Le règne du silence
Chapitre II
Le dimanche est toujours tel que dans notre enfance; Un jour vide, un jour triste, un jour pâle, un jour nu; Un jour long comme un jour de jeûne et d’abstinence Où l’on s’ennuie; où l’on se semble revenu D’un beau voyage en un pays de gaîté verte, Encore dérouté dans sa maison rouverte Et se cherchant de chambre en chambre tout le jour…
Or le dimanche est ce premier jour de retour!
Un jour où le silence, en neige immense, tombe; Un jour comme anémique, un jour comme orphelin, Ayant l’air d’une plaine avec un seul moulin Géométriquement en croix comme une tombe.
Il se remontre à moi tel qu’il s’étiolait Naguère, ô jour pensif qui pour mes yeux d’enfance Apparaissait sous la forme d’une nuance: Je le voyais d’un pâle et triste violet, Le violet du demi-deuil et des évêques, Le violet des chasubles du temps pascal.
Dimanches d’autrefois! Ennui dominical Où les cloches, tintant comme pour des obsèques, Propageaient dans notre âme une peur de mourir.
Or toujours le dimanche est comme aux jours d’enfance: Un étang sans limite, où l’on voit dépérir Des nuages parmi des moires de silence; Dimanche: une tristesse, un émoi sans raison…
Impression d’un blanc bouquet mélancolique Qui meurt; impression tristement angélique D’une petite sœur malade en la maison…