Les Climats
Mais non, vous n’êtes pas l’universel Printemps, O saison humide et ployée Que j’aspire ce soir, que je touche et j’entends, Qui m’avez brisée et noyée!
Vous êtes le parfum que j’ai toujours connu, Depuis ma stupeur enfantine; La présence aux beaux pieds, le regard ingénu De ma chaude Vénus latine!
Vous êtes ce subit joueur de tambourin A qui les montagnes répondent, Et dont le chant nombreux anime sur le Rhin La vive effusion de l’onde!
Vous êtes le pollen des hêtres et des lis, L’amoureuse et vaste espérance, Et les brûlants soupirs que les nuits d’Eleusis Ont légués à l’Ile-de-France!
C’est à moi que ce soir vous livrez le secret De votre grâce turbulente; Les autres ne verront que l’essor calme et frais De votre croissance si lente.
Les autres ne verront,--Alsace aux molles eaux Qu’un zéphyr moite endort et creuse,-- Que vos étangs gisants, qui frappent de roseaux Votre dignité langoureuse!
Les autres ne verront que vos remparts brisés, Que vos portes toujours ouvertes, Où passe sans répit, sous un masque apaisé, Le tumulte des brises vertes!
Les autres ne verront, ô ma belle cité, Que la grave et sombre paupière De tes toits inclinés, qui font à ta fierté Un voile d’ombre et de prière.
Ils ne verront, ceux-là, de ton songe éternel, Que ta plaine qui rêve et fume, Que tes châteaux du soir, endormis dans le ciel. ## J’ai vu ton frein couvert d’écume!
Ceux-là ne sauront voir, à ton balcon fameux, Que la Marseillaise endormie; ## Moi j’ai vu le soleil, de son égide en feu, Empourprer ta feinte accalmie.
Les autres ne verront que ce grand champ des morts, Où le Destin s’assied, hésite, Et contemple le temps assoupi sur les corps... ## Moi j’ai vu ce qui ressuscite!
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CE MATIN CLAIR ET VIF...
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Ce matin clair et vif comme un midi du pôle, Où le vent vient filer le blanc coton des saules, Où, sur le pré touffu, de guêpes entr’ouvert, On croit voir crépiter un large soleil vert, Où glissent sur le Rhin, que franchit la cigogne, Les chalands engourdis qui montent vers Cologne, Où le village, avec ses lumineux sursauts, Semble un cercle d’enfants jouant avec de l’eau; Où j’entends dans les airs les pliantes musiques Que font en se croisant les brises élastiques; Ce matin exalté, qui, stagnant ou volant, Semble appuyer à tout un baiser violent, Où la blanche chaleur, somnolente tigresse, Reprend tout l’univers dans sa vaste caresse. Je songe, ô mon ami, dont je presse la main, Aux forces du silence et du désir humain, Puisque le plus profond et plus lourd paysage Ne vient que de mon cœur et de ton doux visage...
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LES NUITS DE BADEN
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Dans le pays de Bade, où les soirs sont si lourds, Où les noires forêts font glisser vers la ville, Comme un acide fleuve, invisible et tranquille, L’amère exhalaison du végétal amour,
Que de fois j’ai rêvé sur la terrasse, inerte, Ecoutant les volets s’ouvrir sur la fraîcheur, Dans ces secrets instants où les fleurs se concertent Pour donner à la nuit sa surprenante odeur...
Des voitures passaient, calèches romantiques, Où l’on voyait deux fronts s’unir pour contempler Le coup de dés divin des astres, assemblés Dans l’espace alangui, distrait et fatidique.
O Destin suspendu, que vous m’êtes suspect! ## Sous les rameaux courbés des tilleuls centenaires Un puéril torrent roulait son clair tonnerre; Des orchestres jouaient dans les bosquets épais, Mêlant au frais parfum dilaté de la terre, Cet élément des sons, dont la force éphémère Distend à l’infini la détresse ou la paix...