La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)
Chapitre 16
Partie II
OceanofPDF.com
Chapitre 16
Quatre ans et demi plus tard.
Adam avait passé deux jours au cabinet notarial de Tardets et il rentrait maintenant retrouver son logis. Il vivait depuis deux ans dans le village d’Erroymendi, à dix kilomètres de Larrau, au fin fond du Pays Basque. Il y était bien, perdu dans les montagnes, mais pour travailler, il était obligé de faire trente-cinq kilomètres, dont dix de chemin de montagne. Pourtant, il n’envisageait pas de déménager pour se rapprocher de l’office où il était notaire stagiaire.
Quand il avait rejoint la meute d’Erroymendi il y a deux ans, il avait trouvé une famille plus qu’autre chose et ne le regrettait pas. Il avait rencontré des gens formidables et un village incroyable.
Il vivait dans une petite maison à étage qu’il était toujours content de retrouver. Quand il se gara dans l’allée, la vue des murs légèrement jaunis, les volets gris clair et le toit en ardoise le firent sourire. L’Omega traversa le jardinet devant la porte en zigzaguant pour esquiver les jouets et entra chez lui. L’odeur dans la maison était alléchante.
Il n’eut qu’un mètre à faire pour qu’une tornade ne lui saute dessus.
— Papaaaa !
Adam attrapa le petit garçon aux cheveux noirs et aux yeux gris et le souleva sans difficulté entre ses bras pour le caler sur sa hanche.
— Bonjour mon p’tit chat. Comment vas-tu ?
— Méga bien. Amatxi[4] m’a donné des lapins de pâques.
Il était presque sûr qu’il s’agissait en réalité d'œufs en chocolat.
— Quelle chance !
— C’est vous Adam ?
Il avait eu beau demander encore et encore à Paulette de le tutoyer, la louve n’en faisait qu’à sa tête.
— Oui, je suis rentré. Tout s'est bien passé ?
— Hugo a été adorable, comme d’habitude.
Hugo, son fils de quatre ans, était un enfant espiègle et mignon, mais avec un sacré caractère et un tempérament de feu. Ce n’était pas le genre d’enfant à se poser pour faire des puzzles toute l'après-midi. Non, il avait besoin de se dépenser. Adam était donc très satisfait de vivre en montagne, au milieu de rien.
— Nous avons fait des crêpes et vous avez de la chance, il en reste.
Autrement dit, elle avait réussi à sauver quelques crêpes de l'appétit vorace de ce garnement.
Incroyable.
— Vous êtes une perle Paulette. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous.
En fait, il y avait un groupe de quatre lycanes qui se partageaient la garde d’Hugo quand il n’était pas à la maison, ce qui était une véritable bénédiction pour lui. Quand il avait finalement commencé ses études de droits à Bordeaux après s'être installé dans l’appartement que Mario lui avait trouvé, il s’était retrouvé subitement dans une situation alarmante. Il avait contacté l'alpha de la meute des Bronzes, qui dirigeait la grande ville. Son état de santé se détériorant rapidement, l’Alpha avait fini par contacter Hagen et il s’était avéré qu’il était juste enceint.
Il lui avait fallu étrangement plusieurs semaines pour digérer l’information. Dans son monde, un homme ne pouvait pas porter d’enfant. Il s’avéra que dans celui des lycans, il pouvait arriver qu’un oméga mâle puisse donner la vie… même si ça restait extrêmement rare.
Il était récessif.
Hagen et le soigneur des Bronzes lui avaient fait passer toute une batterie de tests avant de lui faire faire - en désespoir de cause - un test de grossesse. Quand celui-ci s'était avéré positif… ça avait été dur. Et à comprendre, et à subir. Mais finalement, cette grossesse, qui avait duré presque six mois, lui avait amené son petit Hugo chéri.
Un vrai miracle.
Il avait donc suivi des cours à distance… incroyable ce que l’argent pouvait faire. Et il était maintenant notaire stagiaire grâce à l’influence de son oncle Philippe qui avait été ravi de son changement de plan de carrière et qui avait fait jouer de nombreuses relations pour lui ouvrir toutes les portes.
Le fait qu’il soit un élève brillant et un travailleur acharné jouait également en sa faveur. Son patron avait accepté qu’il travaille à mi-temps. La plupart du temps, il faisait le trajet tous les jours mais hier, il avait dormi sur place. Heureusement que Paulette avait été là pour récupérer son fils à la garderie hier soir et s’occuper de lui aujourd’hui. Il lui devait beaucoup.
— C’est normal, nous sommes une meute, nous devons nous entraider. Surtout que c’est quand même mon précieux petit fils.
Paulette était la mère d’Einar. Quand Simon, l’Alpha de Bordeaux avait appris que l’alpha de Périgueux était le père de son petit, il avait accepté de garder le secret, n’ayant pas d'intérêt à se mêler de leurs histoires de famille. Cependant, quand Adam avait commencé à chercher un cabinet ou entrer comme apprenti, Simon lui avait parlé de la meute d’Erroymendi. Il avait donc ciblé ses recherches sur les cabinets souletins.
Il n’avait pas su tout de suite qu’Hagen, Sigurd, Alvin et Einar étaient originaires de cette meute, puis le soigneur lui avait avoué qu’il en avait lui-même parlé à Simon.
Ils en avaient conclu, après des conversations houleuses, que pour Adam, l’ancienne meute d’Einar était le meilleur endroit où vivre pour rester loin de lui. Einar avait quitté cette meute à cause de son statut d’Alpha. L’Alpha d’Erroymendi, André avait un fils, Patxi, censé reprendre le flambeau.
Il avait appris en arrivant que les habitants de ce village s’amusaient à donner des noms par thème à leurs enfants. Les membres de son ancienne meute faisaient partie de la série viking… d’où les noms de l’est… Adam n’aurait jamais pensé que ces hommes étaient originaires du fin fond du Pays Basque. Patxi, avait à peu près dix ans de plus que Sigurd et la bande. Ce n’était pas quelqu’un de causant et il semblait avoir souvent à faire à l'extérieur de la meute. Étrangement ils s'étaient tout de suite bien entendu.
— Vous mangez avec nous ?
— Oh non, Franck m’attend.
Franck, le père d’Einar avait eu du mal à l’accepter mais maintenant, il était ravi de connaître son petit-fils.
Adam avait beaucoup hésité à leur dire la vérité, Einar n’étant lui-même pas au courant de l’existence d’Hugo. Mais il ne pouvait pas priver son fils de toute sa famille paternelle. Déjà que sa famille maternelle n’était pas folichonne…
Il avait Philippe et Camille, très présents pour lui depuis qu'il avait coupé les ponts avec Périgueux. Noé avait quitté ses parents à dix-huit ans, le lendemain de son anniversaire.
A priori, après son départ forcé, la vie avait été de mal en pis pour les De la Villasière. Mario avait mis fin à la rente versée à ses tuteurs dès le moment où il l’avait récupéré sur l’aire de repos.
Son oncle Pierre semblait avoir pété les plombs, imposant de longues séances de prières à ses enfants pour être certain qu'il ne les avait pas « contaminés ».
Il avait demandé à Mario de contacter ses cousins dès qu'ils seraient majeurs, leur permettant ainsi de garder le lien s'ils le souhaitaient.
Noé lui écrivait un texto de temps en temps mais ils ne s’étaient revus qu’une seule fois, histoire de présenter Hugo officiellement.
Jonas et Marie avaient ensuite suivi leur frère. Ils se voyaient régulièrement, lorsque ces derniers venaient faire la fête sur la côte mais ils avaient filé à Paris où ils étaient désormais colocataires.
Sa tante avait déjà évoqué le divorce avec Jonas qui faisait maintenant des études de droit mais Adam pensait pour sa part qu’elle ne franchirait jamais le pas. Du moins, tant qu'il y aurait des enfants dans le foyer.
Un baiser sur la joue de la part de Paulette le ramena à l'instant présent.
— Saluez-le de ma part.
— Vous avez l’air fatigué mon petit. Ne tardez pas trop à vous coucher, si vous voulez mon avis.
Façon subtile et délicate de dire qu’il avait une sale gueule… En même temps, il avait passé les cinq dernières années à bosser comme un fou pour en arriver là. Avoir un métier et ne dépendre de personne. Certes il était riche… mais il ne savait pas rester oisif pour l'instant. Peut-être l'apprendrait-il avec le temps.
Oncle Philippe avait été comme lui jusqu'à rencontrer Camille et maintenant il profitait de la vie avec sa femme, voyageant au grès de ses envies.
— Papa ?
— Oui mon gros loup ?
Son fils avait la capacité exceptionnelle de le sortir de ses pensées -heureusement - et il suivit le doigt qui désignait Paulette du regard.
— Oh pardon, vous disiez ?
— Je vous disais de vous coucher tôt ce soir.
— Ah oui merci.
Il s'était arrêté à la boulangerie de Tardets avant de partir et avait acheté des quiches. Le repas du soir serait vite préparé.
— Merci encore pour votre aide.
— C'est bientôt la pleine lune. Il faudra penser à changer vos jours, ça tombe un vendredi.
Il l'avait déjà fait, mais il se contenta de hocher de la tête. La grand-mère de son fils était très serviable mais un poil envahissante.
— Et j'ai rangé un peu la cuisine.
Au lieu de s'énerver, il lui fit un grand sourire, ajustant la position de son fils contre sa hanche.
— Vous êtes une perle.
Si Paulette voulait réorganiser son tiroir à épices, changer les verres de place ou tout autre chose, il s'en fichait. Il s'adapterait. Hugo n'avait qu'une grand-mère et Adam ferait tout ce qui était en son pouvoir pour qu'il la garde.
Ils s'étaient bien entendus dès le départ ; Paulette et Franck avaient acceptés de tenir leur fils dans l'ignorance. Einar ne venant jamais à Erroymendi, c'était toujours eux qui allaient à Périgueux. Il leur suffisait juste de ne pas parler d'eux. En deux ans, ils y étaient parvenus avec brio.
L'amatxi d'Hugo partit, les laissant seuls dans la petite maison et l'enfant commença à lui raconter sa journée à l'école. Il le posa au sol et rangea les jouets éparpillés dans le salon en l'écoutant religieusement. Comment il avait appris une nouvelle chanson, comment il avait joué au cheval avec Uhaina, sa copine à l'école, comment ils avaient mangé des lentilles. Il s'arrêta un moment, sans prévenir.
— Je veux manger des pâtes.
— J'ai acheté des quiches à la boulangerie.
— Je n’aime pas. Je veux des pâtes au pesto.
Adam cacha son rire derrière sa main. Hugo était si sérieux que s’il le voyait rire, il allait sûrement se vexer.
— Va pour des pâtes. Par contre pendant que je cuisine, tu finis de ranger le salon.
— La télé ?
— Après manger.
— On pourra mettre la paw-patrouille ?
— On verra ça tout à l'heure.
Il mit de l'eau à chauffer, gardant un œil sur son fils par la porte restée ouverte. Hugo jouait avec une voiture rouge en imitant des bruits de klaxon.
— Tu ranges ?
Le petit garçon s'agita et Adam entendit le bruit des jouets raisonner dans la caisse de rangement. Hugo était très intelligent mais il avait tendance à se disperser si on ne restait pas derrière lui.
En plus des pâtes, il lança deux côtés de porc en cuisson et commença à sortir les assiettes pour mettre le couvert.
La porte d'entrée s'ouvrait sur une marche à descendre qui donnait directement sur la plus grande pièce, le salon, qui servait aussi de salle à manger. Tout de suite à gauche, il y avait la cuisine, juste assez grande pour y mettre une table ronde de quatre personnes en plus des placards. Adam aimait beaucoup manger dans la cuisine, parce que c'était, à son goût, la plus belle vue de la maison. En face de la porte d'entrée il y avait un escalier qui menait à l'étage et encore au-dessus, au grenier.
Au premier étage, un palier desservait trois chambres minuscules et une salle de bain, tout aussi petite. Chaque chambre était assez grande pour n'accueillir qu'un lit et une armoire. Celle d'Hugo paraissait légèrement plus grande grâce au lit une place. La troisième chambre avait été aménagée en bureau.
Le grenier était mansardé, mais pas trop et avait été parfait pour une salle de jeu pour Hugo et une corde à linge.
Le toit sur quatre faces en ardoise était éclairé grâce à des lucarnes. Ironiquement, le grenier était l'endroit le plus lumineux de la maison. Le reste de la maison avait de toutes petites fenêtres, rendant le tout assez sombre.
Pourtant tout lui plaisait dans la petite maison de onze mètres sur six. La grande cheminée transformée en poêle à bois, les murs d'un mètre d'épaisseur, le plancher très sombre et les murs blancs. C'était l'archétype de la vieille ferme d'époque assez modernisée pour être confortable.
— C'est prêt ? J'ai faim papa.
Adam tourna la tête pour dévisager son fils qui le regardait avec ses grands yeux gris. Si mignon.
— Oui dans deux minutes. Tiens, mets les fourchettes, mon cœur.
Il ouvrit le tiroir et sortit les couverts ; fourchette et petite cuillère. Il installerait lui-même son couteau. Hugo était encore trop petit pour se servir d'un couteau. Il lui coupa donc sa viande avant de lui verser une bonne quantité de pâtes et une grosse cuillère de pesto.
— Plein papa ! J'ai méga faim.
Hugo était dans sa période "méga''. Il le plaçait dans un maximum de phrases, c'était amusant et agaçant en même temps.
— Manges déjà ce que tu as dans ton assiette. Ne t’inquiète pas, il en reste.
Adam savait pourtant qu'il ne se resservirait pas. A chaque fois, le petit voulait que son assiette soit pleine à ras bord et finalement il peinait à la finir. Un jour viendrait où il la terminerait, puis où il se resservirait et où il attaquerait le placard à biscuits.
Son bébé qui ne tolérait déjà plus qu'il l'appelle comme ça.
— C'est méga bon papa.
Ce qui était bien avec Hugo, c'est qu'il n'était pas difficile. Des coquillettes, du pesto et du gruyère et papa se transformait en chef gastronomique.
— J'aime trop le poulet.
— C'est du porc.
— C'est quoi du porc.
— Du cochon.
Hugo se mit à rire sans pouvoir expliquer pourquoi exactement il riait.
Il lui fallut près de trois quarts d'heures pour manger la moitié de son assiette tant il avait de choses à raconter. Il eut droit à un Flamby, son yaourt préféré, avant de filer au bain. La moitié de la salle de bain failli être engloutie sous les eaux et ils eurent assez de temps pour un épisode de la paw-patrouille.
Le coucher dura une éternité. Entre le brossage de dents, le pipi, l'histoire, la berceuse, la veilleuse, ça durait généralement une bonne demi-heure. Il avait ensuite droit à plusieurs tentatives de fuites de la part du petit garçon qui ne s'endormait finalement pas avant vingt et une heure trente.
A vingt-deux heures, il alla lui-même se mettre au lit avec un livre. Il ne put lire que quelques pages avant de s'endormir.
***
Hugo vint le rejoindre à six heures du matin, frais comme un gardon, babillant sans discontinuer sur son rêve.
— J'ai fait un gros dodo et un méga rêve.
— Ah ?
A ce niveau de réveil, Adam n'était pas capable de faire plus.
— J'étais avec mes copains et ils parlaient. Et après y avait des monstres mais j'étais tout seul et je m’es réveillé.
— Me suis réveillé.
— Hein ?
— On dit, je me suis réveillé.
— Me suis réveillé. On peut écouter Google ?
Depuis qu'Adam lui avait montré son réveil connecté, c'était une vraie histoire d'amour entre les deux.
— Si tu veux.
— HEY GOOGLE ! Mets le chant des baleines !
S'en suivit un bruit de chant qui aurait contribué à l'endormir si Hugo avait été d'accord. Mais ce dernier avait d'autres plans. Il se mit à utiliser son matelas comme trampoline, essayant de toucher le lustre à chaque saut.
— Hugo ? Si tu allais dans ta chambre ? J'arrive tout de suite.
— D'accord.
Le fait d'avoir une grande salle de jeu n'empêchait pas la chambre d'être également remplie de jouets. Hugo était le petit dernier de la famille et était gâté au possible par ses grands-parents et ses grands oncles et tantes. Il arrêta son réveil et attrapa des vêtements confortables. Après un rapide tour par la salle de bain, il fut prêt à faire face à cette journée.
Tous les matins commençaient ainsi, sur les chapeaux de roues. Adam pour sa part avait plus de mal à suivre. Il n'était pas du matin, mais il prenait sur lui.
Il prépara le petit déjeuner, un mug de chocolat au lait et une chocolatine pour Hugo, un grand café au lait avec une baguette, du beurre et du miel pour lui. Il posa le tout sur la table de la cuisine et appela son fils. Un troupeau d'éléphant déboula dans les escaliers et il fut heureux de posséder une maison en pierre sinon, elle se serait sûrement effondrée.
Son fils devait avoir des chaussons en parpaing pour faire autant de bruit.
Hugo arriva pieds nus, sans se soucier du carrelage froid de la cuisine. Quel bonheur d'être un enfant.
— Je jouais au cirqui.
Il avait eu un énorme circuit automobile trois mois plus tôt pour Noël. Un vrai bonheur qu'il voulait absolument avoir dans sa chambre et qui mangeait tout l'espace au sol.
— Super. Bois ton chocolat avant qu'il ne soit froid.
Hugo passa la demi-heure suivante à lui parler de carambolage à grand coup de « BAM » « PAF » et autres onomatopées bien choisies. L’enfant était survolté, faisant de grands gestes pour lui montrer comment les pompiers étaient intervenus en parachute et ce qui devait arriver arriva. Le mug vide s'explosa au sol et Adam fut heureux qu’il soit vide.
— Ne bouge pas le temps que je passe le balai.
— Pardon papa.
Il lui ébouriffa les cheveux.
— Pas de soucis mon bonhomme. Mais surtout tu restes assis, tu n’as pas tes chaussons.
Finalement, Hugo commença à s’agiter et il dut le prendre dans ses bras pour le porter jusqu'au salon. Il le posa sur le canapé et lui alluma la tv pour qu’il reste tranquille. À dix heures, il irait au judo et irait ensuite jouer avec les autres enfants chez Fanny. Cette sainte femme s’occupait patiemment des enfants. C’était une assistante maternelle à la retraite. A la retraite pour les humains ne voulait pas dire qu’elle était âgée. En réalité, elle avait une centaine d'années et ne paraissait pas en avoir plus de quarante, mais elle ne pouvait plus exercer chez les humains, alors elle avait ouvert une sorte d’aire de jeux pour les enfants de la meute, en plus de donner les cours de judo.
Adam nettoya rapidement le sol et alla finir son café devant la télévision avec son fils. Il en profita pour pointer ses mails et à neuf heures et demie, il commença à s’affoler. Hugo était encore en pyjama. Il pressa donc le petit garçon qui se mit à courir partout. A l’école, Hugo s’habillait tout seul, mais à la maison, il aimait se faire dorloter.
A dix heures trois, ils étaient à la salle polyvalente du village. Les autres parents lui firent un bon accueil quand il s’installa près d’eux. Voir leurs enfants s’agiter sur des tatamis était vraiment quelque chose. Hugo était si concentré que c’en était fascinant.
Une heure plus tard, il récupéra son fils, fou de joie et très excité par les nouveaux mouvements appris ce jour. Quand Fanny arriva, propre et habillé en civile, elle eut droit à un récapitulatif mémorable de la semaine de chaque enfant. Elle s’en alla avec la dizaine d’enfants dans son giron, les parents les regardant partir sans qu’aucun ne se retourne pour les saluer.
Que les enfants pouvaient se montrer ingrats par moment. Il allait discuter avec Mickaël et Marie-Angeles, les parents de Timothé, le meilleur ami d’Hugo quand un éclat de voix attira l’attention de tous les parents. Ils se tournèrent d’un bel ensemble vers la maison de l’Alpha et ils purent assister à une dispute entre père et fils.
André et Patxi semblaient se disputer souvent ces derniers temps. Adam habitait dans une maison relativement éloignée du village, il n’avait donc pas été témoin de ces scènes, mais les bruits couraient vite dans leur communauté. Les commères du village adoraient se retrouver chez lui pour boire le thé. Le fait qu’il soit un père célibataire et oméga de surplus avait semblé de placer d’office sous leur protection.
— Ça suffit papa, je m’en vais.
— Tu ne peux pas faire ça. Quitter la meute pour une fille rencontrée au hasard.
— Une fille au hasard ? Elle porte mon enfant. Ouvre les yeux un peu, c'est ma compagne.
— Erroymendi est toute notre vie. Nous sommes Alphas de cette meute depuis six générations.
— Les traditions sont faites pour être changées. Il faut vivre avec son temps.
— Et vous allez faire quoi ? Pourquoi ne pas vous installer ici ?
— Ce trou perdu, c’est peut-être bien pour toi, mais Rachel et moi, on veut mieux pour notre enfant. Elle va retourner à New-York et je vais y aller avec elle.
— Tu te donnes en spectacle mon fils. Rentrons pour continuer cette conversation.
— Laisse tomber papa. Tu ne me retiendras pas. Je pars avec Rachel, on a acheté les billets ce matin.
Patxi tourna le dos à son père, le défiant ouvertement. André sembla hésiter, puis un grognement affreux déchira le silence pesant. Adam commença à avancer pour se placer entre les deux et éviter ainsi un combat inutile, mais Mickaël l’attrapa par le poignet et le tira dans ses bras, le maintenant fermement contre lui pour l'empêcher d’y aller.
— Arrête je dois…
— Rien du tout. Ça ne te concerne pas.
Les deux alphas commencèrent à se battre et Adam eut mal pour eux. Se battre ainsi entre père et fils devait être extrêmement douloureux. Quel malheur… Qu’allait devenir la meute ? André était vaillant mais commençait à être âgé. Sans Alpha à demeure pour prendre la relève, ils laissaient la porte ouverte à un alpha solitaire.
La bagarre fut vite écourtée par Jean, le bêta de cette meute qui attrapa Patxi pendant que deux gammas bloquaient André.
Jean poussa Patxi jusqu’à sa voiture en lui demandant de retourner chez lui puis leur demanda de bien vouloir vaquer à leurs occupations. Tous les parents étaient restés là, en spectateurs avides de sensations.
Voir un combat d’Alpha, ce n’était pas si souvent… de plus, ils s’étaient retrouvés témoins de cette scène incroyable malgré eux, incapable de partir. Bouger signifiait attirer l’attention. Ils n’étaient pas à un combat de chef, ou tout était organisé. Ils s’étaient retrouvés dans un conflit familial et il n’était pas dans leur intérêt de s’en mêler, même si en l'occurrence, ils seraient les premiers impactés.
Ils rentrèrent chez eux, des questions plein la tête et Adam ne fut pas surpris de voir rappliquer le gang des commères dans l’après-midi.
— Oh la la Adam, il parait que tu étais au village ce matin ?
— Bonjour Rose, j’ai préparé du thé, veux-tu entrer ?
— Super, les filles arrivent.
De fait, Mélanie et Bélinda arrivèrent dans la demi-heure suivante et elles descendirent des litres de punch prépare par Rose. Le thé était un code utilisé entre eux, pour que leurs compagnons ne s’offusquent pas que leurs femmes aillent picoler chez l’Omega.
— Oh mon dieu vous vous rendez compte… se battre comme ça en plein milieu de la place du village. Mon mari a discuté avec André, il était mortifié, se gaussa Belinda.
— Alors c’est vrai Adam ? tu as assisté à tout ça ? Souffla Mélanie
— Oui, c’était affreux, on sortait du judo avec les enfants alors on était tous là. Je me sentais mal pour André, mais si Patxi veut vivre ailleurs… il en a le droit.
— Oui, un alpha récalcitrant n’est pas un bon dirigeant pour une meute, approuva Rose
— Les enfants ont assisté à la scène ?
— Non non, Fanny les avait déjà récupérés, heureusement.
— Quand même Patxi exagère, souffla Rose.
— Attend, Rachel est enceinte, c’est normal qu’ils pensent à l’avenir de l’enfant. Mélanie ne plaisantait pas avec les enfants, elle avait elle-même perdu une fille en bas âge.
— Notre village n’est pas assez bien pour cette pimbêche ? dit Bélinda.
— Elle a toujours dit qu’elle préférait la vie en ville, tempéra Mélanie. En plus, son père est l’Alpha de sa meute. C’est normal qu’elle veuille rentrer chez elle pour avoir son bébé. A sa place je ferai pareil. En plus, Estelle est là pour prendre la relève, approuva Mélanie.
— Mais Patxi était censé être notre prochain Alpha. Il ne peut pas juste décider de ne plus vouloir de nous et basta. On doit pouvoir compter sur un alpha, s'agissait Belinda.
Adam ricana sans pouvoir s’en empêcher. Pouvait-on vraiment penser à ce genre de choses ? Pour sa part, il n’avait pas vraiment pu compter sur son Alpha. Simon avait été un vrai soutien pour lui. Simon était un véritable roc, il avait fait beaucoup de choses pour lui. S’il avait aimé la vie en ville, il serait resté à Bordeaux avec les Bronzes.
— Les Alpha, ça va ça vient, André va sûrement contacter Simon pour trouver un Alpha de remplacement. Après tout, Erroymendi est une place importante et le conseil des sages ne laissera pas notre meute à la Mercie du premier charognard venu.
C’est ce que Simon et Hagen avaient mis en avant quand ils lui avaient vendu les charmes de cette meute. Une meute si près de la frontière espagnole était un avant-poste très important pour le conseil et serait toujours protégée.
On ne pouvait pas compter sur Estelle, l’ex-femme de Patxi mais également femelle Alpha pour prendre la tête de la meute. C'était une garce.
Ils continuèrent à boire du Malibu orange pendant un grand moment, quand ils eurent terminé le punch, partant dans des théories délirantes jusqu'à ce qu'il soit l'heure de récupérer les enfants.
Heureusement que le métabolisme des lycans était extrêmement rapide, sinon Adam aurait été incapable de ramener qui que ce soit à la maison.
OceanofPDF.com