Les Climats
Tout tremble, s’exalte, soupire; Ardent émoi. O Juliette de Shakspeare, Comprenez-moi!...
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RIVAGES CONTEMPLÉS
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Rivages contemplés au travers de l’amour, Horizon familier comme une salle ronde, Où nos yeux enivrés s’interrogeaient toujours, Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde, Reverrai-je vos soirs précis et colorés, Les suaves chemins où nos pas ont erré Et que nos cœurs, emplis d’ardeur triste et profonde, Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde?
LA LANGUEUR DES VOYAGES
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Le matinal plaisir du soleil dans l’herbage, Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal; Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visage Opprimé de désir, altéré d’idéal; Le hameau romantique au creux d’un roc stérile; Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit; L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes, Où, soudain, l’on se sent libéré comme une île Que bat de tous côtés un flot discret et coi; Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande, Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs Que la noble denrée exotique achalande; Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs, Ont, pour le voyageur que le désir oppresse Et que guide un mystique et rêveur désespoir, L’insistante langueur qui prélude aux caresses...
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LE PRINTEMPS DU RHIN
(STRASBOURG)
Le vent file ce soir, sous un mol ciel d’airain, Comme un voilier sur l’Atlantique. On entend s’éveiller le Printemps souverain, A la fois plaintif et bachique;
Un abondant parfum, puissant, traînant et las Triomphe et pourtant se lamente. Le saule a de soyeux bourgeons de chinchilla Epars sur la plaine dormante.
Un bouleversement hardi, calme et serein A rompu et soumis l’espace; Les messages des bois et l’effluve marin S’accostent dans le vent qui passe!
Comment s’est-il si vite engouffré dans les bois, Ce dieu des sèves véhémentes? Tout encore est si sec, si nu, si mort de froid! ## C’est l’invisible qui fermente!
Là-bas, comme un orage aigu, accumulé, La flèche de la cathédrale Ajoute le fardeau de son sapin ailé A ce ciel qui défaille et qui râle.