La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

E. Aragon · Chapitre 15 sur 33

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La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

Chapitre 15

 

Quand il enleva le mode avion le lendemain matin, il avait deux appels en absence d'Adam et aucun des autres membres de la meute. Un texto d'Alvin l'avertissait du départ de l'oméga hier soir.

Finalement, il n'avait pas rappelé Manon, il n'en avait pas eu besoin… Alice, la fille de l'accueil avait tenté sa chance vers vingt heures la veille et s'était fait envoyer bouler. Einar détestait être réveillé et elle en avait payé le prix en se prenant sa mauvaise humeur en pleine face.

Chanceuse petite humaine. Si ça avait été Alvin, il se serait pris un coup de dents…

En parlant du loup, son nom apparut en gros sur son téléphone et son doigt fit glisser le petit bouton vert.

— Allo ?

— Toujours en vie ? Tu passes me prendre ?

— Non, suis à l'hôtel. Je ne vais pas bosser aujourd'hui. Dis à Maryse que je suis malade.

— Elle va te tuer… ou non mieux… elle va ME tuer. Cette femme est une sadique et il n'y a que toi qui sait la manier.

— Prends une boîte de Lindt dans le placard et elle te mangera dans la main.

— C'est ça ton secret ?

— La bouffe mène le monde mon pote.

— Et où te mène ton monde ?

Einar éloigna son téléphone pour regarder son écran et raccrocha sans prendre la peine de répondre. Il commençait à avoir une vague idée de ce qu'il devait faire pour que tout le monde lui fiche la paix.

***

Adam était rentré la veille chez lui après avoir tenté de joindre Einar plusieurs fois. Ce matin, il lui avait envoyé un texto, lui demandant de le rappeler, mais il n'avait toujours aucune nouvelle. Finalement, cet après-midi, il comptait aller voir Benoît pour discuter avec lui et avoir son opinion sur la situation.

Benoît était avant toute chose son meilleur ami. Ils avaient beau avoir expérimenté de nombreuses choses ensemble, Adam ne ressentait pas la même chose à son contact qu'avec Einar. Un point de vue extérieur lui était nécessaire. Benoît connaissait déjà Einar, il n’aurait donc pas besoin d’une grosse remise à niveau.

Il ne croisa pas son oncle, parti depuis bien longtemps. Sa tante quant à elle, était occupée à régler un litige entre ses deux cousines qui se chamaillaient visiblement à propos d'un haut… ou d'un chemisier. Bref, il se contenta d'un bref coucou pour lui indiquer qu'il partait.

C'était fou de voir à quel point il était libre de ses mouvements depuis qu'il avait fêté ses dix-huit ans. Il était passé d'une surveillance drastique et d'une vie monacale à une vie de liberté et d'insouciance. A croire que dix-huit ans était une barre de seuil à passer, et une fois traversé, qu'un nouveau monde lui était accessible.

Une nouvelle map dans un jeu vidéo.

Il se sentait même un peu abandonné. Ne les intéressait-il plus du tout maintenant qu'il était majeur ? Ils le laissaient vagabonder au gré du vent. Il avait vu un échange de regards curieux hier soir, entre ses tuteurs, mais rien de plus.

Il s'arrêta au feu, près de son lycée et tourna la tête par réflexe pour regarder la vitrine de son café préféré. A chaque fois qu'il passait devant, il cherchait ses amis du regard, juste au cas où.

Son regard s'arrêta sur la patronne, qui ne regarda pas dans sa direction, puis le feu passa au vert et il continua son chemin, jusqu'à chez Benoît qui fut plus que surpris de le trouver là.

— Je te tire du lit ?

Adam n'était même pas surpris. À 11 heures chez ses tuteurs c'était le milieu de la journée alors que pour ses amis, c'était l'heure du réveil en période de vacances. Il sourit devant la mine ahurie d'un Benoît en pyjama.

— Tu viens me rejoindre en tenue sexy j’espère ! s'indigna ce dernier.

Autant à chaque fois qu'il avait couché avec son ami, il avait été prêt à recommencer immédiatement, sa nature lycane soignant ses petits inconforts en simultané, autant suite aux ébats de la veille, il se sentait encore engourdi et empli d'une certaine plénitude. Faire l'amour avec un autre lycan n'avait rien à voir.

Pourrait-il encore se satisfaire d'une étreinte tiédasse maintenant qu'il avait goûté à ça ?

— Ouah t'as l'air d'avoir la tête dans le cul encore plus que moi ! Entre.

Son ami s'écarta de la porte et dès qu'il fut entré il ne put s'empêcher d'avouer.

— Je t'ai trompé… je suis désolé.

— D'accord, il nous faut du café.

Adam hocha la tête et se précipita vers la Senseo, machine sublime et vitale, pour faire couler deux cafés.

— Raconte-moi ça.

Alors il raconta, comment ils s'étaient retrouvés à baiser toute la nuit avec Einar et comment il s'était retrouvé seul au matin. Enfin, sans Einar, parce que le reste de la meute était bien là elle, même s’il plaça se fait sous silence.

— J'en étais sûr ! Je ne voulais rien te dire, mais au resto la dernière fois c'était palpable. Enfin… je t'ai quand même demandé s’il n'était pas amoureux de toi, il me semble

— Tu ne m’en veux pas alors ?

— Bah je ne vais pas te féliciter non plus… on avait dit qu'on était exclusifs et tu me trompes au bout d'un mois… ça fait mal mec. Mais bon, on n’y peut rien c'est l'amour… il paraît que ça nous tombe dessus comme ça. Regarde Seb… c'était pareil.

— Tu me compare à Seb ? C'est hyper vexant.

Seb avait trompé chacune de ses copines… et il en avait eu beaucoup.

— Qui a trompé qui ?

— Non mais sérieux arrête, je me sens mal.

Benoît commença à rire en se cachant derrière son mug, sans aucune pitié.

— Par contre il t'a laissé en plan après avoir profité de tes charmes… ce n'est pas un gentleman. Il pinçait les lèvres en tenant son mug avec le petit doigt levé, en mode marquis de la motte tendue…

-Il avait du boulot…

— Vous vous revoyez quand ?

-Je vais y aller ce soir je pense. Il est au travail.

— C'est ça de fréquenter un vieux… déjà fini pour toi les soirées et l'alcool à volonté. Bonjour inspecteur Barnaby et plus belle la vie.

Adam grimaça d'horreur à cette idée. Heureusement il savait déjà que la meute ne passait pas son temps à regarder des émissions vieillottes à la télévision. Quoique…il aimait bien Barnaby… des crimes monstrueux pour des raisons absurdes… « Je l'ai découpé en morceaux et donné à manger à des canards parce que son grand père a marché sur les bégonias de ma tante en 1821 ! »

— Tu manges avec moi à midi ?

— Bien sûr.

En gros, ça voulait dire qu'il était chargé de préparer le repas. Benoît ne cuisinait pas et il valait mieux le tenir éloigné d'une plaque chauffante. Sa plus belle réussite culinaire était de réussir à faire tenir droit un paquet de chips après ouverture. Don précieux qu'il tenait de son père et dont il se vantait à chaque soirée.

Adam se souvenait encore du jour où le père de Benoît leur en avait fait la démonstration alors qu'ils jouaient à la console dans le salon. Il avait été tellement fier que résister à l'envie de rire avait été vraiment dur. Benoît s'était ensuite acharné sur eux pour se venger.

***

A seize heures, il décida de prendre le chemin du chalet et prit donc congés de son ami qui heureusement, ne lui en voulait pas. Adam qui lui avait fait une pseudo crise de jalousie quand il l'avait vu au cinéma avec Julie s'était senti bien piteux jusqu'à ce que Benoît lui avoue qu'il était intéressé par cette dernière.

Par son corps du moins, parce qu'à priori elle était complètement crétine.

Il reprit le chemin qu'il avait pris à l'aller, puisque le territoire de la meute se situait de l'autre côté de la ville. Le feu de signalisation devant son lycée passa au rouge, comme d'habitude, et son regard erra à nouveau sur le café.

Adam fut surpris d'y voir Einar assis en terrasse. N'était-il pas censé être au boulot ? Il attrapa son portable et fut déçu de voir que l'Alpha ne l'avait pas contacté. Il l'appela, mettant son téléphone en haut-parleur mais n'eut pas de réponse. Einar regarda l'écran de son smartphone et se contenta de le ranger dans sa poche sans répondre. Manon, la serveuse, posa deux tasses sur la table et s'installa en face de lui après l'avoir embrassé goulûment.

Le klaxon de la voiture de derrière le sortit de sa contemplation macabre et au lieu de rouler vers le chalet, il rentra chez lui dans un état second.

Celle-là il ne l'avait pas vu venir. Il avait trompé Benoît, mais Einar était semble-t-il en couple lui aussi… il ne le savait pas. Personne ne lui avait rien dit. Il avait ruiné son couple naissant avec son capitaine et aurait pu perdre son amitié dans cette histoire.

Il commençait à se sentir mal et fut donc soulagé d'arriver à la maison. Sa tante lui fit un petit sourire quand il passa dans la cuisine et Rebecca le suivit jusqu'à sa chambre en lui parlant d'une colique dont serait atteint l'un des poneys du centre équestre. Elle sembla cependant comprendre au bout de cinq minutes de monologue qu'il n'était pas dans son assiette.

Plus tard, il hésita à descendre manger. Il avait faim, mais il pourrait toujours faire une incursion dans le frigo pendant la nuit. Cependant, il ne voulait pas s'isoler plus de sa famille qu'il ne l'avait fait ces derniers jours où il avait évité son oncle.

Il se rendit donc dans la cuisine quand sa tante les appela et prit sa place à table. Son oncle ne releva pas les yeux vers lui et il ne chercha pas à attirer son attention. Il mangea son gratin de légumes en écoutant Rebecca raconter la même histoire que précédemment. Noé, qui avait réussi à lever partiellement sa punition, encadrait des jeunes au centre aéré de la paroisse. Un des monos avait jeté l'éponge pour finalement aller bosser au club Med et ils avaient eu besoin d'un remplaçant au pied levé. À priori, les gamins étaient mignons et il s'amusait bien plus qu'à la maison de retraite.

Ézéchiel commença à raconter son après-midi chez son meilleur ami. Ils avaient été dans un de ses parcs payant pour enfant, remplis de jeux, de piscine à boules, de toboggans et autres choses paradisiaques. A quatre ans, son discours était parfois décousu et il parlait vraiment fort pour être sûr de couvrir tous les bruits que ses frères et sœurs pourraient faire.

— Et après on a glissé en bas. Heuuuu et on a mangé des gâteaux avec Raphaël mais il a fait des miettes. Heuuuu et sa maman elle n’était pas contente alors on a monté jusqu'en haut et elle ne pouvait pas nous attraper. Après on est rentré et on a joué aux trains et au papa et à la maman. Quand je sera grand je vais me marier avec Raphaël. Comme Adam.

Son oncle bondit sur sa chaise alors que sa tante s’étouffant avec son verre d'eau.

— Comment ?

Ezy ne sembla pas se rendre compte du changement d'ambiance soudain et continua son histoire.

— On se promenait avec maman et on a vu Ada avec son amoureux devant le cinéma. Moi aussi je fais des bisous à mes amoureux. Comme Adam. Plus tard je me mariera avec Raphaël parce que c'est mon ami. Comme Adam, pareil.

Oncle Pierre pointa un doigt accusateur dans sa direction, le visage rouge de colère. Les veines sur son cou semblaient avoir triplées de volume.

— Toi ! Tout ça c'est ta faute. Tu à fais rentrer le vice et la perdition dans cette famille. Je n'ai rien dit jusqu'à présent mais si tu contamine mes enfants, je ne te laisserai pas faire. Je veux que tu quittes cette maison immédiatement !

— Mais…

Ézéchiel et sa tante se mirent à pleurer alors que Noé était sans voix. Matthieu et Marie criaient pendant que Rebecca lui attrapait la main en signe de soutien.

— Tu as fait assez de mal comme ça. Je me suis longtemps demandé pourquoi le Seigneur avait rappelé mon cousin et sa femme à lui aussi tôt mais maintenant c'est très clair. Il voulait leur éviter l'horreur de subir un fils tel que toi.

— Arrête Pierre, pleurait tante Mireille. Ne dis pas des choses comme ça.

— Non Mireille ! Quand on en a parlé j'ai été très clair. Je voulais qu'il se fasse soigner mais tu n'en as fait qu'à ta tête. Il était censé se faire discret et travailler sur sa déviance. Pas contaminer nos enfants ! Dehors !

— Papa ! Hurla Noé. C'est de la folie ! Tu t'entends ?

— Oncle Pierre ! Je ne me suis jamais exhibé !

— Tu suppures le vice ! Sors de chez moi im-mé-di-a-te-ment !

Son oncle était violet de rage et il avait peur qu'il finisse par faire une crise cardiaque. Ses clés de voiture étant dans sa poche, il préféra sortir de la maison avant de prendre un coup. Son oncle avait fini par se lever et semblait à deux doigts de le charger. Noé se plaça en défense et il sortit après un dernier regard à chacun.

Il monta dans sa voiture, mais ne démarra pas. La nuit n'était même pas encore tombée et il n'avait pas ses affaires… il avait laissé son portefeuille dans sa chambre, ainsi que son portable… 

Tellement dans sa bulle, il sursauta quand son oncle tapa sur sa vitre et grogna face à l'intrusion.

Il se demanda combien de temps il avait passé là. Son oncle avait repris une couleur normale, il baissa donc sa vitre après avoir respiré un grand coup pour se donner du courage. Il ne devait pas perdre son sang froid et frapper oncle Pierre.

— Mireille t'a fait un sac avec tes affaires. Envoi nous une adresse et nous ferons suivre le reste.

— Mon oncle…

— Non Adam… nous t'avons laissé une chance et tu nous as bafoués en faisant entrer la honte et le péché dans cette maison. Noé devenant un délinquant, Ézéchiel voulant te suivre dans ta déviance. Tu donnes un mauvais exemple à nos enfants. Dieu doit avoir un plan pour toi, je te donne cette carte. Ces gens pourront t'aider à te soigner.

Adam attrapa la carte de visite par réflexe et resta figé à la regarder jusqu'à ce que son oncle se racle la gorge.

— Nous voudrions que tu partes maintenant.

Son oncle posa le sac qu'il avait utilisé pour son précédent voyage à côté de sa portière et regagna la maison. Il ne fut pas difficile d'entendre les cris et les pleurs venant de la maison, il préféra donc démarrer et mettre de la distance avec tout ça. Adam ne voulait pas être responsable d'une rupture au sein de sa famille.

Il savait exactement où aller maintenant.

Adam conduisit jusqu'au chalet dans un état second. La radio était

branchée sur RBN[3] et il changea de station nerveusement. La tout de suite, il n'avait pas besoin d'entendre chanter les louanges du seigneur. Il bascula sur une station qu'il écoutait dans la voiture de Benoît et dodelina de la tête au rythme de la musique. 

Il dut rouler vite parce qu’il avala le trajet plus rapidement que d'habitude mais se retrouva à hésiter devant la porte. Peut-être aurait-il mieux fait d'aller chez Benoît… où mieux, à l'hôtel, afin de ne bousiller la vie de personne d'autres.

Quand Einar ouvrit la porte, les sourcils froncés, il se retrouva à sangloter sans même s'en apercevoir.

— Qu'est-ce-qui t'arrive ? Ce n’était pas demain que tu devais venir ?

Einar semblait un peu nerveux et ça eût le mérite de lui taper sur les nerfs après la soirée qu'il venait de passer. Pourquoi l'Alpha avait-il couché avec lui pour ensuite ignorer ses appels ? Pourquoi l'avait-il vu avec une femme - qu'il connaissait en plus - alors qu'il était censé être au travail ? 

— T'étais où aujourd'hui ?

Ce n'est pas ce qu'il voulait dire mais c'était sorti tout seul. Les sourcils de son interlocuteur se froncèrent encore plus et son visage se ferma.

— Ceci ne te regarde pas.

— Je t'ai vu avec Manon au café.

Il devait avoir la voix qui porte car Manon sortit de la salle de bain enroulée dans une serviette minuscule.

— Tu m'as appelée ?

L'Alpha ne tourna même pas la tête vers elle, se contentant de le dévisager, lui, d'un air mauvais.

— Adam ? Salut. Je ne savais pas que vous vous connaissiez. Le monde est petit.

Elle semblait un peu gênée en enfilant son jean.

— Sérieux Einar. Tu couches avec moi et ensuite tu passes au suivant ?

Manon sembla horrifiée à son tour.

— Quoi ? Tu couches avec des lycéens ?

Einar sembla sortir de son immobilité et abatis sa main sur son épaule pour le pousser dehors.

— Écoute. Tu n'as pas à te pointer ici pour me demander des comptes parce qu'on à coucher ensemble une nuit par accident. Alors tu ravales tes larmes et tu te casses. J'ai autre chose à faire que de gérer tes crises d'hystérie. Va voir quelqu'un que ça intéresse.

Adam le regarda tourner les talons mais, mu par une impulsion, il le rattrapa.

Il s'apprêtait à poser sa main sur son biceps quand l'Alpha se retourna, tous crocs dehors et le plaqua au sol.

— Je t'ai dit de dégager d’ici ! Dégage !

Einar se releva et retourna à l'intérieur, le laissant recroquevillé au sol. Quand la porte du chalet se referma, Adam se précipita dans la voiture et quitta la propriété de la meute. L'Alpha avait été très clair et il n'avait aucune envie de finir cette journée en se faisant casser la gueule en plus du reste.

Il roula longtemps cette nuit-là, sans vraiment savoir où il allait. Il s'était engouffré sur l'autoroute et avait roulé sans but. Son voyant d'essence avait fini par s'allumer, mais il avait continué quelques kilomètres et avait fini par craindre de tomber en panne directement sur la route. Il continua donc jusqu'à la prochaine aire d'autoroute et s'arrêta pour finalement se rendre compte qu'il n'y avait même pas de station essence.

Adam se frappa le front sur le volant de sa voiture plusieurs fois avant se fondre en larme. Comment tout avait-il pu dégénérer dans sa vie aussi vite ? Un baiser échangé dans une voiture…

Un battement d'aile de papillon.

Il laissa cinq minutes à ses larmes pour couler. Cinq minutes pendant lesquels il extériorisa sa colère en hurlant sa colère, frustration et tristesse, seul dans l'habitacle de la voiture. Cinq minutes où il frappa tellement fort sur le volant que celui-ci finit par craquer dans un bruit sinistre.

Cet affreux bruit eut le mérite de le sortir de son état lamentable et lui permit de se reprendre. Il essuya ses joues d'une main rageuse et attrapa la carte de visite donnée par son oncle. Le téléphone décrocha à la première sonnerie et il renifla profondément pour se donner du courage.

— Bonjour. Je m'appelle Adam Fontaine. J'ai besoin d'aide.

***

— Alors tu as ramené une fille à la maison ? Alvin avait l'air consterné. Juste pour qu'Adam ne s'accroche pas à toi ? Tu connais les mots. C'est quelque chose de très pratique.

Le reste de la meute avait passé la nuit à l'appartement qu’Hagen avait en ville. Alvin était rentré depuis dix minutes et lui prenait maintenant la tête.

— Ça va. Il va s'en remettre, n'en fait pas tout un foin.

— C'est toi qui as instauré cette règle. Pas d'amant à la maison. En plus tu as prévu ton coup puisque tu nous as demandé de pas rentrer.

Oui, ils avaient décidé de cette règle afin que leur maison ne se retrouve pas envahie d'odeurs inconnues et désagréables. Les loups étaient des animaux assez territoriaux alors avoir sa tanière emplie d'odeurs indésirables était très dérangeant.

— Et j'avais raison, il a débarqué au chalet toutes griffes dehors alors que je l'avais convoqué demain. Coucher avec moi une nuit ne l'exempt pas de suivre les règles.

— Quelle règle ? Ne pas coucher avec un gamin influençable ? Ne pas ramener n'importe qui à la maison ? Ne pas abuser de ton pouvoir d’Alpha ? Adam est en couple avec Benoît. Tu te prends pour un bellâtre irrésistible ?

— Ta gueule. Adam a passé sa journée à m'appeler et est arrivé en me demandant ce que j'avais fait aujourd'hui, pourquoi je ne l'avais pas rappelé et en balançant toutes sortes de reproches.

Il ne se souvenait plus si Adam avait prononcé tous ces mots, mais son regard parlait pour lui.

— Il devait sûrement avoir des questions. C'est naturel tu ne penses pas après une nuit à baiser ?

Il haussa les épaules, peu désireux de parler de ça. Il avait fait ce qu'il avait à faire pour préserver l'intégrité de sa meute. Adam allait revenir tout à l'heure et ils pourraient mettre les choses à plat, maintenant qu'il avait saisi qu'ils ne formeraient pas un couple, ou quelque chose d'y ressemblant.

Adam était du genre à attendre un "heureux pour toujours" conte de fée et mariage. Après tout il avait été élevé par des culs bénis. Il suffisait de voir sa tante pour s'en rendre compte. Lui il était contre l'engagement. Ça n'était pas pour lui. Même s'il avait pensé à Adam tout au long de sa performance avec la serveuse. Il ne se souvenait même plus de son nom et bander avait été un tour de force.

— Comme ça il a sa réponse.

— Super, ça promet une SUPER ambiance.

Sigurd arriva deux minutes plus tard et fronça le nez.

— Ça sent la cocotte ici. Alvin t’est sérieux ?

Le bêta leva les mains en signe d'apaisement.

— Ce n’est pas moi, demande au chef.

Son ami le regarda avec de grands yeux avant de se jeter sur lui pour lui mètre une droite. S'en suivit une bagarre comme ils en avaient souvent, mais Sigurd semblait vraiment en rage. Il lui fallut cinq bonnes minutes pour l'immobiliser au sol.

— Mais c'est quoi ton problème ! s'énerva-il

— C'est toi le problème ! Des semaines que tu lui tourne autour et là tu ramènes une poule à la maison ? 

— Mais de quoi tu parles enfin !

Sigurd se débarrassa de lui de plusieurs coups d'épaules brutales et fouilla la maison rapidement.

— Il est où ?

— Qui ?

— Adam ! Je le sens.

— Il est passé hier et je l'ai renvoyé.

— Pourquoi ?

— Parce que j'étais occupé, il ne devrait plus tarder rassure toi et calme tes ardeurs.

Sigurd se prenait pour qui, le gardien de la vertu de l'oméga ? Ils étaient tous adultes, il n'avait pas d'attrait pour l'engagement et Adam devait partir bientôt pour poursuivre ses études à l'université. Bref, ça ne servait à rien de s'en faire.

Sauf qu'à vingt heures, il n'y avait toujours pas de traces d'Adam. Hagen était rentré vers dix-neuf heures et il avait dû encore se justifier. Le soigneur s'était cependant montré bien moins critique que les deux autres, se contentant de hocher de la tête tout en dégageant un relent de tristesse. Les autres avaient été en colère avant de se calmer, mais Hagen avait toujours été plus sensible et sa tristesse l'atteignit bien plus.

— Ce n’est pas normal, il ne répond pas, s'alarma Sigurd en rentrant dans le chalet au pas de charges. Il a peut-être eu un accident après que tu l'ais traumatisé.

Einar commença à s'agiter, légèrement nerveux.

— Comment ça il ne répond pas ?

Alvin sortit son téléphone et tenta de l'appeler à son tour.

— Je tombe directement sur messagerie.

— C'est ce que j'ai dit. Il ne répond pas.

— Pas du tout, t'as dit que t'arrivais pas à le joindre.

— C'est pareil, je ne l’ai pas eu au téléphone.

L'Alpha vérifia son téléphone une nouvelle fois, mais il n'avait ni notification de message, ni appel en absence. Il tenta d'appeler Adam mais bascula lui aussi sur une messagerie impersonnelle qui énumérait le numéro. Il lui semblait pourtant que l'oméga avait une messagerie personnalisée.

— Je vais appeler Mireille.

Une fois encore, il porta son téléphone à son oreille et ce coup-ci, il eut plus de chances.

— Allo ?

— Bonjour Mireille, c'est Einar à l'appareil. Je me permets de vous contacter malgré l'heure tardive parce que ni Sigurd, ni moi n'avons de nouvelles d'Adam. Il était censé passer la nuit au chalet. Serait-il souffrant ?

— Oh c'est vous. Non je suis désolée, Adam n'est pas ici. Il a… déménagé.

Il entendit des bruits de frottement et se demanda si la tante n'avait pas échappée son téléphone quand quelqu'un reprit la communication. Sûrement l'oncle, vu l'âge de la personne.

— Merci de ne plus importuner ma femme.

Puis on lui raccrocha au nez sans qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit. Il rappela aussitôt mais bascula sur messagerie après deux sonneries. L'alpha le fit plusieurs fois avant de demander à Sigurd d'appeler de son téléphone. 

Ce fut l'oncle qui répondit et presque immédiatement on lui raccrocha au nez. Sig fut ensuite logé à la même enseigne puisqu'il fut bloqué au même titre que lui.

Merde, ce n'était pas bon signe. Adam avait dû se plaindre à ses tuteurs.

Sigurd, Hagen et même Alvin le regardèrent froidement jusqu'à ce qu'il ordonne à tout le monde de se mettre en chasse. Il fallait retrouver Adam. S'il se terrait chez les De la Villasière, il grimperait à la fenêtre si besoin.

En partant du parking du chalet, ils arrivèrent à remonter jusqu'à une aire d'autoroute située à quatre-vingts km. Ils y trouvèrent la 206, mais rien d'autre. La piste s'arrêtait là.

Ils n'eurent aucune nouvelle.

 

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