Le règne du silence

Georges Rodenbach · Chapitre 86 sur 105

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Le règne du silence

Chapitre VII

La chambre avait un air mortuaire et fermé Dans cette hôtellerie, en une ville morte, Où nous avons vécu, ce divin soir de mai!

Silencieusement se referma la porte, Comme en peine de voir entrer notre bonheur.

Et nous allions à pas étouffés, pris de peur, Comme on entre dans la chambre d’une malade…

Il flottait quelque chose encor d’une odeur fade D’anciens bouquets mêlés jadis à des baisers Et maintenant défunts en d’invisibles verres.

Et les sombres rideaux aux plis éternisés Et les meubles d’un luxe âgé, froids et sévères, Gardaient sur eux de la poussière en flocons noirs Qui parmi l’autrefois des étoffes fanées Mélancoliquement, depuis tant de longs soirs, Avaient neigé du lent sablier des années!

 

Chambre étrange: on eût dit qu’elle avait un secret D’une chose très triste et dont elle était lasse D’avoir vu le mystère en fuite dans la glace!…

Car notre amour faisait du mal à son regret.

Et même lorsque avec des mains presque dévotes Tu vins frôler le vieux clavecin endormi, Ce fut un chant si pâle et si dolent parmi La solitude offerte au réveil des gavottes Que tu tremblas comme au contact d’un clavier mort.

Et muets, nous sentions, dans cette chambre étrange Avec qui notre joie était en désaccord, L’hostilité d’un grand silence qu’on dérange!