Le règne du silence

Georges Rodenbach · Chapitre 61 sur 105

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Le règne du silence

Chapitre XV

Les longs dimanches soir, toutes ces existences Réduites à songer si tristement, là-bas: Vieilles filles qu’on voue à des impénitences, Cœurs vierges dans le noir étui des célibats.

 

Et des hortensias, couleur de leur visage, Se fanent lentement sur les châssis; ainsi Leur jeunesse, sans nul amour, sans bon présage, Derrière les carreaux effeuille son souci.

 

Là-bas, toujours la même apparence d’automne Parmi ces meubles vieux, ces cadres dédorés, Ces miroirs d’eau souffrante où la clarté tâtonne, —Vieilles filles sans joie aux gestes timorés, Vieilles filles, le front collé contre la vitre!

Vitre provinciale, écran mort et fermé Où ne s’ébauche rien qu’un passage de mitre Quand la Procession sort un dimanche, en mai!

 

C’est la vie anonyme! oh! morne et désolée, Dans ces chambres, sans même un bonheur anodin…

Et les rideaux tombants de guipure gelée Sont comme un immuable et glacial jardin.