Le règne du silence

Georges Rodenbach · Chapitre 94 sur 105

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Le règne du silence

Chapitre XV

O neige, toi la douce endormeuse des bruits Si douce, toi la sœur pensive du silence, O toi l’immaculée en manteau d’indolence Qui gardes ta pâleur même à travers les nuits.

Douce! tu les éteins et tu les atténues Les tumultes épars, les contours, les rumeurs; O neige vacillante, on dirait que tu meurs Loin, tout au loin, dans le vague des avenues!

Et tu meurs d’une mort comme nous l’invoquons, Une mort blanche et lente et pieuse et sereine, Une mort pardonnée et dont le calme égrène Un chapelet de ouate, un rosaire en flocons.

Et c’est la fin: le ciel sous de funèbres toiles Est trépassé; voici qu’il croule en flocons lents, Le ciel croule; mon cœur se remplit d’astres blancs Et mon cœur est un grand cimetière d’étoiles!