La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

E. Aragon · Chapitre 29 sur 33

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La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

Chapitre 29

 

 

La réunion ne tarda pas à commencer après l'arrivée d'Estelle et Adam apprit qu'à midi, une grande chasse était prévue avec la meute qui devait se réunir au fronton pour l'officialisation deux changement

Étrangement, Fernand semblait en vouloir à sa fille puisque son regard colérique revenait sans cesse se poser sur elle. C'était étrange de voir un père regarder son enfant ainsi et il espéra ne jamais porter une telle colère sur Hugo. Germaine proposa du café à tout le monde et Adam fit le seul à refuser. Il aimait le café, mais pas au point d'en voir deux litres par heure.

— Nous avons épluché l'ordinateur de Mélanie et avons trouvé de quoi porter des accusations sérieuses de maltraitance morale et de non-assistance à personne en danger.

Einar avait parlé calmement si bien que la gravité de la situation était bien plus palpable pour chacun. André avait le visage livide et semblait se flétrir à vue d’œil alors que Jean semblait fait en papier mâché, la mâchoire crispée.

— Et bien c’est à toi de régler le souci, en tant que nouvel Alpha. Je ne vois pas bien ce que nous faisons là, soupira Germaine, le visage fermé.

— On est là pour ça justement.

Fernand se redressa et pointa un doigt accusateur vers sa fille, les lèvres retroussées dans un ersatz de grognement.

— Si Estelle a encore fait des siennes, je suis pour un lynchage public. J'ai entendu la rumeur moi aussi. Tu as incité cette pauvre femme à s'en prendre à l'alpha et à son compagnon !

Adam inspira vivement au mot "lynchage" ayant soudain l'impression d'être dans un film sordide. Estelle de son côté semblait imperméable aux paroles de son père. Bras croisés sous sa poitrine et lèvres pincées, elle incarnait parfaitement l'ennui. Il ne manquait que le petit bâillement pour appuyer le trait.

— Regardez, regardez l'impudence de cette femelle qui dédaigne ses aînés. Une honte pour la meute qui non contente d'être une hérésie à son sexe, lève une armée pour tuer l'alpha et déshonorer ses parents.

Estelle devait être habituée à ce genre de discours car elle semblait y être imperméable. Adam de son côté avait l'impression d'être devant une nouvelle version de sa conversation avec son oncle, des années plus tôt. Mais si à l'époque, il n'avait rien dit, il se sentait maintenant assez à l'aise pour intervenir.

Bon d'accord, si Einar n'avait pas été là, à côté de lui, à lui tenir la main, il serait sûrement resté muet comme une carpe à regarder le bout de ses chaussures.

Il donna un coup de coude dans les cotes de son compagnon qui comprit le message, mais qui se contenta de lui tapoter la main, contribuant à l'agacer. Einar ne pouvait pas comprendre ce genre de discours car il ne l'avait jamais subi.

— Arrêt…

Il fut interrompu dans son intervention héroïque par la louve qui avait finalement décidé d'intervenir.

— Tu as fini ? Tu fais chier tout le monde avec tes discours de gros con.

Tout comme Fernand, Adam regarda chaque visage autour d'eux et constata qu'en effet, tout le monde avait l'air en colère, particulièrement Germaine.

Einar arborait un masque tellement sombre qu'il en aurait été effrayé si ce n'était pas son compagnon. Au lieu de ça, une vague d'excitation lui balaya les reins, faisant durcir son membre dans son pantalon.

Il se tortilla légèrement alors que l'Alpha se décalait de façon à le cacher en partie derrière lui, sûrement conscient de son embarras.

— Voyez ! Il pointa un doigt menaçant sur elle. Tu es une pécheresse ! Tu seras punie pour tes crimes.

Estelle pinça les lèvres si fort qu'elles en devinrent blanches.

— De quoi parles-t-on, parce que moi je suis perdu demanda Jean avec exaspération. Je pensais qu'on était là pour un bilan sur les évènements d'hier soir.

— Moi je trouve tout ça hyper intéressant, intervint Sigurd à la consternation générale. Savoir qu'en fait Estelle est peut-être moins conne que son père… ça donne la mesure non ?

Estelle semblait souffrir de cet échange, même si elle n'en montrait rien et Adam, mu par un besoin étrange, se rapprocha d'elle.

— Ça va ?

Il avait beau chuchoter, tous les lycans présents étaient en mesure de les entendre.

Estelle l'observa une seconde, sûrement désemparée devant sa sollicitude.

— Fichus oméga. Ça va. J'ai l'habitude de ce genre de joyeusetés. Rien de nouveau sous le soleil.

Einar le laissa s'occuper de la louve alors qu'il questionnait le vieux soigneur.

— Quels sont les crimes que tu lui imputes ! Parle vieil homme. Arrête les mots couverts.

— La meute aurait eu son héritier depuis longtemps si cette femme sans âme n'avait pas commis le crime ultime, et maintenant une rébellion !

Einar allait très vite perdre son calme si le vieux lycan continuait à parler comme le Père Fouras… heureusement les autres anciens semblaient comprendre de quoi il s'agissait alors que lui semblait exclus.

— J'avais quatorze ans ! s'exclama la louve, perdant finalement son calme. J'étais trop jeune pour être mère ! Si tu ne m'avais pas poussé dans son lit, rien de tout ça ne serait arrivé.

Germaine sembla bien fatiguée tout d'un coup. Elle s'approcha d’eux et Adam se plaça en bouclier. Bien sûr, son acte héroïque n’eut aucun intérêt puisque la vieille louve n’avait absolument aucune envie de sauter à la gorge d’Estelle. Juste de la prendre dans ses bras pour l’encourager à tout raconter. Ce fut un peu long mais la louve alpha finit par raconter son histoire dans les grandes lignes et ça n’avait rien à envier aux pires histoires glauques.

Son père, en constatant que le fils de l’alpha lui courait après, avait ordonné à sa fille de tout faire pour se l’attacher, après tout, c'était à cette condition qu'ils avaient rejoint cette meute à la base. Elle avait commencé à coucher avec Patxi alors qu’elle n’avait que treize ans et à quatorze, alors qu’elle était à peine pubère, elle avait constaté, avec sa mère qu’elle n’avait plus ses règles. Fernand avait été aux anges et avait commencé à planifier l’avenir. Sa mère, loin de partager son enthousiasme, l’avait emmené chez une faiseuse d’ange à Mauléon. Ça avait été une vraie boucherie et la femme l’avait massacré sur la table de la cuisine. Ça avait été long, douloureux et définitif. Quand des années plus tard, étant toujours en couple avec Patxi, ils n’avaient pas réussi à concevoir un nouvel enfant, elle avait été consulter un gynécologue qui lui avait appris la mauvaise nouvelle. Elle était stérile.

Fernand avait été furieux mais pire encore, Patxi l’avait traité comme une merde et avait commencé à la tromper.

— Et à quoi t'attendais-tu ? Tu as gâché ta vie et la nôtre ! C’est de ta faute si ta mère est partie.

— Maman est partie parce que tu la terrorisais ! Je me demande même si tu ne l’as pas tué à force de la frapper !

Adam attrapa Estelle dans ses bras alors que Germaine pleurait en répétant inlassablement que c’était de sa faute. Que c’est elle qui avait mal élevé Patxi en le poussant vers Estelle, parce qu’elle voulait préserver la meute.

Pour sa part, Adam pensait que Patxi avait été assez bien élevé, à part concernant les femmes. Étant son ami, il ne pouvait que le constater. Il ne savait pas qu’il avait trompé Estelle… du moins, jusqu’à ce qu’il parte avec Rachel.

Il avait toujours pensé qu’Estelle était une vraie peau de vache et que c’était sûrement pour ça qu’il fuyait le domicile conjugal… mais en fait, les torts étaient partagés.

Personne n’était ni tout blanc, ni tout noir…

A part Fernand.

En plus de son air de pédophile c’était un taré misogyne qui maltraitait, non seulement, les membres de la meute mais également jusqu’à sa propre famille pour un peu de pouvoir.

— Sale petite peste, ça aurait plus simple si tu étais morte d’une hémorragie cette nuit-là.

— Mais enfin taisez-vous, vous dites vraiment des choses horribles. C’est votre fille ! s'énerva-t-il.

— J’aurai économisé de l’argent ! pour ce qu’elle m’a apporté.

Jusque-là très calme et silencieux, les autres hommes finirent par intervenir. Alvin et Sigurd attrapèrent le vieux lycan chacun par un bras et alors qu’il braillait comme un pauvre diable, Einar le fit taire d’un coup de boule qui fit craquer son nez.

Une gerbe de sang vola, tâchant les vêtements de son amant, mais surtout, la chemise du vieux soigneur dont la tête dodelina contre son torse.

— Mais tu es fou ! C'est une agression gratuite ! Vous êtes tous témoins !

— Et alors quoi ? Tu veux me défier ? Ça tombe bien la meute est convoquée pour midi et ton exécution aura lieu en public. C'est toi qui es accusé ici, pas Estelle.

Le vieil homme pâlit aussitôt.

— Que me reproches-tu Alpha ?

Fernand baissait la tête tant bien que mal, toujours maintenu par les bras.

— En plus de tout ce qui vient d'être évoqué ? Tu es un gros con et j'ai envie de te massacrer la tronche a coup de talon. Tu es accusé de non-assistance à personne en danger, incitation à la haine, maltraitance, coups et blessures.

— Sur les seuls dires de cette paria ? Ta meute ne me paraît pas très juste Alpha. La politique que tu vas y appliquer ne me…

— Mélanie tenait un journal. Ce que tu as fait y est parfaitement expliqué.

— Une femelle qui se refusait à son mâle. Il fallait remettre…

Einar lui envoya un uppercut dans la mâchoire qui fit s'envoler quelques dents. Adam détourna le regard pour ne pas voir les prochains coups. Ça avait beau être mérité, ça n'en restait pas moins violent et difficilement supportable.

— On s'en fout de ce que tu penses. Transforme-toi maintenant. Je te veux prêt dans dix minutes pour la traque.

L'alpha fit un geste de main pour faire comprendre à ses lieutenants qu'ils pouvaient emmener le vieux lycan dans sa cellule pour qu'il se prépare à ses derniers instants.

Fernand avait parfaitement compris que c'en était fini de lui et malgré le sang qui commençait déjà à sécher il vociférait des mots sans discontinuer. Il y était question de loyauté infaillible, de discipline et de mœurs dépravées. Il avait l'air fou, en colère mais aussi morts de peur. S'il continuait comme ça, il esquiverait peut-être la traque et mourrait seul dans sa cellule d'une crise cardiaque.

C'était la première fois qu'il allait assister à une traque et n'était pas sûr d'être d'accord avec le principe d'une chasse à l’homme. Techniquement, Fernand avait une chance de s'en sortir sans trop de dommages s'il parvenait à sortir du territoire de la meute, mais c'était improbable, avec les lieutenants aux fesses vu son âge.

Déjà que galoper seul dans la forêt sans trébucher n'était pas facile… ça allait être l'horreur.

Einar l'empêcha de cogiter plus longtemps en le tirant vers lui et en l'embrassant avec fougue, lui retournant la tête et le laissant hagard entre ses bras.

— Trouvez-vous une chambre, gronda Alvin en revenant. Je l'ai laissé avec Sigurd.

Germaine tenait toujours Estelle dans ses bras et pleurait doucement alors qu'André expliquait à Jean que Patxi et elle avaient trois ans d'écart.

Adam fut à deux doigts de vomir lorsqu'il comprit la portée de ces trois ans. Quand Estelle avait treize ans, Patxi en avait seize. C'était juste hyper glauque. Trois ans, une fois adulte, ce n'était rien, mais à l'adolescence c'était énorme !

Il se redressa, les poings serrés contre le t-shirt de son amant, les yeux écarquillés. Einar lui fit un petit sourire contrit avant de passer sa main dans ses cheveux blancs pour le ramener encore contre son torse pour un câlin. Il y enfouit son visage, respirant l'odeur virile et tenta d'oublier l'image nauséabonde.

— Il faut qu'on y aille.

Adam soupira et frotta son nez dans le coton.

— Je ne veux pas y aller, j'ai peur.

— C'est important Adam.

— Je sais, mais je ne veux pas participer à… ça. Ce n'est pas moi.

— Non, toi tu es mon doux bébé qui ne chasse même pas les lapins.

Il gloussa parce qu'en effet, il détestait chasser, mais il n'avait rien de doux et il était pleinement adulte maintenant.

Quand il releva les yeux il constata qu'ils étaient seuls dans la grande pièce. Einar attrapa sa main et le traîna à sa suite.

— Si on ne sort pas très vite, je vais avoir envie de t'épingler au mur et c'est pas le moment.

En effet, il y avait un certain nombre de personnes à l'extérieur de la mairie et les faire patienter n'aurait pas été correct. Adam voulut se détacher de son compagnon pour rejoindre Cédric et Rose mais Einar ne le lâcha pas.

— Reste près de moi.

— Mais…

Einar ne le laissa pas poursuivre et s'adressa à la foule.

— Je suis votre Alpha et aujourd'hui, nous allons rendre justice. Si certains d'entre vous ont des griefs contre Fernand, ancien soigneur de la meute d'Erroymendi, qu'ils s'avancent maintenant pour la traque car ce loup mourra aujourd’hui de ma main.

Sigurd arriva sur ces mots, tenant un gros loup gris foncé par la peau du cou. Dès qu’il le lâcha, le loup tenta de fuir mais fut aussitôt arrêté par le pied du gamma qui s’abattit entre ses omoplates, l'obligeant à se coucher.

Tout le monde se mit à chuchoter, avançant des hypothèses concernant la disgrâce du vieil homme mais personne ne s’avança jusqu’à ce qu’Estelle fasse un pas en avant, vite suivie de Germaine qui se débarrassa de ses vêtements pour commencer à muter.

Encouragés par les deux louves, d’autres commencèrent à sortir de la masse sous l'œil effaré des autres. Quand Aitzol et Sabine s’avancèrent en se tenant la main, Sigurd faillit faire une syncope.

— Maman ?

La louve détourna le regard et son époux serra plus fort sa main, prenant la parole.

— Ça ne te regarde pas. Avons-nous besoin de nous justifier Alpha ?

Einar secoua la tête.

— Pas du tout. Si vous voulez en parler plus tard, Adam où moi serons à votre disposition sinon ce sont vos histoires et ça ne regarde personne.

Aitzol hocha la tête et sourit à sa femme avant qu’ils ne commencent à muter. Sigurd dut accentuer la pression de son pied sur le dos du loup car ce dernier couina.

Finalement, ils furent une vingtaine à s’avancer pour participer à la traque et il n'y avait pratiquement que des femmes. C'était assez inquiétant et l'imagination d'Adam partait dans tous les sens.

— Bien. J'encadrerai cette traque et vous suivrai à distance. Je vous demande de ne pas le tuer puisque c'est à moi de rendre justice. Il marqua une courte pause, observant chacune des personnes face à lui.

Une jeune femme sortit à nouveau de la foule pour se joindre aux traqueurs et Adam put sentir une grande souffrance émaner d'elle. Il ne la connaissait que de vue et serait incapable de la nommer. Einar se pencha vers lui pour attirer son attention et aussitôt il se concentra sur lui.

— Oui ?

— On va y aller. Tu peux entrer si tu veux.

Adam leva le nez et constata que malgré le temps doux, le ciel était plein de nuages d'un gris menaçants. Il allait sûrement pleuvoir.

— Je veux participer à la chasse. Sigurd tenait toujours Fernand, mais il tremblait de rage.

— D'accord. Alvin, prend sa place. Tu resteras ensuite avec Adam et restera avec lui jusqu'à ce que je rentre.

Le bêta ne répondit rien, remplaçant son ami dont les vêtements allèrent rejoindre la pile sur le parvis de la mairie. Ce fut ensuite au tour de l'alpha et il put montrer à tout le monde l'étendue de sa puissance. Einar était plus grand et plus costaud que les autres loups de la meute. Un Alpha puissant dont la transformation ne durait que quelques secondes.

Son compagnon trotta vers lui et il ne résista pas à l'envie de plonger ses mains dans le pelage brun et épais. Einar lui refit le portrait d'un coup de langue et Adam déposa un baiser sur sa truffe humide.

— Fais attention à toi et reviens vite.

Après une nouvelle léchouille, il disparut.

***

Einar galopait à l’arrière de la meute, suivant le mouvement et surveillant de loin la traque. Il n’avait pas vraiment envie d’y participer, son cerveau étant resté avec Adam. Ça commençait à durer trop longtemps, vraiment trop longtemps. Peut-être devrait-il y mettre fin… Plusieurs fois Fernand avait été attrapé, puis relâché après quelques morsures. Visiblement, les loups voulaient faire durer les choses et s’étaient organisés pour empêcher le soigneur d’atteindre la frontière. De son côté, il traînait la patte, profitant de la balade pour marquer plus en avant les arbres portant jusqu’à présent l’odeur d’André.

Quand un hurlement d’agonie perça le calme de la forêt, Einar huma l’air avant de se précipiter. Quand il arriva sur le site, il se retrouva face à quatre louves maculées de sang qui le regardaient en chien de faïence et une cinquième qui avait le nez plongé dans les entrailles du vieux soigneur dont les yeux étaient tout à fait éteints et vides.

Fernand était mort.

Mort alors qu’il avait interdit à la meute de le tuer.

Pourquoi cette meute était-elle incapable de suivre un ordre simple ?

C’était à lui, en tant qu’Alpha de rendre la justice. Il avait demandé à ceux qui avaient un compte à régler de participer à la traque, mais en aucun cas de devenir des assassins. C’était son rôle. 

Einar hurla longuement pour sonner la fin de la traque puis attendit les réponses qui ne tardèrent pas à venir. Des sons joyeux venant de partout dans la forêt.

Il grogna ensuite à l’encontre de la louve qui recula de la dépouille du vieux soigneur en tirant derrière elle un bout de peau, qu’elle mâchouilla sans le quitter des yeux. Elle avait la tête baissée dans un signe de soumission, pourtant elle avait clairement outrepassé les ordres. Il s’approcha d’elle, babines relevées sur ses crocs et elle roula sur le dos pour lui offrir son ventre. Il avança doucement et renifla les parties vulnérables avant de pincer doucement la peau tendre.

La louve couina mais ne bougea pas d’un pouce. Il la relâcha et dès qu’il s’éloigna, elle s’allongea sur le flanc et lui lécha le menton en levant vers lui de grands yeux de chiens battus. La louve ne devait pas avoir plus de vingt ans…

Einar se transforma et s’accroupit près de la jeune femme pour lisser le poil entre ses oreilles.

— Hey ma grande, transforme-toi.

Il fallut presque une minute à la jeune fille pour reprendre sa forme humaine. Elle remonta ses genoux contre son ventre, ses cheveux bruns tombant mollement sur ses épaules. Elle portait une frange qui la faisait ressembler à une adolescente… ne manquait que l’appareil dentaire et l’acné… chose que les lycans n’avaient jamais.

Merci le gène lupin.

— Pourquoi ?

Il avait parlé doucement. Il ne lui en voulait pas d’avoir été entraîné dans sa vengeance… C’était parfois difficile de couper l’élan bestial. 

— A chaque visite médicale il me touche… partout… il m'a dit… que… comme j'étais vilaine c'était une chance pour moi. Que si à vingt-deux ans, personne ne m'avait revendiqué, il me ferait un petit. Que j'étais moche mais que j'avais les hanches larges et que c'était la seule chose qui comptait pour une bonne reproductrice.

Un son rauque remonta depuis le fond de ses entrailles en un grognement guttural qui fit se recroqueviller la gamine devant lui. Une louve s’avança, bravant sa colère manifeste pour tenter de se placer devant elle. Il sourit doucement à Estelle, bien que ça ne remonte pas vraiment jusqu’à ses yeux et rassura la femelle alpha.

— Calme toi Estelle. Je ne suis pas en colère contre elle mais contre ce gros putain de trou du cul… J’aurais dû le buter tout de suite. Merde.

Einar se passa une main lasse dans les cheveux et regarda le corps du vieux soigneur. Quelle enflure… Il ne méritait pas d’être mis en terre, ni d'être brûlé. Qu’allaient-ils faire de ce corps… Le plus simple serait de le manger, purement et simplement et d’aller perdre les ossements dans un ravin quelconque, mais la meute serait sûrement malade de manger un tel monstre. 

— Je vais m’occuper du corps. A moins que tu veuilles le récupérer Estelle ?

Elle détourna la tête signifiant son refus aussi simplement que ça.

— Tu veux de l’aide ? demanda la gamine d’une petite voix.

— Non, reste avec Estelle et les autres.

Il se releva, fit quelques pas jusqu’au cadavre, qui avait repris forme humaine pendant qu’ils parlaient et l’attrapa pour le jeter sur son épaule. Le corps était étrangement lourd mais il ne voulait pas s'appesantir sur les détails. Il allait devoir se désinfecter de cette merde. Il soupira et se désintéressa des lycans qu’il croisa sur son chemin et personne ne le suivit.

A part Sigurd.

Son ami marcha derrière lui jusqu’aux gorges et l’aida à faire disparaître le corps. Ils n’échangèrent pas un mot pendant un moment, restant debout près du trou, les yeux dans le vide, jusqu’à ce que l’épaule de Sigurd frappe sa cuisse.

— Hum ?

Son ami le regardait, langue pendante, la tête légèrement penchée, semblant lui demander ce qu’il avait.

— J’en ai ras le cul de ces conneries. Une gamine vient de me dire que ce monstre la tripotait. Ce n’est pas d’un nouvel alpha dont cette meute a besoin mais d’un psy. Estelle va fonder une nouvelle meute à Périgueux, je vais proposer à ceux qui le souhaitent de la rejoindre…

Sigurd frotta sa joue velue contre sa peau, encore et encore.

— Si tu as quelque chose à me dire, il vaudrait mieux muter parce que je ne suis pas encore devin. 

Le gros loup le regarda avec ses yeux de chien battu puis baissa le nez et tourna les talons pour disparaître dans les broussailles.

Une fois seul Einar resta encore quelques minutes devant le trou, avant de tourner les talons en sentant Estelle se rapprocher. Elle devait avoir envie, malgré tout, de se recueillir près de la dernière demeure de son père.

Lui laisser un peu d'intimité était le minimum qu'il puisse faire en de telles circonstances.

Avant de partir totalement, il tourna la tête, pour la regarder et fut un peu choqué de la voir accroupie, en train d'uriner sur le bord du gouffre. Il détourna le regard de la louve et décida de rentrer au village pour retrouver son compagnon.

Adam avait été assailli de questions dès le départ des traqueurs.

Quel était le programme du nouvel Alpha, qu'avait fait Fernand, que s'était-il passé hier soir. 

Il avait répondu comme il le pouvait mais une fois tout le monde satisfait par ses informations, il avait dû écouter les histoires sordides de tout le monde et maintenant il allait faire des cauchemars pour le restant de ses jours.

Il se tourna vers Hagen, resté près de lui pendant cette épreuve pénible et demanda… pas certain de vouloir connaître la réponse.

— C'est quoi le point du mari ?

Alvin placé à deux mètres de lui de façon protectrice grimaça. Il n'avait à priori pas non plus envie de le savoir. Le soigneur se racla la gorge avant de plisser un peu les yeux.

— C'est… le point du mari c'est… une mutilation génitale qui est pratiquée à l'insu des femmes après une épisio. Ça consiste à faire un point de suture en plus sur le périnée, pour resserrer le diamètre d'entrée du vagin et d'augmenter le plaisir sexuel de l'homme lors de rapports sexuels.

Et voilà. Adam savait qu'il ne voulait pas vraiment savoir… mais quand Alice avait commencé à lui raconter son accouchement, il ne pouvait pas se plaquer les mains sur les oreilles en se mettant à chanter à tue-tête… ce n'était pas très poli.

La pauvre femme avait déjà l'air au bout de sa vie en lui racontant la douleur subie a chaque rapport sexuel avec son mari… puis comment Fernand l'avait accusé de se victimiser pour attirer l'attention… elle avait dû aller à St Palais pour qu'un gynécologue lui parle de cette pratique et qui avait fini par la rouvrir face à la douleur constante à chaque rapport.

Belinda lui avait ensuite raconté que Fernand lui avait dit un jour qu'elle avait une vilaine vulve et qu'il pouvait lui raccourcir les petites lèvres pour qu'elles ne dépassent plus.

Quand il avait entendu le hurlement de son compagnon, il avait été soulagé de savoir que ce gros porc de Fernand ne ferait plus de mal à qui que ce soit.

Il était également follement soulagé d'avoir accouché avec Hagen et de n'avoir jamais eu besoin du vieux soigneur. Qui sait ce qui lui serait arrivé entre les mains d'un pareil taré qui refusait la présence des hommes en salle d'accouchement et qui pratiquait des césariennes à vif ou qui demandait à ses patientes de prendre sur elles pour ne pas hurler…

Lui qui avait gueulé comme un porc jusqu'à la péridurale… en même temps… une césarienne à vif ça devait être abominable.

Il frissonna violemment rien qu'à l'imaginer.

Les loups avaient fêté l'annonce de la mort du soigneur et attendaient maintenant le retour des chasseurs. Les lycans revinrent petit à petit et Adam comme les autres guettait leur arrivée au compte-goutte.

Il fut très frustré qu'Einar arrive bien après les autres, même s'il pouvait le comprendre.

Sigurd était déjà là quand l'Alpha revint et ils l'acclamèrent tous comme un héros, s'écartant pour lui laisser un chemin jusqu'à lui.

Adam dû résister de toutes ses forces pour ne pas sourire comme un benêt en voyant son homme fendre la foule comme Moïse l'avait fait avec la mer Rouge. Einar était à lui.

Son compagnon.

— Hey, l'accueilli-t-il doucement en effleurant sa joue du bout des doigts.

Il était si beau, nu et offert à son regard.

— Hey, lui répondit l'Alpha d'une voix tendre.

Il voulait rentrer et se pelotonner dans ses bras pour oublier tout ce qu'il avait appris ce matin et ensuite il voulait que son amant lui montre à quel point il l'aimait.

Adam avait un peu de mal à l'avouer mais il avait envie que son amant lui fasse voir des étoiles… qu'il lui casse le cul et peut-être même qu'il l'attache…

Il se serra contre Einar pour cacher son érection naissante et fut amusé de sentir sa jumelle contre son ventre.

— Et si on rentrait, demanda justement celui-ci d'une voix charmeuse.

— J'ai du scotch ! s'exclama-t-il d'un coup.

— Quoi ? Einar avait l'air perplexe.

— Hein ?

Faire comme s'il n'était rien dit était bien plus simple qu'affronter ses pensées bizarres.

— Allez dis-moi.

— Non rien. Il me tarde de rentrer. Si tu savais ce que les gens m'ont raconté c'était affreux. Je veux juste oublier.

Einar posa un baiser sur son front et attrapa sa main pour le guider face à la meute. Les gens ne s'étaient pas dispersés et semblaient attendre… quoi ?

Un discours ? un feu d’artifice ? Une distribution de gâteaux…

— Aujourd'hui justice a été rendue. Je ne veux plus entendre que dans cette meute, on ne peut pas parler à l'alpha. Si je ne suis pas disponible, allez voir Adam, Alvin, Sigurd ou Hagen. Il y aura toujours quelqu'un. Vous n'êtes pas seul et nous sommes plus forts ensembles. Dorénavant il y aura une chasse par semaine, le samedi soir. Nous allons construire une grande tanière où chacun d'entre vous pourra venir à tout moment. Fini le chacun pour soi. Erroymendi sera une meute unie et tolérante ou ne sera pas. Rendez-vous samedi.

Adam applaudit comme les autres… surpris qu'Einar prenne la peine de parler à la meute. Honnêtement, il pensait que ce n'était pas le genre à faire de grands discours. Il s'était visiblement trompé.

Un homme s'avança vers l'Alpha pour amorcer la discussion mais son compagnon se hérissa de tout son être.

— Ahh non. Va voir quelqu'un d'autre nous on se tire.

Autant pour lui.

Il avait raison.

Il y avait fort à parier que la diplomatie à venir soit entre les mains d'Alvin… ou plutôt de Hagen qui semblait réunir la majorité des talents de leur cercle privé.

Einar le traîna derrière lui, l'obligeant à trottiner à sa suite alors qu'il grommelait.

— Sérieusement on va se cacher dans une grotte et je vais te baiser pendant une semaine.

Adam souriait tellement qu'il en avait mal aux joues. Einar était amusant mais très excitant.

Quand Paulette se plaça devant son fils, ce dernier la dévisagea avant de grogner carrément sur sa mère.

— Pas maintenant putain ! Je viens de marquer mon compagnon et j'ai beso…

— Oui oui, amusez-vous bien les enfants, je m'occupe du reste. 

Elle se hissa sur la pointe des pieds et tapota la joue de son garçon avant de héler la foule pour les inviter à une collation chez elle pour fêter la nouvelle gouvernance de la meute. Il n'y avait que sa belle-mère pour inviter trois cents personnes au pied levé à un brunch…

Il ne s'étonna pas qu'une seconde puisque Einar, le jugeant sûrement trop lent, le jeta sur son épaule pour quitter le village sous les rires égrillards de quelques lycans. Si certains avaient des doutes sur leurs activités à venir… ils étaient maintenant au courant.

***

Adam se sentait comblé et plein.

Einar planté en lui de toute sa longueur, il était écrasé dans le matelas et ne pouvait pas bouger.

Ils avaient déjà fait l'amour deux fois quand l'oméga, repus, avait émis l'hypothèse d'essayer, un jour, en l'immobilisant.

Einar, émoustillé par l'idée, avait entrepris de se jeter à corps perdu dans ce projet. Il avait trouvé le gros rouleau de chatterton, rangé dans le tiroir à bricolage depuis son déménagement et avait entrepris de l'attacher, comme il le souhaitait.

Il se retrouvait donc avec les mollets repliés contre les cuisses, le tout maintenu par de nombreux tours de scotch marron. Ses poignets avaient été également attachés à ses chevilles, l'obligeant à rester dans cette position de triangle vraiment inconfortable mais tellement jouissive.

On ne pouvait pas être plus offert que lui et Einar l'avait bien compris puisqu'il était les fesses en l'air depuis presque deux heures et quatre orgasmes.

La joue écrasée dans les draps, il ne sentait plus ses mains, ses testicules lui faisaient mal et il sentait son cœur battre dans son cul. Pourtant pour rien au monde il n'aurait arrêté Einar qui le pistonnait sans relâche, visant sa prostate comme un dément. Et lui, si silencieux habituellement pendant l'amour perdait la tête.

— S'il te plaît… s'il te plaît…

La sueur de son compagnon et la sienne recouvraient sa peau d'une fine pellicule. Einar le caressa en s'appuyant lourdement sur lui, le bloquant encore plus.

— Qu'est-ce que tu veux.

Einar arrêta de le pistonner, lui tirant un sanglot de frustration.

— Plus.

— Plus quoi mon cœur.

Dans cette position ce n'était pas facile de parler et ça devenait même compliqué de respirer.

— Vite… profond… plus. S'il te plaît.

Son compagnon le fit hurler en se retirant totalement. Il se sentait si seul d'un coup.

Abandonné.

Mais Einar, loin de le laisser, le retourna et le posa sur le dos, exposant son érection violacée et douloureusement tendue. Adam bougea les mains, essayant de chasser les fourmis en agitant ses doigts.

Sa peau était rendue ultra-sensible à cause des frottements des draps sous lui ce qui fait qu'il se mit à haleter quand Einar se mit à tracer un chemin de mordillement le long de son ventre jusqu'à capturer des lèvres.

Il eut l'impression de revivre et il ressentait le besoin de jeter ses bras autour de son cou pour s'arrimer à lui et ne jamais le lâcher. Adam commença à s'agiter, essayant de se libérer mais n'y arriva pas, déjà épuisé par les heures précédentes.

Le corps de l'alpha se frottant contre le sien et cette bouche pillant la sienne sans répit eurent presque raison du peu de résistance qu'il lui restait.

— Tu veux que je te libère ?

Adam hocha la tête. Oui, il avait besoin d'un gros câlin.

— Non. Tu voulais être attaché et j'adore te voir ravagé comme ça.

Einar entra en lui d'une seule poussée, le faisant crier sous lui.

— Je t'aime Adam. Putain que je t'aime.

Son Alpha avala sa bouche, l'empêchant de répondre et lui transmettant tout son amour par un baiser très doux qui contrastait par les grands coups de reins qui martelaient ses fesses et lui faisaient voir des étoiles à chaque coup.

À deux doigts de défaillir, la jouissance fut une délivrance dans tous les sens du terme. Einar ne prit pas le temps de retomber dans une douce torpeur et se retira précautionneusement pour ne pas le blesser. Adam grimaça en sentant son anus se contracter sur le vide alors que la semence de son amant coulait sur le lit. Einar sortit de la pièce sans le quitter du regard et il ne fut pas inquiet de rester là, seul et attaché.

Et pour cause, l'Alpha revint très vite avec un ciseau à bout rond, sûrement trouvé dans la salle de bain - c'est là qu'il le cachait par peur qu'Hugo ne le trouve et se coupe avec - et un gant de toilette.

— Ne bouge pas je vais te libérer.

— Hmmh.

Il ne risquait pas d'aller très loin de toute façon.

Dès qu'il eut détaché ses mains, Adam les posa contre les joues d'Einar et le tira au-dessus de lui pour l'embrasser doucement, ponctuant ses lèvres de petits baisers.

— Je t'aime. Je t'aime.

— Moi aussi bébé mais il faut que je te détache et vite. J'ai trop serré, tu deviens bleu.

— Je vais bien, tenta-t-il de le rassurer mais Einar ne l'écoutait pas.

L'alpha coupa les liens et détacha le collant avec précaution. Il se retrouva libre, un peu meurtri mais heureux comme jamais dans les bras de sa moitié.

— Attends je voulais te laver.

Mais il s'en fichait d'être propre. La sueur pouvait bien lui grignoter la peau, tant qu'il était au chaud contre Einar, rien ne l'atteindrait.

— Mmh

L'alpha ne se dégonfla pas et essuya les parties qu'il pouvait atteindre alors qu'il flottait dans le cocon de son bonheur.

Einar quant à lui n'avait pas l'air heureux et grognait, faisant trembler sa poitrine et donc sa tête qui reposait dessus.

— Qu'est-ce que tu as ? demanda-t-il d'une vois pâteuse. Tu n'as pas aimé ?

— C'était formidable mais maintenant tu es couvert de bleus et j'aime pas ça.

Il déposa un baiser sur son torse, là où il sentait battre son cœur.

— Je t'aime.

Pour sa part, il avait adoré, comme à chaque fois. Attaché ou pas, il aimait son compagnon et ce seul fait suffisait à la combler. Einar souffla doucement sur son oreille pour attirer son attention et quand il leva la tête, posant son menton contre le plexus solaire de son amour.

— Oui ?

— Je trouverai un autre moyen pour te contraindre, j'ai aimé te voir si… offert. Ton cul était si tendu que tu m'aspirais en toi. En plus tu semblais être en transe mais j'aime pas les traces que ça laisse.

Il lui sourit avant de l'embrasser encore. Einar caressa son dos et ils réussirent, dans un effort commun à se couvrir de la couette.

Les traces s'estomperaient vite.

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