La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)
Chapitre 3
Einar fut réveillé au milieu de la nuit par les gémissements du jeune homme. Hagen était déjà au chevet de son patient, lui épongeant le front. Celui-ci s'agitait, les yeux ouverts et marmonnant des mots sans suite et surtout, incompréhensible.
— Qu'est ce qu'il se passe ? l'interrogea-t-il.
— La fièvre est montée, son corps lutte contre la mutation.
— Super, on va finir avec un cadavre sur les bras. Grogna Sigurd en les observant depuis le pas de la porte où il était appuyé.
— Je n'arrive pas à le calmer, s'inquiéta le soigneur.
L'alpha se leva, traversa la chambre et posa une main sur le front brûlant du jeune homme. Les yeux fatigués d'Hagen passaient du blessé à son Alpha, si bien qu'il finit par lui demander d'aller se coucher. Hagen n'était pas venu traquer l'intrus avec le reste de la meute car il avait déjà enchaîné vingt-quatre heures de gardes à l'hôpital où il était médecin urgentiste.
— Va dormir Hagen. Je vais veiller sur le petit.
— Non non, je vais le faire.
— Va. Te. Coucher. Ordonna-t-il d'une voix forte.
Le lycan lui faisant face se recroquevilla au sol ou il était déjà à genoux et laissa tomber son linge humide sur le bord du lit. Ses épaules s'affaissèrent, puis il se releva pour quitter la pièce. Einar l'entendit s'allonger dans un des lits de la chambre voisine, suivit par Alvin, qui revint finalement sur ses pas après s'être assuré que tout était sous contrôle.
Le gamin commença à s'agiter à nouveau, tentant d'arracher les bandages fait par Hagen au début de la nuit. Il lui attrapa les mains et le repoussa contre le mur pour s'allonger contre lui, le tenant fermement dans ses bras.
— Calme toi, lui ordonna-t-il doucement. Ne combat pas le venin, tu ne feras que t'épuiser inutilement.
— Gnnn
— Je sais, tu as mal, mais plus tu luttes, plus ça sera long et douloureux.
Il le serra dans ses bras sans tenir compte de ses blessures et colla son nez dans son cou pour venir lécher la peau salée recouverte de transpiration. Le gosse exsudait la douleur et la peur, excitant son loup qui rôdait à la surface. Einar se mit à grogner fortement en entendant les griffes d’Alvin cliqueter sur le parquet. Son ami était le seul de leur meute à passer autant de temps sous forme lupine qu'humaine. Ils travaillaient ensemble à la menuiserie et étaient très proches. Leur « meute » de quatre était très soudée, dormant même presque toutes les nuits dans la même chambre. Pourtant immédiatement, il n'était pas ravi de voir le bout de sa truffe pointer sur le pas de la porte.
— Ce n'est pas le moment Al.
Son béta gémit doucement, pleurant des sons aigus en se traînant sur le sol jusqu'à arriver au pied du lit. Einar lui tourna le dos, refusant de lui accorder de l'attention à ce moment précis. Il s'employa à défaire les bandages autour du cou pour voir l'évolution de la plaie et fut satisfait en voyant les bords rouges et boursouflés commencer à se souder à son homologue de l'autre côté. La fièvre était inquiétante mais la plaie se soignait bien.
Alvin fut bientôt rejoint par Sigurd, qui se blottit contre le premier. Le jeune scout s'apaisa une fois ses plaies mises à nues, doucement balayées par son souffle. Il réussit à le faire boire un peu, une eau mélangée à de la reine des prés, laissée par Hagen.
Le lendemain, quand le soleil pointa le bout de son nez, leur hôte ne bougeait plus. Einar avait réussi à s'endormir, le bras barrant le torse finement musclé, l'entravant fermement sans pour autant le blesser. Il n'était pas persuadé que la fièvre ait baissé mais le sommeil dans tous les cas, ne pouvait pas être une mauvaise chose.
A moins que ça ne soit un coma ?
Entendant des bruits venant de la pièce voisine, l'alpha garda un œil ouvert et ne fut pas surpris de voir le soigneur s'approcher. Ils ne se quittèrent pas des yeux, même lorsque son ami dut enjamber le corps des deux loups toujours enchevêtrés sur le sol.
— J'ai préparé du café.
Après avoir fait le tour complet de la pièce, Hagen fit bien attention de ne pas faire passer son bras au-dessus de la tête de son chef, pour toucher le front du blessé. Einar se redressa puis quitta la pièce sans se soucier de réveiller ses hommes. Il avait déjà été sur ses gardes toute la nuit, c’était assez.
Après un brin de toilette, il gagna la petite cuisine où la cafetière lui faisait du charme. L'odeur qui se diffusait dans la pièce était divine, il ne fut donc pas surpris du tout de voir débarquer les deux loups affamés. Ceux-ci filèrent dans la chambre libre et après quelques minutes de gémissements, il le vit pénétrer en titubant dans la cuisine ouverte.
Ils avaient tout de même pris le temps d’enfiler des shorts.
— Asseyez-vous et mangez quelque chose.
Ils avaient mangé les derniers morceaux de bœuf dans la nuit, il fit donc cuire six côtes de porc pendant que ses amis sirotaient leurs cafés sans un bruit.
— La fièvre a baissé et la plaie s'est bien refermée. Scanda Hagen en les rejoignant. Il se versa un café chaud dans une tasse déjà à moitié vide.
— Il va survivre alors ? Demanda Sigurd en commençant à dévorer l'assiette sous son nez.
Alvin faisait de même autour de l'îlot central qui délimitait l'espace cuisine de l'espace salon. Les grands coups de fourchettes sur la porcelaine furent les seuls bruits audibles pendant un court instant.
— Sûrement oui, après je ne sais pas si son corps aura le temps de se préparer. La pleine lune est dans… Hagen sortit son téléphone et pianota quelques instants. Quatorze jours, c'est un peu court…
Einar observa les trois loups qui constituaient sa meute discuter sur les chances de survie du mordu. C'était délicat. Une transformation par morsure se faisait en général en début de cycle, pour laisser le plus de temps possible au corps de s'adapter. C'était du moins la théorie relatée dans leur meute de naissance car dans les faits… Il n'était pas facile de déterminer ce qui faisait que la transformation aboutisse ou que l'hôte meurt simplement après une longue agonie sous la lune ronde. Il reprit la conversation en route dès qu'il eut terminé son assiette. Personne ne semblait s'être inquiété de son absence de réaction.
— Quand il se réveille, interrogé le sur le lycan qui l'a mordu et si tu as une identité, une adresse, quoi que ce soit, préviens-moi sur mon portable. Dépêche-toi Al, on va être en retard.
Son ami se dépêcha de finir son café et salua les deux lycans restant en leur tapotant l'épaule. Hagen était de repos et pourrait s'occuper du blessé. Sigurd quant à lui avait terminé sa dernière mission d'intérim dans le supermarché de leur commune et était donc également disponible pour aider leur soigneur. Tous les quatre venaient d'un village constitué des seuls membres de leur meute et ça avait vraiment été bizarre pour eux de s'installer au milieu des humains. Seul Hagen et sa famille avaient durablement quitté ce village pour que leur fils puisse entamer des études de médecine.
En toute honnêteté Einar serait resté vivre au sein de la meute si son loup ne s'était pas avéré être aussi dominant. Mais une meute ne pouvait pas avoir plusieurs alphas et ça aurait fini par virer à la guerre civile, puisque certains loups avaient naturellement décidé de le suivre. C'était le cas de ses amis avec qui il avait partagé toutes ses aventures depuis aussi longtemps que sa mémoire lui permette de remonter. Ça avait également été le cas de ses parents, qui avaient caressé l'espoir qu'il défie leur Alpha pour prendre la tête de la meute, mais qui n'avaient pas poussé jusqu'à le suivre dans son exil. Il ne le leur avait d'ailleurs pas demandé. Leur vie était à Erroymendi, pas dans un village à l’autre bout du monde.
Leur vie était là-bas, dans ce village où ils avaient leurs emplois, leurs amis et le reste de leur famille. Sigurd, Alvin et Hagen ne lui avaient pas laissé le choix. Quand il avait quitté la meute, avec l'aide et la bénédiction de Claude, son ancien Alpha, il ne savait pas encore où ses pas le porteraient mais il n'était pas mécontent de sa vie. Quand il s'était posé ici, il avait prévenu ses amis qui l'avaient rejoint très rapidement, juste le temps de mettre leurs affaires en ordre.
L'organisation s'était mise en place naturellement et ils avaient appris à vivre à quatre. Ce n'était pas facile tous les jours, puisque chacun d'eux avait le sang chaud et était toujours prêt à tout pour une bonne bagarre. Hagen, leur soigneur, était d’un naturel plus calme, mais Alvin et Sigurd passaient leur temps à se défier, pour mieux se réconcilier ensuite.
Sur l’oreiller.
Mais depuis quinze jours, ils passaient la majorité de leur temps libre à pister et à recouper les traces de l'intrus pour mettre fin à ses agissements. La tension commençait à se faire sentir dans la meute.
— Quand tu veux. Patron.
Alvin s'amusait à l'appeler patron depuis qu'il avait eu une promotion à la menuiserie, devenant de fait son chef d'atelier. Ça eût le mérite de le sortir de sa rêverie et ils partirent bosser alors que les deux autres entamaient la vaisselle.
***
Quand il se réveilla, Adam fut légèrement surpris de voir le plafond lambrissé de bois clair au-dessus de sa tête. Il se souvenait avoir déjà ouvert les yeux pour se retrouver dans ce décor inconnu mais c'était flou, lointain. Il se souvenait également de voix, de quelqu'un l'obligeant à boire, mais surtout d'un loup. Un loup immense et gris avec des dents luisantes, puis la douleur.
Atroce douleur.
Il porta la main à sa gorge, ou du moins essaya. Son bras semblait englué dans quelque chose de lourd, tout comme le reste de son corps. Il ne pouvait pas bouger. Il tenta d'émettre un son mais sa gorge était emplie de verre pilé et ne laissa passer qu'un affreux gargouillis geignard.
— Ne bouge pas, lui conseilla une voix douce et grave. Tu as été blessé hier dans la nuit et ton corps se remet bien. Il faut que tu lui laisses le temps. Bois un peu.
Un bras se glissa sous sa tête pour la soulever de quelques centimètres et quelque chose de froid fut pressé contre ses lèvres, un verre. Il but deux petites gorgées avant que l'eau lui soit retirée. Ça lui avait fait un bien fou, délogeant les éclats dans sa bouche et il aurait bien continué.
— Doucement. Tu pourras boire un peu plus tout à l'heure, si tu arrives à rester éveillé plus de cinq minutes. Je vais t'ausculter pour vérifier si tu n'as pas une commotion cérébrale parce que tu sembles avoir reçu un sacré choc à la tête.
Une lumière passa devant ses yeux, cru et blanche, les faisant cligner plusieurs fois jusqu'à ce qu'il se dérobe. La personne en train de l’ausculter gloussa avec indulgence. Il avait pu distinguer une masse sombre au-dessus de lui mais pas les traits de son soignant, aveugle qu'il avait été par la lumière.
— Tu sembles aller plutôt bien, pour quelqu'un passé si près de la mort. Tu devras remercier Einar qui t'a veillé une bonne partie de la nuit.
Il ouvrit la bouche, ou du moins, essaya.
— Non n'essaye pas de parler, le coupa-t-il dès que sa bouche se plissa. Tu es vivant mais faible. Le lycan t'a arraché les cordes vocales et tout est doucement en train de se remettre en place. D'ici ce soir tu pourras essayer à nouveau, mais ne force pas.
Il se retrouva seul dans la pièce. Du moins il le pensait au vu du silence qui l'entourait. Il ne pouvait pas s'en assurer, puisque toujours englué dans le lit. Adam avait cependant de quoi s'occuper l'esprit. Il avait eu la gorge arrachée par un lycan ? Il n'avait pas rêvé cet énorme loup gris dans la forêt ? Il n'arrivait pas à réfléchir et avait encore soif. La chambre se mit à tournoyer, lui soulevant l'estomac. Il n'eut pas conscience que quelqu'un le basculait sur le côté avant que tout devienne noir.
Quand il se réveilla à nouveau. Il se sentait affreusement mal. Penchant la tête d'un côté et de l'autre pour faire passer la douleur qui lui paralysait le corps. Il avait dû choper la rage ou la myxomatose, pour se sentir aussi mal.
— Est ce que tu vas encore vomir petit ?
Il avait envie de répondre mais il en était incapable. Un linge humide lui caressa le front et il soupira de contentement.
— Il fait une infection, son cou a bien cicatrisé mais sa jambe est rouge et boursouflée. Il faudrait l'emmener à l'hôpital, je ne suis pas équipé ici pour le traiter convenablement. Les humains sont si faibles.
Il sentit un poids sur lui qui l'écrasa et qui le poussa.
— Alvin descend de là tu vas l'écraser, tu n'es plus un louveteau !
Il sentit un courant d'air puis la douleur fut telle qu'elle lui coupa la respiration, amenant des points noirs danser devant des yeux. A nouveau il accueilli le néant libérateur avec soulagement.
Quand il ouvrit les yeux pour la troisième fois, il se sentit bien mieux. Il bascula la tête vers la droite et avisa une table de chevet avec un verre à moitié rempli. Il n'avait qu'à tendre la main pour l'attraper, en se soulevant légèrement sur un bras pour y arriver.
L'eau, bien que tiède, lui fit un bien fou. Il en savoura chaque goutte, laissant ses yeux traîner dans la pièce. Mais où diable était-il ? La pièce était assez spartiate, deux lits une place avec deux tables de chevets, une petite fenêtre laissant filtrer une lumière chaude et une porte.de bois sombre et vernie sur le mur du fond. Se souvenant des événements de la veille, il porta la main à son cou et tressaillit en sentant le bandage qui l'entourait. Il se racla la gorge et eut du mal à déglutir devant la douleur engendrée. Un homme d'une carrure impressionnante entra dans la chambre, le laissant bouche bée. Au moins deux mètres, des épaules larges mise en valeur dans un simple tee-shirt blanc maculé de tâches grises, des hanches étroites et de longues jambes recouvertes de Denim. Il était brun, une barbe de quelques jours ombrait ses joues, ses sourcils étaient épais et sombres, tout comme ses yeux braqués sur lui à l'instant présent.
— Tu veux de l'aide pour aller pisser ?
Il resta coi un grand moment, bloqué entre l'allure de mauvais garçon et la phrase improbable puis l'idée fit son chemin.
— Oui je veux bien merci.
Il sursauta en entendant sa voix rauque et métallique, ne le reconnaissant pas du tout. L'homme s'approcha de lui et toute son attention fut à nouveau braquée sur cette montagne mangeant tout l'espace de la petite chambre. Il écarta la couverture pour s'asseoir mais se ravisa en constatant qu'il était nu.
Entièrement nu.
— Tiens enfile ça. Dit le grand type en lui tendant une chemise à carreaux bleue et blanche.
Adam se dépêcha d'enfiler la chemise, passant chaque bouton dans les boutonnières et quand l'homme lui tendit une main pour l'aider à se lever, il ne réfléchit pas. La chemise tomba sur ses cuisses et ils avancèrent doucement jusqu'à la porte de la chambre. Il avait du mal à marcher, son mollet gauche étant couvert de bandages et son muscle tirait tellement qu'il ne pouvait pas poser le talon. Il boitilla jusqu'à une pièce semblant être un salon de taille correcte, ouverte sur une cuisine. C'était aussi spartiate que la chambre, avec deux canapés trois places en velours fleuri et une table basse. Il ne pouvait pas voir la cuisine mais il ne s'attendait pas à mieux. Ils passèrent devant une porte fermée puis l'homme lui désigna une porte verte.
— Les toilettes.
Adam lâcha la main qui le soutenait pour attraper la poignée ronde et fut soulagé de s'asseoir sur la cuvette en faïence rose. Ils n'avaient parcouru qu'une dizaine de mètres mais ça l'avait épuisé. Il était pourtant sportif…
Deux minutes après, il était encore assis, plié en deux et incapable de se relever. Il sursauta quand un coup fut frappé à la porte.
— Ça va bien dedans ?
— Non…
Il avait seulement murmuré mais la porte s'ouvrit sur l'homme et il resta là, mortifié en regardant ses genoux. Ils amorcèrent le même chemin en sens inverse sauf que trois hommes tout aussi baraqués que celui qui l'aidait étaient maintenant assis autour de l'îlot central de la cuisine. Il s'immobilisa, dévisageant tour à tour les trois hommes.
— Salut, ravi de te voir sur pied, commença celui de droite, le moins trapu des trois.
— Plus tard, grogna sa béquille humaine. Il faut qu'il se rallonge, il tremble tellement qu’il va finir par tomber.
Celui du milieu lui fit un signe de main qu'il prit comme un "coucou" plutôt enthousiaste puis ils regagnèrent la chambre où il se rallongea avec soulagement.
— Merci de m'avoir soigné.
— Ouais. Repose-toi.
Il se rallongea en grimaçant. Tous ses muscles étaient douloureux, suite à son altercation avec les autres garçons et sa course dans les bois. Il avait beau être sportif, évoluer dans une piscine ou en terrain varié n'avait rien à voir. Le grand homme qui l'avait aidé s'assit sur le lit gigogne près du sien, l'étudiant de ses yeux sombre. La porte s'ouvrit sur un des hommes présents dans la cuisine, celui de droite.
— Je t'ai ramené un plateau, ça serait bien que tu manges, pour aider ton organisme à se remettre en route. Trois jours sans manger, c'est beaucoup trop, alors même si je me doute que tu dois mourir de faim, il faudra te contenter de ça pour le moment.
La petite marche, en plus de le fatiguer, lui avait effectivement ouvert l'appétit. Il resta cependant figé, le plateau sur les genoux. Trois jours ? Il avait passé trois jours à dormir ?
— Trois jours ?
— Oui c'était vraiment une sale blessure que tu avais là. D'ailleurs ne force pas trop sur ta gorge. Après avoir fini de te restaurer, j'examinerai tes blessures. Ne t’inquiète pas, je suis médecin au centre hospitalier de Périgueux, tu es en sécurité avec nous. Peux-tu me donner ton nom et ton prénom s’il te plaît ? tu n’avais pas de papiers d’identités sur toi.
— Adam Fontaine.
— Enchanté, Adam, moi c’est Hagen, Mange maintenant, nous verrons le reste plus tard.
Il observa le plateau, un verre vide, un pichet d'eau et un bol plein de flocons d'avoine. Il porta une cuillère timidement à sa bouche et la savoura autant que possible sachant qu’il avait l’impression de manger des lames de rasoirs. Les flocons d'avoine pouvaient s'avérer collant et fade quand ce n'était pas réussi et là, entre le lait et le miel, c'était juste délicieux. Ou du moins, c'est l'effet que ça lui fit en sentant la bouillie encore chaude couler dans son œsophage. Avaler lui faisait mal, mais la sensation de son estomac se remplissant était incomparable.
— J'étais d'avis de te faire un steak mais Hagen préférait quelque chose de facile à manger. Je m'appelle Einar. Les deux autres dans la cuisine sont Alvin et Sigurd. Je sais qu'Hagen t'a demandé d'économiser ta voix, mais j'ai besoin de réponses, tu comprends ? Tu t'es fait attaquer par un lycan, mercredi. L'as-tu vu ?
Adam hocha la tête puis porta la main à sa gorge, comme pour s'assurer qu'elle était encore là. Déjà que son cerveau avait visiblement explosé…
— Était-il sous forme de loup ou sous forme intermédiaire ?
— Un gros loup gris. Coassa-t-il.
Hagen passa la tête dans l'entrebâillement de la porte en fronçant les sourcils.
— Ne peux-tu pas attendre ce soir ? Il a besoin de reprendre des forces et de se reposer.
— Laisses nous Hagen. J'ai besoin de réponses. On a assez attendu.
Le prétendu médecin s'effaça, non sans grimacer, le laissant à nouveau seul avec son aide-soignant.
— Tu l'a déjà vu avant ? tu avais l'impression d'être suivi ? As-tu remarqué quelque chose ?
Adam secoua la tête à chaque fois. Non il n'avait jamais vu de loup gris géant, il avait été poursuivi plus tôt dans la soirée mais personne n'était à ses trousses depuis longtemps quand il était tombé sur l'animal. Il n'avait rien remarqué d'autre que ses dents et ses poils hérissés. Rien que d'y repenser, il frissonna.
— Tu t'es battu avec le lycan ? Ton corps était couvert de bleus.
Il secoua la tête à nouveau, déglutit pour avaler sa cuillère.
— Avant.
— Est ce que la personne avec qui tu t'es battu serait susceptible d'être le lycan ?
— Non.
Einar resta là à le fixer, avec ses yeux si sombre, semblant le sonder jusqu'à l'âme et il eut l'impression d'être hypnotisé, incapable de détourner les siens. Finalement ce fut le gars qui mit fin à l'échange en se levant.
— Bien merci, repose-toi. La pleine lune n'est plus que dans onze jours. Il faut mettre toutes les chances de ton côté.
Il lui tapota l'épaule puis quitta la chambre. Le médecin revint dix minutes plus tard, s'asseyant au bord de son lit, il avait l'air désolé. Adam n’avait pas pu finir son bol mais se sentait repu et fatigué. Il papillonna des yeux pour refréner l'envie.
— Je vais vite vérifier l'évolution de tes blessures et tu pourras faire une sieste. Ce soir tu pourras manger quelque chose de plus solide. As-tu aimé le gruau ? C'est un des rares mets que je maîtrise. Allonge-toi s'il te plaît.
Adam s'exécuta docilement, combattit son corps grinçant et retrouva le confort du matelas sous son dos.
— Très bien. Je vais faire doucement. Ton corps cicatrise vite, mais avec les poussées de fièvre que tu nous as fait pendant trois jours à la suite de l'infection qui a pris dans ta jambe, j'ai peur que ça ait retardé le processus de mutation. Comme le disait Einar, onze jours c'est court. Je veux que tu te reposes et que tu manges en quantité jusqu'à la pleine lune. Ça va bien se passer.
Encore cette histoire ? Deux fois en moins de vingt minutes ça avait de quoi attirer l'attention. Il s'agita un petit peu, en sentant les mains contre son mollet découvert.
— Qu'est ce qui se passe dans…
— Chut économise toi. Ta jambe s'est parfaitement remise. C'est normal que ça tire, c'est ton cerveau qui stimule tes cellules nerveuses. Je regarde ta gorge puis je te laisse tranquille.
— La pleine lune ?
— Oui. Onze jours c'est court mais ne t'inquiètes pas, la plupart des mordus s'en sortent très bien. Nous n'avons pas assisté à beaucoup de mutations mais nous ferons en sorte que ça se passe bien.
— Quoi ?
— Tu as été mordu par un lycan, dans la forêt. Tu as eu de la chance. Il y a déjà quatre victimes à la morgue. Si les gars ne t'avaient pas trouvé il t'aurait sûrement dévoré jusqu'à l'os. En général nous ne mordons pas les gens contre leur volonté, c'est contraire à nos lois.
Le jeune homme était à deux doigts de tourner de l'œil. Comment diable avait-il atterri ici au milieu de ces tarés. Il était dans une maison avec deux fous. L'un lui demandait s’il connaissait le loup qui l'avait attaqué et l'autre lui parlait de lycans et de lune.
— Ahhh ta gorge est vraiment belle. Tu devrais retrouver ta belle voix de ténor en un rien de temps. On va laisser les cicatrices à l'air libre à partir de maintenant qu'en dis-tu ?
Adam le regarda sortir en se demandant comment il allait faire pour se sortir de là. C’était un peu fou comme histoire et comme situation… Mais après tout s’ils avaient eu pour projet de le tuer, ils ne l’auraient pas soigné non ? Ils semblaient vivre dans le dénuement le plus total et pourtant ils prenaient le temps de le nourrir. Ils étaient de bonnes âmes, visiblement, mais il avait peur et voulait retrouver sa famille. Il avait failli être dévoré par un loup, seul dans une forêt après avoir été passé à tabac.
Là tout de suite, il voulait sa tante.
***
Autour de la table, tout le monde mangeait en silence, écoutant la voix d'Hagen filtrée par la chambre. Einar était dépité. Ils avaient récupéré les vêtements d'Adam, pour remonter une éventuelle piste en suivant les odeurs imprégnées dans les tissus, mais la piste du tueur s'était stoppée net sur le bord d'une route à quarante kilomètres au sud. Il avait patiemment attendu le réveil de leur dernière victime, qui avait déliré pendant trois jours pour finalement n'avoir aucune réponse. Le gosse devait encore s'économiser, même s’il était sorti d'affaires. Il entendit leur soigneur se lancer dans une explication vague de la situation et il observa les membres de sa meute.
C'est exactement pour ça qu'ils ne mordaient pas au hasard. Personne ne le regardait, conscient de la colère qui grondait en lui. Il détestait être bloqué de la sorte. Il arrivait, parfois, qu'un lycan attaque l'humain, lorsque la lune était ronde et que l'animal en eux se faisait plus présent, mais ça restait un acte très isolé et malheureux.
L'un des siens s'en prenait volontairement à des gens pris au hasard. Il avait commencé un mois plus tôt et depuis, avec une régularité effarante, il attaquait puis tuait ses victimes après les avoir en partie dévoré.
Einar avait pu avoir accès à leurs dossiers : Timéo huit ans, retrouvé éventré dans les poubelles derrière le Carrefour Market, la police avait conclu, au vu des nombreuses morsures, à une attaque de chiens sauvages. La ville avait lancé une grande campagne de stérilisation l'année précédente à la suite d’une prolifération inquiétante des chiens errants. La semaine suivante il y avait eu Sophie, douze ans, retrouvée dans une ruelle la gorge arrachée et la cuisse droite dévorée. Elle avait semble-t-il été consciente lorsque la bête avait commencé à la manger. Les policiers avaient commencé à suspecter que quelqu'un s'en prenait aux enfants… Puis il y eut Charles, un boulanger de cinquante-six ans. La police avait été alertée quand sa boulangerie n'avait pas ouvert à sept heures trente du matin.
C'était la boulangerie la plus proche du commissariat et les policiers avaient pour habitude de s'y rendre tous les jours, à l'ouverture pour acheter des viennoiseries. Il avait été, semble-t-il, attaqué lorsqu'il avait vidé sa poubelle dans l'impasse derrière la boutique. Les enquêteurs avaient émis l'hypothèse qu'il avait dû déranger la meute de chien, faisant les poubelles et qu'au lieu de fuir, les animaux lui auraient sauté dessus, l'éventrant à son tour.
L'homme avait eu la chance de faire une crise cardiaque avant que ses entrailles ne soient mangées. Ça avait ensuite été au tour de Kathie, une coiffeuse de quarante ans, mère de deux enfants qui avait trouvé la mort alors qu'elle changeait sa roue sur le bord de la route. Elle avait visiblement tenté de se mettre à l'abri dans sa voiture mais n'avait pas été assez rapide. Le lycan avait attrapé le bord de la portière et plié le métal sans aucun problème avant d'extraire la passagère. Ce dernier meurtre avait été le plus brutal. La bête, sûrement galvanisée par la pleine lune et par la chasse, n'avait presque rien laissé de sa victime, qui avait été identifiée grâce à ses empreintes dentaires. Adam avait eu beaucoup de chance que ses hommes tombent sur lui, sinon il aurait fini comme les quatre autres.
La police, tout comme la meute, piétinait. La seule avance qu'ils avaient sur les enquêteurs était qu'ils savaient à quoi ils avaient à faire et qu'ils avaient maintenant l'odeur du meurtrier bien enregistrée dans leur mémoire olfactive.
Au réveil d'Adam, il avait dû l'aider pour ses ablutions, puisqu'il n'y avait personne d'autre dans la maison. Il avait envoyé ses hommes dans la forêt, à la recherche d'une piste, comme tous les jours depuis que ce lycan avait commencé à semer des victimes sur son territoire. Il était délicat d'enquêter en ville, mais la forêt était l'endroit idéal pour eux.
Sigurd, Alvin et Hagen étaient revenu de leur ronde pile au moment où il aidait leur invité à sortir des toilettes et il avait parfaitement senti la gêne du garçon de se retrouver exposé de la sorte devant les trois hommes.
Einar observait maintenant la pochette en plastique transparente contenant des poils de couleur sable. Alvin les avait dénichés dans un buisson à quelques mètres de l'endroit où ils avaient trouvé le jeune homme. Il ouvrit le sachet et respira doucement avant de refermer le zip.
— Qu'est-ce que c'est que ce merdier. Ça sent le gosse.
Il fronça les sourcils dévisageant les deux hommes qui ne disaient rien. Adam avait les cheveux gris, presque blancs, d'où sortaient donc ces poils ? Hagen apparu dans la cuisine en quelques secondes, visiblement ravi et excité.
— Il va bien mieux. Et c'est grâce à toi Alvin. Si tu n'avais pas pensé à lécher la plaie, il n'aurait sûrement pas passé la nuit.
— La question c'est, comment toi, tu n'y as pas pensé, grommela le bêta.
— Figure toi qu'à l'hôpital ce n'est pas un soin acceptable.
— On n’est pas à l'hôpital, Hagen. Tu passes trop de temps avec les humains, je te l'ai déjà dit.
— La paix vous deux.
C'était une dispute récurrente entre les deux. Travailler avec les humains était devenu presque obligatoire pour les meutes depuis que ces derniers avaient commencé à proliférer comme des cafards. Leurs inventions avaient mis fin à l'isolement des lycans qui avaient dû s'ouvrir au monde tout en préservant leur secret. Mais Alvin trouvait le métier d'Hagen très envahissant. Ils avaient toujours eu des soigneurs dans les meutes, capables de soigner les grosses blessures, les maladies et de s'occuper des mises bas difficiles grâce à leur savoir et aux simples, mais Hagen avait voulu se former chez les humains, créant la surprise et l'incompréhension dans leur meute de naissance.
La famille d'Hagen, plus progressiste avait été particulièrement fière de leur enfant et avaient décidé d'emménager en ville, le temps de ses études supérieures. Ils étaient ensuite retournés au village.
— As-tu une explication pour ça ?
Il fit glisser la pochette sur le plan de travail et son ami l'attrapa à la volée, avant qu'elle ne finisse sa course sur le plancher.
Hagen commença par examiner les poils à l'œil, puis comme son Alpha avant lui, ouvrit le sachet pour les humer. Il réfléchit un instant puis son visage s'éclaira.
— C'est la première fois que j'en vois un en vrai…
— Tu sais ce que c’est ? Le coupa l'Alpha.
— Je pense qu'il s'agit de Canitie subite. Devant l'air bovin de Sigurd et d'Alvin, le médecin précisa. Les cheveux pigmentés tombent, ne laissant que les blancs. Adam a les cheveux blancs, vous avez remarqué ?
— C'est une maladie ? Demanda Sigurd.
— Pas vraiment. Ça peut se produire après un choc physiologique ou psychologique, en quelques jours les cheveux deviennent blancs. C'est ce qu'il s'est passé pour Marie Antoinette, et c'est sûrement le cas aussi pour Adam. Se retrouver nez à nez avec un loup a dû pas mal le choquer. Entre çà et là douleur…
— En quelques jours… ça ne colle pas, on a trouvé quelques poils dans un buisson, puis partout là où le lycan a chopé le gamin.
Hagen réfléchit un instant puis claqua des doigts dans un geste théâtral.
— Le venin a accéléré le processus. Je ne vois que ça. L'odeur ne trompe pas. Ce sont ses cheveux.
Oui, ils avaient tous reconnu l'odeur de leur nouveau compagnon. Le médecin sembla se perdre dans ses pensées puis soupira de dépit.
— Un souci ? S'intéressa Sigurd.
— C'est un cas intéressant, c'est vraiment dommage qu'Adam n'ait pas été un patient de l'hôpital, j'aurai pu écrire un papier sur l'accélération du processus grâce à la morsure et...
Il fut interrompu par une tape à l'arrière du crâne distribuée par Sigurd, assis juste à côté de lui. Leur soigneur se retourna et claqua sa mâchoire dans le vide pour montrer son ressentiment, faisant ricaner Alvin.
— Assez, ordonna-t-il pour ramener le silence. Il faut trouver ce qui se passe le mercredi.
— Pourquoi le mercredi ? Le coupa Sigurd.
— Tous les meurtres ont été commis le mercredi ! Tu n'as pas lu les dossiers ? Grogna Alvin.
— Tu parles d'une flèche. Il vole les dossiers mais il est incapable de les lire, ça donne le niveau. Se gaussa Hagen.
Sigurd attrapa les dossiers en question, posés en pile au centre du plan de travail et les ouvrir tous les quatre devant lui, les étalant sur toute la surface disponible.
— Non regarde, il pointa chaque date ou les corps avaient été trouvés. Jeudi, mercredi, jeudi et samedi, pour la dernière. Annonça-t-il crânement.
— Oui mais le légiste a conclu qu'ils étaient tous morts le mercredi entre quatorze heures et vingt heures. Il faut trouver ce qui se passe le mercredi.
— Les enfants n'ont pas école… hasarda Alvin. Tout le monde le dévisagea avec horreur alors il commença à se tortiller sous l'inconfort de sa position. Les enfants sont des monstres, précisa-t-il.
Ces quelques mots suffirent à créer un véritable chaos dans la cuisine. Ses trois amis se mirent à parler, tous en même temps, créant une cacophonie indescriptible. Einar entendit le blesser s'agiter dans le lit et laissa filtrer un son agacé entre ses dents qui eut le mérite de ramener l'attention sur lui. En attendant, son bêta avait soulevé un lièvre.
— Adam portait un uniforme. Rappela-t-il.
— Ouais, les scouts. Tu veux qu'on aille jusqu'au camp ? Demanda Alvin.
— Oui, on ne sait jamais.
Il ne pensait pas que les scouts soient en cause, mais prendre la température du camp ne pouvait pas faire de mal. Trois jours après la disparition d'un de leurs gosses, ça devait être la panique là-bas. Ils n'avaient pas la télévision à la maison, mais avec les portables modernes il suffisait d'un passage éclair sur le journal local pour être fixé, or il n'avait rien vu passer.
— Tu veux qu'on y aille maintenant ?
— Oui. Alvin et moi, on y va. Hagen, vas patrouiller Sigurd, va te reposer.
Il préférait que le soigneur reste à proximité au cas où, et Sigurd avait été de garde la nuit dernière et avait besoin de dormir. Il tapota l’épaule de son second et se dirigea vers l'extérieur ou il entama sa transformation. La douleur lui était familière, tous ses os se brisant et se ressoudant dans un angle différent, son crâne se déformant pour que son nez, ses dents, ses oreilles s’allongent. Il était le plus rapide pour le change et pourtant, même en étant "rapide" il lui fallait quand même une vingtaine de secondes. Une fois sur quatre pattes il secoua sa grosse tête avant de s'asseoir, langue pendante en attendant son ami. Les lycans, contrairement à la croyance populaire gardaient toute maîtrise de leur être, ils étaient juste bien plus loups qu'homme, c'est pour ça que la plupart des lycans ne se mêlaient pas aux humains. Les mœurs des lycans étaient tels, qu'il n'était pas rare qu'ils finissent par agresser quelqu'un, n'ayant aucun instinct de survie. Il lui était déjà arrivé de passer la nuit en cellule après avoir frappé un homme l'ayant défié sans même en avoir conscience. Les humains en voiture devenaient souvent complètement cons.
L'alpha accueillit le loup fauve avec plaisir et c'est en se poursuivant comme des louveteaux qu'ils s'engouffrent dans la forêt.
Ils commencèrent par galoper pendant vingt minutes, chassèrent un lièvre dont ils dévorèrent les trois quarts, ne laissant que l’arrière-train à Alvin qui les avaient regardé manger patiemment. Il ne fallut pas longtemps pour qu'ils retrouvent la trace d'Adam dans la forêt. Ils tombèrent sur des gouttes de sang séchées à près d'un kilomètre de là où ils l'avaient trouvé. Jamais piste ne fut aussi simple à remonter puisqu'ils entendirent les policiers battre les fourrés et scander le nom d'Adam au moins huit mille mètres avant d'arriver au campement.
Les deux loups se cachèrent dans des fourrés assez denses pour les recouvrir et prirent le temps d'assister au spectacle. Des parents, guidés par des gardes forestiers venaient chercher leurs enfants alors qu'une femme blonde pleurait dans les bras d'un jeune homme ressemblant vaguement à leur invité. Un policier était près d'eux, essayant de les rassurer, ainsi que plusieurs prêtres qui semblaient ne pas savoir où donner de la tête.
Un homme, accompagné lui aussi d'un policier, arriva près de ceux qu'Einar supposait être la famille d'Adam.
— Nous avons récupéré les effets personnels de la victime, chef.
A ces mots, les pleurs de la femme blonde redoublèrent d'intensité alors que son époux le fusillait du regard.
— Excusez le, ces meurtres en cascades commencent vraiment à mettre toutes les équipes sur les nerfs.
— Vous pensez que c'est lié ? Demanda l'homme en récupérant sa partenaire au creux de ses bras.
— Oh non. Nous pensons que votre neveu s'est perdu.
Neveu ? Intéressant. Où étaient les parents du gamin ? Le grand costaud, celui ressemblant à Adam, décida d'intervenir.
— Non. Adam est comme chez lui en forêt. En plus, il connaît bien l'endroit.
— Il est toujours facile de se perdre mon garçon, le contredit le policier.
L'appareil de communication à sa ceinture grésilla puis une voix déformée se fit entendre.
— Chef on a trouvé quelque chose.
Aussitôt la blonde, sa tante donc, se retrouva sur lui et il put distinguer ses traits. Blonde, le visage un peu long, des ridules au coin des yeux prouvant qu'elle aimait rire, des yeux noisette. Ses cheveux étaient tirés en un chignon strict et son visage, légèrement rouge était barbouillé de larmes.
— Vous l'avez trouvé ! Je veux le voir.
— Calmez-vous madame. Je vais voir de quoi il retourne et vous, vous restez ici.
Un peu plus loin, un policier interrogeait un adulte, vêtu d'un pantalon bleu marine et d'une chemise beige. Un béret à deux flots vissé sur la tête.
— Pourquoi ne pas avoir signalé la disparition d'Adam Fontaine immédiatement ?
— Le père Paul est parti à sa recherche dès que nous avons compris qu'il n'était pas revenu au camp avec les autres enfants. Ils étaient partis jouer dans la forêt. Puis le père Paul n'est pas revenu non plus alors on a commencé à paniquer. On a appelé le presbytère, mais le père Michel nous a dit qu'ils n'étaient pas revenus et il a appelé la police.
— Trois jours de perdus… vous vous rendez compte ? Râla le policier dépité.
— De toute manière il faut attendre quarante-huit heures pour signaler une disparition non ? Se défendit le chef scout.
— Arrêtez de regarder la télévision. Plus nous sommes avertis tôt, plus nous avons de chance de retrouver les disparus.
Einar donna un coup de truffe à son bêta qui le regarda en baissant les oreilles, puis il rampa le plus silencieusement possible jusqu'à être à l'abri des regards. À priori la police ratissait la forêt, ou du moins ne tarderait pas à le faire. Avec le bordel qu'ils faisaient, aucune chance qu'ils entendent le bruit des pattes de deux loups quittant la scène. Ils revinrent sur leurs pas, puis répétèrent le même schéma à l'endroit où ils avaient ramassé Adam.
Le policier au micro était déjà là, téléphone vissé à l'oreille, demandant à une équipe du TIC d'intervenir pendant que d'autres balisaient ce qu'ils appelaient "la scène de crime." Ils les regardèrent faire avec fascination jusqu'à ce qu'un des gars commence à s'approcher d'eux.
Avant qu'il ne soit trop près, ils s'étaient envolés.
Enfin ils en savaient un peu plus et Einar pouvait se féliciter d'avoir eu assez de flair pour revenir vers le campement des scouts. Outre Adam, une autre personne était portée disparue : le père Paul. Pouvait-il être leur renégat ?
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