Le règne du silence
Chapitre X
Tristesse! je suis seul; c’est dimanche; il pleuvine!
Les vitres sont déjà comme des crêpes morts Que faufile une pluie intermittente et fine.
Et rien à faire ici! rien à faire au dehors Où les passants s’en vont monotones et tristes…
Or j’en rêve, parmi ce pluvieux décor, De plus seuls et de plus inégayés encor: D’abord les continents et doux séminaristes Qui se hâtent, qui s’en vont deux à deux, là-bas, Voués jusqu’à la mort à de noirs célibats Quand nous avons l’amour comme une bonne lampe!
Puis je songe au troupeau puéril et transi D’orphelines en deuil se dépêchant aussi Dans ce soir triste et la bruine qui les trempe…
Tristesse du dimanche, ô mon âme! où tu n’as Pour ressource que de songer aux orphelines S’en retournant vers leurs lointains orphelinats, Si frileuses, malgré leurs longues pèlerines…
Et seul, mélancolique, en mon dormant logis, J’occupe à les aimer mon rêve qui s’ennuie, Et j’entends de chez moi distinctement la pluie Faufiler leurs bonnets de linge défraîchis.