Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 6 sur 34

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Méli-mélo de romances

Chapitre 1

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1

 

Pianotant sur mon téléphone, je relève la tête de temps à autre et le regarde discrètement. Cet homme, jadis mon prince charmant, a perdu de sa splendeur. Malheureusement, aujourd’hui nous ne sommes plus un couple. Notre relation équivaut à des connaissances vivant en colocation, faisant partie de ces gens qui vivent ensemble parce que ça fait bon chic bon genre. Toujours, je le regarde, toujours je me demande pourquoi.

Il roule, concentré sur le bitume qui défile. Sur le chemin de la rédemption, de la dernière chance ? Encore une ? Je réfléchis, ai-je vraiment envie de sauver ce mariage ? En ai-je seulement la volonté ? Il se tourne pour me regarder, je me détourne rapidement, ne voulant pas croiser ses magnifiques iris mordorées. Ses yeux dans lesquels je me suis perdue il y a presque dix ans de cela, ses yeux dans lesquels je me suis souvent noyée puis récupérée. Mais c’est terminé à présent. Je sais que notre histoire arrive à son point final et je suis persuadée que cette dernière chance n’est finalement que la fin de la page. La prochaine sera blanche, signe d’un nouveau départ plus libre, plus heureux.

 

Je regarde le paysage quelques secondes, le temps pour lui de retrouver l’asphalte. Un panneau nous indique plus de trois cents kilomètres avant destination, la route va être longue. Sans un mot, je monte le son de la radio. Les tubes du moment emplissent l’habitacle de la voiture. Je ferme les yeux et me laisse aller au gré des morceaux qui me donnent la bougeotte.

Je me repasse notre rencontre en boite de nuit. Il était charmant, charismatique. Il était beau tout simplement. Il était joueur, avec beaucoup d’humour. Moi, j’étais de celles qui voulaient être regardées, qui brillaient. J’appréciais qu’on me complimente. J’aimais plaire…

Désormais, je suis une femme de carrière, lui également. Nous avons pris notre travail comme amant, décidant que nous préférions cette vie plutôt que de la vivre ensemble, côte à côte. Ce week-end, celui de Noël, c’est notre dernier tour. Pour faire bonne figure face à la famille, pour ne pas les décevoir, nous leur annoncerons notre séparation un peu plus tard. Je ne me voile plus la face, car c’est de cela qu’il est question désormais.

Oubliant ces sombres heures attendues, je fixe l’écran de mon téléphone.

— Oh non, c’est la poisse !

— Que se passe-t-il ? me demande Sébastien sans se retourner.

— Mon réseau est foutu, m’énervé-je, je ne peux plus rien faire, je ne peux même pas naviguer sur le Net !

— Ce n’est pas grave, ça te permettra de le lâcher un peu, me dit-il, taquin.

— Et pour faire quoi, se regarder en chien de faïence ? lancé-je, mauvaise.

Il tourne sa tête vers moi, et dans son regard j’arrive à discerner un semblant de peine, puis sans un mot Sébastien se concentre sur la route. Je souffle, exaspérée.

— Qu’on en termine au plus vite, dis-je à mi-voix, m’arrêtant de rechigner.

Je m’assoupis, espérant que le trajet se termine rapidement. Je suis réveillée par mon conjoint.

— Lana, Lana…, oh ! Lanaëlle, réveille-toi, on a un pépin !

Encore à moitié dans le vague, je regarde autour de moi et constate que nous sommes en plein milieu de nulle part. Je le questionne, espérant qu’il ait une réponse à m’apporter.

— On est où ?

— Je ne sais pas, mais la voiture a un problème, elle s’est arrêtée net.

— Quoi ? Je crie mon désespoir de me retrouver seule avec lui.

— La voiture ne roule plus, répète-t-il.

— J’ai compris, je ne suis pas idiote, mais pourquoi ? Tu as appelé le dépanneur, je suppose.

Il me fait signe en me montrant le téléphone que cela va être compliqué sans réseau. Intérieurement, je pense que la malchance continue de me suivre, d’abord le réseau, maintenant la voiture. J’essaie de respirer, de calmer mes nerfs pour lui demander le plus aimablement possible :

— OK, et on fait quoi maintenant ? Une idée, Monsieur le génie ?

— Ne soit pas comme ça, Lana. Tu sais pertinemment que ce n’est pas ma faute, me répond-il d’un air blasé.

— Oh si c’est ta faute ! C’est toi qui as insisté pour venir fêter ce foutu Noël comme si tout allait bien ! Tu fais chier ! M’agacé-je. Vraiment, Seb. Ça aurait été tellement plus simple de leur avouer que c’est terminé ! De leur dire que nous allons nous séparer…

Il me regarde tel un animal blessé, ce que je viens de lui dire équivaut à lui envoyer un uppercut en plein cœur. Si pour moi la situation a une fin certaine, lui a priori y croit encore. Attristé, il me dit :

— C’est déjà terminé alors ? Aucune chance de continuer, d’améliorer les choses. Pourtant lorsqu’on en a discuté, tu voulais une dernière chance, je ne comprends pas…

Je le coupe puis reprends, lassée de répéter les mêmes choses continuellement.

— C’est comme ça Seb, tu sais que notre couple s’est éteint il y a bien longtemps, on fait durer pour rien. On se fait plus de mal à attendre. Si tu es incapable de te décider, je le fais pour nous, c’est fini !

Il me sonde un instant. Il veut voir si je faiblis dans ma détermination. Malheureusement, je crois que ma décision a été prise il y a longtemps déjà. Il se met dos à moi, expire, inspire un grand coup.

Changeant de sujet, il dit :

–Va falloir qu’on trouve un endroit où dormir. Il se fait tard et la nuit va tomber d’ici peu. Si on reste ici, on va se geler !

Tout en disant cela, il se frotte les bras. Vêtu d’un simple haut à manches longues qui laisse entrapercevoir ce corps joliment fait que j’ai tant aimé caresser avant, je comprends qu’il ait froid. Emmitouflée dans un gros pull de laine, je suis déjà glacée alors, avec juste un bout de tissu, je n’imagine pas.

Je lui demande :

–Où va-t-on trouver un endroit pour dormir ? J’ai l’impression qu’il n’y a personne à des kilomètres.

— Le GPS m’a lâché il y a un petit moment, j’ai roulé au feeling, dit-il simplement. Ne t’inquiète pas, je suis persuadé que l’on va trouver un refuge ou une auberge.

Il se dirige vers le coffre, ouvre la valise. Il se vêt d’un sweat et de son manteau. Il me lance mes gants, mon bonnet et mon écharpe. Il prend le sac à dos qu’il laisse tout le temps trainer dans le coffre de la voiture puis y glisse un nécessaire d’hygiène, un change de vêtements chacun, la bouteille de champagne et les chocolats que l’on avait décidé d’offrir. Il claque le coffre, verrouille la voiture. Nous voilà partis dans l’abondante neige.

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