La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)
Chapitre 21
Le lendemain, Adam se réveilla fourbu, mais dans son lit. Il tendit le bras pour tâter la place à côté de la sienne et fut étrangement déçu d’être seul. En même temps, coucher avec Einar hier soir alors que son enfant agonisait dans son lit… il était vraiment le pire des pères… C’était une telle mauvaise idée qu’il avait envie de se taper la tête contre les murs.
Comment avait-il pu faire ça… Einar était le pire des hommes pour lui. Paradoxalement, il ne se souvenait pas être monté dans sa chambre. Il se pencha et renifla le coussin près du sien. Il portait bel et bien la fragrance de l’Alpha.
Quand il se releva, il grimaça en sentant sa peau tirailler à chacun de ses mouvements. Il avait vraiment besoin d’une douche. Il enfila son peignoir en éponge et passa la tête dans l'entrebâillement de la porte de son fils. Il commença à paniquer en constatant qu’elle était vide avant d’entendre un rire en provenance du rez-de-chaussée. Hugo était en bas.
Il se précipita au rez de chaussée et resta interdit en voyant Einar avec le petit dans la cuisine. Il avait trouvé les restes de nourriture dans le frigo et avait réussi à en faire un petit déjeuner complet.
— ...et le chocolat il est dans le placard sous le micro-ondes, le guidait l'enfant. Bonjour papa. Einar il me fait le chocolat.
— Bonjour mon chat, je vois ça.
Einar abandonna la recherche du chocolat en poudre pour le regarder des pieds à la tête. Si un regard avait pu le déshabiller, il serait nu dans sa cuisine. Il réajusta son peignoir, bien conscient d'être nu comme ver en dessous et se mit à rougir.
— Bonjour Adam. Bien dormi ?
Immédiatement des flashs delà nuit passée lui revinrent en force et il bredouilla, affreusement gêné.
— Oui oui… Bonjour. Je vais aller me doucher.
— J'y suis allé en premier mais il devrait rester assez d'eau chaude pour toi.
— C'est… gentil ?
Devait-il se montrer reconnaissant de pouvoir utiliser sa propre douche… il tourna les talons et remonta à l'étage. Il se récura minutieusement frottant tous les résidus collés à lui et se laissa la buée remplir la pièce. Son gel douche au bois de sauge était assez prenant pour masquer l'odeur d'Einar, du moins jusqu'à qu'il se rende compte que ce dernier s'était essuyé avec sa serviette.
Encore humide, elle sentait l'Alpha.
Après une brève hésitation, il continua à se sécher et enfila des vêtements propres. On avait beau être mardi, il avait du travail, même s’il ne se rendait pas au cabinet. Des recherches à faire pour des dossiers en cours. Il n’avait pas transporté les dossiers hors du cabinet, pas besoin. Un nom, un lieu de naissance et maintenant, il devait retrouver les héritiers en remontant les extraits de naissances. C’était un travail pénible pour certains, mais il aimait bien les recherches généalogiques.
Finalement il retourna à la cuisine après avoir enfilé un pull léger à même la peau et un jean confortable au moment où Hugo était pris d’une quinte de toux horrible. Adam se précipita vers le sac en papier contenant les médicaments.
— Je lui ai déjà donné ses médicaments il y a une heure.
— Le sirop il est bon, c’est mon préféré.
Adam s’approcha de son fils et déposa un baiser sur le dessus de son crâne, dans ses cheveux bruns. Ils étaient tout doux et il soupira de bonheur en se gorgeant de son odeur. Bien qu’il n’ait pas pris de bain la veille, il sentait bon. Einar avait pensé à donner les médicaments au petit et lui avait également permis de faire la grasse matinée. Il était huit heures passées, normalement à cette heure-ci, Hugo avait déjà sauté sur son lit pour le réveiller depuis au moins une heure et demie.
— Tu as fait la grasse matinée mon chat ?
— Non, quand je suis venu te voir, tu dormais et Einar m’a dit de pas te réveiller alors il m’a donné un gâteau.
— D’accord, merci Einar d’avoir pris soin de mon fils.
— Pas de soucis, si je dois prendre soin de ce caïd autant qu’on apprenne à se coordonner tout de suite.
— Tu veux jouer avec moi à trap-trap ?
— Non Hugo, tu viens de manger.
Le petit garçon bouda puis il dut avoir une illumination puisqu’il s’égailla soudain.
— Tu avais dit que tu me ferais une ferme.
— Quand tu iras mieux. Demain après-midi ou jeudi.
— Mais je vais bien là ! cria l’enfant.
Adam le dévisagea et Hugo retomba comme un soufflet sans qu’il n’ait besoin de dire quoique ce soit.
— Mais il avait dit qu’il le ferait, chouina-t-il quand même pour la forme. Je peux faire de la peinture alors ?
— Oui, va chercher ta palette de couleur, je te sors un verre d’eau et des feuilles. Mais pas de bêtises.
Hugo sortit de table et fila dans les escaliers pour prendre ses gouaches dans sa chambre. Pendant ce temps il sortit une dizaine de feuilles blanches et remplit un gobelet en plastique d’un fond d’eau. Il posa le tout sur la table de la salle à manger et retourna à la cuisine pour s'asseoir à la table ronde à côté d’Einar. Là où il était placé, il avait une vue parfaite sur la chaise pourvue d’un rehausseur.
Il pensait que l’Alpha se décalerait un peu, de façon qu’ils aient plus de place, mais il ne bougea pas d’un pouce. Collé l’un contre l’autre dans cette petite cuisine, ils devaient avoir l’air ridicule, pourtant Einar semblait heureux comme un roi. Et lui qui pensait qu’il s’était enfui après avoir couché avec lui, comme la dernière fois… Il s’était montré injuste.
Pourtant il ne culpabilisait pas et il en voulait toujours à l'alpha… même s’il avait une étrange façon de le lui montrer.
— T’es-tu assez reposé ? tu aurais pu dormir plus.
Adam se servit un café et deux tranches de brioches qu’il posa dans une petite assiette. Il avisa le caramel en tube et en versa une bonne dose sur les tartines avant d’en prendre une, la plier en deux et la tremper dans le café encore tiède, distraitement.
— Ça faisait longtemps que je n’avais pas dormi si tard. Merci.
Einar se pencha vers lui et eut la délicatesse d’attendre qu’il ait avalé son pain perdu avant de demander.
— Pas trop douloureux au réveil ?
Il pinça les lèvres et prit sur lui pour ne pas réagir.
— Non, ça va.
— Je vais devoir y aller plus fort ce soir, alors.
Il devait être écarlate. Pas moyen autrement. Il respira profondément pour s’obliger à se calmer et repensa à leur histoire pour empêcher son cœur de s’affoler.
— A vrai dire je pensais que tu aurais disparu en me levant ce matin. Ça aurait peut-être été mieux d'ailleurs.
Le sourire de l’Alpha se fana un instant puis il plaça sa main sur celle avec laquelle il tenait son bol.
— Je ne partirai plus, Adam. J’ai été trop con pour comprendre la première fois mais je me suis rendu compte de mon erreur quand je t’ai perdu. Pas deux fois. C’est le destin.
— Quoi ça ?
— De te retrouver ici, dans ma meute de naissance.
— Mmh… Je pense plutôt à un sale coup de Simon et Hagen.
— Un sale coup ? ce n’est pas très gentil. On n’a pas été si sale que ça. Tu pourras vérifier, j’ai respecté ton canapé comme tu le voulais.
Il détourna le regard sous prétexte d'observer Hugo qui peignait à quelques mètres, très concentré. C’était tellement gênant et petit de sa part de ressortir ses paroles en les changeant de contexte…
— Ne dis pas des trucs comme ça, si Hugo t’entendait…
— Il est trop loin et en plus, il ne saura pas de quoi on parle.
L’avantage, avec un enfant de l’âge d’Hugo, c’est que tant qu’il n’aurait pas eu sa première transformation, les inconnus seraient incapables de le différencier d’un enfant humain. Seule son odeur, couverte de celle des lycans qui vivaient près de lui permettait de lui assurer la reconnaissance de ses aînés. Étrangement, même après être devenu un lycan, il avait été très surpris de savoir que les vampires, les métamorphes, les médiums et autres créatures surnaturelles existaient aussi… Le fait que les jeunes lycans ne se transforment qu’à partir de la puberté était une question de survie jusqu’à ce que toutes ces créatures arrêtent de se battre entre elles. Maintenant, elles arrivaient à coexister pacifiquement, mais cette protection de l’évolution de l’espèce s’avérait être bénéfique pour eux aujourd’hui.
Quoique… si comme il venait de l’affirmer, Einar ne comptait pas fuir, il faudrait peut-être le mettre au courant de sa paternité… dans tous les cas, il était bien trop tôt pour se perdre en conjecture.
— C'est un enfant très intelligent.
— Oui j'ai remarqué. Il m'a demandé si on allait se marier.
Adam rigola jaune en touillant le liquide dans son bol et fourragea à dans des cheveux. Ils avaient drôlement poussé… D’ailleurs, toute sa pilosité avait poussée depuis qu'il avait arrêté la natation… avant, Marie prenait un malin plaisir à le coiffer et à lui épiler les jambes et les bras… mais maintenant…
Est-ce qu'Einar avait été dégoûté par son corps masculin ? Par ses poils ? Devait-il recommencer à s'épiler ? Rose pourrait sûrement lui rendre ce service… une commère sadique comme elle, elle prendrait sûrement son pied en ruinant son stock de biscuits avant d'aller tout raconter au reste des filles… peut-être Cédric…
— Tu penses à notre mariage ?
Il dévisagea Einar, détaillant son visage viril.
— On a couché ensemble une fois, calme toi… et c'était une erreur.
— Mais j'ai aimé ça et je compte bien continuer.
S’il continuait à se rapprocher de la sorte, il allait finir assis sur ses genoux. La main d'Adam était toujours dans celle de l'alpha. Quand il tenta de la récupérer, ce dernier l'agrippa fermement et la porta à sa bouche. L'oméga essaya de se dégager mais Einar le tenait bien.
— Arrête ça. Qu'est-ce que tu fais ?
— Vu que tu as pris une douche, il faut bien que je te marque autrement.
— Arrête de faire des trucs bizarres devant Hugo.
Il l'avait déjà dit, mais l'alpha semblait n'en faire qu'à sa tête.
— Il m'a trouvé dans ton lit et à priori quelqu'un lui a dit que c’étaient les amoureux qui dormaient ensemble et que les amoureux se mariaient. Tu ne voudrais pas décevoir ton fils qui était si joyeux à l'idée que son papa ait un amoureux.
— Va expliquer la différence entre un coup d'un soir et l'amour à un enfant de quatre ans… je pensais qu'un truc comme ça t'aurait fait fuir.
Du moins, ça avait fait fuir le seul mec qu'il s'était permis de ramener chez lui en quatre ans. Le gars s'était proprement évaporé quand l'enfant lui avait demandé s'il était son nouveau papa. Évaporé non sans lui avoir craché au visage qu'il était "un grand malade" pour avoir tenté de le piéger avec un enfant… En effet, ça avait été particulièrement bête d'emmener un homme à la maison alors que la baby-sitter de la meute de Bordeaux avait dit qu'elle ramènerait le louveteau avant de partir travailler et donc à huit heure et quart du matin.
Il n'avait jamais recommencé.
En fait, il n'avait plus couché avec personne depuis cet incident déplorable. L'acte en lui-même n'avait pas été déplaisant, mais l'après s'était révélé trop violent et pour lui et pour Hugo. Très très mauvaise idée.
Et voilà qu'il recommençait, et avec le père dudit enfant en plus. Ça ne pouvait que mal finir. Il ne devait surtout pas s'accrocher comme la dernière fois. Einar et lui avaient couché ensemble mais il devait bien se rappeler que l'Alpha préférait les femmes et qu'il le remplacerait à la première occasion.
Il allait en profiter le temps que ça durerait en faisant attention à préserver Hugo et Basta.
Il attrapa son visage entre ses mains et soupira au-dessus de son bol. C'était ridicule et utopiste. Il y a deux secondes il s'affirmait à lui-même que ce n'était qu'un coup d'un soir et maintenant, il se promettait de ne pas s'accrocher.
Il était pathétique.
— À quoi tu penses.
Einar l'interrompit dans le cours de ses idées noires.
— On est en train de faire une grosse bêtise. Je voudrai que tu t'en aille avant que ça ne devienne encore plus compliqué.
Adam ne pouvait pas juste avoir un plan cul occasionnel avec Einar, c’était juste impossible, il était bien trop fleur bleue pour ça. Quand il avait commencé à fréquenter Benoît, il s’était vu passer sa vie avec, une belle maison, une clinique vétérinaire et kiné au rdc, des enfants, un chien… Et après il avait rencontré Einar et il s’était imaginé la vie avec lui, la meute, les courses, les chasses, les enfants. S’il continuait comme ça, il allait commencer à planifier le mariage dans sa tête alors qu’Einar était un Alpha un peu libertin, pas le genre à s’encombrer.
C’est d’ailleurs pour ça qu’il l’avait fui au lendemain de cette fameuse nuit. Adam s’était fait des idées, l’avait harcelé au téléphone avant de se précipiter pour rompre avec son copain, qu’il avait trompé au passage. Il avait ensuite débarqué chez Einar sans même le prévenir pour le trouver avec une femme… Il avait blâmé l’Alpha depuis des années, mais le problème venait en fait de lui et de lui seul.
S’ils continuaient comme ça, Einar allait se rendre compte qu’il était totalement détraqué et allait prendre ses jambes à son cou. Et qui souffrirait encore d’être une anomalie, lui. Un coup sur le front le fit sursauter.
Einar était penché sur lui, et au vu de la position des doigts, venait de lui envoyer une pichenette en plein front… Adam le regarda avec les yeux écarquillés, choqué par l’absurdité de ce geste.
— Non, je ne vais pas faire ça.
— Quoi ?
— Tu étais tellement loin dans tes pensées que tu ne m’entendais même plus. Je te disais que nous n’allons définitivement pas faire ça. Je te l’ai dit, je t’ai, je te garde. Rien à foutre de ce que tu dis, de ce que tu penses. Je vais chercher mes affaires et je m’installe dans ton lit.
Adam ouvrit les yeux encore plus grands, si c’était possible. Einar se pencha dans son espace vital.
— Et je vais te baiser si fort toutes les nuits que tu ne pourras pas oublier que je suis là.
— Si tu dis des trucs comme ça, je ne vais pas pouvoir m'empêcher de penser aux fleurs du mariage, railla-t-il pour essayer de reprendre contenance.
— Ouais, fais ça.
Einar semblait mortellement sérieux et continua à le regarder droit dans les yeux jusqu’à ce qu’Hugo vienne lui montrer le paysage qu’il venait de peindre, mettant fin à l’instant suspendu entre eux.
La feuille détrempée représentait un champ de carottes géantes, qui s'avéraient être des arbres, un soleil et une maison. C’était un beau dessin qui méritait sa place sur le frigo. Adam l’attrapa et le suspendit à une cordelette tendue entre les deux montants de la fenêtre. Depuis qu’Hugo s’adonnait à sa passion pour la peinture, il devait régulièrement faire sécher ses œuvres. Heureusement, sa tante avait eu le même cas avec Rebecca et Adam n’avait eu qu’à reprendre son astuce.
***
La journée passa étrangement vite. Einar s’en alla un moment, puis revint avec un gros sac, flanqué du reste de sa meute. A priori, quand il avait parlé de s’installer avec lui, il ne s’agissait pas de paroles dans le vent. Qu’en serait-il de cette nuit ? Il ricana de ses pensées salaces avant de se taper le front contre une porte.
Hugo avait réussi à entraîner Sigurd et donc Alvin dans une partie de bazar bizarre, le laissant en tête à tête avec Einar et Hagen. Il avait pris son ordinateur portable et s’était installé au salon pour travailler. Arriver à faire abstraction des bruits était un talent qu’il cultivait depuis très longtemps, Sigurd pouvait donc hurler sans souci sans l'empêcher de se concentrer.
Einar et Hagen discutaient du nouveau poste, qui ne semblait vraiment pas plaire au médecin. L'alpha finit par demander.
— Pourquoi ne pas juste reprendre le cabinet médical du village ?
— J'ai évoqué l'idée avec Fernand mais il est contre. A priori le cabinet est trop petit pour deux.
— Sérieux, quel vieux machin… J'en parlerai à André.
— Laisse tomber je n’ai pas envie de me battre pour devenir médecin de campagne.
— Alors tu vas partir à Bordeaux ?
— Je ne sais pas Ein… je n’y ai pas réfléchi… non, je vais attendre que Fernand arrête, vu son âge il devrait passer la main d'ici peu. En plus, certains lycans sont déjà passés chez mes parents pour avoir une consultation avec moi.
— Cool.
Adam but une gorgée d'eau et l'Alpha l'observa avant de regarder vers le canapé.
— Comment tu t'es retrouvé avec un enfant de quatre ans ? Tu ne m'as finalement pas raconté. Je ne savais pas que t'avais testé les filles.
Magnifique, Einar s'était visiblement tissé une histoire tout seul. Il n'avait même pas à mentir. Avant Benoît, il avait effectivement testé d'embrasser une fille du lycée. Ça n'avait pas été plus loin qu'un baiser sur la joue, mais il n'avait pas à donner de détail.
— Une seule… avant de comprendre que ce n'était pas pour moi.
— Elle n'a pas voulu le garder ?
— J'en ai la garde exclusive. C'est Hugo et moi.
Einar se racla la gorge mais Adam ne mordit pas à l'hameçon et se replongea dans son écran. Il laissait peut-être l'Alpha s'installer, mais ça ne voulait pas dire qu'il allait prendre des risques pour son fils et lui ouvrir en grand toutes les portes.
Une heure plus tard, il se rendit à la cuisine et ramena le goûter pour Hugo qui malgré sa toux déchirante, gardait un féroce appétit. Sigurd le regarda avec des yeux de cocker et il leva les yeux au ciel.
— Tu as une maison. Va manger tes propres gâteaux !
— Tu es si cruel ! Hugo tu veux bien m'en donner un ?
— Arrête de racketter mon fils !
— Mais j'ai si faim ! Je maigris à vue d'œil.
— Ce n’est pas ta mère qui a dit qu'elle allait faire des crêpes ? Intervint Alvin.
Aussitôt, à la manière d'un chien de chasse aux aguets, il eut toute l'attention du gamma.
— Alvin, prend tes affaires on s'en va.
En deux secondes, Sigurd était prêt à partir. Incroyable l'effet que le mot crêpe pouvait avoir. Adam résista à rire, surtout quand Hugo s'approcha de lui, arborant un air extrêmement sérieux.
— Papa. Moi aussi je veux aller manger des crêpes.
— Non. Toi tu es malade, alors tu restes ici.
— C'est trop nul !
— Je suis sûr que ma mère en mettra de côté pour toi… où acceptera d'en refaire… et je te les apporterai tout à l'heure. Okay ? Négocia Sigurd en se penchant vers le petit garçon.
— Demain.
— Quoi ?
— Demain. Tu les apporteras demain. Pas ce soir. Répéta Einar, irrité.
— Pourquoi pas ce soir ?
Pour sa défense, Sigurd avait vraiment l'air perdu.
— Achète toi une vie et sors de la mienne pour ce soir.
Alvin s’étouffa en essayant de cacher son rire. Hagen sortit de la maison alors que Sigurd restait là, interdit, bouche ouverte. Il fit une moue, lèvre inférieure en avant, avant de tourner le dos d’un air dramatique pour s’éloigner à grand pas.
— Papa ? Sigurd il est triste ?
— Non, chat, il fait semblant.
— Ah d’accord. Je vais faire une cabane dans ma chambre.
— Attends un instant.
Il attrapa un mouchoir et essuya le nez du garçon avant qu’il ne s’échappe en courant. L’Alpha se glissa derrière lui et enroula un bras autour de son torse.
— Il est mignon.
Adam sourit au dos de son enfant, approuvant sans aucun mal les paroles d’Einar. Hugo était en effet adorable. Il avait réussi à rester sage malgré l’attention des adultes. Quand il était fatigué il avait parfois tendance à faire des caprices pour être sûr d’être le centre de l’attention, mais pas aujourd’hui. Peut-être était-ce dû à la présence d’un alpha et d’un béta dans la même maison. Il devait indubitablement le ressentir.
Il sentit le poids d’Einar se reposer sur lui et écarta un peu les jambes pour assurer sa stabilité. Adam ne put empêcher un frisson de le saisir quand des lèvres vinrent se poser dans son cou pour en sucer la peau.
— Qu’est-ce que tu fais, arrête, Hugo est juste en haut.
— J’ai envie de te bouffer, tu sens bon.
Adam se tortilla en gloussant tant sa peau était sensible au contact de cet homme. Si Hugo n'avait pas été dans la pièce juste au-dessus d'eux, nul doute qu'il ne lui aurait pas fallu très longtemps pour laisser la bride à l'Alpha. Au lieu de ça et vu la qualité de l'insonorisation, il guettait les petits pas du garçonnet à travers le plancher.
— Il faudra que j'aille faire deux trois courses.
— Hmm, où ?
— Chez Olhagaray, j'ai plus de viande.
Olhagaray était la boucherie charcuterie, et donc, le cœur du village. Tenu par le père de Sigurd et son père avant lui, c'était une affaire de famille. Hagen lui en avait parlé, quand il avait rejoint la meute d'Erroymendi et il n'avait eu aucun mal à comprendre pourquoi son ami l'adorait autant.
— Du coup on va quand même finir par avoir ces crêpes.
— Tu veux venir aussi ?
— Sortir un peu nous fera du bien à tous. On attendra dehors avec Hugo. J'ai l'impression qu'il a besoin de se dépenser beaucoup ce petit homme.
— Oh oui, venir vivre en montagne était la meilleure décision que je pouvais prendre. Il suffit de passer la porte pour pouvoir se balader. On est vraiment au milieu de rien. C'est ce que j'aime ici. On est vraiment isolés et tranquilles. Le bout du monde.
— Peuplé de loups garous.
— Donc parfait.
Adam tourna la tête et se souleva légèrement sur la pointe des pieds pour embrasser la commissure de ses lèvres. Envolé les délires d’auto-préservation, il n'avait aucune volonté. Einar s'appuya plus fort contre lui et il ne put ignorer l'érection pressante contre ses fesses.
— Pense à ta mère, ça va passer.
— Dégueu.
***
Une heure après, ils arrivaient au village en grand équipage. À trois, mais faisant autant de bruit que dix grâce à Hugo, assis sur les épaules d'Einar et qui chantaient à tue-tête. Adam, lui-même, d'une patience d'ange commençait à être lassé des crocodiles qui s'en allaient en guerre mais n'osait pas les arrêter.
Ils furent donc au centre de l'attention et alors qu'Einar discutait avec de vieux amis, il salua des parents d'élèves qui vinrent prendre des nouvelles de son fils. Puis finit par se rendre dans la boucherie. Il y avait trois personnes devant lui. Un humain était parmi eux, ce qui n'avait rien d'étrange, mais qui restait rare.
Il avisa Sigurd installé derrière la vitrine des plats préparés et haussa un sourcil à son intention.
— Je me suis fait honteusement piéger.
— Pauvre de toi.
— Figure toi que les crêpes sont payantes…
Son père passa derrière lui et lui claqua l'arrière de la tête, causant un glapissement alors que les clients riaient sans se cacher.
— Bonjour Adam.
— Bonjour monsieur Olhagaray. Vous devez être contents d'avoir votre fils avec vous.
— Il mange son poids en crêpe ! Heureusement qu'il a enfin trouvé une maison, il aurait fini par manger la paille des chaises.
Sigurd leva les yeux au ciel alors que son père emballait un rôti de veau pour la cliente en tête de file.
— Oh ça fait toujours plaisir d'avoir les enfants à la maison. Vous avez bien de la chance. Participa aimablement l'humaine qui visiblement était une habituée.
— D'ailleurs Mme Borda, vu ce que vous commandez aujourd'hui je suppose que vous avez la petite qui vient ce week-end.
— On ne peut rien vous cacher. Elle adore votre viande.
— Vous me flattez.
Elle paya et sortit, portant en effet un gros panier. Aitzol Olhagaray se pencha vers les autres clients restants, tous lycans.
— J'ai de plus en plus d'humains qui viennent. Il paraît que je jouis d’une réputation jusqu'à Tardets…
Il avait l'air fier de lui et il avait bien raison. Sa viande était extrêmement bonne. Ils servirent les autres clients jusqu'à ce que ce soit son tour et qu'Hugo débarque en courant dans la boucherie pour lui sauter dans les bras.
— Qu'est-ce que tu fais là ?
— Einar il parle avec Estelle alors je m'ennuyais.
Adam regarda par la grande fenêtre de la devanture et vit en effet Estelle en train de discuter avec Einar. Elle n'avait pas cours celle-là. Ils devaient se connaître depuis longtemps et sûrement avoir plein de choses à se raconter, entre alphas. Il commanda une dizaine de paupiettes de dinde et son oreille attrapa la conversation des deux dames derrière lui.
— La petite Estelle ne perd pas de temps pour essayer de se placer.
Il se tourna pour regarder les deux femmes, qu'il connaissait peu et qui lui sourirent un peu gênés. Il était parfaitement conscient de porter l'odeur d'Einar… c'était d'autant plus maladroit de leur part. Ses yeux balayèrent à nouveau l'extérieur et il grogna en voyant Estelle accrochée au bras de son amant. Sigurd suivit son regard et pinça les lèvres pour ne pas rire.
Adam s'attendait à ce qu'Einar repousse l'intruse mais il se contentait de lui sourire aimablement. Quelle andouille franchement. Soit il était aveugle, soit il aimait ça. Peut-être qu'il se glorifiait de ce genre de choses… ou alors, il s'attendait à ce qu'ils aient le même genre de relation qu'Alvin et Sigurd ? Il en était hors de question, il n'était pas polygame, pour sa part.
Hugo calé sur sa hanche, il paya pour tous ses achats et regagna l'extérieur. Estelle n'était plus en vue et Einar l'attendait près du fronton.
— Ça t'as pris du temps.
— Juste assez pour que tu puisses avoir le temps de flirter.
Einar haussa un sourcil.
— De quoi tu parles ?
— J'ai vu Estelle pendue à ton bras. Tout le monde l'a vu d'ailleurs.
— T'es jaloux ? J'aime bien ça.
— Pas du tout, s'agaça Adam.
— Ça me fait plaisir mais Estelle était ma baby-sitter… alors bon… en plus ce n'est pas la plus gentille des femmes
— Certains ont le fantasme de la baby-sitter…
— C'est quoi, fantasme ? S'engouffra Hugo.
— Quelque chose qui nous fait rêver.
— Comme le dodo ?
— Hum… oui mon grand. S'amusa l'Alpha en regardant son amant par-dessus l'enfant.
Forcément Hugo ne pouvait pas comprendre le double sens relevé par Einar et racontait son propre rêve avec passion. Adam était bien décidé à ne pas décrocher un mot du trajet de retour, mais c'était sans compter sur la ténacité de l'alpha qui se décida alors à raconter toutes les bêtises qu'ils avaient faites à cette "pauvre" Estelle.
Oui, pauvre Estelle parce qu'à priori, ce n'était pas Einar seul qu'elle avait dû garder, mais bel et bien le club des quatre au grand complet et pour ça elle avait dû mérite, même si c'était la pire des femmes.
Adam apprit ainsi qu'il n'y avait eu que quatre naissances dans la meute cette année-là. D'où le fait qu'Einar, Alvin, Hagen et Sigurd soient si proches. Ils avaient réellement toujours été ensemble. Leurs parents se côtoyaient avant et continuaient maintenant. C'était une belle amitié qui perdurait au travers de leurs enfants. Il espérait que son fils aurait aussi des amis aussi fidèles.
— Et c'était madame Estelle qui te gardait ? Moi j'ai peur quand elle fait les gros yeux.
— Oui, et devine quoi, elle faisait déjà les gros yeux avant mais elle ne nous faisait pas peur du tout. On lui faisait des blagues. Je me souviens qu'une fois, on a mis son sac à main dans la machine à laver. On lui volait ses cigarettes pour chiquer le tabac… mais ça ne marchait pas. Elle fume toujours ?
— Oui ça sent le caramel.
— Elle vapote, précisa Adam devant l'air perplexe du don juan. Fernand a fini par lui dire que c'était mauvais pour les enfants ayant pas encore leurs capacités de régénération et les parents ont signé une pétition pour qu'elle arrête.
— Une pétition ?
— Elle est un peu… elle a sa façon de fonctionner.
C'était délicat à dire mais elle était de l'ancienne école. Elle ne tolérait aucune interférence de la part des parents et avait une idée très précise de ce que devait être son école. Adam avait même envisagé, à un moment, de mettre Hugo dans le village voisin pour éviter Estelle. Mais avec toutes les écoles ayant tendance à fermer faute d'élèves… il n'avait pas osé si c'était pour que son fils perde ses amis.
À peine arrivés à la maison, l'enfant disparu dans sa chambre, tellement bien qu'Adam se demanda ce qu'il pouvait bien manigancer… normalement Hugo restait souvent près de lui ou alors, lui demandait de jouer avec lui mais là, rien.
— Un souci ?
— Non… enfin pas vraiment mais Hugo agit bizarrement. J'espère qu'il n'est pas mal à l'aise que tu sois là.
— Ahh… c'est parce-que je l'ai soudoyé.
— Quoi ?
— Je lui ai dit que je lui donnerai la ferme complète qu'il y a chez ma mère s’il était sage. De toute manière, elle ne sert à rien.
— Je comprends mieux. Il adore cette ferme, mais je ne suis pas sûr que Paulette soit d'accord. Hugo ne joue qu'à ça quand il va là-bas.
— Il va souvent là-bas ?
— Quand je passe le week-end ailleurs, parfois.
— Et tu vas souvent ailleurs ?
Einar avait l'air de se faire des idées sur ces petits week-ends. Parfois, il devait partir avec son oncle et Mario pour rencontrer des actionnaires ou assister à des galas. C'était long et chiant mais les retombées étaient non négligeables et donc, il se pliait volontiers à ces simagrées. Quand Philippe le tannerait pour reprendre les rennes, ça serait une vraie corvée pour lui. Avec un peu de chance, Hugo se prendrait de passion pour la gestion et il pourrait directement lui passer le bébé.
— Hein ?
— Je te demandais si c'était pour t'envoyer en l'air à Biarritz que ma mère avait viré ma chambre d'ado pour une chambre d'enfant.
— Je ne vois pas bien en quoi ça te concerne, gloussa-t-il malicieusement en s'esquivant. J'ai des besoins très cher.
Einar le rattrapa en quelques pas et le saisit par le bras pour le bloquer contre le plan de travail de la cuisine. Il l'embrassa ardemment, le laissant à bout de souffle avant de le faire s'agenouiller. Adam se retrouva nez à nez avec la verge gonflée de son amant, se demandant quand est-ce qu'il avait baissé son short et ne résista pas à lécher les perles qui pointaient de la fente violacée.
— Ta place est là, agenouillé à baver sur ma bite.
Adam releva la tête, faussement furieux et outré.
— Si tu continues à dire des trucs pareils, tu finiras tout seul, espèce de pervers.
Einar ricana avant d'appuyer son membre contre ses lèvres. L'oméga releva les yeux vers le plafond en entendant un bruit de chute et plissa les lèvres en chuchotant.
— On ne peut pas faire ça. Et si Hugo arrive ?
— Moi je surveille et toi tu suce.
Il ne lui laissa pas le temps de protester plus, se glissant dans sa bouche comme il s'immisçait dans sa vie.
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