La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

E. Aragon · Chapitre 28 sur 33

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La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

Chapitre 28

 

 

Le jour déclinait fortement quand ils arrivèrent au village. C'était impressionnant de voir comment la nuit tombait vite avant le changement d'heure. Il avait deux haltes à faire impérativement ce soir. D'abord Mizel, pour lui rendre le corps de sa femme, que Hagen avait réussi à jeter dans la bene de son pick-up qui avait été ramené par Alvin, puis régler son compte à Estelle. 

Il allait purement et simplement lui arracher la tête, comme il aurait dû le faire après l'incident de l'école.

Mais avant ça, ils se retrouvèrent, six adultes, à attendre devant la porte rouge de la maison des Calzavara, le bon vouloir de Mizel, qui ne semblait pas vraiment être là. Tout était éteint dans la maison de ville. Il recula pour regarder la façade et éventuellement repérer un bruit lui indiquant où se situait le lycan mais le bruit des curieux couvrait tout.

Einar grogna de dépit. Chaque seconde comptait à ses yeux. Ce n'est pas vraiment ce qu'il avait prévu pour sa "lune de miel". Courir après les gens… il avait assez donné. Il tapa du poing contre le battant en bois massif et n'attendit qu'une dizaine de secondes pour se tourner vers le voisin qui avait - lui aussi - fini par sortir le bout de son nez.

— Tu l'as vu sortir ce soir ?

Le lycan le regarda avec attention, cligna des yeux et baissa le nez pour le regarder par en dessous.

— Non. J'ai vu Mél sortir plus tôt. Mais pas Mizel. En fait je ne l'ai pas vu depuis plusieurs jours.

Einar hocha de la tête et s'apprêtait à enfoncer la porte lorsque Hagen tendit un trousseau de clé sous son nez. Le trousseau comportait au moins une dizaine de clés et presque autant de porte-clés encombrants, dont une fleur géante pleine de paillettes. Il fit un pas en arrière pour éviter de se prendre les clés en pleine face et finit par les attraper.

— J'ai pensé qu'elle avait sûrement les clés de chez elle, sur elle.

Logique. Enfin… ça aurait pu ne pas être le cas. Pour preuve, pour sa part, il laissait toujours sa porte ouverte et de fait, n'avait pas de clés sur lui, hormis ses clés de voiture.

— Bien vu.

— Ça serait mieux qu’enfoncer la porte, je me trompe ?

Il leva les yeux au ciel pour seule réponse aux paroles de son ami. Franchement, casser des portes ne lui posait aucun problème, mais visiblement on en était encore à sauver les apparences. C'était quelque chose qu'ils avaient dû apprendre en vivant à Périgueux, faire attention aux humains. À Erroymendi, il n'y avait pas ce problème.

Après s'être souvenu de ça, Einar n'eut aucun scrupule. Il laissa les clés à Hagen qui le regarda, consterné, enfoncer la porte d'un grand coup de pied. La porte avait beau être solide, elle ne résista pas à l'impact du plat de son pied et se dégonda même, ajoutant du piment à la scène, pour les spectateurs.

— Bah bravo. S'il n'était pas déjà au courant de notre présence, c'est chose faite, râla le soigneur.

— Il n’est pas là. Sinon avec le merdier qu'on fait depuis tout à l’heure dans son jardin, il aurait déjà pointé son nez, pointa Sigurd avec un air blasé.

À priori leur petite balade ne l'emballait pas plus que ça, ce qui était étrange puisqu'il était, en règle générale, le plus enclin à la castagne. 

Einar passa en premier dans l'entrée, qui donnait une vue directe sur le salon et la cuisine.

— Alvin, Hagen, passez par derrière. Cassez la porte. Pas de pincette avec les traîtres.

Alvin parut surpris qu'il ne le mette pas en binôme avec Sig mais leur querelle ne semblait pas s'être arrangée et il ne préférait pas prendre de risques.

Tout était silencieux dans la maison à la décoration féminine. Il alluma la lumière, sachant maintenant que la maison était déserte. Mizel avait à priori mis les voiles depuis quelques jours, sûrement au courant des frasques à venir de sa femme. Peut-être avaient-ils d'ailleurs convenu ensemble d'un lieu de rendez-vous au cas où ça tourne mal ?

Tout était possible.

Il farfouilla un petit peu dans la maison mais ils ne trouvèrent rien de particulier au rez-de-chaussée. La chambre, en revanche, était dans un bazar monstre. Toutes les photos de couple avaient vraisemblablement été jetées contre les murs et les meubles renversés. Le seul cadre encore posé sur la commode contenait une photo de bébé, un peu jaunie.

Sigurd la prit entre ses mains et la tourna vers lui mais il haussa les épaules. Il n'en avait rien à carrer des photos. Ce qu'il voulait c'était trouver ce gros con et mettre les choses au clair.

— A la cave !

Le hurlement du bêta les conduisit jusqu'à eux et ils se retrouvèrent devant un congélateur coffre, tout seul, au milieu de rien.

Chacun avait déjà vu assez de films pour savoir que ça ne présageait rien de bon. Einar ouvrit le couvercle du bac et pinça les lèvres. Comme il s'y attendait, il y trouva Mizel, du moins il l'espérait parce qu'avec la vue qu'il en avait, ce n'était pas facile d'en être sûr.

Le congélateur était rempli d'eau gelée et le glaçon géant contenait un corps assis dont ils ne voyaient que le haut du crâne et les jambes repliées. Ainsi préservé, Einar ne fut pas surpris qu'aucun voisin ne se soit étonné de l'odeur.

— André faut que tu viennes voir ça.

Ils restèrent tous silencieux en attendant que l'ancien Alpha soit proche d'eux. Il ne lui suffit que d'un coup d’œil pour se rendre compte de la situation et il se mit à jurer en plusieurs langues. Pas vraiment ému Einar attendit qu'il se calme.

— Tu confirmes qu'il s'agit bien de Mizel ?

— Oui. Mais merde depuis combien de temps il est là ?

Ils se tournèrent tous vers Hagen qui les dévisagea à son tour d'un œil rond avant de mettre la première phalange de son index dans sa bouche. Il le retira dans un pop incongru avant de le pointer vers le ciel.

— Alors selon le sens du vent et l'âge du capitaine…

— Ce n’était pas plus simple de dire que t'en savais rien ? critiqua Alvin.

— Sérieusement comment veux-tu que je donne une réponse. C'est juste un gros glaçon.

— Les archéologues arrivent à dater des mammouths, pointa Jean d'une voix blasée.

— On à qu'à les appeler, railla Alvin, visiblement pas enclin à la plaisanterie.

Einar soupira, sentant que la nuit allait être vraiment longue.

— C'est bon calmez-vous. On va sortir le congélo de là. Alvin, Sig, occupez-vous de ça.

Porter le congélateur sans se battre devait être dans leur cordes. Du moins, il l'espérait parce qu'il ne pouvait pas le faire seul. Hagen avait beau être très fort, il était plus frêle que lui ou leurs deux autres amis. Ce machin devait peser dans les sept ou huit cents kilos avec toute cette flotte congelée à l'intérieur en plus du corps.

— Je peux m'en charger seul, s'impatienta Alvin alors que Sigurd lui lançait un regard froid.

Dans les faits, un lycan en pleine possession de ses moyens pouvait soulever une voiture, mais pas se promener avec en la portant à bout de bras. Il en allait de même avec un congélateur plein… surtout avec des escaliers. Ce n'était pas le moment de jouer les gros bras.

Einar grogna et perdant patience, son corps commença à muter. Il dut s'empêcher de loucher sur son museau qui poussait de façon incontrôlable et eut du mal à parler à cause de ses dents.

— Ça suffit vos conneries. Le congélo dehors maintenant !

Ses amis le regardèrent avec curiosité puis se hâtèrent lorsqu'il claqua les mâchoires dans le vide. Il était assez occupé à respirer profondément pour ne pas perdre sa maîtrise pour gérer les problèmes d'égo de son bêta.

Sa fine équipe se chargea du congélateur et il resta quelques secondes supplémentaires dans la cave pour se frotter les tempes. C'était assez improbable comme journée et il lui tardait de la terminer, si possible sans perdre son calme et sans tuer personne.

S'énerver et tuer tout le monde montrerait sa puissance et assurerait sûrement la stabilité de son statut d'Alpha mais rendrait assurément Adam malheureux quand il l'apprendrait.

Une fois calmé il remonta à son tour et dut faire face à la stupeur des voisins.

Nul doute que cette nuit allait rester dans les annales. Comme chez les humains, trouver un lycan congelé dans sa maison n'était pas quelque chose de banal. Ce n'était pas comme ça qu'ils procédaient pour régler leurs comptes. De manière générale, ça finissait en combat à main nue ou à dent découverte.

Il était de son devoir d'apaiser les esprits.

— Calmez-vous. J'ai besoin que vous gardiez l'esprit lucide. André, avaient-ils des problèmes ?

L'ancien alpha consulta son bêta du regard mais Jean se contenta de hausser les épaules.

— Non, rien à signaler.

Un des voyeurs se racla la gorge et fit un pas en avant.

— Ça gueulait souvent dans la maison. Et ils cassaient des choses, aussi.

Ce qui corroborait ce qu'ils avaient trouvé à l'intérieur.

Adam lui avait dit plusieurs fois qu'il prenait régulièrement le thé avec certaines louves… Belinda en faisait partie et elle se cachait justement derrière la foule, qui n'était heureusement pas assez compacte pour qu'il la rate. Il ne connaissait pas du tout Belinda. S’il ne s'était pas renseigné sur le cercle de connaissances de son compagnon, il ne l'aurait même pas reconnu.

Attention, il connaissait toutes les familles de la meute mais il ne s'était pas vraiment mis à jour sur : qui avait quitté la meute ces dernières années, qui était mort, qui était arrivé, les couples et les nouvelles naissances.

En tant qu'Alpha, c'était son devoir de tout savoir, ou presque.

— Belinda. Tu côtoyais ce couple non ? Avaient-ils des problèmes ?

La gamma avança timidement et détourna le regard du congélateur. Ce n'était pas une mort noble pour un lycan.

— Non Alpha, Mélanie disait toujours que Mizel ne vivait que pour elle.

Einar soupira et se tourna vers Hagen pour avoir son opinion.

— Si on était chez les humains, je suspecterais des problèmes de couples… peut être une dispute qui a mal tournée…

Toute cette histoire l'agaçait et ça sentait la merde à plein nez. Qui cachait un corps dans un congélateur dans son sous-sol ? Il devait aller voir Estelle.

— Belinda et le voisin, occupez-vous d'enterrer ces deux-là, nous on va chez Estelle.

— Je m'appelle Félix, Alpha. Comment on fait pour Mizel.

Sérieux ? Félix ? Ses parents ne devaient pas l'aimer. Ça avait dû bien rigoler dans la meute, quand il avait emménagé.

— Faites preuve d'imagination.

Le lycan eut l'air perplexe et Einar se demanda si le gars allait creuser un trou gigantesque pour le glaçon. Résister au rire fut une épreuve complexe.

— Hagen et Sigurd, fouillez la maison.

Il n'attendit pas de confirmation et se désintéressa de l'ancien alpha qui se retrouvait assailli par les membres de la meute en quête d'apaisement pendant qu'il sortait le corps de Mélanie de son 4×4.

Alvin récupéra l'adresse d'Estelle auprès de Jean et ils filèrent en renvoyant tous les curieux à André qui risquait fort d'y passer la nuit.

Bien fait pour lui.

La maison de la seule femelle Alpha de cette meute était située à deux pas de l'école, sur la place du village. C'était une maison qu'elle partageait avant avec Patxi et où elle vivait depuis des décennies maintenant. La maison était un peu plus grosse que celle que les couples seuls utilisaient habituellement, ce qui était normal pour le prochain Alpha et sa compagne. Les lycans étant assez territoriaux ils ne déménageaient pas souvent une fois installés dans leurs logis.

Einar toqua à la porte et n'eut pas longtemps à attendre pour la voir s'ouvrir.

Heureusement parce qu'il se demandait pourquoi il avait pris la peine de toquer alors qu'il aurait dû, là encore, tout défoncer.

Estelle portait un pyjama en flanelle à manche longue dont le bas arborait des motifs animaliers. Un ours, un castor et un lama entrelacés… c'était… sûrement très confortable mais moche. Bras croisés sous sa poitrine, elle avait son air revêche habituel. Elle referma la porte derrière elle et les toisa sur le pas de sa porte.

— Qu'est-ce que c'est que tout ce raffut à cette heure messieurs ?

— De la merde, comme d'habitude, et j'espère que tu n'y es pas mêlée.

Pourquoi lui laissait-il le bénéfice du doute alors qu'il était persuadé qu'elle était derrière tout ça ? Un reste de respect absurde dû à sa baby-sitter ?

Einar ne fut pas surpris de voir les sourcils de la femme se froncer. Elle s'écarta de l'entrée en poussant la porte d'un coup de fesses et les invita à entrer.

— Racontez moi ça autour d'une bière. Ça a l'air épique.

Ils s'installèrent dans le salon très épuré de la femelle et acceptèrent les bouteilles sans hésitation. Il s'assit dans un fauteuil de cuir blanc, dos au mur d'où il avait une parfaite visibilité et Alvin resta debout près de lui.

— Alors ? Que me vaut cette visite alors que je suis en quarantaine ? demanda Estelle en s'asseyant sur le canapé assorti.

— Mélanie à tenté de nous tuer, Adam et moi. Elle a débarqué chez nous, armée d'un flingue et s'en est prise à Adam.

Estelle hocha de la tête en grimaçant. C'était tellement bizarre pour un lycan d'utiliser une arme à feu

— Du coup tu l'as tué. Comment va Adam ?

— C'est Adam qui a réglé le souci. Et il est assez choqué. Il se repose avec ma mère.

— Tu m'étonne pauvre petite chose, railla la louve, ce qui eut le mérite de chauffer Alvin, très silencieux jusqu'à présent.

— C'est quoi ton problème avec le petit !

Elle renifla avec dédain mais ne cacha rien.

— Ce loup est une hérésie. Un mordu récessif ! Alors que des lycans pur souche n'y arrivent pas et il parade avec son bâtard !

Einar comprenait qu'elle soit déçue de ne pas avoir d'enfant mais Adam n'y était pour rien et Hugo encore moins. En un bon, il fut sur elle prêt à l'attraper à la gorge et le poing armé. Plus fine et rapide elle roula sur le canapé et réussi à lui enfoncer son coude dans les côtes avant qu'il ne l'attrape par les cheveux et coince son cou dans une clé de bras.

— Adam est mon compagnon et Hugo, mon fils. Je les revendique tous les deux alors tu peux tout de suite arrêter tes manigances de merde. Je t'avais déjà prévenue de le laisser tranquille et il a fallu que t'envoies Mélanie faire le sale boulot ?

— Quoi ? Mais jamais de la vie ! Lâche-moi espèce de crétin décérébré ! Je n’ai rien fait.

Einar relâcha un peu son bras en entendant ses paroles et surtout, le ton sur lequel elles avaient été criés.

Estelle n'avait à aucun moment été menaçante et les avait laissé entrer chez elle après leur avoir offert une bière. Elle semblait assez sereine avant qu'il ne lui saute dessus. 

— Ne traite plus mon fils de bâtard sinon je t'égorge. Mélanie a dit qu'elle avait également saboté la voiture d'Adam et on a retrouvé son mari mort dans la maison.

— Chez vous ? demanda Estelle dès qu'il la lâcha. C'est ton fils ? Maintenant que tu le dis il te ressemble pas mal… aussi

— Non, chez eux. Il était congelé. Elle a dû le buter il y a plusieurs jours… quand elle a saboté la voiture.

Il ne rebondit pas sur Hugo. Pas besoin parce qu'il ne voulait pas savoir si elle faisait référence à autre chose qu'une ressemblance physique ou si c'était une insulte déguisée.

— Ah merde c'est moche… ça lui pendait au nez à ce con.

— C'est toi qui nous l’as envoyé ? Elle a dit qu'elle serait ta bêta.

— Alors là non, jamais de la vie. Cette louve passait son temps à me coller au cul pour me raconter ses misères sous prétexte que nous étions nées la même année.

Estelle ne semblait pas mentir. C'était assez déconcertant.

— Excuse-moi de douter. Après tout, tu t'en es pris à Adam il y a peu.

Elle porta sa bière à sa bouche, rapidement imité par lui et Alvin, très silencieux et aux aguets dans son coin.

— J'étais agacée ce soir-là. Il est juste mal tombé. Je ne l'aime pas et j'avais besoin de me défouler. C'était facile. Quand il m'a tourné le dos, ça a été la goutte d'eau. Si Patxi n'avait pas changé son profil Facebook il ne se serait rien passé.

Alvin, si calme jusqu'à présent s'étouffa sur sa gorgée de bière, résumant parfaitement le fond de sa pensée.

— On a passé vingt ans ensemble et voilà comme il me traite ? Tout ça pour suivre une pute américaine !

— C'est sa compagne prédestinée, ça se comprends.

— Vas dire ça à Mélanie qui se faisait cogner tous les jours par son compagnon prédestiné. Je suis certaine pour ma part qu'elle aurait préférée ne jamais le rencontrer.

— Mizel la frappait ?

Einar n'était pas vraiment surpris mais Alvin semblait assez ébranlé. Ce qui était surprenant, c'était que la tête de la meute n'ait pas été averti alors que des gens semblaient au courant.

— Pourquoi est-ce qu'elle n'a rien dit ?

— Personnellement je l'ai compris toute seule. Mais elle m'a dit qu'elle avait demandé de l'aide et qu'on l'avait envoyée chier, sans préciser le pourquoi, même si ce n'était pas dur à comprendre. Mizel a toujours été un gros con.

Elle attrapa son téléphone et le jeta près d'elle après avoir regardé quelque chose sur l'écran de déverrouillage.

— Si tu ne me crois pas tu peux regarder mon téléphone.

Elle récupéra à nouveau le smartphone et le lui tendit mais il ne le prit pas.

— Franchement je n'y connais rien à ses choses-là mais je sais supprimer une conversation.

Estelle ricana alors que son bêta secouait la tête pour approuver ses dires. Il était une vraie brelle en technologie moderne. Enfin, il bidouillait le minimum vital quoi.

— Je n'ai pas reçu un seul texto de la soirée. En fait, je n'ai eu aucune nouvelle de personne depuis ma suspension. J'ai entendu les coups de feu, comme tout le monde et je m'attendais à ce que quelqu'un me tienne informé, mais rien.

— Tu n’es pas la plus populaire du village, ça c'est certain, souligna le bêta inutilement.

Il fut promptement fusillé du regard alors qu'une aura menaçante vint les balayer sans que ça ne les importune.

— J'ai eu un mal fou à me faire accepter dans cette meute et suis encore traitée comme une étrangère alors qu'Adam est là depuis seulement deux ans et voilà que tout le monde se presse à ses côtés.

— Tu es une connasse. Faut pas te comparer à Adam, trancha Alvin, en mode diplomate.

— Si ton innocence est prouvée, ça serait bien pour toi de quitter la meute. J'avais une chouette maison à Périgueux, je pourrais te la laisser.

Ils se dévisagèrent quelques secondes et la louve sembla comprendre qu'il lui offrait une chance de tout recommencer à zéro, ailleurs. Lui-même n'avait pas vraiment eu envie de fonder une nouvelle meute, refusant chaque membre s'étant présenté, hormis Adam. Mais il ne faisait aucun doute qu'elle pourrait trouver des lycans ravis d'avoir une Alpha pour les guider.

Même si c'était Estelle.

— Pourquoi pas. J'y réfléchirai.

— Alpha… !

Einar tourna la tête vers la fenêtre ou il trouva Sigurd qui l'observait à travers le carreau, les mains en visière et son gros nez collé à la vitre.

— Charmante vision. L'élite de ta meute vient d'arriver, railla Estelle en finissant sa bouteille.

— T'es encore vivante toi ? Dommage. Sigurd passa la porte d'entrée, talonné par Hagen qui portait un ordinateur portable sous le bras.

Ils s'installèrent sur le canapé sans tenir compte de la louve, si bien que Sigurd finit à moitié assis sur elle. Elle glapit et retira sa jambe en vitesse avant de se retrouver broyée en râlant.

Ils avaient beau détester Estelle depuis petit, le fait qu'elle soit encore vivante après tous ces événements témoignait du doute de sa culpabilité. Hagen ouvrit l'ordinateur sur la table basse et l'écran s'alluma.

— On a trouvé l'ordi planqué sous le lit de bébé et on a eu de la chance, le mot de passe c'était le nom de la gamine.

— Vous avez trouvé quoi ? demanda Einar en finissant sa bière à son tour alors qu'Estelle s'étonnait qu'il y ait encore un lit bébé dans la maison des Calzavara.

— Tout ce que tu veux. Mélanie tenait une sorte de journal où elle notait tout ce qu'elle faisait et aussi tout ce qui lui passait par la tête. Desperate Housewife c'est de la merde à côté de ça. Sigurd semblait consterné, ce qui en disait long.

Einar tourna l'ordi vers lui et commença à lire en diagonale. Le journal de cette folle était un vrai foutoir et on y retrouvait de tout et de rien. Déjà, il pouvait confirmer que Mizel la cognait. C'était récurrent dans le récit. Il y avait aussi un détail précis du planning de lessive du voisin qui a priori aimait étendre son linge à sept heures du matin.

Étrange.

Il se surprit, comme Mélanie, à se demander pourquoi Félix s'adonnait à un tel rituel trois fois par semaine avant de grogner face à sa digression personnelle.

— C'est trop long et ça semble couvrir de nombreuses années. À priori elle a dit à Estelle qu'elle avait parlé à un proche d'André à propos de Mizel mais qu'elle s'était fait rembarrer.

— C'est confirmé pour Mizel ? Souffla Alvin, le visage livide.

— Oui, pas de doutes à ce propos, confirma Hagen. Il battait bien sa femme.

— Mais ils étaient compagnons, continua le bêta sans se rendre compte de la tête que tirait Sigurd.

Ce dernier finit par flancher et se releva pour pointer un doigt accusateur vers Alvin qui le dévisagea avec surprise.

— Toi mieux que les autres devrait savoir que ça ne change rien !

— Qu'est-ce que ça veut dire ça ? S'agaça Alvin, qui n'eut cependant pas de réponses puisque le gamma avait pris la tangente sous l'œil attentif de tout le monde.

Estelle resta longtemps à fixer la porte, comme tout le monde. Einar quant à lui observait son ami en espérant qu'il parte en courant après son compagnon, surtout après une aussi grosse perche, mais il n'en fut rien. Alvin resta impassible.

Enfin, à première vue parce que pour quelqu'un le connaissant comme il le connaissait, on pouvait facilement voir qu'Al était totalement dans le brouillard et à côté de ses pompes.

— Tu vas avoir tellement de boulot pour redresser cette meute… marmonna la louve. Finalement je ne vais pas chercher plus loin. J'accepte ton offre pour la maison à Périgueux. C'est dans le Lot et Garonne c'est ça ?

— Dordogne. C'est en Dordogne.

Et dire qu'elle était l'ancienne directrice de l'école…

— Hagen va lire le journal de Mélanie et on reparle de ça demain. Je vais convoquer tout le m…

Il s'interrompit pour lever la tête et tendre l'oreille. Un bruit de cavalcade se fit entendre et son cœur se mit à battre plus vite lorsque Alvin, toujours près de la porte, l'ouvrit pour laisser passer son compagnon, recouvert de fourrure.

Le petit loup blanc fila dans la maison sans ralentir, si bien que ses griffes cliquetèrent sur le parquet bien entretenu en le faisant déraper. Loin de se calmer, le lycan s'agita dans un effet comique en poussant des gémissements de bête blessé qui auraient pu le mettre à mal s'il ne l'avait pas eu sous les yeux pour constater qu'il était intact.

Il récupéra le loup sans trop de difficulté puisque ce dernier lui sauta pratiquement dans le bras, alternant geignements et gros coups de langues. Les oreilles aplaties en arrière et la queue touffue plaquée entre ses pattes arrière donnaient un très bon aperçu de l'angoisse dans laquelle il avait traversé la montagne pour le rejoindre. 

Adam avait légèrement tendance à l'exagération mais ça faisait battre son cœur plus fort de se dire qu'il se mettait dans un tel état rien que pour lui.

— Calme toi bébé, j'avais besoin de régler des trucs en urgence avant de te rejoindre. J'avais laissé ma mère pour veiller sur toi. Tu l'as vue au moins ?

Adam avait l'air tellement piteux qu'il avait sa réponse. Certains avaient du mal à communiquer sous forme lupine mais pas l'oméga. C’était un vrai livre ouvert.

Estelle avait l'air fascinée par leur échange et quand le cœur de son p'tit loup s'apaisa et qu'il s'endormit la truffe dans son aisselle, elle les regardait toujours, le menton posé dans la main. Hagen avait le nez dans l'ordinateur et Alvin veillait en silence.

Einar avait été « out » pendant de longues minutes, qu'il avait passé à murmurer des paroles rassurantes à son compagnon en lui lissant le poil.

— C'est peut-être ça qu'il me faut ? Lâcha Estelle à mi-voix.

La réaction de ses amis, de même que la sienne fut immédiate. Tout le monde se mit à grogner sur la louve qui leva les mains en signe d'apaisement.

— Faut vous faire soigner les gars. Je parle de ça, elle engloba la scène d'une main vague, pas de ça, finit-elle en pointant Adam.

— Pour ça, faut trouver ton compagnon, confia-il d'une voix tendre.

— Non, à mon avis c'est un truc propre aux omégas. Alvin avait l'air épuisé, ce qui ne lui ressemblait pas.

— Mouais, en tout cas ça a l'air bien. Bon, sur ce, vous pourriez vous barrer de chez moi ?

Einar hocha de la tête pour signifier à ses lieutenants, qui attendaient son signal, qu'ils levaient le siège de la maison. Il se leva, tenant son compagnon par la croupe de façon à le bouger le moins possible et se dirigea doucement vers la porte.

— Réunion demain à la mairie à onze heures. Je veux que tu y sois Estelle, parce que d'une manière ou d'une autre, tu es liée à tout ça.

C'était tard pour une réunion… il aurait dû dire huit heures, ou neuf heures. Mais il s'en fichait d'impacter les boulots des autres. Ses lieutenants n'avaient pas de travail pour le moment et ils allaient très vite devenir adjoints au maire pour s'occuper de la meute à plein temps.

Il avait juste envie de profiter de la nuit avec Adam et que personne ne vienne le faire chier. Avec la meute il en prenait pour perpette. C'était peut-être sa destinée, cette meute, il en avait rêvé mais maintenant qu'il y était, il voulait seulement profiter d'Adam.

Il était absolument hors de question de le dire aux autres.

Enfin, puisqu'il était à la tête de la meute, il y resterait, ne serait-ce que pour assurer la protection de son compagnon.

***

Il faisait nuit noire dans la forêt. Il leva le nez, posé jusqu'alors entre ses pattes avant et ne fut pas surpris de humer l'odeur d'un truc mort. Toute une famille de faisan était posée à peine à un mètre de lui.

Sous forme humaine, il en aurait sûrement été malade mais là, ça lui donna envie de manger. Il se leva donc et avala deux oiseaux avant de voir les yeux brillants d'un loup dans les buissons. Loup qu'il identifia très vite comme étant Alvin. Il respira doucement et sentit immédiatement les nouvelles fragrances de la forêt. Einar et ses lieutenants avaient commencé à marquer la forêt, ce qui ne pouvait dire qu'une seule chose.

Einar avait pris la place d'André.

Ses oreilles glissèrent vers l'arrière et il tourna juste assez la tête pour voir l'énorme loup brun arriver vers lui d'une démarche gracieuse mais décidée.

Adam sentit l'excitation le gagner. Sentir son compagnon se glisser derrière lui avait quelque chose de grisant et d'un tantinet effrayant.

L'alpha dut le sentir car il s'arrêta pour lever légèrement le nez et lui sentir les fesses. Adam suivit l'impulsion du petit coup de langue qui venait de le cueillir et poussa un petit couinement qu'il espérait être compréhensible. Il n'eut pas longtemps à attendre, Einar sauta sur son dos et après quelques tâtonnements maladroits qui faillirent les faire trébucher tous les deux, se glissa en lui tout en l'attrapant par la peau du cou.

L'acte en soi fut rapide et intense. C'était surtout une question de revendication et de marquage. Après la terreur qu'il avait ressenti à la vision de son compagnon, le corps criblé de balles, Adam avait besoin de le sentir vivant.

De les sentir vivant tout les deux.

Ils s'employèrent ensuite à marquer les arbres tout au long du chemin de retour les menant à la maison. Al les suivit à distance, puis disparut dès qu'ils passèrent le pas de la porte.

Le retour à sa forme humaine fut plus fastidieux que d'habitude et Einar dut l'aider à ne pas se perdre dans la douleur.

— Respire, ne lutte pas. Je vais t'emmener à la douche dès que ce sera fini.

Einar le plaqua contre lui et le bruit de son cœur contre son oreille l'apaisa aussi bien que les mots. Il ne lui fallut que quelques dizaines de secondes pour que ses mains s'enroulent autour de la nuque de son compagnon et qu'il ne colle sa bouche contre sa jumelle.

— Tu es insatiable ma parole. D'abord la douche.

Il enroula ses jambes autour des hanches de son amant et savoura la balade en posant son front contre l'épaule musclée. Adam finit par soupirer sous l'eau chaude, sans se détacher pour autant d'Einar.

Il ne le voulait pas.

— J'ai envie de toi, maintenant.

— Non tu es crevé. Tu veux juste un câlin.

Einar le soutenait de la main gauche alors qu'il le savonnait de la main droite.

— Non, je te veux en moi, j'en ai besoin Einar. J'en ai besoin.

Il se redressa un peu et plaqua ses mains sur les joues de son alpha avant de l'embrasser avec frénésie. Einar essaya de le calmer mais ne réussit qu'à le stresser.

— S'il te plaît… s'il te plaît… !

— Pas besoin de me supplier bébé. J'ai très envie de toi moi aussi.

De sa main savonneuse il vint caresser ses fesses et Adam ne tarda pas à sentir son excitation se coller contre son entrée. Il poussa vers le bas et la barre de chair passa la barrière de ses muscles, les faisant haleter tous les deux. Ce fut lent et profond. Einar prenait son temps pour pousser chaque coup de rein au plus profond de ses entrailles et il devait prendre sur lui pour ne pas jouir à chaque fois que sa prostate était malmenée.

— Je ne vais pas tenir, chouina-t-il.

Einar le plaqua contre le carrelage et le martela plus rapidement, ne lui laissant aucun répit. Il dut se mordre la lèvre au sang pour ne pas hurler comme un fou et quand Einar quémanda sa bouche, il s'accrocha à ses lèvres.

La vague déferla sur lui comme un déchirement. Son corps céda et il eut l'impression de tomber. Einar s'agita encore un peu entre ses cuisses avant de s'apaiser à son tour. Adam en profita pour caresser paresseusement le dos de son amant avant de couper l'eau dès qu'il eut à nouveau un pied au sol.

La maison avait la chance d'être approvisionnée en eau par une source naturelle, et donc, de ne pas avoir besoin d'être raccordée au réseau d'eau potable.

Pas de factures d'eaux.

En contrepartie, ils devaient faire attention à ne pas gâcher et donc, ne pas faire ce qu'ils avaient fait aujourd'hui ou les autres fois. Passer plus de dix minutes sous la douche était un crime contre la planète, mais ça avait été merveilleux.

— Tu es prêt à aller au lit maintenant ou tu veux que je te baise dans toutes les pièces de la maison ?

— J'adorerai ça. N'en doute pas. Mais est-ce que l'offre pour le câlin est toujours valable ?

Il posa un baiser sur la joue de l'alpha et s'enroula dans une serviette avant de filer dans la penderie sur le palier pour récupérer un t-shirt qui lui servirait de pyjama.

— Ehh ! Il est à moi ce haut, se plaignit Einar en pinçant le coton entre ses doigts. J'en aurai plus si tu me les chipe tous.

— Tu t'en fiche, tu as toujours chaud. Promène toi torse nu, ça ne me dérange pas.

Einar ricana et le poussa sur le lit, où il vint se placer en cuillère derrière lui. Ainsi entouré de la chaleur de son compagnon et accompagné par la respiration calme et profonde, il s'endormit comme une pierre.

Vers neuf heures trente, les lieutenants débarquèrent en force et furent assez surpris de savoir qu'Einar dormait encore. Adam lui, était aux fourneaux depuis neuf heures, bien décidé à préparer un bon petit déjeuner.

Alvin et Sigurd se posèrent autour de la table ronde de la cuisine et commencèrent à manger l'assiette qu'il glissa à chacun sans poser de questions, après un échange de salutations plutôt sommaire alors qu'Hagen, ouvrait un ordinateur portable sur le plan de travail.

— J'y ai passé la nuit mais j'ai trouvé ce que nous cherchions.

— Je ne suis pas au courant, tu devrais attendre qu'Einar se réveille si tu ne veux pas tout répéter. Tu veux une assiette aussi ?

— Et un grand café, oui, merci.

Adam se dépêcha de lui servir un mug débordant de café, qu'il venait de faire couler. C'était un très bon café que son oncle lui procurait et qui venait directement d'Afrique. Il sentait délicieusement bon

Hagen sembla penser la même chose parce qu'il faillit se brûler le bout du nez en reniflant sa tasse.

Les deux autres piques assiettes levèrent la tête pour en quémander à leur tour mais ayant anticipé, il n'eut qu'à poser un grand pichet devant eux.

— Vous en aurez assez où j'en refais ?

— Il est trop bon ce café. Il me tarde que vous construisiez la nouvelle tanière rien que pour avoir tout le temps du café comme ça, grogna Alvin, la bouche pleine d'omelette aux lardons.

Vaste programme, il faudrait que Philippe lui envoi bien plus de café s’il voulait survivre à l'invasion.

Heureusement la maison, dont la construction n'avait été que vaguement évoquée lors de son séjour à l'hôpital, n'était qu'un projet. Il faudrait de nombreux mois, même pour Mario, pour qu'elle sorte de terre, et donc, que les amis de son compagnon emménagent avec eux.

Ça ne le dérangeait pas. Il avait l'habitude des familles nombreuses et vivre en tête à tête avec son fils avait été formidable, mais cette vie en communauté… c'était vraiment son truc.

— Tu peux en refaire ? La journée va être longue, prévint Einar en franchissant le seuil de la porte.

Adam grimaça puis fit la mou avant de trottiner jusqu’à son compagnon pour se suspendre à son cou.

— Oh non ! je voulais t’emmener le petit déjeuner au lit. J’avais tout préparé.

Il pointa le plateau sur le plan de travail où il avait même posé un soliflore avec une jonquille à l'intérieur mais où la nourriture avait étonnamment disparu. Il fronça encore plus les sourcils alors que Sigurd essayait de se cacher derrière le pichet de jus d’orange.

— Sérieusement, je vous offre à manger et vous pillez ma maison ! vous n’avez aucun respect.

Einar referma ses bras autour de lui et posa un baiser sur sa joue qui contribua grandement à détourner son attention, mais également à le calmer. Il n’était pas vraiment en colère, mais aller chiper dans le plateau qu’il préparait amoureusement pour l’homme de sa vie. C’était un peu exagéré et ils devaient comprendre qu’il y avait des limites.

— On va établir des règles simples. Vous ne touchez pas aux plateaux que nous pourrions préparer, c’est privé. Je l’avais fait pour Einar et vous avez déjà eu une assiette.

— C’est Sigurd, balança Hagen sans même lever les yeux de l’ordinateur. Je peux avoir une assiette ? j’ai été sage.

Adam leva les yeux au ciel et ne put s'empêcher de sourire. Il s’extirpa des bras de son amant et se dépêcha de retourner derrière les fourneaux pour préparer deux nouvelles assiettes. Étrangement il se sentait bien dans son rôle de cuisinier, la cuisine, c’était son domaine et rien que pour ça, il lui tardait d’avoir cette nouvelle maison avec une cuisine géante.

Oui, il était tout en paradoxe. Il aimait sa petite maison, perchée à l’autre bout de la montagne, mais il savait que pour accueillir tous les gens qui ne tarderaient pas à venir les solliciter, de jour, comme de nuit, il faudrait bien plus de place.

Il eut tôt fait de casser deux douzaines d’œufs pour faire trois belles omelettes et ils ne tardèrent pas à se retrouver tous à manger où ils pouvaient dans la cuisine. Et dire qu’il avait une grande table dans l’autre pièce, quel gâchis. Quoique, ils étaient bien là, dans le calme religieux de la sainte cuisine. Le seul bruit qui se laissait encore entendre, c’était celui des couverts dans l’assiette et des bouches mastiquant.

— Alors ? t’as trouvé quelque chose ? un nom ?

Einar, grand seigneur, avait attendu que son ami finisse de manger pour lui sauter dessus.

Le gamma reposa sa fourchette avant de tourner l’ordi vers lui.

— C’est Fernand. Mélanie écrit que Mizel l’a frappé, qu’elle a été en parler à Fernand parce qu’elle pensait avoir plusieurs os de cassés mais qu’il l’a renvoyé chez elle en lui ordonnant d’être sage et d'obéir à son époux. 

— Super mentalité, Alvin avait l’air consterné.

— Ce gars est une buse, complète Sig.

— Non, c’est criminel de suggérer à quelqu’un qui se fait battre que c’est sa faute, parce qu'elle n'a pas obéi. Hagen était remonté et semblait vouloir faire comprendre son point de vue à son alpha.

— Autre chose ?

Einar ne laissait rien paraître, mais l’aura autour de lui était épaisse et oppressante. Tout le monde pouvait le sentir mais étrangement, comme ça ne lui était pas destiné, ça n’affecta pas Adam qui posa un grand verre de jus de fruit devant son compagnon. La vague de malaise reflua et le soigneur put répondre sans bégayer.

— Elle accuse aussi Mizel d’être responsable de la mort de leur fille.

— Putain, il avait tout pour plaire ce gars ! s’agaça Einar en buvant le jus d’une traite.

— On aurait dû se douter de quelque chose, petit il mangeait des craies, lâcha le plus grand de la bande, très sérieusement.

Adam pencha la tête sur le côté et se demanda si le fait de manger des craies avait une incidence sur le développement du cerveau et également si Hugo faisait ce genre de choses.

Il avait eu très peur quand il avait surpris son fils en train de noyer des gendarmes dans une bassine d’eau et s’était demandé si le petit n’avait pas des tendances de psychopathes… Mais en parlant avec les autres parents, il s’était aperçu que tous les enfants faisaient ce genre de choses. Le copain d’Hugo arrachait les ailes des mouches…

Les enfants étaient si cruels.

Il n’avait pas vu ses cousins faire ce genre de choses, ça ne voulait pas dire qu’ils ne le faisaient pas. D’ailleurs, Jonas s’était moqué de lui -quand il lui avait fait part de son angoisse par rapport à Hugo - en lui racontant qu’une fois, dans la cour de l’école, il avait coupé un ver de terre en trois pour vérifier s'il vivait toujours… et qu’il ne s’amusait pas à séquestrer des gens pour les manger maintenant qu’il était adulte.

Adam n’était pas certain que la vie de son cousin soit la plus saine du monde… Après tout, il passait sa vie le nez collé sur un écran à programmer des logiciels, mais en effet, il aurait pu tourner plus mal.

Il reprit la conversation en route, un peu gêné d'avoir comaté un moment devant l'évier. Il espérait que personne ne l'avait surpris mais il dut se rendre à l'évidence d'avoir été grillé quand Einar entoura sa taille de ses bras.

— Tu rêves ?

— J'espère qu'Hugo ne deviendra pas un tueur en série.

— Okay… ouais, bien sûr. Je ne pense pas, non.

Son amant avait l'air un peu hagard et il devait bien avouer que pour le coup, il le comprenait.

— Tu viens avec nous, tout à l'heure à la mairie.

Ce n'était clairement pas une question mais il ne se sentait pas d'y aller.

— Je dois préparer le repas.

La main d'Einar glissa le long de son dos pour finir par se poser sur sa nuque dans un petit massage bien agréable.

— Non, tu dois être là.

Adam se mordilla la lèvre supérieure.

— Ahh ?

Et pourquoi au juste ? Il n'était qu'un oméga. Sa place c'était dans l'ombre, loin derrière la meute… ou loin devant plutôt, puisque dans les meutes de loups, les omégas avaient tendance à jouer les éclaireurs.

— Tu es mon compagnon et la gestion de la meute va te prendre beaucoup de temps.

— Pourquoi ?

Ça pouvait paraître bête, mais à part préparer une blanquette de veau, il n'avait rien prévu pour la journée.

— Parce que vu la précédente louve à la tête de la meute, tu vas avoir du boulot. Si Mélanie avait eu une oreille attentive au lieu de Fernand ou Germaine, elle n'aurait pas vrillé folle dingue.

— Et tu veux que je fasse quoi au juste ? Je ne suis personne dans cette meute. Je n'ai pas ta force.

— Tu as une vision totalement tronquée de la situation. Je suis l'épée et tu es le bouclier. Je vais me laver.

Et il le planta là, dans la cuisine, bouche ouverte et un peu perdu.

Il était un bouclier ? Il n'avait pourtant pas les capacités essentielles pour défendre qui que ce soit.

Adam chercha le regard des autres mais ne rencontra rien que des arrières de crânes tant ses amis n'étaient pas discrets dans leur tentative d'esquive.

— Ça veut dire quoi ?

— Oh me demande pas. Einar m'a dit un jour que j'étais une tourterelle… quelquefois tu sais, faut pas chercher.

Sig haussa les épaules avant de réclamer des crêpes et de chouiner parce qu'il n'en avait pas. Adam était à deux doigts de se lancer dans la préparation quand Einar revint avec pour seul changement notable, un polo propre et blanc.

— On y va.

Ils ne prirent pas de voiture et vu qu'ils avaient le temps, se promenèrent dans la forêt pour marquer les arbres. Au bout d'une dizaine de minutes, l'alpha vint se coller à lui, attrapant sa main pour la frotter contre une écorce.

— Tu dois mettre ton odeur toi aussi.

Ça n'avait rien de nouveau, chaque membre de la meute renforçait le marquage du territoire, mais c'était surtout au couple Alpha d'apposer sa marque.

Et ça le frappa. Il était le compagnon revendiqué de l'alpha, faisant de lui l'autre moitié de ce couple Alpha, bien qu'il soit un oméga.

Ça n'aurait pas dû arriver. Il n'en était pas digne. Ce n'était pas dans ses cordes.

Pour preuve, il n'avait rien pu faire face à Estelle. Einar allait s'en rendre compte et lui demander de partir, comme la dernière fois. Sauf que cette fois, il ne serait pas seul à souffrir.

Hugo allait aussi en pâtir.

Il ne savait pas encore que l'Alpha était son père, mais quitter Erroymendi serait un vrai choc pour lui.

Pris dans ses pensées, il sursauta quand Einar encadra son visage de ses grandes mains.

— A quoi tu penses ? Tu es au bord des larmes.

Il leva les yeux vers son amant, prêt à démentir mais une goutte s'échappa et roula sur sa joue.

— Tu vas me quitter.

Einar eut l'air consterné.

— Mais qu'est-ce que tu racontes.

Adam tenta d'expliquer son raisonnement, mais entre les larmes et les sanglots, son discours était incompréhensible. Einar essuya ses joues avec son pouce et embrassa ses yeux.

— Ton cerveau va trop vite pour ton propre bien. Arrête de stresser et laisse-toi porter. Je t'ai revendiqué, jamais je ne te laisserai partir. Pourquoi tu penses des trucs comme ça. 

Facile à dire, impossible à faire. Se laisser porter par les évènements n'était pas quelque chose de naturel pour lui. Bien au contraire. Maîtriser les choses était bien plus simple.

— Je vais tout faire rater. Il te faut un autre alpha pour te seconder. Quelqu'un capable de t'épauler.

Einar s'enroula autour de lui et il remarqua que le reste des lieutenants n'étaient nulle part en vue.

— Tu es tout ce dont j'ai besoin.

— Mais la meute…

— La meute a besoin de toi. Arrête de douter de toi parce que quand tu le fais, tu remets en cause mes décisions et je déteste ça.

Adam gloussa., essuyant la goutte qui pendait au bout de son nez. Son amant avait le don de tout ramener à lui assez formidable.

— J'ai envie de toi.

L'oméga s'éloigna d'un bon, échappant aux bras de son compagnon qui commençait déjà à essayer de le déshabiller.

— Arrête on a un rendez-vous. On ne peut pas y aller en sentant le sexe, ça ne se fait pas.

— Rabat joie.

Pourtant, il n'insista pas, validant de fait le bien-fondé de sa réflexion.

Il attrapa la main d'Einar et repris sa marche pour le traîner derrière lui.

— J'aime bien marcher comme ça. Je peux mater ton cul.

Adam ne résista pas et se mit à rigoler en traînant Einar derrière lui. Ils restèrent en tête à tête tout le reste du trajet et retrouvèrent les autres devant la mairie.

— Vous êtes déjà là ? Je pensais que vous étiez en train de repeindre tous les arbres de la forêt.

Sigurd rigolait comme un crétin jusqu'à ce qu'Alvin lui gifle l'arrière de la tête.

— Ehh tu fais quoi ! Moi je dis juste qu'à leur place c'est ce que j'aurai fait.

— A leur place de quoi ?

— Si j'avais été avec mon compagnon dans la forêt.

Il n'attendit pas de réponse et entra dans la mairie, laissant Alvin le regard dans le vide.

C'était vraiment tendu entre eux. Après un long regard dubitatif, Einar se désintéressa de son ami et entra à son tour dans le bâtiment. Adam se rapprocha d'Alvin et posa une main sur son avant-bras.

— Qu'est ce qu'il se passe entre vous ?

Hagen, comme les autres s'était évaporé mais il ne s'en formalisa pas.

— Rien, tout va bien. Il fait juste la gueule en ce moment.

— Ça à l'air tendu quand même. Et vous êtes malheureux tous les deux. Il faut faire quelque chose.

Alvin secoua la tête.

— On n’est pas malheureux, c'est juste compliqué de revenir ici. Franchement je ne pensais pas que ça arriverait.

Le bêta lui tapota l'épaule plusieurs fois avant de l'abandonner sur le pas de la porte.

Il se retrouva à hésiter…

Devait-il foncer dedans et mettre les pieds dans le plat pour essayer de recoller les morceaux de ses amis avant qu'ils ne tombent en poussière ? Les voir partir à vau-l’eau ainsi était vraiment dur mais en même temps il n'avait pas suivi l'évolution de leur relation ces dernières années. Il faudrait qu'il en parle à Einar, qui les connaissait bien mieux.

Son attention fut attirée par une odeur florale qui ne lui était pas inconnu et il se précipita à l'intérieur pour éviter Estelle. Il galopa dans les couloirs, suivant les traces olfactives de ses amis et entra en trombe dans une pièce où se tenait déjà un monde fou. André, Jean, Fernand et Germaine, en plus des lieutenants. Avec tout le monde debout comme ça, la pièce semblait minuscule. Il faut dire qu'il était le plus petit du lot…

— Ça va ? On dirait que tu as vu un fantôme.

Il était arrivé comme un boulet de canon et s'était accroché au bras d'Einar, se dissimulant à moitié derrière lui alors que les autres le regardaient comme s'il était fou.

C'est à ce moment-là qu'Estelle entra et il fut bon pour une série de sourires amusés, plus que moqueurs. Seul Fernand émit un son désapprobateur qui ne lui fit ni chaud ni froid.

— Bonjour tout le monde. Tu as l'air plus en forme qu'hier Adam, salua Estelle.

Tout le monde lui rendit son bonjour avec plus ou moins d'entrain alors qu'il se demandait pour sa part quand est-ce qu'il avait vu la louve.

Incroyable comme le cerveau était capable d'occulter les choses désagréables. Il se souvenait parfaitement de sa course dans la forêt pour retrouver son compagnon, mais le salon d'Estelle restait flou.

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