La Traversée du Colbert

André Duchesne · Chapitre 32 sur 41

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La Traversée du Colbert

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Épilogue

 

 

L e dimanche 30 juillet 1967, à 12 h 50, le croiseur Colbert de la marine française appareille depuis le port de Montréal. Il entreprend une longue descente du fleuve Saint-Laurent et amorce son voyage de retour vers la France.

À bord, durant cette traversée, le « Vive le Québec libre ! » prononcé par

Charles de Gaulle est au cœur de toutes les conversations. De la proue à la

poupe, les marins sont encore éberlués. « On ne parlait que de cela1 »,

confie Alain Malardé, alors jeune quartier-maître.

Le voyage se fait sans incident notoire. En vue des côtes de la France, le

Colbert prend la route du sud et de la Méditerranée alors que ses trois

navires d’escorte voguent vers Brest. Le mardi 8 août 1967, le croiseur

arrive, seul et sans faire de vagues, à sa base de Toulon.

Périple historique ? Sans aucun doute. Dans tous les livres d’histoire,

dans tous les articles portant sur le Colbert, sur tous les sites Internet

associés aujourd’hui à ce navire, on est unanime : durant les quelque trente-

cinq années de son histoire au service de la marine française, le Colbert a

fait au Québec son voyage le plus marquant. Après son retour à Toulon, le

navire demeure à peine quelques jours au port. Bientôt, il reprend la mer,

cette fois-ci en direction de l’Afrique pour des visites et des manœuvres.

Lorsque le général de Gaulle meurt, le 9 novembre 1970, alors que le

Québec est plongé dans la crise d’Octobre, le Colbert est, depuis six mois,

engagé dans un long processus de transformation. De croiseur antiaérien, il

s’apprête à devenir croiseur lance-missiles, histoire de pouvoir répondre

adéquatement à la menace d’avions-chasseurs équipés d’armement de plus en plus sophistiqué. Sa remise en service a lieu à la fin de 1972. Les années

passent ; les missions s’accumulent aux quatre coins du monde. Sa toute

dernière aura lieu durant la première guerre du Golfe, où il servira d’escorte

au porte-avions Clemenceau durant l’opération Salamandre. Rentré à

Toulon à la fin de cette mission, il est retiré du service actif et désarmé

le 24 mai 1991.

En principe, il aurait dû aller à la casse. Mais des protestations s’élèvent

dans l’espoir de préserver ce joyau de la marine française. C’est ainsi que le

Colbert obtient une seconde vie, une seconde chance. Remorqué à

Bordeaux, il y est transformé en musée maritime flottant. L’inauguration a

lieu le 12 juin 1993. Durant quelques années, tout est au beau fixe. Soutenu

par de bonnes critiques, le Colbert devenu musée est apprécié du public.

Mais, encore là, le temps fait son œuvre. Les revenus diminuent peu à

peu alors que les coûts pour maintenir le grand navire en bon état

augmentent chaque année. Malgré les protestations d’anciens marins ayant

vécu à bord et de défenseurs de la mémoire navale, le bateau-musée ferme

ses portes le 2 octobre 2006. De Bordeaux, il est alors remorqué au

cimetière des navires de Landévennec, près de Brest, où il passe plusieurs

années à rouiller en silence.

Le vendredi 3 juin 2016, en vertu d’un contrat accordé à l’entreprise

Veolia, le Colbert, devenu officiellement le Q 683 (Q pour coque), est tracté

pour une dernière fois, par un remorqueur civil, de Brest à Bordeaux, pour y

être démantelé. À l’heure où nous écrivons les dernières lignes de cet

ouvrage, il repose à Bassens, sur les rives de la Garonne, pour y être

désamianté. Une fois cette opération terminée, sa carcasse sera découpée en

morceaux et l’acier en sera recyclé. Toutes ces opérations devraient se

terminer à la fin de 2017 ou au début de 2018, soit plus d’un demi-siècle

après son voyage historique au Québec.

Le Colbert aura alors vécu.

 

1.Entrevue avec l’auteur.

 

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