Le règne du silence
Chapitre XVI
Dans mon Ame, sous des guirlandes d’encens bleu, Vont des Processions d’anciennes Fête-Dieu; Processions de mai qu’on croyait disparues, Processions d’enfance en l’honneur du Saint-Sang; Car mon Ame a toujours, dans le noir de ses rues, Quelque Procession au plain-chant grandissant: Voix s’ajourant dans moi, comme filigranées, Enfants de chœur aux voix douces, aux frêles voix, Ciselures des beaux dimanches d’autrefois, Or frais qui s’éternise aux chasubles fanées!
Et dans mon Ame, où rêve un encens bleuissant, Parmi des prêtres noirs, de blanches théories, S’attarde la Fiole en des orfèvreries, Rouge du seul rubis possédé du Saint-Sang.
O goutte de la Plaie ouverte par la Lance, La relique sacrée en mon Ame s’avance…
Or, supposez un heurt sur le cristal béni, Et voyez-vous soudain couler tout l’Infini, Et voyez-vous, en moi, mon sang qui s’étiole Rajeuni par le Sang divin de la Fiole?