La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

E. Aragon · Chapitre 20 sur 33

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La meute d'Erroymendi - Adam (French Edition)

Chapitre 20

 

Adam était sur les nerfs. À genoux au milieu de son petit parterre de jonquilles, il arrachait les mauvaises herbes d'une main rageuse.

Son frigo était plein des restes du petit déjeuner apporté par Einar. André avait visiblement libéré une maison sur l'autre versant de la montagne, assez loin de chez lui. Il avait espéré que ça suffirait à éloigner le parasite qui avait décidé de squatter chez lui, mais il n'en était rien.

Einar avait débarqué en début d'après-midi, armé à nouveau de la boîte à outils de son père et s'échinait à réparer le portillon devant la maison. Il avait eu beau l'envoyer bouler, l'alpha avait visiblement décidé d'ignorer purement et simplement ses requêtes.

Du coup il l'ignorait lui aussi dans son coin.

Son ancien amant avait fait tomber le haut, se promenant dans son jardin le torse ruisselant de sueur. Il était difficile pour lui de faire comme s'il n'était pas là. Ses yeux étaient invariablement attirés par ces muscles exposés. Ça aurait été criminel de ne pas leur rendre hommage.

Voilà son problème. Il était un esthète.

— Depuis combien de temps est-il cassé ?

Il soupira quand l'herbe folle se déchira sans que les racines ne suivent.

— Quelques mois… pas longtemps.

Plus d'un an. Il l'avait cassé peu de temps après être arrivé, à vrai dire… donc presque deux ans s’il devait être honnête.

— Tu sais que les gonds ont commencé à rouiller ? Avec un enfant à charge, André aurait pu te donner une maison plus proche du centre.

En fait, André lui avait proposé plusieurs maisons. À son arrivée dans la meute, il avait choisi celle-là à cause de la vue plongeante sur la vallée. Il avait craqué pour le paysage, la maison en elle-même n'avait eu aucune importance. Heureusement pour lui, elle était tout aussi charmante.

— Tu aimes jardiner ?

Était-il obligé de subir cette conversation vide de sens ? S'il s'en retournait dans sa maison sans un mot, est-ce qu'Einar partirait ? Il se retrouva dans l'ombre, ce qui l'obligea à lever la tête.

Einar le surplombait, la lumière jouant sur les courbes de son corps, donnait l'impression qu'une statue de bronze se tenait devant lui. Il déglutit difficilement et la courbe ironique qui relevait ses lèvres le fit frissonner. Il était chaste depuis si longtemps maintenant.

— Ce que tu vois te plaît ?

Il déglutit à nouveau mais décida de ne pas bouger. S'il se levait, il était persuadé que l'Alpha lui sauterait dessus. C'était étrange cette attirance qu'il ressentait. Alors que son cerveau lui hurlait qu'il en voulait à cet homme, son cœur lui tambourinait comme un fou, prêt à jaillir à tout instant.

C'était dangereux.

— Parce qu'à moi, ça me plaît beaucoup.

Sa voix n'était plus qu'un son rauque, une voix pleine de bestialité qui faisait se dresser sa queue comme un bon petit soldat. Les pupilles d'Einar étaient entièrement dilatés.

Combien de temps avant le point de non-retour ?

— Est ce que tu es aussi excité que moi ?

Il dut se forcer à ne pas couiner en bloquant sa respiration. Einar sentait bon. Trop bon pour son propre bien.

— Adam ?

— Oui… ?

— Est ce que tu veux que je te touche ?

À deux doigts d'acquiescer, il fut sorti de sa douce torpeur par son portable vibrant. Il se redressa rapidement et prit l'appel entrant. Qui que ce soit, il avait été sauvé. Il avait failli passer à deux doigts de la catastrophe. Adam ouvrit de grands yeux en reconnaissant le numéro.

— Allo ?

— Oui, c'est Estelle. Je t'appelle parce que Hugo ne se sent pas bien. J'ai pris sa température et il a un peu de fièvre. Il a beaucoup toussé pendant la sieste.

— D'accord, j'arrive.

Il raccrocha avant de retourner chez lui chercher ses clés de voiture. Forcément l'Alpha apparut.

— Un souci à l’école ?

Le lycan avait entendu toute la conversation donc pas besoin de nier.

— Hugo est malade. Je vais appeler Fernand en chemin.

— Fernand est vieux. Il va sûrement prescrire une saignée. Appelle Hagen plutôt.

Adam ne put s'empêcher de rire face à la blague douteuse. Il monta dans sa voiture et sursauta quand Einar monta à côté de lui. Il le regarda comme s’il était fou.

— Quoi ? J'ai mis un t-shirt.

— Tu veux que je te dépose ?

— Je viens avec toi. Vas-y, j'appelle Hagen.

Adam soupira mais n'avait pas vraiment le temps de batailler pour des bêtises. Son fils était malade. Il démarra sa voiture et laissa Einar faire ce dont il avait envie.

— Hagen, ramène tes fesses à l'école, Hugo est malade. On va le chercher et on te récupère sur le retour. Go !

Il quitta la route une seconde pour lancer un coup d'œil à l'alpha, mais ce dernier avait déjà raccroché.

— Bonjour, s'il te plaît, merci. Tu ne connais pas ?

— Je l'ai vu tout à l'heure, se justifia-t-il, sourcils froncés.

Nom de dieu, son fils était plus poli que cet adulte. Il se concentra sur la route et il ne lui fallut que deux minutes en roulant en seconde pour arriver sur la place principale. Parfois il se demandait s’il ne ferait pas mieux de prendre un âne, puis il se souvenait que la pauvre bête aurait été morte de peur. Et puis, les jours de pluie auraient été terribles. Quoiqu'on en pense, au Pays basque, il pleuvait souvent. Il se gara sur une des trois places devant l'école et pénétra sous le préau sans se soucier d'Einar qui fort heureusement ne le suivit pas.

Estelle dut le sentir parce qu'elle vint à sa rencontre en portant le petit sac d'Hugo et son manteau. Elle arborait l'air navré que toute directrice d'école devait apprendre lors de leur formation.

— Je suis désolée de t'avoir importunée, mais le protocole est formel, au-delà de 38.5 on ne peut pas le garder.

Sachant qu'il était quinze heure trente et qu'il venait toujours chercher Hugo à seize heures chaque jour où il ne travaillait pas… ça n'aurait pas pu attendre une demi-heure ? Estelle était comme ça. Globalement elle l'avait pris en grippe depuis son arrivée. Quand elle lui avait fait visiter l'école avant la première rentrée d'Hugo en septembre, elle avait enchaîné les réflexions désagréables sur la monoparentalité. En plus de ça elle le prenait de haut à tout bout de champ parce qu'il était oméga alors qu'elle était Alpha.

Elle qui était persuadée que s'unir à Patxi lui suffirait à accéder à la dominance de la meute… elle devait être bien dégoûtée aujourd'hui.

— Louise est allée le chercher. Il nous faudra un certificat médical de non-contagion quand tu souhaiteras le remettre en classe. Il ne faudrait pas qu'il contamine les autres.

La façon dont elle avait prononcé ces mots auraient pu faire croire qu'elle parlait d'un virus monstrueux et non d'un enfant. C'était légèrement dérangeant et ça l'inquiétait un tantinet.

Heureusement qu'Estelle faisait les cours aux plus grands. D'ici là, elle se sera, peut-être, faite manger par un lycan en colère. Quoique en tant que femelle Alpha… elle avait un statut juste en dessous de celui de Jean, leur Bêta…

Adam tourna la tête avant que Louise, l'atsem de l'école, ne pousse la porte séparant les classes du préau. En le voyant, Hugo courut vers lui sous l'œil réprobateur de la directrice. Il avait l'air un peu abattu mais rien d'alarmant.

— Oh mon bébé ! Tu es malade ?

— Oui je tousse, regarde !

L'enfant toussa un truc digne d'un vieux tuberculeux d'un air fier.

— Merci Estelle, je te tiens au courant quand il aura vu le médecin.

— Fernand n'est pas là aujourd'hui et sans certificat je ne le prends pas demain. Donc à jeudi Hugo.

— Hagen est déjà en chemin, donc je te tiens au courant pour demain dès qu'il l'aura vu.

Elle eut l'air ennuyée Visiblement elle voulait avoir le dernier mot.

— J'attends le certificat par mail.

— Bonne fin de journée ! Dis au revoir Hugo.

— Au revoir.

Son enfant serré dans ses bras, il poussa la porte du préau et regagna sa voiture. Il batailla un instant pour clipser la ceinture de l'enfant puis sourit à Hagen dans le rétro quand celui-ci entra dans la voiture. 

— Tonton !

— Salut bonhomme, alors tu es malade ?

— Oui je tousse !

Ils eurent droit à un nouvel exemple éloquent qui fit grimacer Einar alors qu'Hagen prenait un air sérieux.

— Oh oui c'est une sacrée toux que tu as là.

— Tu préfères aller au cabinet ou chez moi ? Demanda Adam.

— Chez toi, je n'ai pas les clés du cabinet mais j'ai mon matériel.

— Ok c'est parti… euh… merci Einar. Tu veux que je te dépose chez toi ?

— Pas besoin, je viens avec vous.

Il le fusilla du regard mais lâcha l'affaire. Il ne voulait pas qu'Hugo se pose des questions. Il avait déjà tendance à en poser trop à son goût. Il reprit le chemin en dédale menant à leur maison pendant qu'Hugo babillait avec Hagen.

— Est ce que je suis très malade ?

— Non je pense que tu dois avoir une bronchite, mais il faut attendre que je vérifie pour être sûr.

— Est-ce que je vais être mort ?

— Non pas du tout. On va te donner des médicaments.

— Parce que quand on est malade on est mort ?

Il ne pouvait pas laisser son fils continuer à parler de mort sans que ça ne l'affecte.

— Non mon chéri. Il faut être très très malade pour mourir.

— Mais ton papa et ta maman, ils sont morts ?

— Oui mais d'un accident de bus.

— Pourquoi ?

C'était quelque chose que son oncle Philippe se ferait un devoir de lui raconter dès qu'il aurait l'âge requis, puisque c'était un de ses radotage préféré. Einar dut sentir sa détresse parce que ce fut à son tour d'intervenir.

— Qu'est-ce que tu as fait à l’école aujourd’hui ?

— Rien.

— Et qu'est-ce que tu as mangé ?

— Rien.

— Mais tu étais à l'école au moins ? s'amusa Hagen devant la mine perplexe d'Einar.

— Je ne sais pas.

Adam gloussa. Hugo avait parfois tendance à être comme ça. Une vraie tombe. S'il n'avait pas reçu le menu de la semaine chaque dimanche dans sa boîte mail, il ne saurait jamais ce que son fils mangeait chaque midi. En tant de guerre, il aurait été parfait. Par contre il racontait tout au moment du repas, de préférence quand quelqu'un était là, histoire de monopoliser l'attention.

Einar était sans voix alors qu'Hagen cachait son sourire en regardant par la fenêtre. Ils arrivèrent assez vite à la maison et Adam récupéra son fils pour le porter jusqu'à sa chambre. Une petite pièce située tout de suite à gauche après avoir monté l'escalier. Les murs étaient blancs, décorés de stickers de pompiers avec un plancher de bois ciré. La pièce était sombre, avec une petite fenêtre pour seul point de lumière. Il alluma la lumière et faillit basculer en arrière quand son pied se posa sur une voiture majorette.

Heureusement il fut rattrapé par Einar qui marchait juste derrière lui. Un rapide coup d'œil lui suffit pour savoir que l'Alpha observait tout avec attention. L'escalier donnait sur un palier percé d'une fenêtre donnant sur l'avant de la maison et desservait quatre pièces. La chambre d'Hugo, tout de suite à gauche dont la fenêtre donnait sur l'arrière de la maison, puis la sienne suivait, donnant sur l'avant. Sur la droite, il y avait la salle de bain, puis le bureau avec le même agencement de fenêtre. Il y avait une cinquième porte qui cachait la suite de l'escalier pour monter au grenier servant de salle de jeu.

— Ça va papa ?

— Oui j'ai juste marché sur une voiture.

— Tu ne l’as pas cassé hein ?

Adam devrait penser à remercier son fils pour tant de sollicitude.

— Non non.

— Ouf parce que la verte c'est ma préférée.

Il le posa sur son lit et fut attendri par son air abattu, ses paupières tombantes et la morve séchée sous son nez. Finalement il avait l'air plus malade une fois s'être posé un peu en voiture. Hagen entra à son tour et commença à sortir son matériel. Einar pour sa part observait la chambre avec attention, se plantant devant le patchwork de photo accroché sur un des murs.

— Fais Aaaaah !

Hugo tira la langue docilement, toussa bruyamment. Il se tortilla pour éviter l'otoscope et respira bouche ouverte. Il obéissait parfaitement à Hagen à chacune de ses demandes.

— Petite bronchite et début d'otite. Je vais te prescrire des antibiotiques et te faire un arrêt pour l'école. Il pourra reprendre vendredi. Tu veux que je te fasse un certificat pour le travail ?

— Euh… t'inquiète pas. Je vais le garder demain et je demanderai à Paulette pour mercredi après-midi et jeudi.

— Ma mère n'est pas disponible. Je vais le faire moi. Hein bonhomme, je vais te sculpter des animaux de la ferme en bois. Ça te dit de rester avec moi ?

— Oh oui papa, dis oui, s'il te plaiiiît !

Attirer un enfant avec une promesse de jouet. C'était petit et complètement traître.

— On verra mon chat.

Il eut droit aux yeux de chien battu. De grands yeux ronds levés vers lui avec une moue adorable.

— J'ai dit, on verra.

Adam fit les gros yeux à son fils et celui-ci se tut à contre cœur. Hagen finit de griffonner son ordonnance et lui montra chaque ligne en lui expliquant.

— Je t'ai tout noté. Le Pivalone matin midi et soir, comme l'amoxicilline. Le sirop il faut lui donner avant de dormir parce qu'il a des effets de somnolence.

Adam plissa des yeux face aux pattes de mouches illisibles. Non mais franchement à ce niveau-là c'était de grand art. Il attrapa l'ordonnance et soupira.

— Dis-moi bonhomme tu pèses combien ?

Hugo leva trois doigts et Hagen se tourna vers lui en riant.

— Dix-huit kilos.

Hagen le nota sur l'ordonnance et la lui donna.

— Hag… tu pourrais garder Hugo le temps que j'aille à la pharmacie ?

— Je vais y aller. Reste avec le petit.

Il resta sans voix face à Einar. Sans savoir pourquoi, il s'était dit qu'il irait à la pharmacie et que l'Alpha allait trouver un moyen de se greffer à lui. Il lui sourit, vraiment reconnaissant et lui tendit l'ordonnance ainsi que sa carte vitale et ses clés de voiture. Ça lui rendrait vraiment service que quelqu’un lui permette de rester avec son petit garçon malade.

Einar disparut et il entendit le bruit de la voiture diminuer jusqu’à ne plus rien entendre du tout. La pharmacie était à Tardets et il avait largement le temps de faire l’aller-retour.

— Tu vas vivre ici tonton ?

— Oui p'tit loup. T'es content ?

L'enfant hocha de la tête avec véhémence et voulut jouer avec le soigneur. Pas rebuté, l'adulte s'assit sur le plancher et commença à étudier les différentes voitures éparpillées.

— Elles sont bien belles tes voitures.

— Je vais vous laisser jouer, je vais préparer le dîner. Tu manges avec nous Hagen ?

— Non désolé, j'ai un repas de famille prévu.

— D'accord. Qu'est-ce que tu voudrais manger chéri ?

— On peut commander ? Demanda l'enfant d'une voix aiguë.

— Non chat, ici on ne peut pas commander, il n'y a pas de service de livraison. Tu sais bien qu'il n'y a pas de restaurant à Erroymendi. Je peux faire des pattes si tu veux, avec du poulet.

— Nan, je ne veux pas.

— Et des croques monsieur ?

— Avec du fromage ?

— Avec double ration de fromage.

— Ouiiii.

Au moins, c’était un enfant facile à satisfaire et il n’aurait pas de grande cuisine à faire. Il sourit tendrement en voyant le spectacle dans la chambre puis descendit au salon. Il rangea un peu le bazar inexistant et eut la désagréable impression d’être sa tante Mireille, démunie quand tous ses enfants étaient absents de la maison.

Habitué à la vie à deux, il était rarement tranquille. Souvent Hugo venait le voir pour jouer, c’était un enfant qui avait besoin de quelqu’un pour jouer et qui n’aimait pas être seul. Finalement, qu’il y ait quelqu’un avec lui ou pas, il ne fallut que dix minutes à Hugo pour descendre le chercher. Son fils le trouva dans la cuisine, en train de manger un muffin survivant du petit déjeuner.

— Je peux en avoir ?

— Je n’ai rien entendu, il manque le mot magique.

— S’il te plait !!

— D’accord, tiens prend en un, ils sont au chocolat.

— Je peux avoir la télé ?

Hugo devait goûter, d’habitude, il le faisait à l’école et il ramenait un sachet de gâteaux à la sortie des cours pour satisfaire son appétit. Son fils était un enfant dont la courbe de croissance était supérieure à la moyenne. Plus grand que tous les autres de sa classe, il l’habillait en sept ans, au lieu de ses quatre ans effectifs. Il mangeait donc beaucoup et se plaignait souvent d’avoir mal aux jambes.

— D’accord. Où as-tu laissé Hagen ?

— Il fait pipi.

— D’accord.

Il alluma la télévision puis bascula sur Netflix. Hugo le guida ensuite d’un dessin animé à un autre jusqu’à trouver celui qu’il désirait voir. Hagen les rejoignit et s’assit sur un des fauteuils encadrant le canapé.

— Tu as fini de faire pipi ?

Adam détourna le regard une seconde, mortifié mais également plus amusé qu’il ne devrait l’être face aux paroles de son fils.

— Hugo. On ne demande pas ce genre de choses.

— Pourquoi ?

— Parce que ça n’est pas poli.

— Mais toi tu me demandes tout le temps.

Forcément, il attendait derrière la porte pour l’aider à s’essuyer. Il était parfois ardu pour les enfants de comprendre la différence.

— Ce n’est pas grave, s’amusa Hagen.

Ils regardèrent l’écran en silence, Hugo mangeant ses gâteaux sans vraiment avoir conscience de ce qu’il faisait. Plus le temps passait, plus son fils s’affaissait sur son épaule pour finir par somnoler carrément. Il s’alarma un peu en le voyant si statique mais le soigneur le rassura. Sa fièvre le fatiguait beaucoup et il irait mieux après avoir pris ses médicaments et passé une bonne nuit de sommeil.

Quand Einar revint, il les trouva tous totalement abrutis devant une bande de lapereau combattant un renard dans une jolie forêt. Hagen conseilla de donner la première dose de médicament immédiatement et dut partir pour retrouver ses parents. Adam, plus qu'habitué à donner des médicaments à des enfants récalcitrant, fut rapide et efficace, bien que le pschitt dans le nez ne soit pas la chose préférée de son fils.

— Tu manges avec nous ? Papa fait des croques MacDo.

Einar lui lança un regard oblique.

— On dit des croques monsieur mon chéri.

Mais c'était peine perdu, Hugo était de nouveau hypnotisé par l'écran géant devant ses yeux. La télévision avait vraiment un effet absorbant inquiétant. Heureusement que le petit garçon ne passait pas trop de temps là-dessus dans la journée. Étant malade, on pouvait dire que c'était un passe-droit.

— Tu veux que je prépare les sandwichs ? Proposa Einar en le tirant de sa rêverie.

— Quoi ? Oh…

Mais quelle heure était-il pour qu'il demande ça ? Il fut surpris de constater qu'il était déjà dix-huit heures. Peut-être un peu tôt pour manger en temps normal, mais vu l'état du malade. Le sommeil semblait la chose la plus importante pour lui à l'heure actuelle.

— Je vais préparer à manger mon lapin, d’accord ?

Aucune réponse, Hugo gigota pour montrer qu'il avait entendu, mais Adam n'était pas certain que l'information soit réellement parvenue au cerveau.

Il s'esquiva jusqu'à la cuisine, sortit tous les ingrédients ainsi que le gaufrier et s'activa rapidement. Devait-il faire une salade pour accompagner les croque-monsieur ou pas ? Non… Pendant le peu de temps qu'il avait passé dans le chalet de la meute, il n'avait pas gardé de souvenir d'avoir mangé de la salade.

— Tu veux de l’aide ?

Adam sursauta puis se retourna d'un coup pour lui faire face, se retrouvant de fait dos au plan de travail.

C'était une petite cuisine avec un plan de travail en L et dans le coin opposé la table ronde où ils prenaient leurs repas. Avec deux adultes à l'intérieur, il ne restait guère de place pour se déplacer à son aise.

— Non ça va. Si tu peux juste en emmener deux dans une assiette pour Hugo. Comme ça je le mettrai au lit quand il aura fini.

Il lui montra où étaient rangées les assiettes et le laissa faire, continuant à surveiller la cuisson. Il ne restait pratiquement plus de pain donc il se dépêcha de mettre les derniers dans l'appareil et retourna au salon, les bras chargés de l’assiette croulant de sandwichs bien chauds.

Hugo avait la tête posée sur la cuisse d'Einar et grignotait la croûte du pain de mie, faisant tout le tour à la manière d'une petite souris. Pour ne pas déranger le tableau, il s'assit sur le fauteuil occupé précédemment par Hagen. Il attrapa un croque-monsieur et le savoura en faisant abstraction de l’Alpha qui le regardait avec de grands yeux suppliants. Adam le regarda, donnant l’air d’attendre quelque chose et il fit semblant de ne pas comprendre.

— Tu m’en passe un ? chuchota Einar

Adam ne répondit pas, le regard fixé sur la télévision. Il serra les lèvres et se cacha derrière le pain de mie quand la petite voix d’Hugo intervint.

— T’as pas dit le mot magique.

Einar avait l’air d’avoir avalé un poisson vivant, bouche entrouverte et visage penché vers Hugo qui ne le regardait pourtant pas.

— Si tu relèves ta tête pour t'asseoir, je pourrais me servir.

— Non, je suis bien là.

Et en effet, Hugo était bien, tout somnolent. Adam se leva et récupéra le plaid plié sur le dossier du canapé et l’étendit sur le petit. L’Alpha le suivit du regard, les yeux criant famine et Adam le regarda avec de grands yeux. Il demandait à son fils d’être poli, Einar étant adulte, il devait montrer l'exemple. Einar fronça les sourcils et secoua la tête en grimaçant. Hugo n’en avait pas conscience, mais c’était une véritable conversation muette qui se déroulait derrière son dos. Adam haussa les épaules et détourna le regard.

— Je peux avoir à manger s’il te plait ? céda l’Alpha en geignant d'une voix grave.

À leur grande surprise, ce fut Hugo qui se redressa et attrapa deux sandwichs pour les donner à son coussin vivant qui les attrapa entre ses doigts.

— Merci bonhomme.

Einar avait l’air vraiment reconnaissant, c’était mignon. Adam se rassit dans le fauteuil après s’être servi à nouveau et observa son fils lutter contre le sommeil.

Il perdit son combat cinq minutes plus tard et l’Alpha fut soulagé de pouvoir à nouveau bouger quand Adam récupéra son fils dans ses bras pour le porter au lit. Il le déposa doucement puis le recouvrit de sa couette. Après un baiser et le branchement de la veilleuse dans la prise, il retourna au salon en prenant soin de ne pas fermer la porte.

— Il ne s'est pas réveillé ?

— Non il était bien parti.

Adam tenta un mouvement vers le plat sur la table basse mais fut stoppé net par l'Alpha qui le coinça contre le mur. Il frissonna violemment face à cette sensation aussi oppressante que grisante. Il releva doucement les yeux jusqu'à tomber dans ceux d'Einar, presque entièrement noirs et déglutit.

Il avait beaucoup de mal à se retenir tant il était excité de se tenir si près d'Adam. La journée avait été longue et terriblement tendue pour lui. Il était à bout, aussi ne fut-il pas réellement surpris de voir que des griffes avaient commencé à sortir du bout de ses doigts. Il attrapa le t-shirt d'Adam le plus délicatement qu'il le put mais une des griffes s'attrapa dans un accro.

— Tes doigts… s'alarma l'oméga. Je ne savais pas que tu étais capable de ça.

— Je suis capable de tout quand c'est toi.

Adam sembla rester subjugué un instant avant que son regard ne vire à l'orage. Einar accompagna le mouvement de la gifle qui le cueillit et revint doucement planter ses yeux dans les prunelles bleues de son vis à vis. Il resserra son poing dans le tissu jusqu'à ce que ce dernier ne se déchire et tira Adam de façon que leurs corps se retrouvent collés l'un à l'autre. Impossible pour le plus jeune de rater l'érection qui déformait son jean et qui se pressait maintenant contre son ventre.

L'oméga le dévisagea encore un instant avant qu'un petit bout de sa langue ne pointe entre ses lèvres pour passer sur sa lèvre inférieure. Était-il conscient de la sensualité de ce simple mouvement ?

Einar se pencha un peu pour ne se retrouver qu'à deux centimètres de sa bouche et attendit. Attendit qu'Adam vienne à lui. Il avait fait le premier pas, mais il ne voulait pas forcer l'oméga à franchir cette dernière porte. Du moins pas tout de suite.

Heureusement pour lui, il n'eut pas longtemps à attendre. Adam s'avança d'un centimètre puis enroula ses bras autour de son cou avant de finalement presser ses lèvres contre les siennes.

Einar prit le temps de savourer la douceur de ses lèvres sur les siennes, puis les écarta d'une langue impérieuse avant de se mettre à les mordiller. Adam n'était pas en reste. Sauvage, le jeune homme appuyait l'arrière de sa tête pour qu'il lui accorde un baiser profond. Satisfait de tant d'ardeur, l'Alpha ne tarda pas à lui donner satisfaction.

Il le plaqua contre le mur, releva ses jambes de façon que son dos repose à plat contre le mur et que ses cuisses se calment sur ses hanches. Adam pencha légèrement la tête en arrière, cambrant le dos et Einar fondit sur lui. Sa langue plongea sans rencontrer aucune barrière. Il caressa sa langue de la sienne, d'abord sensuellement, puis plus brutalement. Adam semblait en feu. Ses mains s'agitaient dans son dos, tentant de relever son t-shirt pour pouvoir toucher sa peu nue.

Envolé la froideur des derniers jours, l'oméga était tout aussi impatient que lui de retrouver son compagnon. Einar se libéra de sa bouche pour aller grignoter son cou. Adam poussa un gémissement plaintif, basculant son cou dans le sens opposé pour lui libérer l'accès.

Sa langue traça d'abord un long sillon de la base du cou à la clavicule avant de laisser la place à ses dents. Elles effleurèrent à peine la peau fine et tendre de son amant que ce dernier se mit à trembler entre ses bras. Einar les décolla du mur, passant une mais sous les fesses du plus jeune pour le soutenir. Surpris d'être privé de son mur de soutien aussi soudainement, Adam s'agrippa à son t-shirt, le déchirant lui aussi, en poussant un petit glapissement tout sauf viril.

Einar les emmena jusqu'au canapé où il allongea Adam sans le lâcher. La main toujours posée sur ses fesses rondes et fermes, il commença à les caresser à travers le jean. Finalement ce fut l'oméga qui perdit patience et qui lui arracha les restes de son haut le premier. Il se laissa faire en rigolant narquoisement. Adam avait eu beau tenter de le chasser, ils voulaient exactement la même chose. Ils étaient faits pour être ensemble.

Une fois torse nu, il se redressa un petit peu en se mettant accroupi sur le canapé et obligea Adam à s'asseoir pour pouvoir passer son t-shirt par-dessus sa tête. Ils s'observèrent tous les deux, le regard de son amant était brûlant de désir et semblait suivre le contour de chacun de ses muscles. Einar adorait ça.

De son côté, il s'adonnait à un examen minutieux de son vis à vis. Adam avait changé. Très musclé a dix-huit ans, il semblait avoir perdu en tonus musculaire, pourtant, ça n'était pas pour lui déplaire. Il avait l'air plus doux. Sa main toucha le ventre plat et remonta jusqu'aux pectoraux pour en faire le tour avant de redescendre.

Adam était hypnotisé, pupilles dilatés sur des paupières mi-closes, il donnait l'impression d'être un ange de luxure. Un ange trop habillé. Einar entreprit donc de le déshabiller. D'une main habile, il fit sauter le bouton du jean et s'aida de sa main, toujours occupée à flatter la croupe rebondie pour enlever le pantalon.

L'oméga l'aida, dépliant chaque jambe alors qu'il était occupé de son côté à poser un baiser sur chaque partie du corps qu'il découvrait. Une fois le denim envolé, il ne resta que le boxer, fine barrière de tissus élastique comme protection à son amant. Protection qui ne cachait rien de son excitation. La barre de chair, emprisonnée ainsi ne demandait qu'à être libérée.

Einar laissa courir un doigt le long du renflement avant d'en empoigner la base, récoltant un cri en réponse. Il se pencha pour récupérer le t-shirt d'Adam et attrapa ses lèvres pour un nouveau baisé brûlant qui les laissa pantelant tous les deux. Son amant, bouche entrouverte, était beau étalé entre les coussins. Il en profita pour glisser le tissu roulé en boule entre ses dents, récoltant un regard courroucé.

— Tu fais trop de bruit, tu vas réveiller le petit.

Adam lui fit les gros yeux, puis s'arque-bouta quand il amorça un mouvement de va et vient à travers son boxer. Ainsi occupé, Adam aurait autre chose à penser que râler. De sa main libre, il tira sur l'élastique du boxer au niveau de ses reins pour libérer ses fesses.

Finalement il se redressa totalement sur ses genoux pour tirer le dernier rempart de l'oméga jusqu'à ses chevilles avant de l'empoigner fermement par les cuisses pour les poser sur ses épaules. Adam couina un son étouffé par le tissu toujours dans sa bouche quand il le prit au fond de sa gorge. Il dut retenir ses hanches pour éviter le gros coup de rein qui s'en suivit et le suça fort avant de laisser la verge tendue glisser de ses lèvres.

— Calme-toi si tu ne veux pas que je te morde. 

Il replongea sur lui et profita de l'avoir profondément en bouche pour venir titiller son entrée.

Adam écarta un peu plus les jambes, faisant fi de sa position inconfortable. Il ne semblait pas être dérangé d'être placé en chandelle et mâchonnait le tissu dans sa bouche, l'imbibant complètement de salive. Ses mains passaient sans cesse dans les cheveux d'Einar, accompagnant son mouvement de va et vient et appuyant parfois, à la recherche de plus de sensation.

Quand il sentit le mélange de bave et de liquide pré-séminal rejoindre son doigt, il l'étala généreusement sur la petite étoile plissée et s'en servit de lubrifiant. Il ne rencontra pas de résistance particulière lors de l'insertion de ce premier doigt mais à peine entré, les muscles d'Adam se contractant au rythme des succions appliquées sur son membre. Einar sourit sur le pénis de son amant et s'appliqua à le rendre fou pendant qu'un deuxième puis un troisième doigt le préparait à le recevoir.

Quand il sentit Adam au bord de la rupture, il pompa plus fort, enleva sa main de sa hanche, qui le maintenait fermement en place jusqu'à présent et le laissa donner de grands coups de hanches dans sa bouche. L'oméga avait perdu pied, s'empalant profondément à chaque coup de rein. Einar se força à déglutir à chaque fois qu'Adam allait trop loin, bavant sans pouvoir s'en empêcher. Quand enfin Adam se libéra dans sa bouche, il avala jusqu'à la dernière goutte, suçant le méat encore gonflé pour ne rien perdre. Il retira ses doigts de l'orifice dilaté été tala la salive qui trempait son bas ventre.

Totalement alangui, le corps couvert d'une fine pellicule de sueur, Adam était magnifique.

Einar le reposa l'espace d'un instant puis empoigna ses hanches pour le tirer entre ses jambes. L'alpha le recouvrit de son corps, plaça son membre dur face à l'entrée et après quelques frottements contre la raie de ses fesses, entra en lui d'un long coup de rein.

Il poussa jusqu'à être fiché en lui jusqu'à la garde et attendit, plaçant ses bras de part et d'autre de la tête de son amant pour le regarder droit dans les yeux. Nez contre nez, il voulait qu'Adam ne voit que lui, qu'il soit bien conscient de lui appartenir pour que jamais il ne l'oublie. Avec deux doigts, il retira le bâillon improvisé, maintenant totalement détrempé et l'embrassa avec fougue, avalant ses gémissements dès qu'il commença à se mouvoir entre ses reins.

D'abord doux, Einar, fou de désir, ne put maintenir cette cadence. Il accéléra le rythme, clouant Adam aux coussins du canapé. Plus rien ne l'intéressait hormis la montée de son désir. Il sentit sa peau le picoter, puis une vague commença à le submerger. Ses testicules se contractèrent quand il accéléra encore. Leurs peaux claquaient l'une contre l'autre dans le plus beau des concerts. À deux doigts de jouir, il fut surpris par Adam qui le mordit à la lèvre plutôt férocement mais dut se retenir d'exploser de rire quand il haleta avant de l'embrasser à nouveau.

— Ne salis pas le canapé !

Cinq coups de rein plus tard, à bout de souffle, Einar quitta à regret l'orifice accueillant, se redressa puis d'une main il commença à se masturber pendant que de l'autre, il appliquait le même sort à Adam.

Leurs deux semences giclèrent sur le ventre de l'oméga et Einar continua ses va et vient jusqu'à ce que la verge ramollisse entre ses doigts.

Satisfait, il regarda Adam somnoler pendant qu'il étalait leurs semences mêlées sur le torse, le bassin et le cul de son amant, le recouvrant de son odeur pour qu'aucun doute ne soit possible sur son appartenance à l'Alpha. Il l'aurait bien mordu, pour le revendiquer aux yeux de tous encore plus sûrement mais il ne voulait pas précipiter les choses.

Il s'attendait déjà à se faire repousser au petit matin. Einar le regarda s'endormir, ses cheveux blanc étalés autour de sa tête comme une auréole puis l'emmena dans son lit, se guidant grâce à son flair. 

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