Les Climats

Anna de Noailles · Chapitre 13 sur 52

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Les Climats

Mais c’est vous qui, ce soir, partagez mon malaise, Dans l’église sans voix, au mur pâle et glacé, Déesse catholique, ô ma sainte Thérèse, Qui soupirez, les yeux baissés!

Malgré vos airs royaux, et la fierté divine Dont s’enveloppe encor votre cœur emporté, L’angoisse de vos traits permet que l’on devine Votre douce mendicité.

O visage altéré par l’ardente torture D’attendre le bonheur qui descend lentement, Appel mystérieux, hymne de la nature, Désir de l’immortel amant!

Je vous offre aujourd’hui, parmi l’encens des prêtres, Comme un grain plus brûlant mis dans vos encensoirs, Le rire que j’entends au bas de la fenêtre Où je rêve, seule, le soir;

C’est le rire joyeux, épouvanté, timide De deux enfants heureux, éperdus, inquiets, Qui joignent leurs regards et leurs lèvres avides, ## Et dont tout le sanglot riait!

Ils riaient, ils étaient effrayés l’un de l’autre; Un jet d’eau s’effritait dans le lointain bassin; La lune blanchissait, de sa clarté d’apôtre, La terrasse des Capucins.

Une palme portait le poids mélancolique De l’éther sans zéphyr, sans rosée et sans bruit; Rien ne venait briser son attente pudique, Que ce rire aigu dans la nuit!

Et je n’entendis plus que ce rire nocturne, Plus fort que les senteurs des terrasses de miel, Plus vif que le sursaut des sources dans leur urne, Plus clair que les astres au ciel.