La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)
Chapitre 18
Adam était agacé. André était là, à siroter du café en vidant son stock de pain sans pour autant lui fournir d’explication. Au lieu de ça, il discutait de la pluie et du beau temps avec Sigurd. S’ils étaient venus chez lui pour se faire nourrir à l'œil, ils s’étaient clairement trompés d’endroit. Il posa une nouvelle baguette fraîchement décongelée sur la table et s’assit en faisant un maximum de bruit.
— Oh désolé Adam s’amusa Sigurd. Ça te gène que je sois là ?
— Oh ferme là… Qu’est ce qui va se passer André ?
— Rien que tu ne voudras pas. Tu es chez toi ici, au même titre que lui. Ne penses-tu pas pouvoir faire avec ?
Adam se mordilla la lèvre inférieure. Pouvaient-ils vivre côte à côte sans qu’il n’y ait d’incidence ? Devait-il déménager ? encore… déraciner Hugo alors qu’il s’était fait des amis ici ne lui plaisait vraiment pas. En plus, il avait fait sa vie ici, le village lui plaisait et sa maison…
Il se sentait bien ici. Einar n’avait pas le droit de venir et de tout gâcher, de tout lui prendre…
Non, il ne pouvait pas dire ça. Einar ne lui avait rien pris, puisqu’il n’avait déjà rien à la base. Il avait pensé que la meute serait sa maison, qu’Einar, en tant qu’Alpha le protégerait et qu’en tant qu’amant, il l’aimerait peut-être. Mais non. Ce qu’il avait pensé avoir, n’était que du vent.
Des idées folles.
Pouvait-il tout perdre à nouveau ? Non, il ne le permettrait pas. Il n’était plus seul maintenant, il avait des gens avec lui, des amis. Et son fils comptait sur lui. Einar ne pouvait pas venir ici et lui pourrir la vie. Il ne se laisserait pas faire.
— Si, on va y arriver.
André hocha la tête et finit son café avant de se lever, attrapant Sigurd par l’épaule pour l’emmener à sa suite. Le lycan eut beau chouiner, il se laissa faire par l’alpha. C’était toujours aussi amusant de voir ce gaillard de deux mètres obéir à des hommes plus petits que lui. Il l’avait oublié. Attention, André n’était pas un petit modèle, mais à côté de Sigurd, beaucoup de gens avaient l’air petit.
Il resta seul de longues minutes puis voulu attraper son portable, pour voir s’il avait des nouvelles de Philippe et Camille. Ils prenaient toujours le temps de lui envoyer des photos d’Hugo quand ils l’emmenaient en week-end. Adam le chercha pendant une demie seconde avant de se souvenir qu’il avait abandonné sa voiture sur la route entre Tardets et Larrau. Mince… Et s’il s’était passé quelque chose de grave avec Hugo ? Non, il ne devait pas s’en faire. Son oncle et sa tante avaient le numéro d’urgence de la mairie, si par malheur, il n’était pas joignable. Personne n’était venu le chercher aux premières lueurs du jour, c’est que son fils allait bien.
Mais quand même. Il attrapa une veste et un t-shirt, enfila des baskets et sortit dans le jardinet devant la maison quand il fut interpellé par le bruit d’un moteur.
Adam vivait tout au bout d’un chemin de montagne à deux kilomètres de l’entrée du village. Quand une voiture arrivait jusque-là, c’est qu’elle venait chez lui puisque le voisin le plus proche était à trois cents mètres, loin derrière de nombreux virages. Béatrice Lemichon était une femme qui avait l’air d’avoir au moins soixante-dix ans et qui vivait seule. Il allait souvent lui rendre visite pour qu’elle ne se sente pas isolée.
Même si elle ne conduisait plus, elle marchait beaucoup et gardait le pied très sûr malgré son grand âge. La voiture continua son ascension laborieuse en première vitesse et il fut surpris de reconnaître sa berline. Quelqu’un lui ramenait sa voiture ? C’était gentil. Il plissa les yeux pour apercevoir le conducteur - merci la super vision - et sentit sa pression artérielle grimper en flèche en voyant Einar.
Il fit demi-tour et s’enferma dans la maison. Il ne fermait jamais à clé, même la nuit, mais là, il barra la porte sans hésitation et voulu envoyer un message à André avant de se souvenir qu’il n’avait pas son portable.
Mince de flûte.
La situation n’était pas idéale. Il ferma rapidement les volets du rez de chaussée, mais n’eut pas le temps d’aller à l’étage pour faire de même. La voiture était déjà garée dans la cour et Einar avançait dans le chemin. Il s’assit dans son canapé et alluma la tv qui se mit à faire l’éloge d’un yaourt en montrant une femme nue…
Tout plutôt qu’Einar.
On toqua à la porte mais il ne répondit pas, se contentant de monter le son de la télévision.
— Adam ?
Il ne répondit pas.
— Je t’ai ramené ta voiture.
…
— Je vais laisser les clés devant la porte.
…
— Je t’ai vu fermer les volets. Tu comptes vraiment me laisser devant la porte et faire comme si tu n'étais pas là ?
Adam monta à nouveau le son de la télévision. L’écran avait beau lui hurler des pubs au visage, il entendait toujours Einar parler devant sa porte.
Fichue ouïe.
— Je voudrai juste te parler, t’expliquer.
— Dégage !
Il y eu un grattement à la porte.
— S’il te plaît, laisse-moi entrer. Ça fait cinq ans Adam, je t’ai cherché tu sais, mais tu avais simplement disparu.
C’en fut trop. Adam attrapa la première chose qui lui tombait sous la main, une lampe qui lui servait de liseuse et la jeta contre le mur. La base en porcelaine éclata au contact de la chaux recouvrant les murs alors qu’une gerbe d’étincelle jaillissait de la prise qui avait été arrachée sur le coup. Il poussa un couinement de surprise, mais aussi de peur, mais ce ne fut rien en comparaison de sa frayeur face au bruit affreux de la porte d’entrée arrachée de ses gonds.
— Tout va bien ? je t’ai entendu crier.
Einar se précipita dans le salon et s’immobilisa devant la porte de la cuisine, son regard passant de la lampe à Adam. C’était bien son oméga, assis sur le canapé de couleur crème. Ses cheveux étaient plus longs qu’avant et lui tombaient sur les oreilles et ses yeux bleus lançaient des éclairs.
— Qui t’a permis d’entrer ?!
— Tu as crié.
— Ça te donne une excuse pour entrer et casser ma maison ?
Einar regarda autour de lui pour se faire un aperçu rapide. Cette maison ressemblait à toutes les autres.
Toutes les maisons de la meute étaient construites sur le même schéma en plus ou moins grande taille selon le nombre de personnes. Mais celle-ci semblait plus lumineuse et accueillante. Enfin, si on omettait le regard mauvais d'Adam.
— Je t'ai cherché partout.
Adam avait les bras croisés contre son torse et restait assis sur le canapé, la cheville gauche posée contre son genou opposé. Tout en lui hurlait l'hostilité. Pourtant il n'avait qu'une envie le prendre dans ses bras pour se repaître de son odeur.
— Mais tu n'étais plus là.
Toujours immobile, Adam essayait de l'ignorer en faisant mine d'être fasciné par la télévision. Le téléachat pouvait parfois être addictif mais quand même.
— Personne ne voulait rien me dire.
A ce niveau-là, s'il réussissait à avoir ne serait-ce qu'un regard il pourrait s'estimer heureux. Quoique, la veine sur la tempe du jeune homme semblait à deux doigts de péter. Peut-être que s’il poussait un peu…
— J'étais inquiet. Tu n'aurais pas dû prendre la mouche comme ça.
Adam tourna légèrement la tête sans toutefois le regarder, serra les dents à se les briser et finalement se leva pour aller dehors. Einar le suivit des yeux et sentit les poils de sa nuque se dresser quand l'oméga passa près de lui. Il se posta dans l'entrée pour le regarder farfouiller dans sa voiture. Il en ressorti couvert de choses diverses, ses vêtements, un attaché-case, et son portable, sur lequel il pianota quelque chose avant de passer à nouveau sous son nez.
— Tu comptes m'ignorer longtemps ? C'est puéril Adam. J'ai fait une erreur il y a cinq ans. Il serait temps de passer à autre chose.
L'oméga s'immobilisa, tourna la tête vers lui et plongea ses billes bleues dans les siennes. Ses yeux étaient froids.
— Non.
Après ce simple mot, il le planta là et disparut dans les étages. Einar n'hésita pas un instant avant de poser un pied sur la première marche pour rejoindre Adam. Pourtant au lieu de monter, il regarda les photos qui jonchaient le mur de l'escalier.
La première montrait un vieux portrait d'un couple avec un bébé. Sûrement les parents d'Adam avec ce dernier. Il y avait ensuite Adam avec ses amis tenant une coupe près d'un podium. Ils étaient tous en maillot et il put reconnaître Benoît dans les bras d'Adam, vu leurs têtes ça devait dater du collège. Venait ensuite une photo de tous les cousins d'Adam où il n'était pas dessus. Une photo de Sigurd avec Adam, puis une photo d'Adam tenant un bébé dans une petite couverture bleue. Des photos de gens qu'il ne connaissait pas avec Hagen et le bébé, puis encore d'autres photos, mais il ne montait plus pour les regarder.
La photo d'Adam avec Hagen et le bébé lui piquait les yeux. Il le décrocha du mur pile au moment où André se carrait dans l'encadrement de la porte.
— Repose cette photo et suit moi. Tu n'es pas désiré dans cette maison. En plus je te cherchais. Nous avions rendez-vous ce matin.
Einar reposa le cadre en bois blanchi sur l'escalier, un peu perdu et un peu en colère. Il avait des choses à voir avec son ami qui visiblement avait oublié de lui parler de certaines choses.
— Faut que je voie Hagen.
— Non, il faut que tu honores ton rendez-vous avec ton Alpha.
— Non, je rends service à Erroymendi. Nous sommes deux Alphas et je te respecte, mais en ce qui concerne les affaires de ma meute, je suis seul maître à bord.
André pinça les lèvres pour s'empêcher de grogner. Il le savait parce qu'il devait faire pareil. Avoir un autre Alpha sur son territoire n’était pas quelque chose de facile et ils devaient tous les deux faire preuve d’une très grande diplomatie pour cohabiter sans avoir envie de s’écharper. Du moment où il avait quitté la meute, il n’était plus un jeune sous la responsabilité d’André mais un alpha avec ses propres membres. La situation n’était plus la même, quand bien même ils étaient tous d’anciens membres de cette meute.
— Beaucoup de choses ont changé ici, je veux t'expliquer le fonctionnement avant que tu ne décides si oui ou non tu veux devenir le prochain alpha de cette meute. Ça ne sert à rien de faire du mal autour de toi si c’est pour repartir demain.
— Mais de quoi tu parles. J’ai vécu ici presque toute ma vie.
— Huit familles se sont installées en deux ans et nous avons cinq cas en étude de projet. Le village est autosuffisant énergétiquement parlant grâce aux panneaux solaires et au moulin hydraulique. Nous avons installé un wifi collectif ainsi que des jardins partagés et une boulangerie participative qui produit cent kilos de pains par semaine. Nous espérons être autonomes dans les années à venir. Les Leclerc, en plus d'avoir deux enfants, vont assurer l'entretien des panneaux solaires et la formation d'apprentis.
— Des panneaux solaires ?
— Oui. Nous faisons en sorte d'attirer un maximum de couple avec enfants pour maintenir l'école ouverte. Adam a apporté de nombreuses idées novatrices. Il a émis l'idée de développer notre propre filière à viande.
Adam était donc bien implanté dans ce village et apportait des idées avec lui.
— Et comment comptez-vous faire ce miracle ?
— Aucune idée. Tu sais bien que c’est impossible. Mais ce garçon fourmille d'idées, ce qui pousse les autres à en faire de même. La meute en est grandie. Simon a bien fait de nous l’envoyer. Il a conquis tout le monde.
Oui, ce petit oméga avait semble-t-il le pouvoir de bien s’intégrer. Il l’avait constaté dans sa propre meute. Et la façon dont il avait purement et simplement disparu, pour réapparaître des années plus tard dans sa meute d’origine. C’était tellement sournois de la part de Simon d’avoir envoyé Adam dans le seul endroit où il ne mettrait pas les pieds.
Si Patxi n’était pas parti, il n’aurait peut-être jamais su où le trouver. Et niveau sournoiserie, Hagen n’était pas en reste. Ce sale petit cloporte l’avait vu chercher Adam pendant des mois mais s’était bien gardé de lui dire qu’ils étaient restés en contact.
Il avait envie de trouver Hagen et de lui tordre le cou.
Comment avait-il pu lui faire ça ?
Il écouta André lui faire son compte rendu des changements survenus au fil des ans d’une oreille distraite et quand il put enfin filer pour retrouver le soigneur, il tomba sur Sigurd et Alvin.
— Tu cherches Hagen ? tu viens de le rater.
— Quoi ?
— Il vient de partir pour sa première garde à Mauléon.
Comme par hasard.
Son ami était très malin, il ne pouvait pas le lui retirer. Cependant, il ne pourrait pas l’esquiver très longtemps.
Il devrait faire face à son Alpha et affronter les conséquences de ses mensonges.
— Je suis allé chez Adam lui rapporter sa voiture. Vous ne devinerez jamais ce que j'y ai trouvé.
— Adam ?
Sigurd avait l'air content de son mot d'esprit. Ça lui donnait envie de l'étrangler mais Alvin arborait aussi un air niais qui lui fit lever les yeux au ciel.
— Raahh ! vous me fatiguez tous les deux.
Alvin se rapprocha de lui.
— Alors vous avez pu parler ?
— Il m'a claqué la porte au nez.
Sigurd s'éloigna, le laissant avec son bêta.
— Étrange.
— Tu trouves aussi ?
— Oh oui, moi je t'aurai frappé avant de fermer la porte.
— Que tu es mélodramatique !
— Pourquoi tu voulais voir Hagen ?
— Ça me regarde.
— Bon ben sur ces bonnes paroles je vais moi aussi aller voir Adam.
Einar pinça les lèvres mais se décida à ne rien dire. Si son bêta avait une ouverture, il en profiterait pour s'engouffrer dedans lui aussi.
Adam venait de finir de bricoler sa porte quand Alvin se présenta à lui sous sa forme de loup. Bien qu'il ne l'ai pas vu d'aussi près depuis longtemps, il n'eut pas de doutes.
Le lycan resta assez loin, dans un premier temps, adoptant une attitude d'observation jusqu'à ce qu'Adam soupire.
— Tu veux une gamelle d'eau ou un café ?
La queue du loup fauve s'agita de droite à gauche, tordant tout son corps dans la manœuvre. Il avait l'air d'un gros chien trop heureux, c'était ridicule. Alvin avança vers lui avec hésitation, donnant l'impression un peu sotte d'un chat marchant sur de graviers pointu. Adam s'accroupit et ouvrit ses bras. Le loup n'hésita pas et se jeta dans son étreinte, les faisant tomber tous les deux dans l'herbe.
— Doucement. Franchement qu'est-ce que vous fichez ici ? Ma vie n'était pas assez compliquée sans que vous ne veniez y fourrer votre nez ?
Le loup couina en prenant une tête de chien battu.
— T'es pas crédible. Entre j'ai des fringues dedans.
Le loup n'hésita pas et trottina à l'intérieur, ses griffes cliquetant au tempo de ses pas sur le parquet massif en bois sombre. Il s'assit en plein milieu du salon et resta là, embrassant la scène d'un critique. Adam passa vite fait dans la cuisine et revint avec un saladier plein d'eau.
— Tu veux du café dans ton eau ?
Le loup sembla rire de lui avant que tout son corps ne craque pour laisser place à Alvin en chair et en os. Le bêta se rapprocha de lui et le surplomba, réclamant son cou.
— Ton odeur a un peu changée depuis tout ce temps. Ça fait du bien de se voir.
— Hmm oui.
Et c'était vrai, ça faisait plaisir de voir Sigurd et Alvin… il était bien content de pouvoir les sentir et se serrer contre eux, comme avant. Ça avait un goût de l'enfance - même s'il n'avait que vingt-trois ans - un peu comme les marshmallows, mais avec un arrière-goût acide.
Sa rencontre avec la meute était aussi un rappel à la fin d'un pan de sa vie. La fin de l'enfance.
— Comment tu vas ?
— Un peu chamboulé pour l'instant. Tomber sur Einar… excuse-moi mais j'avais prévu de ne jamais le revoir. De vous revoir.
— Mouais… tu aurais un futal ?
— Dans la malle là-bas.
Il pointa l'entrée du doigt. Alvin fouilla quelques instants dedans avant de porter un t-shirt blanc et un pantalon de yoga gris. Le bêta se laissa tomber dans le canapé et attrapa le cadre posé sur la table basse. Adam savait exactement ce qu'il contenait puisqu'il l'avait posé là quelques minutes plus tôt seulement.
— C'est pour ça qu'Einar était énervé après Hagen ?
Il avait trouvé le cadre dans l'escalier et s'était demandé si celui-ci était tombé quand l'Alpha avait enfoncé sa porte, mais à priori non.
— Qu'est ce qu'il a dit ?
— Rien. Je ne rentrerai pas dans vos affaires. Je ne l'ai pas fait à l'époque, je ne le ferai pas maintenant.
Oui quand Alvin avait surpris la conversation téléphonique entre Hagen et Adam, il avait arraché le combiné de l'oreille du soigneur pour lui parler. Il lui avait juste demandé de ses nouvelles. Il ne voulait rien savoir de plus que son état de santé. Même si ça pouvait paraître bizarre, Adam en avait été très touché. Quand il s'en était ouvert à Simon, l'Alpha lui avait expliqué qu'Alvin avait sûrement agi comme ça pour ne pas avoir à mentir à Einar et ainsi se rendre en quelque sorte victime de trahison.
Alvin louchait sur la photo d'Hugo accrochée au mur, faisant monter sa nervosité d'un cran. Paulette avait immédiatement vu la ressemblance entre Hugo et son père. L'ayant élevé, c'était peut-être normal, mais tout le monde était-il capable de voir cette similitude.
— Il a tes yeux.
Adam recommença à respirer, se rendant compte par la même occasion qu'il avait retenu son souffle. Hugo avait les yeux gris et non bleu, mais ils avaient la même forme.
— C'est mon fils.
Il avait conscience de pouvoir paraître fier, mais son fils illuminait sa vie. Alvin hocha de la tête et l’observa en souriant.
— Tu as réussi à te libérer de la famille de tes tuteurs pour finalement t'en construire une à toi. C’est cool. Il a l’air mignon, il me tarde de le rencontrer. Et du coup, tu fais quoi maintenant ?
— Je suis apprenti notaire à Tardets.
— Pas véto finalement ?
— J’ai essayé avec les vaches, elles avaient peur, les chiens et les chats c'est mort. Je n’ai pas essayé les NAC.
— Les nac ?
— Les furets, les lapins…
— Les furets sont assez téméraires pour te sauter à la gueule, le lapin aurait fait une crise cardiaque.
— Hmm. Donc j’ai changé de voie. Mais tu savais que j’étais à Bordeaux avec Seb.
Après avoir changé de cursus scolaire, il s’était retrouvé à partager un appartement avec Sébastien le temps que sa grossesse ne se voit. C'est à dire à peine un petit mois. Finalement, quand sa grossesse avait été diagnostiquée, il avait dû déménager et s’isoler. Il avait dit à ses amis qu’il repartait pour six mois en voyage. Les grossesses masculines n’étaient déjà pas courantes, mais pour un mordu, c’était encore plus rare. D’où le fait que Simon et Hagen n’y aient pas pensés tout de suite.
— Mais avant d'aller à Bordeaux ?
— Hum. On est curieux ?
— Crache le morceau. Einar t'a cherché partout.
— Ah bon ?
Hochement de tête.
— J'étais à Hydra, en Grèce. Ma famille possède une maison là-bas.
— Les cathos ?
— Non, du côté paternel.
Enfin théoriquement, son oncle Pierre était aussi du côté paternel, puisqu'il était le cousin germain de Philippe et Paul. Mais étant marié à la sœur de sa mère, il le considérait comme faisant partie de sa famille maternelle.
— Cool.
— Moui. Je savais qu'on avait de l'argent, mais en fait on a vraiment vraiment beaucoup d'argent.
— Pourquoi tu bosses en tant qu'apprenti notaire alors ?
— Pour apprendre la valeur de l'argent à mon fils.
— Oh oui et d'où il sort ton fils ? Il a quel âge d'ailleurs.
— Quatre ans. Il les a fêtés en début de mois. Il est chez mon oncle et ma tante à Biarritz. Ils le ramèneront demain.
— C'était eux en Porsche hier ?
— Ahh tu les as vu ?
— Dur de les rater avec une caisse pareille au fin fond de la Soule. Une Porsche Panamera quoi… tout le monde les regardait. En plus excuses-moi mais ta tante ça a l'air d'être un sacré personnage.
— Elle te plaît ?
Ils avaient dû finir leur relation avec Sigurd. Finalement, aujourd'hui, il avait plus discuté avec Alvin qu'avec Sigurd.
— Faudrait être difficile. Peut-être un poil vieille…
— Genre vous avez à quelques années près le même âge.
— Je suis bien conservé. J'en fais trente.
— Elle aussi, ricana Adam.
Sa tante utilisait du botox, même si elle restait heureusement assez naturelle. Elle aurait été horrifiée si elle avait entendu le bêta parler d'elle ainsi.
— Oui mais moi c’est naturel.
— T’es un lycan… elle est humaine. Je pense qu’elle gagne. Elle a une hygiène de vie remarquable, contrairement à toi.
— En quoi je manque d’hygiène de vie ?
— Tu ne manges que de la viande et des gâteaux, on fait mieux comme équilibre.
— On verra ce que tu diras quand ton fils arrivera à l’adolescence. En attendant, tu ne m’as pas dit d’où il venait. Aux dernières nouvelles, tu étais gay.
— Tu veux que je t'apprenne comment on fait les bébés ? Alors le monsieur met son…
— Ça va, arrête. Économise-toi pour plus tard. Tu en auras besoin pour Einar.
Sigurd pointa la photo d’Hugo du doigt et Adam grimaça.
— Il s’appelle Hugo.
— Oh pardon, il ressemble tellement à son père que ma langue a fourché.
Adam s’assombrit d’un coup, toute nervosité envolée. Il vint se placer devant Alvin, sur le canapé.
— Tu as intérêt à la fermer Al. Je ne vous ai pas demandé de venir. Si je me suis installé ici, c’est justement parce que vous n’étiez jamais censé revenir sur ce territoire. Alors maintenant, tu vas sortir de chez moi.
— Calme toi moustique, je me fiche de tes histoires avec Ein, je voulais juste te dire que si je l’ai compris, d’autres le comprendront aussi, si ce n’est pas déjà fait.
— Les gens concernés sont au courant.
— Mais pas Einar.
Adam releva le nez, carrant les épaules.
— Einar n’a rien à voir là-dedans. On ne devient pas père parce qu'on a tiré un coup, une nuit.
— C’est vrai. Tu as quelque chose à manger ?
À deux doigts de perdre son calme une seconde avant, Adam se dégonfla comme un ballon de baudruche. Alvin avait le don de désamorcer une situation qu’il avait lui-même créé.
— Quel pique assiette. Ta mère cuisine sûrement quelque chose pour toi en ce moment même. Ingrat.
— J’ai vu ma mère il n’y a pas longtemps. Toi ça fait cinq ans au moins.
— Quatre ans et demi et on ne se connaissait que depuis un mois. Je pense que tu en fais des tonnes.
— Et c’est moi l’ingrat. Tu sais que tu as durablement marqué notre petit cercle ? Einar n’a jamais accepté personne à Périgueux et quand tu as disparu, il t’a cherché pendant des mois.
— Il m’a chassé comme une merde.
— Il est con, dit-il comme si c'était une bonne explication, mais j’ai l’impression qu’il n’est pas le seul.
Pauvre type. Il était là, dans son salon à prendre ses aises et à l’insulter alors que lui de son côté, se faisait un sang d’encre. Cette situation était intenable… Mais paradoxalement, ça lui faisait du bien de parler avec Alvin et que celui-ci ne le lapide pas.
— Alors tu as quelque chose à manger ?
— J’arrive avec la bouffe ! s'égosillait Sigurd en franchissant la porte d’entrée qui ne fermait plus et qui tomba sur le plancher dans un bruit d'enfer.
Einar avait fait sauter le chambranle et il allait devoir faire venir quelqu’un pour la réparer…
— Ce n’est pas moi, couina Sigurd d’un air piteux.
— T’en fais pas ce n’est pas toi.
— Ah ?
— Einar est semble-t-il passé, l’informa Alvin.
— Rahhh, mais on lui avait dit de ne pas en faire des caisses.
— En même temps il n’en fait toujours qu’à sa tête.
Adam les laissa à leur conversation, peu désireux de s’en mêler et débarrassa Sigurd de son grand panier. Il disparut dans la cuisine et enleva l'alu pour découvrir un grand plat de bœuf bourguignon avec un saladier de riz. Vu la quantité, elle avait soit prévu de le nourrir plusieurs jours, soit compris que son espace vital était envahi par deux énormes lycans. Quelle femme éblouissante. En même temps, elle connaissait ces deux énergumènes depuis longtemps.
Il mit le tout dans le micro-onde pour le réchauffer et commença à mettre la table dans le salon. Il n’y aurait pas assez de place sur la petite table de la cuisine. Les deux squatteurs ne bougèrent pas d’un pouce, le regardant dresser la table comme si c’était normal. Même son fils de quatre ans était mieux élevé qu’eux.
Quand la sonnerie du micro-ondes retentit, il posa les deux plats sur la table et annonça d'une voix morne.
— À table.
S'en suivit une cavalcade bruyante alors que les deux hommes étaient à peine à trois mètres… un talent rare. Il plissa les yeux en les voyant se mettre à table et eut soudain une révélation.
— Où logez-vous ?
— Chez nos parents.
Sigurd s'était servi le premier et parlait la bouche pleine. Adam avait une vision très claire de son avenir si Alvin, Einar et Sigurd n’avaient pas très vite une maison à eux. Ils allaient envahir sa maison pour ne pas avoir à passer trop de temps avec leurs parents. Il devait très vite contacter André pour libérer une des maisons vides. Il n’y en avait pas beaucoup de disponible car chaque maison non attribuée servait de débarras ou de stockage.
Mais là, ils faisaient face à une situation d’urgence absolue.
Hugo rentrait demain, il ne pouvait pas arriver et trouver deux inconnus dans son salon. C’était inenvisageable. Il allait faire part de son avis sur la question quand la voix d’Einar se fit entendre dans l’entrée.
— Qu’est-ce que vous fichez là vous deux ?
Et lui ? avait-il envie de crier. C’était à Einar de quitter les lieux.
— On mange, et toi ?
Alvin agissait comme si de rien était alors qu’Adam, installé dos à la porte s’était crispé de tout son être.
— Je viens réparer la porte.
Adam se retourna après avoir repris contenance et réussit à garder un œil froid quand il le posa sur l’Alpha. Einar avait enfilé un polo bleu clair qui faisait ressortir ses cheveux noirs, plus courts que dans son souvenir. Il tenait la boîte à outils de son père à la main et la leva, comme pour appuyer ses paroles.
— Tu as faim ? ma mère a fait un bourguignon.
— Ah oui, merci.
Einar posa la boîte à outils et s’installa à table, attendant visiblement qu’on lui serve une assiette. Adam se leva, attrapa ses clés de voiture, son portable et son portefeuille et quitta la maison sous le regard ahuris des trois lycans. Il était hors de question qu’il supporte ça.
Il était chez lui mais tout le monde avait l'air de s'en foutre.
Deux minutes plus tard, il était en chemin pour aller récupérer lui-même Hugo à Biarritz. Passer du temps avec son oncle et sa tante à se faire dorloter ne pouvait pas être un mal. D’ici son retour, les trois envahisseurs auraient sûrement compris le message. Il en profita pour appeler André et lui expliquer la situation.
***
Einar entendit les pneus de la voiture crisser sur les gravillons de l’allée et observa ses deux subordonnés les sourcils froncés.
— Pourquoi vous êtes là vous deux ? Vous pouviez manger chez vous. Vous l’avez fait fuir.
Alvin s’essuya la bouche avant de reposer sa serviette en un tas informe sur la table.
— Non, il est parti quand tu es arrivé. Il faudrait peut-être mettre les choses au clair entre vous avant de te pointer comme une fleur ici.
— C’est bien pour ça que je suis là.
— Et qu’il n’y est pas, s’amusa Sig en curant son assiette avec le doigt.
— Je vais le poursuivre jusqu’à ce qu’il m’écoute.
C’était sa seule option, même si ses amis le regardaient comme s’il était fou. Que pouvait-il faire d’autre ? Maintenant qu’il avait trouvé Adam, il ne le laisserait pas filer. Il avait mis du temps à le comprendre, trop de temps même, mais Adam était spécial pour lui. Le temps que l’omega avait passé loin de lui était terminé. Il était temps qu’ils fassent les choses bien.
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