Les Climats

Anna de Noailles · Chapitre 48 sur 52

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Les Climats

O soirs de Düsseldorf, quand les toits et leur neige Font un scintillement de cristal et de sel, Et que, petit garçon qui rentrait du collège, Vous évoquiez déjà rêveur universel, L’oriental aspect de la nuit de Noël!

Pourtant vous goûtiez bien la sensible Allemagne, Les muguets jaillissant dans ses bois ingénus, L’horloge des beffrois, dont les coups accompagnent Les rondes et les chants des filles aux bras nus;

Vous connaissiez le poids sentimental des heures Qui semblent fasciner l’errante volupté, Quand l’or des calmes soirs recouvre les demeures, Les gais marchés, le Dôme et l’Université;

Mais, fougueux inspiré, fier ami des naïades, Les humaines amours vous berçaient tristement, Et vous trouviez, auprès d’une enfant tendre et fade, La double solitude où sont tous les amants!

Accablé par la voix des forêts mugissantes, Vous inventiez Cordoue, ses palais et ses bains, La fille de l’alcade, altière et rougissante, Qui trahissant son âme offerte aux chérubins, Soupire auprès d’un jeune et dédaigneux rabbin...

Les frais torrents du Hartz et la mauresque Espagne Tour à tour enivraient votre insondable esprit. Que de pleurs près des flots! de cris sur la montagne! Que de lâches soupirs, ô Heine! que surprit La gloire au front baissé, votre sombre compagne!

Parfois, vers votre cœur que brisaient les démons, Et qui laissait couler sa détresse infinie, Vous sentiez accourir, par la brèche des monts, Les grands vents de Bohême et de Lithuanie;

Les cloches, les chorals, les forêts, l’ouragan Qui composent le ciel musical d’Allemagne, Emplissaient d’un tumulte orageux, où se joignent Les résineux parfums des arbres éloquents, Vos Lieder, à la fois déchirés et fringants.