Le règne du silence

Georges Rodenbach · Chapitre 58 sur 105

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Le règne du silence

Chapitre XII

Le dimanche est un ciel vide et silencieux Où j’écoute frémir les coiffes des Béguines Dont la marche aboutit à mon cœur anxieux.

Halo de bruit autour des faces ivoirines, Halo de bruit malgré l’absence m’arrivant…

Ah! cela vient vers moi de si loin dans le vent Ces frissons de cornette en forme de colombe: Quelque chose de blanc qui sur les fronts surplombe; Ailes faites de neige et de linge qui dort, Ailes faites aussi d’un peu de clair de lune Qui paraissent, ayant replié leur essor, Être le Saint-Esprit descendu sur chacune!

Car les Béguines sont les sœurs du Saint-Esprit; Et leurs calmes couvents, dans les enclos gothiques, Ne sont-ce pas plutôt des colombiers mystiques?

Essaims d’âmes (encore un peu, Dieu les proscrit) Qui se reposent là, dans des haltes bénignes, En picorant les grains bénits des chapelets; Mais s’en iront bientôt par les soirs violets Sur leurs ailes de linge aux blancheurs rectilignes.