La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

Chapitre 6

 

Ce soir-là, chez les De la Villasière, ce fut l'effervescence. Tante Mireille passa un long moment à raconter à toute la table le nombre de choses époustouflante que la congrégation avait réuni pour le héros qui avait sauvé son précieux neveu. Quand le moment fut arrivé de monter dans les chambres, Noé vint se placer à côté de lui pour regagner l'espace enfant.

— J'ai trié des merdes tout l'après-midi… ton Monsieur Belzunze aime les vieilleries ? Parce qu'il va être servi. Je pense que tout le monde a vidé son grenier. 

Adam s'arrêta dans l'escalier et dévisagea son cousin. Pouvait-il faire un pas vers lui sans se manger une porte ? Il décida de se jeter à l'eau.

— Puis-je t'avouer quelque chose ? Je veux juste une excuse pour le revoir.

Noé le dévisagea un instant.

— Tu n'es pas en couple avec Benoît ?

À vrai dire il n'en savait rien. Ils avaient échangé beaucoup de textos, s'étaient appelé presque quotidiennement depuis son entrée à l'hôpital.

Cet après-midi, Benoît et lui s'étaient effleurés, mais n'avaient montré aucun signe d'affection devant les autres. Sans même en parler, ils s'étaient mis d'accord sur le fait de ne pas s'afficher. Benoît voyait Julie régulièrement depuis la fin des vacances. Entre eux, ça n'avait été que l'expérience d'un soir, semblerait-il.

— Non… mais ça n'a rien à voir. Tu verras demain. Je lui suis juste extrêmement reconnaissant.

Cependant, lui allait être furieux, ça n'avait pas l'air d'être un joyeux drille, dans son genre. Einar était l'homme le plus beau qu'il lui ait été donné de voir, mais dans le genre effrayant et intimidant.

Sigurd lui avait envoyé un message tout à l'heure pour le prévenir que l'Alpha n'était pas ravi de son absence du jour… comme s’il y pouvait quelque chose… franchement il habitait à quarante kilomètres, il n'allait pas sauter sur un vélo et pédaler comme un neuneu.

Et qu'est ce qu'il pouvait bien dire à ses tuteurs.

— Bonne nuit Adam.

Sa tante déposa un baiser sur sa joue avant de filer dans les chambres de ses enfants pour procéder au même rituel. Il tarda à s'endormir, appréhendant la journée à venir.

***

Einar était furieux. Il s'était levé en colère, était allé travailler en colère, avait réceptionné des livraisons de bois et de poutres en fer avec plusieurs jours de retard, accentuant sa colère. Le pic avait été atteint quand il avait reçu un texto de Sig, l'avertissant de l'arrivée d'Adam et de sa famille, qui voulait vraisemblablement le rencontrer pour le remercier. Donc quand il arriva au chalet et qu'il eût garé son Range Rover à côté du monospace inconnu, il respirait bruyamment pour essayer de se calmer.

Il ne pouvait pas faire face à des humains dans cet état.

Habituellement, il pouvait se détendre quand il sortait du boulot, mais là, il avait dû s'organiser à la dernière minute. Hagen possédait un appartement à mi-chemin entre Périgueux et le chalet. Il n'y allait pratiquement jamais mais cet après-midi, il y avait déposé Alvin, qui rejoindrait leur nid plus tard dans la soirée.

Pour des humains, ça aurait pu être bizarre que quatre adultes ayant chacun un travail, vivent ensemble au milieu de nulle part.

Quand il sortit de la voiture, il fut aussitôt assailli par une odeur de peinture qui le fit éternuer. Il se précipita chez lui tout en mesurant son pas pour ne pas effrayer tout le monde. Oui il était pressé, mais non il ne pouvait pas rentrer à cent vingt kilomètres heures en dégondant la porte. Ça aurait été étrange.

Il rentra donc chez lui et avisa immédiatement Sigurd, qui l'observait avec une inquiétude teintée d'amusement qui l'irrita prodigieusement.

— Einar te voilà. Tu ne devineras jamais qui nous a fait la surprise de sa visite.

Un monde fou se massa dans son salon. Du moins ce qu'il savait être son salon, puisque ça ne ressemblait pas à la pièce qu'il avait quitté ce matin. Les murs en bois brut étaient maintenant peints en blanc, ses deux canapés si confortables avaient laissé place à de gros sofas en cuir noir avec une table basse en fer forgé avec un plateau en pierre blanche. Un tapis à poil longs et blancs couvrait le sol et quelques tableaux de paysage ornaient maintenant les murs. Il y avait même un guéridon dans l'entrée avec un vase orné de fleurs fraîches. Mais qu'est ce qu'il s'était passé ici.

— C'est vous monsieur Belzunze, l'interrogea une femme blonde permanentée, qu'il avait déjà vu au camp scout. Oh monsieur je vous dois tout ! Vous avez sauvé mon petit !

Elle s'élança vers lui et l'étreignit, le figeant comme une statue. Il se retint de l'éloigner, et surtout de grogner devant cette invasion de son espace personnel.

— Qui êtes-vous ? 

— Oh pardon, je suis Mireille De la Villasière, la tante d’Adam. Nous sommes venus aujourd'hui pour vous remercier et pour vous aider à notre tour.

Elle attrapa certaines personnes et les fit glisser sous son nez.

— Je vous présente mes enfants, Jonas, Marie et Noé. Ils nous ont été d'une grande aide pour aménager votre espace. Qu'en pensez-vous ? Marie est très douée en décoration non ?

Si la gamine n'avait pas eu une dizaine d'années, il aurait pu penser qu'elle essayait de les caser, à la manière qu'elle avait de la lettre en avant.

— Qu'est ce qu'il s'est passé ici ? Grogna-t-il.

Sigurd quitta l'abri de la cuisine et il remarqua Adam planqué derrière son ami. Il le fusilla du regard et le plus jeune détourna les yeux, les rivant au sol.

— Je voulais vous revoir, Einar et quand j'ai dit à ma tante que vous viviez dans la forêt avec si peu de choses, nous avons saisi l'occasion. Toute la paroisse s'est mise à l'œuvre. Qu'en pensez-vous ?

Il regarda à nouveau autour de lui et se renfrogna.

— C'est… impressionnant.

Il ne pouvait pas tout casser en hurlant à la mort devant des humains… Pourtant il en avait envie. Sa tanière avait été envahie et bafouée. C'était difficilement supportable.

— Je veux parler à Adam. Dehors.

— Oh oui, vous devez avoir beaucoup de chose à vous dire, nous allons continuer sans vous.

Mireille avait l'air un peu décontenancée par lui mais il s'en fichait.

Einar grogna sans pouvoir s'en empêcher et Sigurd masqua le bruit comme il le put en toussant. Il enroula sa main autour du biceps du jeune homme et le tira à sa suite jusqu'à dehors.

Une fois à l'abri du regard, sous le couvert des arbres, il le bouscula contre un tronc et Adam aurait pu s'y écrouler s’il ne le tenait pas toujours. 

— C'est quoi ce bordel !

— J'ai dû trouver un moyen pour venir.

— En massacrant ma maison ?

— Marie a bon goût. C'est joli et plus lumineux. Je n'ai pas eu d'autre idée. Je suis encore mineur pour quelques semaines… je pensais que ma tante préparerait un gâteau ou quelque chose dans le genre mais je n’ai pas pu la freiner.

— Putain.

Il se passa une main lasse sur le visage. Toute cette histoire le fatiguait, s’il avait voulu s'occuper de gamins, il serait resté dans sa meute d'origine.

— Je ne peux pas venir tous les trois jours.

— Il va falloir trouver quelque chose. La pleine lune est dans six jours et il faudra que tu sois avec nous. Tu ne peux pas te transformer n'importe où. Tous les trois jours est le minimum. Est-ce que tu as eu des problèmes depuis ton retour ?

Idéalement il aurait préféré garder Adam avec eux jusqu'à la pleine lune mais il devait faire avec le côté "mineur".

— Quel genre ?

— Colères, perte de contrôle…

— Parfois j'entends tous les sons en stéréo dans ma tête. Ça raisonne comme dans une église puis ça s'en va. Et j'ai eu envie de grogner sur Hagen à l'hôpital c'était très bizarre.

— C'est normal. Le loup en toi se fait une place. Tu vas subir des changements jusqu'à ta transformation. Ça ne va pas mieux ta voix ?

— Hagen m'a dit que ça prendrait du temps.

— La pleine lune fera son œuvre. Adam leva vers lui un regard étrange et curieux. Ton corps va muter et ça réparera tout.

— Comment ça marche ?

— Je veux que tu viennes vendredi, sans personne. On pourra en parler. Là ce n’est pas le moment, ta tante nous cherche.

Il soupira en regardant le sol et Einar se rendit compte qu'Adam esquivait son regard depuis le début de leur conversation.

— Pourquoi tu ne me regarde pas ?

— Sig m'a conseillé hier de ne pas vous regarder dans les yeux si vous étiez énervé.

Il se retint de rire avant qu'une idée fasse son chemin.

— Tu as vu Sig hier ?

— Non par texto. On a un peu échangé. Et Hagen prend des nouvelles aussi.

Il hocha la tête puis lui lâcha le bras, qu'il n'avait pas eu conscience de tenir encore. À priori Alvin et lui n'avaient pas fait l'unanimité auprès du mordu. Ou plutôt ils n'avaient pas eu la présence d'esprit de le contacter en premier.

— D'accord, cependant tu peux me tutoyer petit. Je ne suis pas si vieux.

Étrangement il se sentait mortifié qu'Adam se soit lié avec les autres plus qu'avec lui. Il était l'Alpha et donc la tête de la meute. Adam releva un peu les yeux et il put plonger dans ses grandes billes bleues.

— Je ne sais pas si je vais y arriver. Vous êtes très intimidant.

— Merci. Je voudrais que tu n'emmènes plus toute ta famille chez moi. Ce qu'ils ont fait à la maison est horrible.

— Vous… Tu exagères. Ça aurait pu être bien pire. Tous mes cousins ne sont même pas là. Rebecca est au centre équestre et les petits chez des cousins.

— Vous êtes combien ? Demanda-t-il amusé.

— On est sept.

— Ça doit occuper, je ne dois donc pas m'attendre à voir ta tante débarquer tous les quatre matins.

— Méfiez-vous, si elle vous trouve mal nourri elle pourrait bien décider de vous materner.

Il explosa de rire à l'idée de se faire materner par ce petit bout de femme et se souvint qu'elle avait fait sensation à l'hôpital également. Elle avait l'air redoutable. Heureusement il mesurait près de deux mètres et n'avait rien du petit gabarit. Il n'avait rien d'un gringalet qu'on aurait envie de gaver.

— Je vais me débrouiller pour ta mère. Les mères m'aiment bien…

— Ma tante. Ma mère est morte.

— Oui pardon. Quel con, il le savait en plus. Bref, je vais m'en débrouiller mais je veux que tu joues le jeu.

Il retourna vers la maison et prit une grande inspiration avant de pénétrer à l'intérieur. L'odeur de peinture était terrible et Sigurd devait avoir une migraine horrible à rester là-dedans depuis si longtemps. Il colla un sourire forcé sur son visage et alla à la rencontre de Mireille et de son clan d'enfants vertueux. Il les remercia tous un par un pour leur générosité et se paya une tranche d'héroïsme. Il vit Adam rejoindre Jonas et l'autre lycan dans la cuisine. Marie se joignit à eux, mangeant un biscuit emmené par une des dames patronnesses qui avaient envahi sa maison et qui étaient heureusement partie avant qu'il ne rentre.

Il joua avec un bibelot en bois sculpté et Mireille s'extasia sur sa dextérité.

— C'est très beau ce loup que vous tenez là.

— Merci, je l'ai fait moi-même, d'ailleurs, Adam me disait tout à l'heure qu'il aurait aimé apprendre à sculpter.

— Ah bon ? S'étonna sa tante.

Noé, un autre des cousins d'Adam, armé d'un pinceau s'arrêta de peindre sa salle de bain et l'observa étrangement. Il se regardèrent pendant un moment et il nota la ressemblance entre les deux. Il avait déjà vu ce gamin dans la forêt. D'après ce que lui avait dit Hagen, il avait participé à la rossé que le gamin avait subi avant de se faire mordre. Leurs traits étaient assez similaires, bien que Noé soit blond et plus grand.

— Il ne m'en a jamais parlé, il est si secret… vous savez Einar...

Ils en étaient donc arrivés à utiliser les prénoms. Youpi.

— Adam est très secret. Il ne demande jamais rien pour lui. On doit toujours le questionner pendant des heures pour la moindre broutille. Si nous ne l'avions pas torturé, il n'aurait jamais recommencé la natation alors qu'il nage comme un poisson. C'est un monde tout de même. Adam Fontaine, veux-tu bien venir ici ?!

Le pauvre garçon sursauta au hurlement de sa tante, tout comme les autres enfants de la couvée. Les colères de cette dame devaient être mémorables. Il se dépêcha de venir à eux, le nez baissé dans une attitude soumise qui ravit son loup, bien qu'elle ne lui soit pas destinée.

— Oui ma tante ?

— Einar me dit que tu voudrais sculpter ?

Il parut étonné l'espace d'une seconde mais se reprit en avisant les sourcils froncés de l'Alpha.

— Oh, il te l'a dit ?

Einar hocha la tête, approuvant la reprise rapide du plus jeune.

— Pourquoi ne me dis-tu jamais rien. Sculpter est un très bon hobby tu sais. Regarde ce que fait ce brave Monsieur Einar.

Outch. Brave Monsieur avait de quoi mettre un coup au plus gentil des hommes, ce qu'il n'était pas. Sigurd explosa de rire quelque part dans la maison et il se demanda l'espace d'un instant si son ami ne se foutait pas de sa gueule.

— Je peux lui apprendre.

— Oh, c'est très gentil, cependant nous ne pouvons pas faire toute cette route, s'affola Mireille.

— Je pourrais venir le chercher, je travaille sur Périgueux.

— Dis oui tatie.

— Mais comment rentrerais-tu ? Non ce n'est pas une bonne idée, on peut trouver un professeur plus près de chez nous. Quelqu'un de la paroisse…

— Il peut dormir ici. Il l'a déjà fait après tout.

— Ça te fera moins de travail comme ça.

Sa tante les dévisagea tour à tour avec suspicion et Einar croisa même le regard hostile du cousin dans la salle de bain sans s'en émouvoir.

— Je ne sais pas…

Elle avait l'air embêté mais en même temps voir les yeux de son neveu prendre cet air suppliant semblait la chavirer. Finalement il s'esquiva en s'excusant et rejoignit Sigurd. Ensemble ils s'éloignèrent jusqu'à la chambre où Adam avait été soigné. Ils se regardèrent un long moment sans parler, puis Einar tourna la tête et constata, consterné que le mobilier avait été changé là aussi.

— Putain c'est quoi ce merdier. Murmura-t-il. Ou sont mes meubles.

Ils n'avaient pas besoin de hurler pour s'entendre. Un simple filet de voix suffisait amplement.

— Dans le garage. Ils n'ont pas osé les embarquer. Ils voulaient tout repeindre, mais j'ai réussi à contenir leur enthousiasme au salon et à la salle de bain. Tu aurais vu ça ils ont passé l'après-midi à bosser ici en chantant. J'avais l'impression d'être dans la mine des sept nains.

— Et toi, tu faisais quoi pendant ce temps ?

— Je mangeais des muffins, bien-sûr. Il y avait au moins dix femmes ici tout à l'heure. Il ne valait mieux pas rester dans leurs pattes.

— Tu m'en diras tant. Et tu les as laissé entrer sans rien faire ?

— Je t'ai averti par texto. Et puis, c'est la famille d'Adam, dit-t-il en haussant les épaules. Tu voulais qu'il vienne, il est là.

— Adam avec qui tu textotes en douce, m'a dit mon petit doigt.

— Pas du tout. Je ne me cache pas, bougonna le grand loup. Je n’ai pas testé les canapés mais ils ont l'air bien.

— Et nos lits ? On va faire quoi avec ce lit deux places ? Tu vas dormir roulé en boule au pied du lit d’Alvin ?

— Pourquoi pas.

Ils ricanaient encore lorsque Mireille vint les débusquer pour leur annoncer leur départ. Elle leur apprit que Noé et Jonas avaient fini de repeindre la salle de bain et qu'il fallait laisser sécher. Elle les avertit qu'il fallait laisser sécher la peinture pendant douze heures et elle proposa de revenir demain pour passer une seconde couche avec ses enfants.

Il s'interrogea sur la peinture utilisée dans le salon pour qu'elle puisse sécher aussi vite. Ils l'avaient peint, puis meublé en quelques heures à peine.

— Nous allons vous raccompagner. Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait. Je passerai chercher Adam vendredi, je finis à quinze heures trente, je serai là à seize heures au plus tard.

Elle ouvrit la bouche pour protester. Einar était tout à fait conscient de lui forcer la main. Sigurd du sentir l'hésitation de la femme, car il lui porta le coup de grâce.

— Nous prendrons les cours ensemble comme ça. Einar est un professeur merveilleux mais il s'apprécie mieux à plusieurs. Il est tellement exigeant que j'aurai besoin d'un soutient. S'il vous plaît Mireille, ne m'abandonnez pas.

Malgré sa taille et ses muscles développés, Sig avait un air doux lui donnant un air d'ours câlin. Mireille soupira longuement puis abdiqua devant la mine de chien battu de son ami. 

— Bien, venez à seize heures. Le samedi est une journée chargée chez nous donc il faudra le ramener dans la matinée pour qu'il m'aide.

 

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