La Traversée du Colbert
Annexe 4 - Conférence de presse du président Charles de Gaulle, le 27 novembre 1967
ANNEXE 4
Conférence de presse du président Charles de Gaulle,
le 27 novembre 1967
Le 27 novembre 1967, au cours d’une conférence de presse à l’Élysée, le président Charles de Gaulle donne une réponse d’une vingtaine de minutes à une question portant sur le sens de sa déclaration « Vive le Québec libre ! ». En voici un extrait.
Que le Québec soit libre, c’est en effet ce dont il s’agit.
Au point où en sont les choses, dans la situation irréversible qui a été démontrée, accélérée par
l’esprit public, lors de mon passage, il est évident que le mouvement national des Français canadiens, et aussi l’équilibre et la paix du Canada tout entier, et encore les relations de notre pays avec les autres communautés de ce vaste territoire, et même la conscience mondiale qui a été maintenant éclairée, tout cela exige que la question soit résolue.
Il y faut deux conditions.
La première implique un changement complet quant à la structure canadienne telle qu’elle résulte
actuellement de l’acte octroyé il y a cent ans par la reine d’Angleterre et qui créa la fédération.
Cela aboutira, à mon avis, forcément, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain et
maître de son existence nationale, comme le sont, de par le monde, tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États qui ne sont pas si valables ni même si peuplés que le Québec.
Bien entendu, cet État du Québec aura, librement et en égal, à régler avec le reste du Canada les
modalités de leur coopération. Pour maîtriser, pour exploiter une nature très difficile sur d’immenses étendues, et aussi pour faire face à l’envahissement des États-Unis.
Mais on ne voit pas comment les choses pourraient aboutir autrement.
Et du reste, si tel est leur aboutissement, il va de soi aussi que la France est toute prête, avec un
Canada qui prendrait cet aspect, qui prendrait ce caractère, d’entretenir avec son ensemble les meilleures relations possibles.
Et la deuxième condition dont dépend la solution de ce grand problème, c’est que la solidarité de la
communauté française de part et d’autre de l’Atlantique s’organise. Or, à cet égard, les choses sont en bonne voie.
Et la prochaine arrivée, la prochaine réunion à Paris, nous l’espérons, du gouvernement du Québec
et du gouvernement de la République, doit donner une plus forte impulsion encore à cette grande œuvre française essentielle à notre siècle.
À cette œuvre devront d’ailleurs participer, à des conditions qui seront à déterminer, tous les
Français du Canada qui ne résident pas au Québec et qui sont un million et demi. Je pense en particulier à ces 250 000 Acadiens qui sont implantés au Nouveau-Brunswick et qui ont gardé eux aussi à la France, à sa langue, à son âme, une très émouvante fidélité.
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