Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 13 sur 34

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Méli-mélo de romances

Camille

 

En me regardant dans le miroir, je me demande bien pourquoi j’ai eu cette idée. Que s’est-il passé dans ma tête pour que je choisisse ce truc ? La décision de tourner la page sans doute…

Je dois me faire une raison. Christelle est décédée depuis presque neuf mois maintenant, Lyly ne l’aura pas connue et ne pourra pas être affectée comme moi de son manque sauf si je finis mes jours tout seul en rêvant à un fantôme.

Une femme dans ma vie ne serait pas de refus. J’en ai marre de partager mes draps avec un courant d’air ou les baves de ma fille.

Il y a Maya, elle me plaît, c’est incontestable, mais elle semble refuser de s’engager surtout depuis que son ex-mari est revenu parmi nous. Il faut bien avouer que nous sommes complètement différents. Quand lui doit peser quatre-vingts kilos tout mouillé, moi j’en fais presque trente de plus. Forcément, la carrure n’est pas la même et il me fait penser à une brindille, tout en longueur, sec et chauve, que je pourrais écraser lors d’un bon plaquage. Je préfère de loin mes cheveux indomptables et mon corps de rugbyman. Quant à ses yeux, je regarde les mêmes tous les jours, c’est dingue la ressemblance flagrante avec Laël. Ce type est mon parfait opposé, que ce soit physiquement ou intellectuellement, ce qui m’aide à comprendre les réticences de Maya. Je ne dois pas lui plaire et elle n’ose pas me repousser officiellement, peut-être par peur que je mette fin au contrat.

Pourtant, j’y ai cru à un moment donné, mais quand elle m’a annoncé qu’elle sortait à Halloween pour rencontrer des gens, j’ai compris le message. C’était clair qu’elle ne voulait rien envisager avec moi. J’ai donc décidé d’en faire autant, je dois prendre le taureau par les cornes et aller de l’avant. Pourquoi ne pas rencontrer quelqu’un ce soir, même juste pour une nuit. Les coups d’un soir ça n’a jamais été mon truc, mais je dois bien avouer que le besoin de sexe devient tout aussi pesant que d’être veuf. Pour l’occasion, j’ai fait appel à une baby-sitter. Le comble de l’ironie…, une nounou qui fait appel à une autre pour sa propre progéniture. Mais pas le choix, sinon je reste cloitré chez moi et pour trouver de nouveau l’amour, du sexe ou les deux, il me faut bien sortir.

Vingt-et-une heures passées, j’entre dans ce restaurant que j’affectionne pour ses plats simples. Pour l’occasion, le patron, qui est un ami, a vu les choses en grand et le résultat est spectaculaire. Les gens ont joué le jeu et sont tous déguisés. Certains costumes se ressemblent ou sont même identiques. Le mien est unique et quelque part ça me met mal à l’aise. Se faire remarquer, ça n’est pas ma tasse de thé, mais pour une fois, je m’en accommoderai.

Surtout quand mon regard accroche quelque chose de surprenant : une jeune femme habillée en Chaperon rouge, ça doit-être un signe. De dos, je ne peux voir son visage, mais ses courbes semblent sympathiques. Les jambes croisées de celle-ci dévoilent un bas tenu par un porte-jarretelle. La vue est attrayante et je reste quelques secondes à m’en délecter. En m’approchant du bar, je fais un bond au rire strident de ce tas d’os habillé en pirate. La jeune femme se retourne vers moi et je suis abasourdi devant celle qui se tient devant moi.

Quelle surprise ! Maya !

La soirée prend une tournure à laquelle je ne m’attendais pas et je dois bien avouer que son costume de Chaperon rouge sexy me donne envie d’aller plus loin que de simples discussions. Mais Maya sera-t-elle disposée à voir autre chose que la nounou de son fils.

— Je peux vous offrir un verre ?

— Volontiers. Mais peut-être pourriez-vous enlever ce masque. Je pense que pour trinquer à cette soirée de l’horreur ce sera plus simple, me dit-elle d’une voix sensuelle que je ne lui connais pas.

— Pas faux, dis-je en commandant un Mojito tout en enlevant mon masque. Et vous, que voulez-vous boire ?

Sa tête est figée sur sa bouche légèrement entrouverte. Elle est magnifique et des idées plus folles les unes que les autres se bousculent dans ma tête et sous ma ceinture. Cela faisait un très long moment que mon corps n’avait pas réagi ainsi. Pour la sortir de sa transe, je réitère ma question :

— Une autre Piña colada ?

Elle hoche la tête encore sous le choc.

— Peut-être attendez-vous quelqu’un, je lui demande pour la faire réagir. Un démon, un ours, un vampire… ?

— Quoi ? … Ah non, je n’attends personne ! Mais qu’est-ce que vous faites là ? me demande-t-elle en reprenant de l’aplomb.

— Et vous ?

— C’est vrai, question idiote. Désolée, c’est que je ne m’attendais pas à vous trouver dans ce genre de soirée.

— Moi non plus, vous me surprenez Maya. Et Joe, je pensais que vous et lui, c’était reparti… Mince ! pardon, ça ne me regarde pas, je ne voulais pas être indiscret…

Putain, cette femme me fait perdre la boule. Et voilà que je bafouille. Franchement, ça ne colle pas avec mon image de gros dur, elle va me prendre pour quoi, un curieux, ou pire, un psychopathe ?

Pourtant elle me répond naturellement avec son sourire éblouissant :

—Non, je ne me suis pas remise avec lui et je vous rassure, ça ne risque pas d’arriver. Avec ce qu’il m’a fait, c’est hors de question.

Ses mots lui pèsent, elle détourne les yeux pour se concentrer sur la paille fantasmagorique et boire quelque gorgée de son cocktail. Un instant, ni l’un ni l’autre ne parle, chacun plongé dans ses propres réflexions. Les miennes sont pour elle, sur sa tenue, sur le fait que je la déshabillerais bien et surtout sur le fait que je ne peux plus nier mon envie de lui faire l’amour. Sa main effleurant mon bras, elle me sort de ma rêverie.

— Ça vous dit de venir danser avec moi ?

— Volontiers, lui réponds-je en la dévorant des yeux.

Son costume lui sied à merveille. Une cape rouge arrivant à la même hauteur que sa jupe, juste au-dessus des genoux. Un corset noir rehausse sa poitrine et le haut blanc légèrement décolleté laisse entrevoir ses atouts. Son maquillage est parfait avec un rouge à lèvres profond faisant ressortir l’épaisseur de celles-ci. Ses cheveux lâchés et bouclés donnent envie qu’on y enfonce les doigts et qu’on les tire légèrement en embrassant ce cou…

— On y va ?

Je ne dis rien et lui saisit la main. Son regard m’indique que ce que je ressens est réciproque, il ne peut en être autrement. Au son des dernières musiques de cette année, nous dansons sans nous rendre compte de l’heure qui passe. Lorsque nous regagnons le bar pour demander une table, l’homme nous indique un coin au fond de la salle. Parfait, nous serons tranquilles. Nous pourrons discuter et faire plus ample connaissance. L’alcool aidant, Maya se détend et rit à gorge déployée, parfois sans aucune retenue et j’adore la voir ainsi naturelle, belle et resplendissante.

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