Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 14 sur 34

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Méli-mélo de romances

Maya

 

Camille est charmant, drôle et un fantastique danseur. Au départ, j’étais un peu réticente puis je me suis dit que moi aussi j’avais le droit de m’amuser. S’il a réussi à faire l’impasse sur sa femme pendant quelques heures, je dois être capable d’en faire autant avec le fait qu’il garde mon fils. Après avoir commandé le menu, nous bavardons d’un peu tout sans entrer dans les sujets épineux, mais fatalement à un moment donné, la question que je redoutais, tombe :

— Alors qu’est-ce qu’il s’est passé avec Joe pour qu’il te laisse ?

Avant de répondre, je réfléchis à ce que je veux répondre, mais j’ai beau retourner la réponse dans tous les sens, ça revient au même.

— Il m’a trompé pendant des mois. À l’annonce de la grossesse de Laël, Joe a perdu pied, il s’est remis à sortir avec ses copains, m’a délaissée. J’ai pensé qu’il fallait qu’il encaisse la nouvelle alors je l’ai laissé faire en me disant que ça allait passer, qu’on aurait notre bébé et que tout irait mieux.

Je m’arrête un peu, bois une gorgée de mon cocktail et reprends en regardant droit dans les yeux turquoise de l’homme qui se tient face à moi.

— Et puis un jour, je suis arrivée plus tôt du boulot pour lui faire une surprise et c’est moi qui l’ai eue. Il était en train de baiser une salope qu’il avait rencontrée en boite. Il ne s’est pas excusé, elle non plus. Ils sont partis avec ses affaires, main dans la main, me laissant seule avec mon ventre de quatre mois. Je n’ai plus eu de nouvelles pendant des semaines. Elle l’a quitté, il m’a rappelée en chialant. Évidemment, je lui ai dit d’aller se faire voir. Plus tard, je l’ai prévenu que j’avais accouché, il n’a pas daigné me répondre. Et le mois dernier, il est revenu dans la région, la fleur au fusil essayant de me récupérer. Mais j’ai compris que ce mec était un opportuniste et un enfoiré. Il a voulu reprendre son rôle de père juste pour ne pas payer la pension alimentaire, mais, il ne m’aura pas cette ordure…

— Calme-toi, tu y vas fort sur les injures, me dit posément Camille. Tu t’es laissée emporter, je crois ! Je comprends ton ressenti face à ce type, mais il ne mérite pas autant d’attention de ta part. Comme tu l’as dit, ce n’est pas un homme bien, mais ça reste le père de Laël et malheureusement, tu dois trouver un terrain d’entente pour lui. Tu dois oublier tout ce qu’il t’a fait et surtout ne mets pas tous les hommes dans le même panier.

Il me dit ça en insistant bien sur sa dernière phrase. Pour le rassurer, je lui dis :

— Rassure-toi, Camille. Je ne t’ai jamais comparé à lui et ça ne risque pas d’arriver. Tu es un homme charmant et une nounou d’enfer. Tu es un paradoxe à toi tout seul et c’est ce que j’aime chez toi.

Tout en lui disant cela, ma main s’est aventurée sur son visage et caresse sa joue. Lorsque je m’en rends compte, je le lâche et demande pour changer de sujet :

— Et toi ta femme, si ce n’est pas indiscret, elle est partie comment ?

Il respire un grand coup. Comme moi, Camille a son passé avec ses démons, ses angoisses et son lot de tristesse. Je sais que Lyly n’a pas eu le temps de connaître sa mère et c’est vrai que cela m’intrigue.

— Christelle est morte à la suite de l’arrivée de notre fille. Elle a déclenché une pré-éclampsie qui s’est compliquée. Ils ont effectué une césarienne en urgence, elle n’était enceinte que de sept mois et une semaine. Les risques que je perde les deux femmes que j’aimais étaient importants, mais un miracle s’est produit, Lyly a survécu. Elle est née avec sept semaines d’avance et avec un poids de presque trois kilos, ce qui l’a certainement sauvée. Mais ma femme… Christelle, a fait une éclampsie et est restée sur la table d’accouchement sans pouvoir prendre sa fille dans les bras, sans pouvoir la toucher ou la voir. Elle est morte ce soir-là en donnant la vie…

Camille craque devant moi en me racontant ce terrible récit. Voir pleurer un homme de son envergure me fait craquer encore plus et l’envie de le rassurer, de l’apaiser me brûle. Pleurant, moi aussi, en écoutant cette histoire qui me vrille les tripes, je me lève et me colle à lui. Il m’entoure la taille de ses bras robustes et pose sa tête à hauteur de mon ventre. La chaleur dans mon cœur s’intensifie. Avec ce drame, cet homme s’est forgé une carapace et ce soir, il m’a laissé le voir, lui. En attendant que sa peine s’exprime, je lui caresse les cheveux. La tête baissée, sa tristesse se tait.

De nouveau, il lève la tête et me regarde :

—Je ne l’ai jamais dit à personne. Cet étau qui me broie le cœur est toujours présent, comme pour me rappeler ce qu’elle a subi, pour me prouver que bien que la vie ait pris celle que j’aime, elle m’a laissé garder la plus belle chose qui me soit arrivée. Je regrette qu’elle soit partie comme ça, je regrette de n’avoir rien pu faire pour l’aider, je regrette qu’elle n’ait même pas connu l’enfant pour lequel elle s’était battue. Je n’avais jamais envisagé ma vie sans elle, encore moins d’être veuf et papa. Mais ce jour-là, malgré l’horreur, malgré l’enfer dans lequel j’étais, j’avais ma fille et comme une évidence, je me suis dit que j’aurais pu perdre les deux. Ma Lyly a été ma bouée de sauvetage, elle a été mon pilier ces derniers mois. Née prématurée, elle a déjà une force de vie incroyable. Elle est ma raison de vivre désormais…

Je me penche et lui offre un doux baiser. Un baiser pour lui montrer qu’il est bien vivant et qu’il a le droit d’aimer à nouveau. Un baiser pour lui dire que je ressens la même chose que lui.

Malgré ces instants de confessions intenses, je me sens plus légère. Peut-être qu’en exposant nos secrets, nos douleurs, je me sens moins seule. Son histoire est plus tragique que la mienne et me fait voir les choses différemment désormais. Laël a la chance d’avoir son père, pas parfait, certes, mais il est bien vivant alors oui, il aura le droit de tenir son rôle de père, je l’y encouragerais.

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