Les Climats
Belle eau d’un pâle enfer qui m’attire et me touche, Puisque la mort, ce soir, n’a rien qui m’effarouche, Montez jusqu’à mon cœur, montez jusqu’à ma bouche...
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MIDI SONNE AU CLOCHER DE LA TOUR SARRASINE
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Ne recherche pas la cause de la turbulence: c’est l’affaire de la mystérieuse nature...
Midi sonne au clocher de la tour sarrasine. Un calme épanoui pèse sur les collines; Les palmes des jardins font insensiblement Un geste de furtif et doux assentiment. Le vent a rejeté ses claires arbalètes Sur la montagne, entre la neige et les violettes! Les rumeurs des hameaux ont le charme brouillé D’une vague, glissant sur de blancs escaliers... ## O calme fixité, que ceint un clair rivage, L’Amour rayonne au centre indéfini des âges! Un noir cyprès, creusé par la foudre et le vent, Ondulant dans l’air tiède, officiant, rêvant, Semble, par sa débile et céleste prière, Un prophète expirant, entr’ouvert de lumière! ## Aérienne idylle, envolement d’airain, La cloche au chant naïf du couvent franciscain Répond au tendre appel de la cloche des Carmes. L’olivier, argenté comme un torrent de larmes, Imite, en se courbant sous les placides cieux, L’humble adoration des cœurs minutieux... ## Quel vœu déposerai-je en vos mains éternelles, Sainte antiquité grecque, ô Moires maternelles? Déjà bien des printemps se sont ouverts pour moi. Au pilier résineux de chacun de leurs mois J’ai souffert ce martyre enivrant et terrible, Près de qui le bonheur n’est qu’un ennui paisible... Je ne verrai plus rien que je n’aie déjà vu. Je meurs à la fontaine où mon désir a bu: Les battements du cœur et les beaux paysages, L’ouragan et l’éclair baisés sur un visage, L’oubli de tout, l’espoir invincible, et plus haut L’extase d’être un dieu qui marche sur les flots; La gloire d’écouter, seule, dans la nature, L’universelle Voix, dont la céleste enflure Proclame dans l’azur, dans les blés, dans les bois, «Ame, je te choisis et je me donne à toi,» Tout cela qui frissonne et qui me fit divine, Je ne le goûterai que comme un front s’incline Sur le miroir, voilé par l’ombre qui descend, Où déjà s’est penché son rire adolescent... ## Mais la fougueuse vie en mon cœur se déchaîne: O son des Angélus dans les faubourgs de Gênes, Tandis qu’au bord des quais, où règne un lourd climat, Les vaisseaux entassés, les cordages, les mâts, Semblent, dans le ciel pâle où la chaleur s’énerve, De noirs fuseaux, tissant la robe de Minerve! Vieille fontaine arabe, au jet d’eau mince et long, Exilée en Sicile, en de secrets vallons. Soirs du lac de Némi, soirs des villas romaines, Où la noble cascade en déroulant sa traîne Sur un funèbre marbre, imite la pudeur De la Mélancolie, errante dans ses pleurs, Et qu’un faune poursuit sur la rapide pente... ## Muet accablement d’un square d’Agrigente: Jardin tout excédé de ses fleurs, où j’étais La Mémoire en éveil d’un monde qui se tait. Dans ce dormant Dimanche amolli et tenace, Mêlée à l’étendue, éparse dans l’espace, Etrangère à mon cœur, à mes pesants tourments, Je n’étais plus qu’un vaste et pur pressentiment De tous les avenirs, dont les heures fécondes S’accompliront sans nous jusqu’à la fin des mondes... ## Chaud silence; et l’élan que donne la torpeur! L’air luit; le sifflement d’un bateau à vapeur Jette son rauque appel à la rive marchande. Une glu argentée entr’ouvre les amandes; De lourds pigeons, heurtés aux arceaux d’un couvent, Font un bruit éclatant de satin et de vent, Comme un large éventail dans les nuits sévillanes... Sur l’aride sentier, un pâtre sur un âne Chantonne, avec l’habile et perfide langueur D’une main qui se glisse et qui cherche le cœur...