Le règne du silence
Chapitre XIII
Mon âme sent parfois dans le soir équivoque Des ombres s’appuyer sur elle; et l’on dirait Qu’à côté du Bon Rêve ordinaire apparaît Un Mauvais Rêve qui par gestes le provoque; L’âme, tout en suspens, les regarde marchant Et, muette, s’allonge autour d’eux comme un champ…
Vont-ils atermoyer pour un peu leurs querelles?
L’un erre, apprivoiseur de blanches tourterelles, Qui mettent dans un coin de mon âme l’émoi, La fraîcheur de leur queue en éventail de neige.
L’autre passant, par on ne sait quel sortilège, Attire des essaims de grands corbeaux en moi De qui le vol s’égrène en douloureux rosaire; Et je sens dans mon âme, où s’amasse le soir, Devant ces deux témoins riant de ma misère, Recommencer sans cesse un combat blanc et noir.