Les Climats

Anna de Noailles · Chapitre 28 sur 52

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Les Climats

Par ce cristal des jours, par ces…

Par ce cristal des jours, par ces splendeurs païennes, Seigneur, préservez-nous de la paix quotidienne Qui stagne sans désir, comme de glauques eaux! Nous avons faim d’un chant et d’un bonheur nouveau! Je sais que l’âpre joie en blessures abonde, Je ne demande pas le repos en ce monde; Vous m’appelez, je vais; votre but est secret; Vous m’égarez toujours dans la sombre forêt; Mais quand vous m’assignez quelque nouvel orage, Merci pour le danger, merci pour le courage! A travers les rameaux serrés, je vois soudain La mer, comme un voyage exaltant et serein! Je sais ce que l’on souffre, et si je suis vivante, C’est qu’au fond de la morne ou poignante épouvante, Lorsque parfois ma force extrême se lassait, Un ange, au cœur cerclé de fer, me remplaçait... ## Et pourtant, je ne veux pas amoindrir ma chance D’être le lingot d’or qui brise la balance; D’être, parmi les cœurs défaillants, incertains, L’esprit multiplié qui répond au Destin! Je n’ai pas peur des jours, du feu, du soir qui tombe; Dans le désert, je suis nourrie par les colombes. Je sais bien qu’il faudra connaître en vous un jour La fin de tout effort, l’oubli de tout amour, Nature! dont la paix guette notre agonie.

Mais avant cet instant de faiblesse infinie, Traversant les plateaux, les torrents hauts ou secs, Chantant comme faisaient les marins d’Ionie Dans l’odeur du corail, du sel et du varech, J’irai jusqu’aux confins de ces rochers des Grecs, Où les flots démontés des colonnes d’Hercule Engloutissaient les nefs, au vent du crépuscule!...

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JE N’AI VU QU’UN INSTANT...

Je n’ai vu qu’un instant les pays beaux et clairs, Sorrente, qui descend, fasciné par la mer, Tarente, délaissé, qui fixe d’un œil vague Le silence entassé entre l’air et les vagues; Salerne, au cœur d’ébène, au front blanc et salé, Où la chaleur palpite ainsi qu’un peuple ailé; Amalfi, où j’ai vu de pourpres funérailles Qu’accompagnaient des jeux, des danses et des chants, Surprises tout à coup, sous le soleil couchant, Par les parfums, croisés ainsi que des broussailles... Foggia, ravagé de soleil, étonné De luire en moisissant comme un lis piétiné; Pompéi, pavoisé de murs peints qui s’écaillent, Pæstum qu’on sent toujours visité par les dieux, Où le souffle marin tord l’églantier fragile, Où, le soir, on entend dans l’herbage fiévreux Ce long hennissement qui montrait à Virgile, Ebloui par son rêve immense et ténébreux, Apollon consolant les noirs chevaux d’Achille...