Les Climats
A peine l’aube naît, chaque maison sommeille;…
A peine l’aube naît, chaque maison sommeille; L’atmosphère, flexible et prudente corbeille, Porte le monde ainsi que des fruits nébuleux. On croit voir s’envoler le coteau mol et bleu. Tout à coup, le soleil, ramassé dans l’espace, Eclate, et vient viser toute chose qui passe; La brise, étincelante et forte comme l’eau, Jette l’odeur des fleurs sur le cœur des oiseaux, Mêle les flots marins, dont la cime moelleuse Fond dans une douceur murmurante, écumeuse... Que mon front est joyeux, que mes pas sont dansants! Je m’élance, je marche au bord des cieux glissants: Dans mes songes, mes mains se sont habituées A dénouer le voile odorant des nuées! L’étendue argentée est un tapis mouvant Où court la verte odeur des figuiers et du vent; Dans les jardins bombés, qu’habite un feu bleuâtre, Les épais bananiers, au feuillage en haillons, Elancent de leurs flancs, crépitants de rayons, Le fougueux bataillon des fruits opiniâtres. Je regarde fumer l’Etna rose et neigeux; Les enfants, sur les quais, ont commencé leurs jeux. Chaque boutique, avec ses câpres, ses pastèques, Baisse sa toile; on voit briller l’enseigne grecque Sur la porte, qu’un jet de tranchante clarté Fait scintiller ainsi qu’un thon que le flot noie; Tout est délassement, espoir, activité; Mais quel désir d’amour et de fécondité, Hélas! s’éveille au fond de toute grande joie!
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Et pour un nouveau joug, ô mortels! Eros ploie La branche fructueuse et forte de l’été...
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CEUX QUI N’ONT RESPIRÉ...
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Ceux qui n’ont respiré que les nuits de Hollande, Les tulipes des champs, les graines des bouleaux, Le vent rapide et court qui chante sur la lande, Les quais du Nord jetant leur goudron sur les flots,
Ceux qui n’ont contemplé que les blés et les vignes Croissant tardivement sous des cieux incertains, Qui n’ont vu que la blanche indolence des cygnes Que Bruges fait flotter dans ses brumeux matins,
Ceux pour qui le soleil, au travers du mélèze, Pendant les plus longs jours d’avril ou de juillet, Remplace la splendeur des campagnes malaises, Et les soirs sévillans enivrés par l’œillet,
Ceux-là, vivant enclos dans leurs frais béguinages, Souhaitent le futur et vague paradis, Qui leur promet un large et flamboyant voyage Où s’embarquent les cœurs confiants et hardis.
Mais ceux qui, plus heureux, ont connu votre audace, O bleuâtre Orient! Incendie azuré, Prince arrogant et fier, favori de l’espace, Monstre énorme, alangui, dévorant et doré;
Ceux qui, sur le devant de leur ronde demeure, Coupole incandescente, opacité de chaux, Ont vu la haute palme éparpiller les heures, Qui passent sans marquer leurs pieds sur les cieux chauds;
Ceux qui rêvent le soir dans le grand clair de lune, ## Aurore qui soudain met sa robe d’argent Et trempe de clarté la rue étroite et brune, Et le divin détail des choses et des gens,
Ceux qui, pendant les nuits d’ardente poésie, Egrenant un collier fait de bois de cyprès, Contemplent, aux doux sons des guitares d’Asie, Le long scintillement d’un jet d’eau mince et frais,
Ceux-là n’ont pas besoin des infinis célestes; Nul immortel jardin ne surpasse le leur; Ils épuisent le temps, pendant ces longues siestes Où leur corps étendu porte l’ombre des fleurs.
Leur âme nonchalante, et d’azur suffoquée, Cherche la Mort, pareille à l’ombrage attiédi Que font le vert platane et la jaune mosquée Sur le col des pigeons, attristés par midi...
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LE CIEL BLEU DU MILIEU DU JOUR...
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Le ciel bleu du milieu du jour vibre, travaille, Encourage les champs, les vignes, les semailles, Comme un maître exalté au milieu des colons! Tout bouge; sous les frais marronniers du vallon, L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques, Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque. Sur les murs villageois, le vert abricotier S’écartèle, danseur de feuillage habillé. Les parfums des jardins font au-dessus du sable, Une zone qui semble au cœur infranchissable. L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eau Sous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux. L’hirondelle, toujours par une autre suivie, Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants: L’espace est sillonné par ces rapprochements... ## Et parfois, à côté de cette immense vie On voit, protégé par un mur maussade et bas, Le cimetière où sont, sans regard et sans pas, Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête, Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête! Hélas! dans le profond et noir pays du sol, Malgré les cris du geai, le chant du rossignol, Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes, Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe. Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux, Ces doux indifférents, ces grands silencieux; Et la route qui longe et contourne leur pierre, Eclate, rebondit d’un torrent de poussière Que soulève, en passant, le véhément parcours Des êtres que la mort prête encor à l’amour... ## Et moi qui vous avais délaissée, humble terre, Pour contempler la nue où l’âme est solitaire, Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel, Nul ne saurait quitter vos chemins maternels. En vain, l’intelligence, agile et sans limite, Avide d’infini, vous repousse et vous quitte; En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants Peuplent l’azur soumis d’héroïques passants, Ils seront ramenés et liés à vos rives, Par le poids du désir, par les moissons actives, Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...