Le règne du silence
Chapitre VI
Sur l’horizon confus des villes, les fumées Au-dessus des murs gris et des clochers épars Ondulent, propageant en de muets départs Les tristesses du soir en elles résumées.
On dirait des aveux aux lèvres des maisons: Chuchotement de brume, inscription en fuite, Confidence du feu des âtres qui s’ébruite Dans le ciel et raconte en molles oraisons L’histoire des foyers où la cendre est éteinte.
Vague mélancolie au loin se propageant…
Car, parmi la langueur d’une cloche qui tinte, On dirait des ruisseaux d’eau pâle voyageant, Des ruisseaux de silence aux rives non précises Dont le peu d’eau glisse au hasard, d’un cours mal sûr, En méandres ridés, en courbes indécises Et, comme dans la mer, va se perdre en l’azur!
C’est parce qu’on les sait ainsi tout éphémères Qu’on les suit dans le ciel avec des yeux meilleurs; Elles que rien n’attache, elles qui vont ailleurs Et dont les convois blancs emportent nos chimères Comme dans de la ouate et dans des linges fins.
Évanouissement et dispersion lente
De la fumée au fond du ciel doux, par les fins D’après-midi, lorsque le vent la violente, Elle déjà si faible et qui meurt sans effort —Neige qui fond; encens perdu dans une église; Poussière du chemin qui se volatilise,—
Comme une âme glissant du sommeil dans la mort!