Méli-mélo de romances
Chapitre 1
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— Hélène ! Attends-moi ma puce ! crié-je à bout de souffle.
Je cours, sans pouvoir m’arrêter, sans réellement avancer, comme perdu dans le temps. La distance qui me sépare d’elle semble interminable, irréaliste. J’ai beau l’appeler, la supplier de s’arrêter, de m’attendre, on dirait qu’elle ne peut pas, qu’elle ne veut pas. Enfin, j’arrive à me stopper, essoufflé, le cœur tambourinant excessivement dans ma poitrine.
L’impression d’être loin d’elle et si près me perturbe. Cependant, j’arrive à profiter du spectacle que m’offre son corps. De dos, mon épouse est sublime. Sa robe blanche en dentelle épouse parfaitement son corps comme elle a épousé le mien. La longue traine ne l’empêche en rien dans ses mouvements, fluides et légers comme la brise qui me caresse. Sous ce tas de taffetas, je devine ses courbes, je les réétudie sans jamais m’en rassasier. Son déhanché diaboliquement désirable, sa poitrine angélique me fait perdre la tête. Bien que je ne puisse la toucher à cet instant, je sens son odeur qui se mêle au patchouli, s’imprègne à la mienne, nous rendant uniques. Le velouté de sa peau délicate teintée par les rayons du soleil que nous offre le sud reste gravé sur la mienne. Ses longs cheveux ondulés pour l’occasion habillent son dos d’une masse sombre et contraste avec le blanc immaculé de sa robe. L’image s’arrête nette. Dans un mouvement d’une élégance surnaturelle, Hélène se retourne, plus belle que jamais. Mes yeux s’emplissent d’un désir infini. La couleur ocre de ses iris m’envoie dans une envie de passion ardente.
Je tends le bras, la touche. Enfin ! En un battement de cil, ma douce s’est rapprochée. Puis elle se retrouve entourée de mes bras. Ma sécurité l’enveloppe, la rassure. Pendant un temps, nous dansons une valse hors du temps. Une clairière se dessine, parsemée de marguerites. Des herbes folles nous cachent jusqu’à mi-jambe. Ma belle rit aux éclats et le son qui en sort tinte parfaitement à mon ouïe comme la note d’un accord. Une couverture au sol, un panier de mets parfumés nous attend. En silence, nous mangeons. En l’observant, je remarque que son ventre s’est arrondi. Je le caresse fièrement, le secret qu’il abrite m’emplit de joie. Le soleil se couche, je ferme les yeux pour les rouvrir sur une chambre blanche. Un cri me fait tourner la tête. Dans mes bras je porte un nouveau-né, petit, adorable. Il me détaille, j’en fais de même.
La scène se joue presque à l’identique. Nous sommes dans la clairière, ma femme à un ventre rond, un petit entre les jambes, mon cœur succombe d’amour.
Un nouveau spectacle s’offre à moi. La nudité de ma belle m’offre une magnifique jouissance. De nouveau, je la serre dans mes bras. Son souffle saccadé par l’excitation ralentit, son teint rosé par mes caresses se peint d’une teinte livide. Ses cheveux noirs de jais perdent de leurs éclats, se font grisonnants. Sa peau parfaite fait place aux rides, aux taches, à la vieillesse. Les bras qui l’entourent se fanent, eux aussi. Le sentiment de sécurité s’est dissipé pour laisser place à l’inquiétude d’une vie terminée.
Je relève la tête, je suis seul. Dans mes bras, ma belle n’est plus. Au sol, je la trouve gisante, les yeux entrouverts, souriant aux anges, elle vient de m’abandonner. Sans même me dire au revoir ou adieu, sans me prévenir, elle m’a quitté.
À présent, les paupières abaissées sur le paradis, elle passe le feu, rejoint les anges. Agenouillé devant une pierre tombale à son effigie, je suis perdu. Ma confidente, mon amie, ma maitresse, ma femme, ma bien-aimée est partie, jamais plus je ne la verrai ici-bas. Les mains tremblantes, je caresse une dernière fois la pierre froide. L’humidité de la rosée fait briller cette stèle qui me rappelle Hélène. Elle aussi brille. Elle brille de là-haut. Elle éclaire le monde de sa beauté, de sa générosité, de sa bienveillance et de son amour. Un voile s’installe sur mes yeux m’empêchant de voir la beauté du monde, de la vie. Un linceul couvre mon cœur, il ne bât plus.
Mes joues desséchées d’avoir trop pleuré se creusent au fil des jours, des mois et des années qui s’écoulent. Avec sa perte, mon envie de la vie s’amenuise, s’étiole jusqu’à ne plus pouvoir. Dans un dernier effort pour mes enfants, mes petits-enfants, je m’échine à tenir au filin de celle-ci. Mais pour combien de temps encore ?
Désormais, je ne sens plus l’air vivifiant lécher mon corps. Je ne sens plus la chaleur du soleil sur ma peau, ni l’odeur de la prairie où nous mangions. Les chardons ne me piquent plus les fesses pendant qu’elle est sur moi. Offerte au monde, les seins fièrement dressés, la tête rejetée en arrière, le visage emplit d’une jouissance extrême. Jamais plus, je n’ai senti un tel bonheur. Le son de sa voix, sa sensualité ne résonne plus, ne m’excite plus.
Doucement, je perds pied. Doucement, le linceul sur mon cœur se resserre
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