Les Climats

Anna de Noailles · Chapitre 26 sur 52

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Les Climats

Amazones en deuil, qui ne pouvez saisir L’ineffable langueur éparse sur les mondes, Sanglotez! A vos cris de l’éternel désir, Des bords de l’infini les amants vous répondent...

[Illustration]

NUIT VÉNITIENNE

[Illustration]

Deux étoiles d’argent éclairent l’ombre et l’eau, On entend le léger clapotement du flot Qui baise les degrés du palais Barbaro;

Une vague, en glissant, répond à l’autre vague: Enlaçante tristesse, appel dolent et vague. Un vert fanal, sur l’eau, tombe comme une bague.

Des gondoles s’en vont, paisible glissement. Deux hommes sont debout et parlent en ramant; On n’entend que la vague et leur voix seulement...

La nuit est comme un bloc d’agate monotone. Un volet qu’on rabat, subitement détonne Dans le silence. Où donc est morte Desdémone?

Un navire de guerre est amarré là-bas. Le vent est si couché, si nonchalant, si bas, Que le sel de la mer, ce soir, ne se sent pas.

Venise a la couleur dormante des gravures. Sous le masque des nuits et sa noire guipure, Deux mains, dans un jardin, ouvrent une clôture.

Les hauts palais dormants, aux marbres effrités, Luisent sur le canal somnolent, arrêté, Qui semble une liquide et molle éternité...