Le règne du silence
Chapitre VIII
L’obscurité, dans les chambres, le soir, est une Irréconciliable apporteuse de craintes; En deuil, s’habillant d’ombre et de linges de lune, Elle inquiète; elle a de félines étreintes Comme une eau des canaux traîtres où l’on se noie.
L’obscurité, c’est la tueuse de la Joie Qui dépérit, bouquet de roses transitoires, Quand elle y verse un peu de ses fioles noires.
L’obscurité s’installe avec le crépuscule; Elle descend dans l’âme aussi qui s’enténèbre; Sur le miroir heureux tombe un crêpe funèbre; La clarté, dirait-on, est blessée et recule Vers la fenêtre où s’offre un linceul de dentelle.
L’ombre est un poison noir, d’une douceur mortelle!
Et voici qu’on frémit d’on ne sait quoi… c’est l’heure Où le vol libéré des âmes nous effleure; Ah! quel trouble! Et les peurs, les peurs dominatrices Dans les rideaux des lits agitant des fantômes!
Et ces sachets du linge aux sensuels aromes!
Et les lampes, là-bas, rouvrant leurs cicatrices, Qui vont recommencer à faire saigner l’ombre!
Mais l’ombre se défend contre les lampes frêles, Épaississant dans les angles sa force sombre —On écoute les moucherons griller leurs ailes…—
Et l’on soupçonne, à voir mourir les bestioles, Que c’est l’obscurité qui se venge ainsi d’elles Pour avoir aimé mieux que ses noires fioles Le soleil qui revit dans les lampes fidèles!