de te mordre tout à l'heure… lui confia Einar en lui caressant les cheveux.

— Tu n'en as plus envie ? C'est parce que je suis une vraie catastrophe ?

Le fait qu'il provoque toujours l'hécatombe autour de lui devait être un véritable tue l'amour…

— Putain arrête de douter ! S'exclama son amant en lui donnant un coup de rein plus puissant que les autres. J'ai tellement envie de te mordre que ça me fait mal aux dents.

— Alors fais-le ! Je n’aime pas te voir souffrir.

Lui aussi se sentait tiraillé par une envie de mordre. Étant pas un grand adepte de la souffrance, même dans le sexe, ça lui avait été très difficile de l'admettre, mais si Einar le mordait, il pourrait se laisser aller à cette pulsion improbable à son tour.

— Tu es déjà bien assez amoché comme ça.

— Mords-moi nom d'un chien ! il avait crié et maintenant, Einar le regardait avec étonnement.

La surprise dans les prunelles chocolat se mua bien vite en amusement alors qu'Adam se mordait la lèvre inférieure en serrant fort les épaules de son amant entre ses mains.

— Ouh mais c'est qu'on est pressé ? Ça m'excite de te sentir tout tendu comme ça.

La main d'Einar vint courir le long de sa verge et il s'arque-bouta sous lui quand le pouce vint taquiner le gland sensible. Adam était maintenant à deux doigts de sangloter tant il était frustré.

L'Alpha faisait durer le plaisir, lui refusant la jouissance et maintenant il s'amusait à le torturer. Si ça ne se terminait pas maintenant, il allait exploser en larme tant la boule qu'il avait dans la gorge était grosse.

— S'il te plaît ! chouina-t-il pour - il l'espérait - la dernière fois.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Baise moi ! Mords-moi !

Le grand corps d'Einar se replia sur lui et ses mains, posées jusqu'à présent sur ses épaules, purent se nouer autour de sa nuque. Adam glissa son nez dans le cou de son amant, qui s'était lui aussi niché dans le sien en avant sous les coups de boutoir. L'alpha, qui avait volontairement maintenu un rythme lent et régulier pendant de longues minutes d'agonie semblait maintenant pris de frénésie.

Chaque claquement contre ses fesses semblait le faire décoller sur le matelas, ce qui ne l'empêcha pas d'être surpris quand son crâne butta contre la tête de lit.

Il glapit de surprise et ça sembla être le signal pour Einar qui planta soudain les dents dans son cou.

La douleur fut intense et alors qu'il se contorsionnait pour échapper aux dents qui le cisaillaient, il sentit sa propre mâchoire se déformer. Sans qu'il ne se rende compte de ce qu'il faisait, il mordit ce qu'il avait sous le nez, l'épaule de son compagnon et fut balayé par un orgasme fulgurant. Sa vision devint blanche et il étouffa ses cris de plaisir contre la peau toujours dans sa bouche.

Il sentit Einar frapper entre ses reins plusieurs fois encore puis ce fut le trou noir.

Quand la vague reflua et qu'il vit autre chose que le néant, Adam se rendit compte qu'ils étaient toujours dans la même position.

Lui dos au matelas, jambes écartées et Einar entre ses jambes, toujours fiché entre ses fesses et dans son cou. Lui-même avait les dents toujours profondément ancrées dans l'épaule de son amant et il ne put s'empêcher de couiner de douleur quand son visage repris forme humaine.

Einar avait dû faire la même chose que lui puisqu'il s'affairait maintenant à lécher son cou…. Adam loucha sur l'énorme plaie qui commençait déjà à cicatriser sur l'épaule droite de son amant et eut un instant de panique en voyant une goutte de sang s'échapper. Il l'a récupéra du bout de la langue, puis traça le sillon jusqu'à la blessure qu'il nettoya du mieux possible.

Une fois satisfait, il se rendit compte qu'Einar avait légèrement tourné la tête et le regardait maintenant en souriant, heureux.

Sans réfléchir, il posa ses lèvres sur les siennes et sursauta devant le goût du sang. Einar avait le goût de son sang… et lui-même devait avoir le sien dans la bouche.

Étrange.

Peu soucieux de ses scrupules, Einar approfondit le baiser et Adam le sentit à nouveau se mouvoir en lui. Il gémit, toujours très sensible et suça vivement la langue de son amant pour le faire s'écarter.

— Encore ?

— Résigne toi, trésor, j'ai tout le temps envie de toi.

Et Einar se fit un devoir de le lui prouver.

 

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