Le règne du silence
Chapitre XII
Le long des quais, sous la plaintive mélopée Des cloches, l’Eau déserte est tout inoccupée Et s’en va sous les ponts, silencieusement, Pleurant sa peine et son immobile tourment, Se plaindre de la vie éparse qui l’afflige!
Et la lune a beau choir comme une fleur sans tige Dans le courant, elle a l’air d’être morte, et rien Ne fait plus frissonner au souffle aérien Ce pâle tournesol de lumière figée.
Eau dédaigneuse! Sœur de mon âme affligée, Qui se refuse aux vains décalques d’alentour, Elle qui peut pourtant mirer toute une tour…
O taciturne cœur! Cœur fermé de l’Eau noire, Toute à se souvenir en sa vaste mémoire D’un ancien temps vécu qui maintenant est mort: Cadavre qu’elle lave avec son eau qui tord Des tristesses de linge en pitié quotidienne…
O l’Eau, sœur de mon âme, empire des noyés, Se répétant le soir l’une à l’autre: «Voyez S’il est une douleur comparable à la mienne!»