La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)
Chapitre 24
Adam plissa les yeux pour atténuer l‘agression du mur blanc où la lumière trop vive semblait se refléter à l’infini. Il couina face à l’inconfort et tenta de se soustraire à cette lumière en se tournant. La douleur le foudroya mais aucun son ne sortit de sa gorge tant il était surpris d’avoir mal. Puis tout lui revint. L’école. Hugo. Estelle. Hugo !
Où était Hugo ?!
— Hugo !
— Tout va bien, il est avec Paulette. Il va bien.
Il plissa à nouveau les yeux pour voir Hagen penché sur lui. Il baissa le regard vers la main que le médecin agitait et fut surpris d’y voir un ôte-agrafe. Adam grimaça devant l’instrument de torture et voulut se cacher sous le drap, bien conscient maintenant d’être au cabinet médical du village.
— Tu as dix agrafes, je te les enlève et tu pourras muter pour activer la guérison. C’est déjà bien cicatrisé.
— Tu peux me raconter ce qu’il s’est passé ?
Adam tourna la tête pour chercher Einar du regard. L’alpha était dans la chambre, appuyé contre le mur du fond, bras croisés. Il l’observa, oubliant la lumière agressive pour regarder les yeux bruns de son amant qui ne le lâchaient pas, lui faisant oublier la question et les agrafes. Il se ressaisit et se remémora le fil de son après-midi jusqu’à l’école. Les paroles d’Estelle, lui quittant le bureau et la louve lui sautant dessus.
— J’ai défié Estelle. Oh mon dieu, je lui ai crié dessus et je lui ai tourné le dos. Aïe !
Hagen serrait les dents alors qu’il l’imitait pour ne pas crier sous le pincement particulièrement désagréable. Einar fut près de lui instantanément, s’appropriant sa main pour la porter à sa bouche.
— Désolé, il y en a une qui est tordue. Je vais faire les autres et je reviendrai sur celle-là.
Adam ne l’écoutait plus, happé à nouveau par ces yeux et cette bouche. Hagen pouvait être en train de lui recoudre les intestins avec une pince à épiler qu’il s’en fichait. Seul Einar comptait.
— Einar, faut que je te parle.
Son regard passa d'Adam à Hagen avant de revenir sur lui, le faisant frissonner.
— Pas ici. Hagen va finir de t'enlever ces trucs et tu vas te transformer plusieurs fois. Après je te ramène chez nous.
— Hugo… il faut le récupérer.
— Il dort, ma mère m'a envoyé des photos. Pourquoi elle fait ça ? On ne voit rien en plus, sur ses photos à part un bout de crâne qui dépasse de la couette. C'est totalement con.
— Il dort déjà ?
— Il est trois heures du matin.
Adam était perdu et Einar haussa les épaules.
— Tu as perdu pas mal de sang. On pensait que tu te réveillerais avant mais Estelle y a été plus fort que prévu.
Il soupira face à sa propre bêtise. Comment avait-il pu mettre Hugo en danger comme ça ? Juste pour tenir tête à une mégère qui de toute manière continuerait encore et encore à le provoquer.
Depuis qu’il était arrivé dans cette meute, il s’était fait de nombreux amis, mais également des ennemis sans même savoir comment. Il arrivait, parfois, de tomber sur quelqu'un qu’on ne sentait pas, avec qui le feeling ne se faisait pas.
Estelle était cette personne. C’était la première fois qu’il n’aimait pas quelqu’un gratuitement. Il n’avait fallu qu’un échange de regard pour qu’ils se jaugent et tirent un trait l’un sur l’autre.
Hagen choisit ce moment pour revenir sur l’agrafe précédente et commença à la redresser sans le prévenir.
— Aïeuh !
— Patiente encore un peu, Il y en a plus que la dernière fois.
Adam grimaça et jeta un coup d'œil au soigneur, qui venait de faire une gaffe sans le vouloir. Le regard d’Einar les scannait, passant de l’un à l’autre avec curiosité, mais il ne dit rien. La dernière fois qu’il avait eu des agrafes, c’était lors de sa césarienne et il n’en gardait pas un super souvenir. Clairement, il était loin d'être un guerrier viril.
Non, lui il aimait les plaids et les gâteaux, pas le sang et les cicatrices.
— C’est encore long ?
— Mais t’es pire qu’Hugo ma parole. Arrête de chouiner si tu veux que je finisse.
— Mais j’ai maaal !
— Oh mon dieu mais que tu es douillet.
Sans pouvoir s’en empêcher, Adam gloussa et resserra ses doigts sur la main d’Einar, muet près de lui. Il lui fit un petit sourire penaud.
— Je n’ai pas réfléchi… Quand Estelle a commencé à me rabaisser devant Hugo, j’ai sauté dedans à pied joins, je l’ai envoyée chier et je lui ai tourné le dos. Je suis trop bête… Si j’étais mort, Hugo aurait été tout seul.
Il se redressa sur un coude, faisant grogner Hagen.
— Einar il faut que tu le saches, Hugo est…
— Je sais.
— Quoi ? comment ?
— On en parlera à la maison, loin des oreilles indiscrètes.
— Hagen est au courant.
Einar se renfrogna et fusilla le soigneur des yeux. Hagen, trop occupé à le torturer, était inconscient d’être la cible d’un regard meurtrier. Ou alors, vu l’aura malveillante dégagée par l’alpha, il en était parfaitement conscient mais résistait vaillamment à l’envie de se carapater.
— Je sais que tout le monde est au courant à part moi et crois, moi, ça ne me fait pas plaisir mais j'aimerai qu'on soit seul pour en parler.
Adam tenta un pauvre sourire d’excuse, mais fut coupé dans son élan par son amant qui le dévisageait gravement.
— Voila !
Le médecin brandit la dernière agrafe comme s’il s’agissait de la flamme olympique, le faisant sursauter.
— Mais ça va pas ! pourquoi tu cries comme ça ?
— Parce que figure toi que moi aussi je veux rentrer à la maison ! L’ambiance tendue qui pue le refoulement et la frustration sexuelle, ce n’est pas ce que je préfère.
Adam dévisagea Einar qui souriait maintenant à la manière d’un psychopathe dément. Jack Nicholson n’avait rien à lui envier, même si Einar était bien plus sexy.
— Tu m’en veux ?
— Autant que tu m’en veux.
Adam renifla.
— Beaucoup alors.
— Maintenant que tu n’as plus rien planté dans la peau, transforme-toi.
Il se concentra mais la douleur de son flanc le fit grimacer jusqu’à le faire renoncer à poursuivre.
— Prends sur toi trente secondes. C’est pour ton bien.
— Aide moi alors. Je me sens fragile.
D’accord, il surjouait un petit peu, mais pour sa défense, il avait vraiment envie de sentir les bras de l’alpha autour de lui. Surtout maintenant qu’ils étaient seuls. Hagen s’était habilement éclipsé et il voulait un câlin.
Einar ne se fit pas prier et l’attrapa dans ses bras pour le caler sur ses genoux, comme s'il pesait trente kilos, et non pas quatre-vingts. Il tendit ses lèvres vers son amant mais celui-ci se contenta de déposer un baiser sur son nez.
— Transforme-toi.
Le corps d’Adam trembla, sa peau vibra alors que son squelette entier craquait. La plaie sur son flanc n’était rien du tout en comparaison de la douleur de ce déchirement. Il avait l’impression de sentir chaque poil transpercer son épiderme pour finir par être entièrement recouvert d’un pelage gris neigeux. Adam cala son nez sous l’aisselle de l’Alpha, sous lui, et renifla l’odeur masculine avec force le temps de reprendre pied avec la réalité. Les transformations étaient moins douloureuses, mais n'en restaient pas moins un traumatisme pour son corps.
— Tu me chatouilles.
En réponse Adam lui lécha la joue joyeusement jusqu'à ce qu'Einar le bâillonne en entourant son museau de sa main droite et lui pose un baiser sonore sur la truffe, le faisant éternuer.
Einar se leva, portant son compagnon jusqu'à la voiture et le posa sur la banquette arrière. Adam le regarda s'installer sur le siège conducteur en râlant, régler le siège, trop court pour ses longues jambes. Lui-même s'allongea aussi confortablement que possible et commença à se contorsionner pour se lécher le flanc.
L'idée de faire ça ne lui serait jamais venue sous forme humaine. Les lycans gardaient une certaine conscience humaine lors de leurs transformations mais l'instinct animal était tout de même bien plus fort et prenait le dessus sur le reste.
Chasser, manger sa proie, se faire la toilette et la faire aux autres. La vie dans une meute était assez simple et la hiérarchie facile à comprendre. Les blessures, pour un oméga, étaient courantes mais parce qu'il se mettait au milieu des conflits, ou parce qu'il essuyait les plâtres… pas parce qu'il commençait lui-même les hostilités. Enfin… dans les faits car en réalité il avait été assez peu blessé au cours des années.
Adam faillit tomber de la banquette lorsque Einar freina brusquement. Il se redressa tant bien que mal et passa sa tête entre les sièges avant pour regarder la route. L'alpha s'était arrêté à cause d'un sanglier sur le chemin. L'animal les regardait en chien de faïence, peu impressionné par la voiture. Einar klaxonna une fois pour l’effaroucher mais le gros animal ne bougea pas d'un pouce. Adam commença à couiner en grattant la portière. Il voulait sortir pour courir après le sanglier même s'il était conscient qu'il ne pourrait rien faire seul.
— T'es sérieux ? On est deux et t'es blessé.
L'oméga se mit à battre de la queue en poussant de petits jappements joyeux pour encourager son compagnon récalcitrant. En désespoir de cause il fit des yeux de chien battu qui lui valurent un gros soupir. Le sanglier avait déjà pris de l'avance quand Einar consenti enfin à sortir de la voiture et lui ouvrir la porte.
L'alpha fut rapide à se déshabiller et à transmuter et Adam fut joyeux de retrouver son compagnon brun. Ils ne perdirent pas de temps en effusions et traquèrent le sanglier, truffe au sol, jusqu'à trouver sa trace.
Le suidé était seul et heureusement pour eux n'avait pas pris trop d'avance. Courir dans la forêt, que ça soit après quelque chose, ou juste pour le plaisir était ce qu'il préférait. Ça lui donnait invariablement un sentiment de paix.
Sûrement l'endorphine.
Einar cependant semblait courir pour attraper le sanglier et lui grognait dessus pour qu'il ne perde pas le rythme. Quand ils arrivèrent enfin à bloquer le sanglier en se plaçant chacun d'un côté, il fut presque évident qu'ils avaient gagné. L'animal était épuisé et à force de lui mordre les tendons, il avait de plus en plus de mal à bouger. Quand il s'effondra sur lui-même, Einar n'eut qu'à l'achever.
Autant Adam adorait galoper derrière une proie - ou pas - autant… manger sa chasse n'était pas la chose qu'il préférait. Il s'allongea et laissa Einar se restaurer, la tête posée entre ses pattes avant, totalement détendu. Il fut réveillé en sursaut par un gros bout de viande lâché devant sa truffe. Il le bouda jusqu'à ce que l'Alpha se couche près de lui et le pousse du nez encore et encore. Comprenant que pour avoir la paix, il n'avait pas le choix, il mangea l'offrande et lécha son compagnon pour le remercier.
Einar satisfait, entreprit un gros nettoyage de printemps, le léchant dans toutes les zones qui lui étaient accessibles et veillant à la bonne cicatrisation de son côté. Quand il parut content de son travail, Adam commença à se frotter à lui et il n'en fallut pas plus à Einar pour comprendre l'invitation et lui monter dessus.
Une heure plus tard, le jet de la douche brûlante s'abattait sur son dos alors qu'Einar, agrippé à ses hanches le pilonnait furieusement. Il s'était réveillé sur le pas de la porte de sa maison, serré dans les bras d'Einar sans se souvenir d'avoir fait le trajet et encore moins d'avoir repris forme humaine. Ils avaient pris le temps de se laver l'un l'autre et la douche avait fini par déraper pour en arriver là où ils en étaient maintenant.
Einar enfouie en lui jusqu'à la garde et lui s'accrochant au porte savon pour ne pas glisser. La douche n'étant pas prévue pour deux personnes aussi grandes, il se retrouvait souvent à faire un câlin au carrelage. Il se risqua à jeter un coup d'œil par-dessus son épaule et avisa Einar qui l'observait paresseusement.
— Tu es tellement beau. Je ne me lasse pas de te regarder.
— Arrête de regarder et fais-moi jouir, je n'en peux plus.
Einar ricana et le serra plus fort, l'obligeant à se redresser pour le coller contre lui, emboîtant parfaitement leurs corps.
— Un jour j'arriverai à te faire perdre ton français.
Il ponctua sa phrase d'un coup de rein profond qui fit claquer leurs peaux dans un bruit terriblement érotique et mouillé. N'ayant plus besoin de se tenir à deux mains, Adam se stabilisa avec l'une pendant que l'autre s'activait sur son érection. Einar se pencha soudain sur son cou et vint aspirer sa peau violemment, le faisant hurler de plaisir alors qu'il se libérait contre le mur du fond.
Einar le nettoya à nouveau en le câlinant alors que lui-même ponctuait sa peau de petits baisers. Quand la douche vira au froid, ils se dépêchèrent de sortir pour aller s’affaler dans leur lit. C’était tellement bien de vivre ensemble.
— C’était bien non ?
Adam lui sourit.
— Le sanglier ?
— Ouais.
— Hmm hmm, tout était bien.
Même l’épisode avec Estelle, qui avait conduit à finir dans ce lit, n'avait plus l’air d’un épisode traumatisant. Adam frissonna quand une main s’égara sur les cicatrices à peine visibles sur sa gorge et il y porta instinctivement la sienne pour les cacher.
— Arrête c’est moche.
— Pas du tout, vire ta main avant que je te morde.
Adam se tourna pour faire face à son amant et prit une grande inspiration.
— Il s’est passé beaucoup de choses pour moi après notre première nuit il y a quatre ans et demi.
— Moui, j’ai cru comprendre. Un enfant… quelle histoire. Tu veux bien tout me raconter ? parce que tu as disparu sans laisser de traces, même ton oncle et ta tante n’ont rien voulu me dire. Je te l’ai déjà dit mais je t’ai cherché partout.
— J’étais à Hydra… en Grèce.
Autant dire qu’Einar n’aurait pas pu le retrouver, même avec la meilleure volonté du monde.
— Je suis revenu pour le début des cours. J’ai fait du droit à Bordeaux. Pas longtemps parce que je ne me sentais pas bien, alors Simon a contacté Hagen qui a découvert que j'étais récessif et que j'étais enceinte. Ça a été un peu dur.
— Surtout que tu étais seul. J'aurai dû être là pour t'épauler.
— Simon était là.
— Ce n'était pas à lui de l'être. Pourquoi tu ne m'as rien dit ? J'aurai assumé. Il ne m'a fallu qu'une journée pour comprendre que j'avais fait la plus grosse erreur de ma vie mais c'était trop tard, tu t'étais évaporé.
— Tu sais… j'ai cru que j'allais mourir quand tu m'as dit de dégager. J'ai tout perdu ce soir-là. Du moins c'est ce que je croyais jusqu'à ce que j’aie Hugo.
— Que tu es mélodramatique. Tu étais censé venir le lendemain. C'est ce qui avait été convenu.
— Je ne pouvais pas revenir. Je devais partir loin.
— Pourquoi ?
Einar était vraiment surpris, le rendant confus.
— Je n'avais pas le choix, ça me faisait mal de rester au chalet après que tu m'aies chassé. J'ai dû partir pour ne plus souffrir.
— Ça te faisait mal ?
— Oui, physiquement je dis.
Adam posa instinctivement une main sur son cœur.
— On en a beaucoup parlé avec Simon. Il m'a expliqué que c'est parce-que tu m'avais rejeté alors que je suis ton compagnon.
L'alpha sursauta, piqué au vif et resserra sa prise sur lui, comme pour se l'arrimer.
— J'ai mis quelques heures à comprendre, mais je ne t'ai pas rejeté. Je suis venu te chercher chez toi.
— Je n'y étais plus.
— Oui je t'ai pisté jusqu'à cette aire d'autoroute puis plus rien. Tu n'es jamais retourné chez toi ou même chez Benoît.
— Tu as surveillé Benoît ?
Adam était vraiment surpris.
— Évidemment, mais il ne voulait pas me parler et ses parents ont menacé de me coller une injonction d'éloignement.
La mère de son meilleur ami étant avocate, ça ne l'étonnait qu'à moitié.
— Personne ne voulait rien nous dire. Ta famille, tes amis. J'étais désespéré. Vu que tu étais très proche de tes cousins, j'ai surveillé tout le monde mais nada.
— Mon oncle m'a fichu dehors, ce soir-là. Je ne savais pas quoi faire alors je suis venu au chalet.
— Et je t'ai moi aussi mis à la porte. Putain… je ne savais pas Adam. Je te jure que ce n'est pas ce que je voulais. Mais j'étais perdu, j'avais besoin de me faire à l'idée d'avoir trouvé mon compagnon. Ce que je ressentais à ton contact, c'était trop.
— Hmm…
Il le savait, c'était pareil pour lui.
— Trop, hein ?
— Ouais et quand t'as disparu c'était vraiment douloureux. Comme si on m'avait pris quelque chose, une partie de moi.
— Oui.
Il le savait… ça avait été pareil pour lui.
— Et maintenant tu es là et on a un fils. Je suis content qu'Hagen ait été à tes côtés, même si je le déteste pour ça.
— Heureusement qu'il était là tu sais. J'ai été malade presque tout le long Et il a fallu des semaines pour comprendre ce que j'avais.
— Ça a dû te choquer.
— Un peu… mais j'étais vraiment heureux parce que je ne serai pas seul et j'aurai une partie de toi avec moi.
Mon dieu qu'il se sentait mièvre. Einar, loin de se moquer de lui, l'embrassa tendrement. Et il eut droit à un câlin de réconfort.
— Tu sais c'est assez rare pour des compagnons destinés de se rencontrer, le monde est si vaste et il peut se passer tellement de choses. Regarde Alvin et Sigurd.
— Ils sont compagnons ?
— J'en suis persuadé. Et pourtant ils passent à côté de leur relation en se voilant la face. Surtout Alvin, parce que je crois que Sig est bien plus lucide.
— Tu devrais leur en parler non ?
— Pourquoi ?
— Ce sont tes amis.
— Raison pour laquelle je ne m'occupe pas de leurs affaires. S’ils ont besoin de mon avis, ils savent où me trouver. Ne t'en mêle pas non plus, tu auras des problèmes sinon. En plus je suis persuadé que c'est quelque chose qu'ils doivent réaliser seul. Ils sont tellement butés que leur mettre le nez dedans ne ferait qu'empirer le truc.
— D'accord. Mais au fait. Comment tu as deviné pour Hugo ?
Einar aurait bien laissé entendre qu'il avait vu la ressemblance, avait compté les mois ou tout autre bêtise, mais opta pour la vérité.
— Hugo me l'a dit.
— Il ne le sait pas lui-même. Je ne lui ai jamais dit
— Peut-être, mais il a une idée précise de ce qu'il veut. Et il était très fier de me montrer ses albums photos.
Einar caressa le ventre plat de son amant.
— J'aurai vraiment aimé te voir si plein de moi…
— J'étais horrible à la fin. Énorme et je faisais de la rétention d'eau.
Adam pinça les lèvres en sentant l'érection d'Einar pointer contre son ventre.
— T'es sérieux ? M'imaginer obèse avec des bas de contention ça te fait bander ? Mais t'es un gros pervers !
— Grave.
Einar rigola parce qu'imaginer Adam dans cet état grâce à ses soins le faisait en effet terriblement fantasmer. Que pouvait-il y avoir de plus satisfaisant de voir son compagnon porter le fruit de leur amour ?
Okay, son instinct primaire semblait avoir pris le dessus l'espace d'un instant.
— Voir quelqu'un galérer à mettre ses chaussures, ça te fait rêver ?
— Non, te voir toi marcher en canard et te dandiner parce que je t'ai si bien fait l'amour que tu en es tombé enceinte, oui.
Adam rougit furieusement et lui tourna le dos sans que son amant ne l'en empêche. Il finit par s'endormir avec la main d'Einar caressant son ventre, blotti contre lui en cuillère.
Le lendemain, Einar porta le petit déjeuner au lit à Adam. Enfin, un brunch comprenant à la fois du salé et du sucré puisqu'il était près de seize heures lorsqu'il émergea enfin. N'étant pas vraiment du "matin", il fallut presque deux minutes au jeune homme pour comprendre de quoi on lui parlait.
— Hein ?
— Ma mère a appelé, Hugo veut te voir. Il était très inquiet et elle a du mal à le rassurer.
— Oh mon dieu Hugo. Il a dû avoir si peur.
— Il nous a dit que tu l'avais poussé par la porte. Il n'a rien vu mais il était très fier que tu aies affronté la vilaine sorcière.
— Oh… il a parlé avec Sig ou quoi ?
— Oui, cette patate a appelé Estelle Cruella devant le petit et d'après ce que j'ai entendu, ce surnom est devenu très populaire en un rien de temps.
— Il va falloir l'empêcher de dire ça sinon ça va encore mal finir à l'école. Déjà qu'elle ne l'aime pas…
— Estelle n'est plus directrice et si elle veut garder la tête sur les épaules, elle ne s'en prendra plus à vous.
Adam se mordilla la lèvre supérieure.
— Elle doit me haïr… la pauvre.
Einar s'effondra tellement fort dans le lit qu'il faillit renverser le plateau en équilibre sur les jambes d'Adam.
— T'es pas croyable. Tu ne vas pas plaindre cette connasse quand même.
Il grimaça, parce que c'était plus fort que lui, il le faisait inconsciemment même s'il n'aimait pas Estelle.
— Ça doit être très dur pour elle tu sais… elle a tout perdu.
— Elle appelle notre fils "le petit bâtard" à l'école.
— Quoi ? Je ne savais pas ! C'est lui qui te l'a dit ? Mon pauvre bébé ! Mais c'est affreux !
Einar se mit à rire et essaya de cacher son visage dans son épaule.
— Calme toi, il ne sait même pas ce que ça veut dire.
— Ils apprennent très vite à cet âge-là. Il est en pleine période d'apprentissage des gros mots. Il m'appelle tout le temps "patate" et la dernière fois, je l'ai entendu dire "putain" à un de ses copains. Imagine si les autres enfants se mettent à l'insulter aussi ?
— Je vais reconnaître Hugo et je vais te marquer.
Adam frissonna.
— Oui ?
— Oui.
— Tu sais que tu ne pourras plus nous virer si tu fais ça ?
— Je sais, oui. Et tu ne pourras plus t'échapper.
— Si tu comptes me passer la bague au doigt, il va falloir que tu demandes l'approbation de mon oncle, ricana-t-il.
— Celui qui t'a fichu dehors ?
Il haussa les épaules avant de manger un bout d'omelette au jambon.
— Non, Philippe, qui habite à Biarritz. J'y dépose Hugo mardi. Ils partent au Kenya faire un safari photo.
Depuis qu'il avait quitté les De la Villasière, Adam voyageait avec son oncle et sa tante à l'étranger au minimum une fois par an. Cette année, il n'était pas du voyage.
— Sérieux ? Ça doit coûter cher non ?
— Pas vraiment. Enfin si, mais on est riche alors ça ne fait rien. Chaque année on fait un gros voyage en famille et cette année Hugo voulait voir les lions. Ils partent dix jours.
— Tu n'y vas pas ?
— Soit je vais faire fuir toutes les bestioles des environs, soit ils vont vouloir me défier… quand on a fait le zoo de la Palmyre ça a été une catastrophe et Hugo était vraiment déçu. Maintenant quand il veut voir des animaux, je me débrouille pour ne pas être là. Pourquoi tu ris !
Einar se moquait de lui sans même essayer de se cacher, le fourbe.
— Tu es un si bon père, et quel sens du sacrifice !
— Tu te moque de moi où je rêve ? J'aurai adoré faire un safari photo !
— Pourquoi tu ne vas pas avec eux pour glandouiller près de la piscine ?
— Je… j'ai besoin d'un peu de temps pour moi… de temps en temps, alors autant rester ici.
Il avait honte de l'avouer, mais dix jours sans Hugo lui faisaient envie. Envie et peur. Dix jours, c'était long quand même.
— Moi ça me va, me prélasser ici ou au soleil avec toi au bord d'une piscine, ça me fait rêver dans tous les cas.
— Tu voudrais voyager ?
— Hors de question que je te quitte des yeux à nouveau.
— Tu sais que je dois parfois partir plusieurs jours pour des réunions avec les actionnaires ? Tu auras l’occasion de voyager, si tu ne veux effectivement pas me laisser y aller seul.
— Des actionnaires ? Mais tu es riche à quel point ?
— Je ne sais pas exactement combien pèsent nos actifs, il faudrait demander à Philippe, mais à dix-huit ans, j’ai récupéré plusieurs millions en capitaux propres.
— Cool.
Einar le regarda étrangement, avant de lui chiper un bout de banane.
— Tu vas m'entretenir alors ?
— Marre de travailler le bois ?
— J'ai été viré, du coup je fais des placements. Je m'en sors pas mal.
— Viré ? Mais je croyais que tu soudoyais ta patronne avec des chocolats…
— Il n'empêche que même elle n'a rien pu faire quand j'ai disparu pendant deux mois à la recherche d'un certain fuyard.
— Quoi ?
— Je t'ai dit que je t'avais cherché. J'ai contacté toutes les meutes mais personne ne t'avait vu. J'en veux beaucoup à Simon, cette vieille charogne…
— Je n'ai rencontré Simon qu'en octobre. Il ne t'a peut-être pas menti.
— Il ne m'a pas prévenu non plus quand tu as rejoint sa meute…
— Je ne l'ai pas rejoint, je suis resté solitaire, même s’il m'a pris sous son aile.
— Laisse tomber, je le déteste.
— C’est le parrain d’Hugo…
— Quand même.
Adam gloussa, très amusé par la réaction franchement puérile et finit son petit déjeuner tant bien que mal, amputé d’un bras par Einar qui l'empêchait de bouger.
— Ma mère va passer avec Hugo, mais il va rester chez elle pour le week-end, c’est mieux. On pourra le récupérer demain soir.
— Il faut penser à lui donner son doudou.
— Il l’a avec lui… il était dans son sac d'école.
— Ah oui…
C’était bizarre pour lui d’imaginer son fils ailleurs alors qu’il ne lui avait même pas préparé de valise. Certes, Paulette avait tout ce qu’il fallait pour entretenir son petit-fils pendant au moins un mois, mais quand même.
— Ils vont passer à quelle heure ? je vais m’habiller.
— Pourquoi faire ? T’es bien comme ça.
Comme s’il allait rester en boxer pour accueillir sa belle-mère. De grand-mère de son fils, elle venait d'accéder au rang de belle-mère et il espérait qu’ils garderaient de bonnes relations, comme ils en avaient toujours eu.
— Bien sûr, ta mère serait tellement heureuse de me voir en boxer.
— Elle voudrait te nourrir à coup sûr.
La main d'Einar passa sur son torse et son ventre ou les abdominaux s'étaient envolés.
— Arrête je n’ai toujours pas perdu mes kilos de grossesse.
— Tu es très beau, ça te va bien.
— Tu ne me trouves pas gros ?
— Dis-moi, mais tu cherches le compliment, ma parole !
Adam rougit d’embarras.
Peut-être bien en effet qu’il cherchait à se rassurer. Il savait qu’il n’était pas gros, même si ses muscles n’étaient plus aussi bien dessinés qu’avant. Mais se l’entendre dire était toujours agréable et ça le changeait de Benoît, où de Jérémy qui se fichaient de lui et l’incitaient à se remettre à la natation. Entre un infirmier et un kinésithérapeute, c’était la croix et la bannière pour qu’il fasse du sport et entretienne son corps. Aucun d’eux n’ayant d’enfant en bas âge, il les avait envoyés paître. Ils verraient bien, ces deux branquignoles, quand ils auraient des enfants. Ça serait à son tour de se moquer.
— J’avoue. Benoît me trouve un peu mou.
— Tu l’emmerde, t’es beau, je t’aime.
Sans voix, l’oméga se tourna d’un coup pour regarder son amant, renversant finalement le plateau. L’assiette s'explosa au sol et le verre aurait subi le même sort si Einar n’avait pas eu le réflexe de le rattraper.
— Quoi ?
— T'es beau !
— Non pas ça !
— J'aime pas trop Benoît.
Adam sourit mais n'insista pas. Einar avait peut-être dit ces mots, mais il ne se sentait pas de lui répondre si vite. Et l'Alpha ne semblait pas pressé de renouveler l'expérience.
***
Une heure plus tard, Hugo était dans ses bras pour un gros câlin sur le canapé. Ils avaient convenu de ne pas lui parler tout de suite de son deuxième père. Ils attendraient que les deux se soient bien habitués l'un à l'autre.
Paulette, assise dans un fauteuil, les couvait des yeux. Un seul regard sur son fils lui avait suffi à comprendre qu'il était au courant de sa paternité. Adam se demandait si lui aussi un jour, serait capable de lire en Hugo d'un seul coup d'œil.
Hugo était arrivé en pleurant, lui était tombé dans les bras en se réjouissant de le voir vivant puis lui avait demandé de la glace. C'était rassurant de voir que rien ne changeait malgré les évènements. Hugo était exactement le même.
— Tu ne veux pas la télé mon chéri ? demanda Paulette
— Non.
— Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait d'Hugo, s'amusa Adam.
Ils eurent droit à un tirage de langue d'Hugo qui fit rigoler les deux adultes.
— C'est pas drôle, s'indigna l'enfant.
— Si un peu quand même, opina l’Omega
— Tu ne me fais même pas rigoler !
Hugo se mit à bouder et partit dans sa chambre pour prendre des jouets.
Paulette avait les yeux qui pétillaient tellement qu'il s'attendait à tout moment à en voir jaillir un arc en ciel. Elle prit le temps de boire une gorgée de thé à la bergamote avant de ne plus se maîtriser.
— Je suis si heureuse.
— Oui ça doit être rassurant d'avoir récupéré Einar près de vous.
— Pour vous ! s'exclama-t-elle. Bien sûr, je suis ravie qu'il soit de retour à la maison, mais c'est surtout pour vous deux que je suis contente. Vous allez enfin arrêter de traîner vos carcasses comme des âmes en peine !
Adam ne dit rien, mais il ne lui semblait pas avoir été malheureux ces quatre dernières années. Il n'en avait pas eu le temps. Il ne pouvait pas parler pour Einar, mais il l'avait trouvé en grande forme depuis son retour.
Ne voulant pas la contrarier, il se contenta de sourire.
— C'est gentil.
— Faites en sorte que ça marche cette fois, vous êtes le plus sensé des deux.
Facile à dire.
— Tu aurais dû lui tirer les oreilles dès le départ et ne pas te laisser faire. C'est un nigaud, mais quand on lui met le nez dedans, il arrive à ouvrir les yeux.
Quand il avait vu la femme avec Einar au chalet, Adam avait été prêt à en découdre, mais l'Alpha avait tout brisé en le chassant. Paulette en tant que gamma ne savait pas à quel point un ordre direct de la part d'un alpha était écrasant pour un oméga tel que lui. Il s'était senti broyé. Et entre l'ordre et sa peine, il avait pris ses affaires et déguerpi. Si c'était à refaire, il ferait exactement la même chose.
En tout cas, Einar devait avoir les oreilles qui sifflaient. Il était parti avec Alvin retrouver André et Jean pour une grosse mise au point concernant la meute. Einar était furieux de voir l'ascendant que Fernand et Estelle semblaient avoir pris sur la meute et s'en était ouvert à lui avant de partir.
Pour sa part, il évoluait plutôt en marge de la meute. À part l’Alpha, le Bêta, sa famille et son petit groupe d’amis… Il ne côtoyait pas grand monde en dehors des pleines lunes. Même Louise, l'autre oméga de la meute, était pratiquement une inconnue. En même temps, ils étaient près de deux cents adultes dans le village, et même s'il pouvait reconnaître à peu près tout le monde de vue, il était loin de pouvoir nommer chacun d'entre eux par leurs noms et prénoms.
Pour lui, tout le monde avait sa part d'influence. Il avait pu apporter sa contribution à la meute avec les énergies renouvelables et la modernité nécessaire à ce petit village pour attirer de nouveaux habitants. Mais rien de plus, il se contentait de suivre son bonhomme de chemin sans faire de vagues, comme il avait toujours essayé de le faire.
— En tout cas, maintenant vous êtes réunis, c'est le principal.
Adam sortit de ses pensées pour dévisager Paulette. Oui ils étaient réunis mais il espérait qu'Einar arriverait à s'intégrer avec Hugo. Entre passer quelques jours avec l'enfant et devenir une vraie figure parentale, il y avait un fossé.
— Nous verrons.
Dans les faits, il serait sûrement plus intéressant pour Einar de se mettre en couple avec Estelle. Une meute avec un couple Alpha était quand même plus fort et mieux perçu qu'un Alpha avec un oméga, même si celui-ci était récessif.
— Tu ne crois pas en votre avenir ?
Il haussa les épaules.
— Einar serait mieux avec une Alpha comme Estelle, une louve forte. En plus je sais qu'il n'est pas vraiment gai.
— C'est vraiment un truc d'humain de se catégoriser ainsi. Chez les lycans trouver son compagnon est la chose la plus précieuse, peu importe son sexe.
— Mmh… oui.
Ce n'était peut-être qu'un détail. Il n'empêche qu'il était un oméga et qu'il l'avait chassé la première fois. Rien ne l'empêchait de recommencer malgré ce qu'il pouvait dire. Après tout, Einar lui avait assuré que le chalet était sa maison et ça ne l'avait pas empêché de finir à la rue quand il avait eu besoin d'aide, de soutien et d'amour.
Mais maintenant, il n’était plus seul, l’incertitude n’était pas une option. Il ne pouvait se le permettre. Il protégerait son fils coûte que coûte et si pour ça il devait partir, il le ferait sans remords. Bien sûr pour le moment, il était bien avec Einar, ils passaient de bons moments et l’Alpha semblait très prévenant, voire même épris, comme il l’avait affirmé plus tôt. Mais dans un mois, dans deux ? C’était bien beau de rêver, mais garder les yeux ouverts était bien plus important.
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