Les Climats

Anna de Noailles · Chapitre 7 sur 52

Pages du PDF

Les Climats

A ces heures du soir où les mondes se plaignent, O mortels, quel amour pourrait vous rassurer? C’est pour mieux sangloter que les êtres s’étreignent; Les baisers sont des pleurs, mais plus désespérés.

La race des vivants, qui ne veut pas finir, Vous a transmis un cœur que l’espace tourmente, Vous poursuivez en vain l’incessant avenir... C’est pourquoi, ô forçats d’une éternelle attente, Jamais la volupté n’achève le désir!

[Illustration]

DANS L’AZUR ANTIQUE

[Illustration]

Espérances des humains, légères déesses... DIOTIME D’ATHÈNES.

Sous un ciel haletant, qui grésille et qui dort, Où chaque fragment d’air fascine comme un disque, Rome, lourde d’été, avec ses obélisques Dressés dans les agrès luisants du soleil d’or, Tremblait comme un vaisseau qui va quitter le port Pour voguer, pavoisé de ses mâts à ses cryptes, Vers l’amour fabuleux de la reine d’Egypte.

Les buis des vieux jardins, comme un terne miroir Tendaient au pur éther leur cristal vert et noir. Un cyprès balançait mollement sous la brise Sa cime délicate, entr’ouverte au vent lent, Et un jet d’eau montait dans l’azur jubilant Comme un cyprès neigeux qu’un vent léger divise...

J’errais dans les villas, où l’air est imprégné Du solennel silence où rêve Polymnie; Je voyais refleurir le temps que remanie La vie ingénieuse, incessante, infinie; Et, comme un messager antique et printanier, De frais ruisseaux couraient sous les mandariniers.

Dans un jardin romain, un vieux masque de pierre M’attirait: à travers ses lèvres, ses paupières, On voyait fuir, jaillir l’azur torrentiel; Et ce masque semblait, avec la voix du ciel, Héler l’amour, l’espoir, les avenirs farouches. Une même clameur s’élançait de ma bouche, Et, pleine de détresse et de félicité, Je m’en allais, les bras jetés vers la beauté!...