L'assassin de papa

Donald E. Westlake · Chapitre 27 sur 30

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L'assassin de papa

Chapitre XXVII

 

Eddie Kapp m’avait donc menti !

Le Syndicat n’avait jamais cherché à assassiner ma belle-sœur.

Mais pourquoi m’avait-il menti ? Pour me garder à ses côtés ?

Il m’avait expliqué que j’étais un symbole autour duquel ses amis se rassembleraient. Était-ce encore un mensonge ? Pourtant, ses amis avaient rappliqué à la villa du lac Georges. Nick Rovito m’avait mis à l’épreuve, et personne ne m’avait demandé ce que je faisais dans le secteur. Je devais donc représenter quelque chose pour eux.

Il m’avait dit qu’Ed Ganolese savait que j’étais devenu un symbole malgré moi et qu’il s’efforçait de l’éliminer. Était-ce aussi un mensonge ? Il était indiscutable que les occupants de la Chrysler beige et crème avaient tué mon père et tenté de me descendre. Et que des hommes circulant dans la même voiture avaient essayé de tuer Eddie Kapp. Et que j’avais reconnu cette Chrysler garée à la ferme où se cachait Ed Ganolese. Il y avait donc bien une part de vérité dans tout cela.

Mais où s’arrêtait la vérité, où commençait le mensonge ?

La Chrysler beige et crème nous avait bien rattrapés à soixante-dix kilomètres de New York et l’homme assis à droite du conducteur avait tendu le bras et tiré sur mon père. Cela, c’était sûr. C’était même la seule chose de sûre…

Ils avaient dû acquérir la certitude que mon père était mort. Ils avaient dû voir leurs balles atteindre leur but. Et ils avaient poursuivi leur chemin…

Ils ne s’étaient même pas arrêtés pour s’assurer que, moi aussi, j’étais bien mort. En fait, ils n’avaient même pas tiré sur moi…

Donc, ils n’avaient pas cherché à me tuer. Ils avaient seulement abattu celui que leur avait désigné Ed Ganolese, autrement dit Will Kelly.

Parce que le vrai symbole, c’était lui. Lui, l’avocat dévoué, l’homme de confiance des anciens jours. Les autres avaient pu objecter à Eddie Kapp qu’il était maintenant trop vieux, qu’il ne pourrait à lui seul assurer la direction générale d’une entreprise trop ambitieuse, ou tout au moins qu’il risquait de mourir trop tôt après la réussite de leur tentative, ce qui déclencherait une nouvelle et sanglante compétition pour la couronne. Deux guerres si rapprochées, c’était une de trop. On lui avait suggéré de prendre pour second un homme plus jeune que lui, cet avocat en qui tout le monde avait une confiance absolue, qui connaissait le milieu à fond et pourrait diriger la nouvelle équipe – bref un homme sur le nom de qui tous pourraient se rallier quand il s’agirait de donner un successeur à Eddie Kapp. Et cet homme, c’était Will Kelly.

Sans Will Kelly, Kapp ne pouvait espérer rallier les autres à sa cause. Voilà pourquoi Ed Ganolese avait donné ordre de liquider Kelly.

Eddie Kapp avait alors abandonné la partie. Il avait écrit à sa sœur et avait fait des projets pour sa retraite. Là-dessus, j’étais entré en scène.

À la villa du lac Georges, il n’était pas sûr que la combine réussirait. Une semaine durant, il lui avait fallu discuter par téléphone, avant de convaincre ses amis.

Je croyais l’entendre.

— J’ai un fils avec moi : Ray Kelly. Will Kelly l’a élevé à ma place pendant que j’étais garé des voitures. Will l’a dressé, il l’a mis dans le coup, il lui a expliqué toutes les ficelles du métier. Le gamin est encore jeune, mais il est affranchi et il a l’esprit vif. Il prendra la relève quand je ne serai plus là et il n’aura pas les dents trop longues. Il se contentera de New York. Et avec lui on sera tranquilles pour quarante ou cinquante ans.

Cela lui avait pris toute une semaine, et il avait eu sans doute beaucoup plus de mal à les convaincre que je ne le soupçonnais, mais il y était arrivé en fin de compte. Et s’il m’avait servi toutes ces salades, et tant parlé du fameux symbole que je représentais, c’était parce qu’il savait que je ne voulais pas tremper dans les histoires de son gang. Une fois remis en selle, il s’en foutait que certains de ses copains devinent ou apprennent la vérité.

En lui disant que la femme de Bill avait été assassinée, je lui avais donné l’idée de me faire gober la version d’une prétendue liquidation générale de ma famille. Dès lors, il n’avait plus qu’à me braquer – à la lettre – dans la direction qui lui convenait. J’étais le revolver chargé, et Eddie Kapp serrait la détente.

Bill… Mon pauvre vieux Bill…

En quittant la villa du lac Georges, j’avais cru me débarrasser à tout jamais d’Eddie Kapp. Mais je m’étais trompé. Il fallait que je le retrouve. Et le plus vite possible…

 

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