Les Climats
O nuit de Syracuse: Urne aux flancs arrondis! Logique de Platon! Ame de Pythagore! Ancien Testament des Hellènes; amphore Qui verses dans les cœurs un vin sombre et hardi, Je sais bien les secrets que ton ombre m’a dits.
Je sais que tout l’espace est empli du courage Qu’exhalèrent les Grecs aux genoux bondissants; Les chauds rayons des nuits, la vapeur des nuages Sont faits avec leur voix, leurs regards et leur sang.
Je sais que des soldats, du haut des promontoires, Chantant des vers sacrés et saluant le sort, Se jetaient en riant aux gouffres de la mort Pour retomber vivants dans la sublime Histoire!
Ainsi ma nuit passait. L’ache, l’anet crépu Répandaient leurs senteurs. Je regardais la rade; La paix régnait partout où courut Alcibiade, Mais,--noble obsession des âges révolus,-- L’éther semblait empli de ce qui n’était plus...
J’entendis sonner l’heure au noir couvent des Carmes. L’espace regorgeait d’un parfum d’orangers. J’écoutais dans les airs un vague appel aux armes... ## Et le pouvoir des nuits se mit à propager L’amoureuse espérance et ses divins dangers:
O désir du désir, du hasard et des larmes!
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LES SOIRS DU MONDE
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O soirs que tant d’amour oppresse, Nul œil n’a jamais regardé Avec plus de tendre tristesse Vos beaux ciels pâles et fardés! J’ai délaissé dès mon enfance Tous les jeux et tous les regards, Pour voguer sans peur, sans défense, Sur vos étangs qui veillent tard.
Par vos langueurs à la dérive, Par votre tiède oisiveté, Vous attirez l’âme plaintive Dans les abîmes de l’été...