Le règne du silence
Chapitre III
L’eau vivante vraiment et vraiment féminine Aime le ciel, comme en un hymen consenti, Reflétant ses couleurs—et sans nul démenti!
Car, pour lui correspondre en tout, elle élimine Les choses qui pourraient mitiger son reflet, Et soi-même s’oblige à rester incolore.
Quel émoi douloureux si le vent éraflait Ce cristal où le ciel lointain trouve à s’enclore, Infidèle miroir désormais nul et nu!
Il est des jours dans cet amour tout ingénu, Dans cet amour du ciel et de l’eau, des jours tristes Où le ciel gris dans l’eau se retrouve si peu; Puis d’autres où l’eau gaie absorbe tout son bleu, Bleu de mois de Marie et de congréganistes.
Mais c’est le soir surtout que devient mutuel Leur amour, à l’heure où l’eau pâmée et ravie Brûle des mêmes feux d’étoiles que le ciel!
Lors plus rien n’est dans eux qui les diversifie.
Ressemblance! Miracle inouï de l’amour Où chacun est soi-même et l’autre tour à tour…
Or, dans l’assomption de la lune opportune, —Comme l’amour de deux amants silencieux, Pour se prouver, se réciproque dans leurs yeux,—
On voit le ciel et l’eau se renvoyer la lune!