La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)
Chapitre 8
Adam observa la voiture partir puis entra dans la maison où régnait toujours une agitation irréelle. Cette fois ci c'était Noé qui hurlait sur sa mère car il ne voulait pas aller s'occuper des vieux débris de l'hospice. C’étaient ses mots, pas ceux d'Adam. Le jeune homme se glissa jusqu'à la porte du bureau de son oncle d'où provenaient les cris, sans se faire voir.
C'était dur d'entendre son cousin se faire disputer comme un gamin de cinq ans. Cela ne faisait que dix jours qu'il faisait du bénévolat et du jardinage et pourtant il semblait au bout du rouleau.
C'était incompréhensible. Adam aimait beaucoup rendre visite aux personnes âgées de la maison de retraite des deux cèdres, il s'y rendait une fois tous les quinze jours pour emmener des revues aux résidents. Pourquoi son cousin se plaignait-il ?
— Qu'est-ce que tu fais ?
Il tourna les yeux pour observer Matthieu, posé nonchalamment à côté de lui. Du haut de ses six ans, il avait l'air de parfaitement savoir qu'il écoutait à la porte en essayant de ne pas se faire prendre. Adam posa le doigt en travers de ses lèvres pour l'inciter au silence.
— Tu es rentré ? Continua-t-il avec sa petite voix de sauterelle.
C'était typiquement enfantin de demander quelque chose d'aussi évident.
— Oui.
— C'était bien ?
Il leva le pouce alors que Matthieu lui souriait. Quand son cousin se mit à hurler dans toute la maison qu'il était rentré, il sut qu'il allait, plus tard, passer un temps infini à le torturer pour lui faire payer sa traîtrise.
Les hurlements de son cousin, de tout autre nature que les cris de rage de Noé eurent le mérite d'attirer les De la Villasière présents dans la maison. Marie, Rebecca et Ézéchiel descendirent les escaliers au pas de course. Tante Mireille sortit le bout de son nez de son bureau juste à temps pour demander au petit dernier de ne pas courir dans les escaliers et se tourna vers lui.
— Te voilà de retour mon garçon. Comment s'est passé ta soirée ?
— Super. Et ici ?
— Oh non, tu vas devoir nous raconter les détails, s'exclama Marie, frustrée et déjà pendue à son bras. Nous on s'ennuyait ici alors raconte nous.
— Laisse le tranquille, allons. Personne ne te tance pour que tu racontes ce que tu fais de ton temps avec tes amies. La réprimanda sa mère. Est-ce-que ça t'a plus ?
— Je suis nul, mais j'ai aimé ça oui. Il me tarde d'y retourner mardi.
— Mardi déjà ? s'étonna Mireille.
— Si je souhaite progresser, oui. J'ai brisé mon support ce matin, c'était assez pathétique.
— C'est en faisant qu'on apprend. Ne perd pas courage.
Elle lui tapota l'épaule puis chassa sa nuée d'enfants en agitant les bras en de petits mouvements de moulinet. Noé en profita pour sortir du bureau de son oncle et se glissa à côté de lui.
— Jonas est chez des potes et papa chez Mme Meijer qui est encore tombée dans les escaliers.
Mince, pauvre Mme Meijer… c'était une retraitée hollandaise qui les avait souvent gardés quand son oncle et sa tante s'absentaient le temps d'une soirée. Ce qui était rare.
— Mince la pauvre. J'irai la voir demain.
-Pourquoi tu fais toujours ça ?
— Mmh ? Quoi ça ?
— Jouer les mecs parfaits. C'est chiant.
Ce qui était incroyable, c'était que lui, alors que ses parents le poussaient à faire du bénévolat depuis toujours, soit si hermétique au bien être des autres.
— J'aime bien Mme Meijer. Elle fait de bons gâteaux.
— T'aime tout le monde, c'est peut-être ça ton problème.
C'était rare pour eux d'avoir un échange aussi long sans que ça ne dérape. Noé dû penser la même chose puisqu'il n'ajouta rien avant de monter à l'étage. Adam rejoignit sa tante dans la cuisine. Il y trouva une scène émouvante à ses yeux. Matthieu et Ezy cuisinaient avec leur mère. Elles comptaient leur faire casser des œufs pour faire une omelette de pomme de terre avec des oignons, leur préférée. Chacun était perché sur un marchepied et portait un tablier pour enfant. Ils étaient fiers comme des papes alors il se garda bien de proposer son aide pour les laisser entre eux. Elle avait déjà deux commis et n'en avait pas besoin d'un autre. Il sortit son portable et captura l'instant, prenant une belle photo de famille.
Adam adorait les photos. Il était rarement sur les photos, dans les albums, parce qu'il était lui-même le photographe. Il aimait capturer ces instants de bonheur pour ensuite en faire des albums. Il faisait un album par an depuis la naissance de Matthieu.
Alors qu'il ajoutait la photo à l'album virtuel en cours, son portable vibra dans sa main. Benoît l'invitait à passer la journée chez lui demain. Il était tenté de lui demander comment allait Julie mais il s'abstint finalement.
Son manque de cran frisait parfois le ridicule.
— Je peux aller chez Benoît demain ?
Sa tante l'observa un instant avant d'aider Ezy avec un bout de coquille tombé dans le saladier. Elle semblait réserver sa réponse, ce qui n'était pas bon signe.
— Il y aura la bande ? Finit-elle par demander.
Quand elle parlait de ses amis comme étant "la bande", ça lui donnait l'impression d'être un caïd.
— Bien sûr.
Elle plongea dans ses yeux pour sonder son honnêteté, pinça les lèvres puis claqua la langue contre son palais. Ses deux enfants l'observèrent à la dérobée avant de casser un nouvel œuf.
— D'accord. Mais je veux que tu accompagnes Rebecca au centre équestre cet après-midi.
Adam aimait les animaux, ça ne le dérangeait donc pas de passer du temps au milieu des chevaux, contrairement à Mireille, qui en avait peur.
Il monta à son tour pour prendre une douche puis il informa sa cousine qu'il viendrait avec elle cet après-midi. Elle avait sa leçon à quinze heures mais elle voulait y aller avant pour bichonner le poney qu'elle allait monter.
Son oncle revint pour le repas de midi et rassura tout le monde sur la santé de la vieille babysitter, qui finalement, n'avait fait que se fouler la cheville. A son âge ça aurait pu être bien pire.
Ce fut ensuite à son tour de raconter son expérience avec Einar. Il leur raconta comment son si merveilleux sauveur avait prévu de lui apprendre à décorer un bâton de marche et comme il s'en doutait tous les enfants voulurent être les premiers à en avoir un quand il serait au point. Il préféra être clair avec eux, ils n'étaient pas près d'avoir leur bâton au vu de ses premiers exploits.
C'est dans une ambiance joyeuse que Becca et lui enfourchèrent leurs vélos pour se rendre au centre équestre. La route n'était pas longue et fort heureusement peu fréquentée par les voitures. Ils arrivèrent donc en un seul morceau. Il fut difficile pour sa cousine de masquer sa déception quand elle constata qu'elle montait Fidji, au lieu de Derky, mais elle décida quand même de s'occuper de sa monture comme si elle avait été son premier choix, histoire de ne pas lui faire sentir sa déception.
— On est censé faire du dressage mais Fidji est nul.
Autant pour la déception. Il espérait que le poney n'était pas susceptible parce qu'il en prenait pour son grade le pauvre.
— La monitrice me déteste c'est sûr. Sinon elle ne me donnerait pas un paquebot pour faire du dressage.
Il avança la main pour caresser le chanfrein du poney imperturbable qui mâchonnait son foin comme si de rien n'était alors que la jeune fille s'évertuait à lui démêler la queue avec une étrille, mais l’animal ne se laissa pas faire et se déroba. C'est ce moment-là que choisit Marion, la fille du propriétaire du club, pour venir se pavaner jusqu'à eux. Marion avait le béguin pour lui, mais c'était surtout une vraie peste, traînant toujours une nuée de jeunes filles dans son sillage. C'était en quelque sorte la princesse du centre équestre.
— Bonjour Adam.
Il hocha la tête pour la saluer mais ne lui porta pas plus d'attention que ça. Marion était souvent désagréable avec les gamines qui ne l'adulaient pas.
— Tu montes Fidji… pas de chance. Moi je monte Divine.
Divine était là ponette la plus polyvalente du club et Marion la montait tout le temps. C'était limite son poney attitré. Une superbe bête de concours. En même temps Marion avait beaucoup de talent et était une cavalière émérite. On ne pouvait pas lui retirer ça, même si elle avait un caractère affreux.
— On est là depuis ce matin. C'est dommage que tu ne sois pas venu toi aussi. Papa nous a toutes emmenées au restaurant.
L'équitation était déjà un des plus gros budgets de la famille. C'était un sport qui coûtait relativement cher mais c'était le seul souhait de Rebecca.
— Je passais du temps avec ma famille. Adam part bientôt à Paris pour être vétérinaire alors je profite de sa présence.
Le banc de gamine se tourna vers lui et il leur décocha un grand sourire. Vétérinaire, pour un amoureux des animaux, c'était le rêve ultime. À douze ans, Marion devait vivre en plein trip d'un épisode de grand galop. Épouser un véto en étant propriétaire d'un centre équestre devait être le but de sa vie.
— Vous n'avez pas des poneys à préparer les filles ?
Elles le regardèrent toutes avec de grands yeux en entendant sa voix. Plusieurs se mirent à rougir jusqu'à la pointe de leurs cheveux et il se sentit mortifié. Son entourage était habitué à sa voix éraillée et personne ne le regardait bizarrement. Marion fut la première à se reprendre.
— Alors c'est vrai que tu as été attaqué par le tueur ?
Il hocha la tête sans parler mais baissa le col montant qu'il portait pour cacher ses cicatrices boursouflées mais bien refermées maintenant.
Adam s'attendait à des mouvements de recul, des cris et peut-être même des pleurs mais pas du tout. Les gamines l'observèrent avec attention avant que le verdict ne tombe.
— Trop cool. Il faudra que tu nous racontes.
Décidément, il avait la côte avec Marion et les trucs gore avaient la côte. Becca lui sourit tendrement, semblant comprendre son malaise puis recommença à brosser la queue du poney jusqu'à être satisfaite du résultat.
Une heure plus tard, elle évoluait sur la carrière enchaînant par petit bout sa reprise de dressage. Voltes, doublet dans la largeur, déplacements latéraux. Fidji semblait peser de tout son poids sur les rennes et la pauvre Becca semblait peiner à déplacer son 33 tonnes.
La monitrice hurlait à la mort au milieu du sable. Rebecca avait eu quatre monitrices différentes et finalement Nathalie avait fini par rester, bien qu'elle soit la pire. Elle devait traumatiser des enfants depuis longtemps car elle le faisait vraiment bien. Elle avait le mot qui tue et la voix de capitaine à la retraite qui allait avec.
La leçon dura un peu plus d'une heure et une fois de retour dans les écuries, Adam entendit Marion se moquer de Nicolas, le seul garçon du groupe. Il resta un instant à écouter sans intervenir mais quand la chipie commença à se moquer de sa vieille culotte d'équitation il ne résista plus.
— Marion, je sais que tu te sens supérieure aux autres parce que tu es extrêmement douée. Tu devrais quand même penser que si tu te montres systématiquement désagréable avec les clients, ton père va finir par avoir des soucis. Plus personne ne voudra venir et vous n'aurez plus assez d'argent pour maintenir le centre équestre.
Elle le regarda avec de grands yeux alors que deux de ses copines se mettaient à chuchoter derrière elle. Finalement elle s'excusa puis fila s'occuper de sa ponette. Autant ses parents étaient extrêmement commerciaux, autant c'était plus difficile pour leur fille qui n'avait après tout que douze ans.
— Merci.
Il observa Nicolas qui peinait sous le poids de sa selle.
— Tu as remarqué que sur les grandes compétitions il n'y a presque que des hommes. Genre championnat de France, JO et tout ? Alors n'écoute pas ce que disent ces pimbêches et accroches toi si tu aimes ça.
— J'aime bien Rebecca, elle est sympa.
Il lui sourit gentiment mais fit un pas en avant pour l'empêcher de sortir.
— Ne touche pas à ma cousine.
Petit con.
Il tourna les talons et alla se poser devant le box de Fidji. Becca était à la douche avec le poney mais il préférait rester là au cas où un jeune freluquet s'approche un peu près d'elle. Ses tuteurs ne lui pardonneraient pas que leur précieuse fille se perde si jeune dans les bras d'un garçon, si gentil soit-il.
Qu'il s'occupe de ses poneys l'autre tombeur.
Ils rentrèrent deux heures plus tard, après avoir fait brouter Fidji un long moment puis regardé des grands sur un cours de galop 7. Adam était finalement heureux de rentrer. L'ambiance centre équestre n'était pas, et de loin, sa préférée.
***
Le lendemain, il monta dans la voiture d'oncle Pierre et se glissa derrière le volant. Il préférait conduite la berline de son oncle que le monospace de sa tante. C'était la première fois qu'il retournait à l'église depuis son agression, du coup tout le monde le regardait plus ou moins discrètement. C'était assez gênant. Ethan, un des jeunes de la colo, passa près de lui en le bousculant. Évidemment il ne s'excusa pas et poussa même le vice à le fusiller du regard.
— Aller aller les enfants, pressons-nous.
Sa tante les poussa vers l'entrée de l'église et ils remontèrent l'allée jusqu'à une rangée vide. Toute la famille s'y glissa et ils attendirent le début de la messe. Une demi-heure plus tard, il fut clair que c'était une messe commémorative pour le père Paul. Adam baissa la tête et pria pour son ancien chef scout, même s’ils ne se connaissaient pas bien, il savait que Noé l'adorait.
En sortant, il croisa Ethan, qui parlait avec certains membres de l'équipe de Rugby de son cousin. Ils le dévisageaient tous mais il entendit clairement Ethan balancer une phrase toute faite comme « ça aurait dû être lui » qui le cloua sur place.
Il fut cependant soulagé de voir son cousin se placer dans son champ de vision et rabrouer leur camarade de colo. L'équipe semblait le soutenir et aucun ne le regarda méchamment. Ethan s'énerva, tourna les talons et arriva droit sur lui pour lui cracher sa colère au visage.
— Qu'est-ce que tu veux Ethan ?
— Ah ouais il avait raison Noé. Les cheveux chelou et la voix de moteur. Tu aurais mieux fait de crever en fait. T'as vu ta gueule avec ta balafre ? Moi j'serai toi je sortirai plus de ma chambre. La plaie quoi ! A gerber le gars.
Il le bouscula à nouveau alors qu'un couple, un peu plus loin, virait à l'écarlate. Ils étaient sûrement les parents d'Ethan mais ils n'assumaient pas du tout ce qu'il venait de dire. Un groupe d'adulte se massa près d'Adam et à sa grande surprise, les joueurs de ballon ovale vinrent se placer à côté de lui.
Adam était choqué par la réaction d'Ethan. Qu'avait-il fait pour attirer tant de haine ? Il tira un peu sur son col montant pour cacher sa cicatrice et voûta un peu les épaules. Son oncle posa une main sur le bas de sa nuque et serra un peu les doigts en guise de soutien silencieux.
La famille d'Ethan disparut sans demander son reste après s'être excusée du bout des lèvres, mais le mal était fait. Adam serra le poing et fut à la limite de sursauter quand un des potes de Noé tenta de le rassurer.
— T'inquiète pas Adam, on s'en fiche de ce que dit ce type. Personne ne pense ça.
Adam l'observa étrangement, peinant à mettre un nom sur ce visage. Il l'avait souvent vu à la maison et au lycée, mais là, tout de suite, il n'arrivait pas à se souvenir de son nom. Il allait longuement culpabiliser pour ça car il détestait ne pas se souvenir de quelque chose de ce genre.
C'était vexant pour la personne en face
— Merci, c'est gentil.
— Nan c'est vrai… il a dit des conneries. Noé, il n’a pas dit ces merdes sur toi, faut pas que tu y crois. On est avec toi et je suis sûr que les flics vont choper le taré qui a fait ça.
Dit-il en le pointant du doigt. Il aimait bien ce gars. Il lui sourit et sembla se souvenir de son nom.
— Merci Manu, c'est gentil de ta part.
— De rien mon pote.
La claque sur l'épaule de la part de ce gros malabar aurait dû le faire basculer en avant mais il ne bougea pas d'un millimètre.
— Wahh, costaud le nageur. C'est cool. Faudrait jouer avec nous un de ces jours. Pourquoi pas cet après-midi ? On passe chez vous.
— Suis pas là. Une prochaine fois peut-être.
Ou pas.
— C'est noté.
Il regarda tout le groupe et repéra son oncle et sa tante avant de se diriger vers eux. Tatie Mireille lui embrassa la joue en se lamentant sur la cruauté de certaines personnes avant de lui demander ce qu'il voulait. Adam avait prévu de se rendre directement chez Benoît à pied en partant de l'église. Ce n'était qu'à trois pâtés de maison à peine. Il se mit en route après avoir prévenu ses tuteurs.
***
Adam marcha un petit quart d’heure à bonne allure et sourit en apercevant la grande maison aux volets violets de son ami. Sa mère avait vraiment des goûts bizarres en matière de déco extérieure. Les volets violets, le mobilier de jardin vert anis et la fontaine avec une nymphe tenant une amphore, ça aidait pas mal à trouver la maison dans le quartier. Il sonna à la porte et attendit que son ami lui ouvre la porte.
— Salut beau gosse, le salua Benoît en ouvrant la porte.
Il semblait manger l’espace de la porte avec ses larges épaules, mises en valeur dans un t-shirt noir. Adam lui sourit, étrangement satisfait par les petits papillons qui voletaient dans son ventre.
— Salut. On est seul ?
Benoit regarda à droite, puis à gauche avant de se pencher vers puis pour fermer son poing sur son t-shirt et le tirer dans une étreinte. Leurs lèvres se trouvèrent sans avoir à se chercher et leurs langues dansèrent l’espace d’un instant, avant que son ami ne s’écarte et le laisse là, un peu perdu dans l'entrée, les lèvres entrouvertes et les yeux fermés.
— Oui on est seuls. Mes parents sont partis pour la journée. Allez, entre, ne reste pas sur le pas de la porte. Quoique j’aime bien te voir là, sur le pas de ma porte.
— Arrête de dire des conneries, je serai aussi bien sur ton canapé avec une boite de cookies.
— Oh oui, nu avec des cookies… J’ai l’image en tête.
— T’es con, je sors de la messe.
— Arg, c’est moins glam déjà.
— C’était en l'hommage du père Paul, le prêtre qu’est mort dans la forêt.
— Ah ouais… Tu veux une bière avec tes cookies ?
Adam regarda son téléphone pour avoir l’heure. Onze heures, c’était peut-être un peu tôt pour une bière, surtout qu'il n'était pas censé en boire.
— Un café ?
Benoît haussa les épaules et lui fit signe de le suivre à l'intérieur. Ils s’installèrent dans la cuisine, où son ami fit chauffer la Tassimo pour lui faire couler un long café. Le placard magique à biscuit était plein à craquer.
— Tu veux autres choses que des cookies ? j’ai des madeleines si tu veux.
— Mmmh, sort les deux steup.
— C’est parti.
En moins de deux, une marée de gâteaux et un mug fumant étaient posés devant lui, pour son plus grand plaisir. L’accueil avait été vraiment bon et après l’avoir vu avec Julie hier, il avait pensé que Benoît agirait comme si rien ne s’était jamais passé entre eux, mais non. Il avait eu droit à un accueil très chaleureux qui lui avait fait chaud au cœur, et ailleurs. La journée promettait d’être intéressante.
Vingt minutes plus tard, il avait fait un sort aux gâteaux. Il avait mangé et les cookies et les madeleines.
— On ne te nourris pas chez toi ou quoi ?
— Y’a presque que chez toi que je mange des gâteaux industriels.
— Allez, prends ton café et viens au salon, on va se mater Deadpool 2.
Adam adorait les Marvel en général, mais Deadpool avait sa préférence. C’était si terriblement grossier et irrévérencieux que ça le grisait. Tous ces gros mots, cette violence et cet humour affreux. C’était le pied pour lui. Il attrapa sa tasse et alla s’affaler sur le canapé.
— On va être seul tous les deux toute la journée ?
— Oui, j’ai envie de passer du temps avec toi, sans les autres.
— Ouhh, j’en ai de la chance. Comment va Julie ?
C’était plus fort que lui. Il avait l’impression d’être une adolescente faisant une crise de jalousie et de fait, c’est un peu ce qu’il était… mais bon. Il devait avoir le fin mot de cette histoire.
— Hein ?
— Je vous ai vu hier après-midi au cinéma. C’était bien ?
— Julie n’est qu’une amie. On se connaît depuis très longtemps. Nos parents sont très proches alors on a l’habitude de se voir souvent. Je dois être flatté que tu sois jaloux ou totalement flippé ?
— Les deux je pense. Mais je devais savoir ce qu’il en était. Je n’étais pas heureux de te voir avec elle hier.
Benoît s’approcha de lui en rampant sur le grand canapé d’angle en cuir blanc et ne s’arrêta que quand il fut collé à lui.
— Et moi je suis heureux que tu sois là. C’était long sans toi. En plus j’ai failli te perdre. Sérieux c’est plus ce que c’était le scoutisme.
— Je ne te le fais pas dire. Je n’y retournerai plus jamais.
D’une il avait passé l’âge et de deux il serait bientôt étudiant quelque part. Il ne savait pas s’il allait pouvoir être vétérinaire… Il avait été au centre équestre la veille avec Rebecca et il avait essayé de manipuler les chevaux, mais ceux-ci avaient été moyennement réceptifs mais n'avaient pas eu l'air traumatisés non plus.
Vu ce qu’Einar avait affirmé, il s'était attendu à un mouvement de panique générale dans les écuries mais non. Les poneys et les chevaux s’étaient contentés de l’éviter.
— Je pense que je vais changer de cursus. Véto ce n’est peut-être pas pour moi finalement.
— Pourquoi tu dis ça ? Depuis que je te connais tu as toujours voulu faire ça.
— Je ne sais pas si je vais supporter le sang… Tu aurais vu tout ce sang… Dit-il en touchant la cicatrice de son cou.
C'est vrai qu'en y repensant… le sang…
Benoît le regardait bizarrement, la tête penchée légèrement sur le côté à la manière d’un chiot trop mignon. Il finit par lever la main et chassa celle d’Adam pour laisser courir ses doigts sur les marques roses foncées, à travers de son col montant.
— Tu ne m’as pas montré. Tu avais le pansement la dernière fois. Et maintenant un col roulé en plein été.
— Ce n’est pas beau et je n’ai pas envie que tu sois dégouté.
— Tu es très beau Adam et tu l’as toujours été. Fais-moi confiance un peu. Et puis je suis un grand garçon qui n'a pas peur des cicatrices.
Adam se pencha et posa un baiser sur les lèvres pleines de son ami. Certes il lui faisait confiance, mais les marques encore bien trop rouges et gonflées étaient affreuses à ses yeux. Les montrer de son plein gré était vraiment dérangeant…
— Je… Elles sont affreuses… tu ne te rends pas compte.
— Ça ne peut pas être pire que la fois où Romuald s’est explosé le pied à la piscine.
C'est vrai que ça avait été un vrai carnage ce jour-là à la piscine. Les pompiers avaient dû venir pour l’emmener à l'hôpital, puis il avait été recousu. C’est vrai que ça n’avait pas été beau à voir mais ça n’avait rien de comparable. Lui, il avait eu la gorge déchirée et reconstruite par un gène mutant rampant en lui. Dans quelques jours, il n’aurait plus rien. Hagen le lui avait assuré. Il ne savait pas encore comment il allait le justifier, mais ça allait être bizarre.
Ils regardèrent le film dans les bras l'un de l'autre jusqu'à ce qu'il soit l'heure de manger. Benoît avait prévu du hachis parmentier de canard surgelé avec de la salade sucrine en sachet. Autant dire qu'ils n'avaient presque rien à faire, mais Adam se régala. Il n'était pas vraiment difficile, heureusement pour lui.
— Tu veux un dessert ?
— Tu as quoi comme Yaourt ?
-Des danettes au chocolat ou au caramel.
Benoît et les danettes, c'était une grande passion.
— Chocolat, c'est très bien.
— Et après je vais te montrer le dernier jeu que je me suis acheté. C'est un survival-horror de zombie.
Adam leva les yeux au ciel. Il n'aimait pas vraiment jouer à des jeux vidéo lui-même, mais il pouvait rester longuement à regarder ses amis jouer. Il s'affalait sur le lit de Benoît et le regardait faire pendant des heures. C'était un après-midi gâché pour de nombreuses personnes, mais pas pour lui, il prenait un bouquin et il se trouvait être le plus heureux des hommes.
Ils montèrent donc s'enfermer dans la chambre du plus âgé et alors que Benoît s'asseyait par terre devant la grande TV, Adam s'allongeait sur le lit, la tête posée dans sa main.
— Il faut d'abord prendre le contrôle des points d'eau. T'as vu les graphismes ?
En fait non, Adam se fichait des graphismes comme de l'an 1812. La seule chose qui l'intéressait était assise devant lui, la nuque à quelques centimètres de sa main. Il tendit les doigts et effleura un bout de peau qui frissonna sous lui.
— Qu'est-ce que tu fous ? Ça chatouille.
Adam gloussa devant la plainte de son ami qui commença à se tortiller pour éviter son touché.
— Désolé c'était trop tentant.
Il avait la peau si douce. Était-ce à cause du chlore ? Adam se mit à rire en silence et surtout, tout seul face à son délire ridicule.
— T'aime bien me toucher ?
— Grave !
Il n'y avait pas lieu de se cacher, il assumait totalement ses pulsions envers le nageur. Il avait un peu hésité face aux paroles du père Paul mais si la mort de ce dernier lui avait bien appris quelque chose, c'était que la vie était bizarre et trop courte. Benoît tourna la tête vers lui, arborant un petit sourire coquin.
— Moi aussi je veux te toucher !
Ses paroles furent suivies d'un assaut du lit en bonne et due forme. Benoît lui sauta dessus pour se mettre à le chatouiller. Déjà couché, Adam était en position de faiblesse et il commença à se débattre en poussant des cris aigus et en se dandinant pour échapper aux doigts envahissants. Il riait à s'en faire mal à la gorge quand Benoît finit par l'immobiliser sous lui.
Ils étaient dans la position exacte qu'ils avaient voulu avoir depuis des jours. Adam sur le dos, les jambes écartées, le t-shirt légèrement relève sur son ventre, Benoît au-dessus de lui, joues rougies, cheveux ébouriffés, les mains enroulées autour de ses poignets. Il se souleva un peu, gainant ses abdominaux pour poser ses lèvres sur celles de Benoît, qui approfondit le baiser. Une de ses mains quitta ses poignets pour venir caresser ses muscles. Adam était assez fier de sa musculature et le fait qu'elle plaise à Benoît était un plus non négligeable.
Désolé Julie.
Les doigts remontèrent tout doucement jusqu'à ce qu'il se retrouve presque torse nu. Adam passa les bras autour de son cou pour le serrer contre lui.
— Je peux plus te toucher comme ça.
Adam rigola avant de l'embrasser à nouveau. Benoît s'acharna jusqu'à forcer son haut à passer par-dessus sa tête et soupira de soulagement.
— La prochaine fois, enfile un haut moins serré, c'est beau mais c'est dur à enlever.
— Monsieur est un adepte de la facilité ?
— Bien sûr que non sinon j'aurai tenté le coup avec Seb.
Seb était le tombeur du groupe. Il couchait avec tout ce qui bougeait et ce, depuis des années, alors que le reste du groupe n'en était qu'aux balbutiements. C'est lui qui avait ouvert les yeux à Adam sur sa probable homosexualité. Lui si libéré avait été un vrai moteur dans leur petit groupe.
— Tu devrais peut-être l'appeler, joua-t-il d'une voix taquine.
— On ferait des trucs à trois ? On n’arrive déjà pas à se voir tous les deux…
— Seb a déjà fait des trucs à trois ?
— Pourquoi on parle de Seb sérieux ?
Les doigts de Benoît glissèrent jusqu'à sa gorge, touchant doucement les traces qui y restaient. Il avait l'air fasciné et ne détourna les yeux qu'au moment où Adam déglutit.
— Ça fait comme un collier.
Adam grimaça, toute excitation retombée d'un coup. Lui qui avait une barre dans son pantalon quelques secondes plus tôt sentait tout ça redescendre.
— T'es beau Adam. T'étais déjà beau avant mais les cheveux blancs ça fait encore plus ressortir ton bronzage et tes yeux bleus. Que t'es beau…
Étrangement, les mots de son ami ainsi que sa main touchant sa joue, ses yeux pleins de tendresse eurent raison de son hésitation et il lui sauta dessus pour l'embrasser à pleine bouche. Ils commencèrent à se frotter l'un contre l'autre, leurs mains volaient à toute vitesse. Adam tira sur le haut de Benoît dans le but de l'enlever. Benoît le trouvait peut-être beau, mais Adam n'en pensait pas moins. Benoît était taillé comme un dieu grec et il avait très envie de pouvoir le toucher sans entraves. Tous ces mois à l'observer en maillot sans pour autant oser quoi que ce soit avaient été de la pure provocation.
Quand Benoît commença à palper son entrejambe, son érection ne mit pas long feu à redevenir douloureuse. Il ne fallut que quelques mouvements frénétiques pour que leurs jeans se baissent et que leurs membres se retrouvent face à face.
— Salut, je m'appelle Steve…
Murmura Benoît contre ses lèvres en prenant une voix grave.
— Sérieux… quel timing pour jouer les bof.
Faire parler son pénis devait être le truc le plus nul qu'il ait jamais vu, pourtant c'était drôle.
— Toujours.
Le rire d'Adam fut étranglé quand les doigts de Benoît se refermèrent sur sa longueur. Il se laissa tomber en arrière en poussant un soupir tremblé de plaisir. Il s'humidifia les lèvres du bout de la langue avant de s'arquer quand la main de son amant commença à le pomper avec vigueur.
— Attends, attends, pas tout seul.
— Laisse-toi faire et profite.
— J'ai envie de te toucher moi aussi !
— Nan ! Ma maison, mes règles !
— Tyran !
Benoît se mit à ricaner puis il se pencha sur lui pour lui lécher le cou pendant que sa main libre lui pinçait un téton avant de revenir s'appuyer tout près de son visage. Les doigts du nageur se serrèrent à sa base un instant, avant de s'activer à nouveau.
Adam trembla de tous ces membres quand le pouce passa sur son méat, il était si proche de tout lâcher. Ses hanches commencèrent à s'activer pour accentuer le frottement.
— Je vais venir.
Benoît le lâcha, pour sa plus grande horreur, mais ne le laissa pas seul bien longtemps. En quelques secondes son amant se penchait sur sa hampe et lui donnait un profond coup de langue le long de sa veine dorsale avant le grand retour de sa main. La bouche de Benoît se modela autour de lui alors qu'il gémissait sans s'arrêter devant la nouveauté de la sensation. Quand une main commença à jouer avec ses testicules ce fut trop pour lui et il se vida dans la bouche de son amant sans même avoir eu l'occasion de le prévenir.
Adam retomba contre le matelas comme une masse, sans même avoir eu conscience de s'être redressé. Ça avait été magique et il peinait à retrouver une respiration normale.
Benoît se laissa tomber à côté de lui et l'embrassa. Ce fut étrange de se sentir sur la bouche de quelqu'un d'autre mais il ne rechigne pas, vu le cadeau que son amant venait de lui faire.
— C'était… waouh ! Mais et toi ?
— J'ai joui en te regardant, avoua-t-il en lui souriant. T'étais hyper beau.
Finalement, après ce qu'ils venaient de faire, c’étaient les compliments qui le gênaient plus que le reste. Il se demandait qui avait appris ce genre de chose à Benoît. C'était merveilleux mais en même temps, il était un peu jaloux.
— Dis-moi que ce n’est pas Seb qui t'a appris ce genre de truc.
— Non, c'est Romu.
Adam se releva sur un coude, sourcils froncés.
— Sérieux ?
— C'est le meilleur en site pornos.
— Pourquoi notre bande est composée de gros pervers ?
— Je pense que Jérémy est le plus innocent d'entre nous.
— Même pas moi ?
— Genre… désolé de te l'apprendre mais t'es un appel à la luxure mon pauvre.
Adam haussa un sourcil en faisant la moue puis explosa de rire en se laissant tomber sur le torse de Benoît. Il croisa les bras sur ses pectoraux et posa son menton dessus. Il observa son amant un long moment avant de poser sa joue contre lui. Il était bien là et il risquait de s'endormir comme une masse.
Il avait une envie assez forte de se frotter contre Benoît, mais il ne savait pas pourquoi, il savait qu'il devrait se contenter de ce câlin.
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