Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 4 sur 34

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Méli-mélo de romances

Chapitre 2

 

Sur le ring, j’arrive à oublier. La seule chose qui me tienne à part elle, c’est la boxe. Depuis que je suis gamin, l’adrénaline que me procure le combat me fait être un autre. Malheureusement, à cette heure de la nuit, je suis seul. Personne en face, personne pour recevoir ma rage. Seul ce sac encaisse, poing après poing, coup de pied après coup de pied. J’enchaîne sans un arrêt, j’enchaîne toutes les combinaisons possibles. En face de moi, je m’imagine cette ordure qui a volé ma vie en l’emportant avec elle. Je redouble mes coups, encore. La sueur ruisselle sur ce corps fait d’une vie abimée. Elle me coule dans les yeux, l’acidité de celle-ci me brûle les rétines. Toujours, je ne lâche pas, je frappe. Les paupières fermées, je me l’imagine encore plus. Je la revois nichée contre moi. Je la sens, mon nez dans ses cheveux. Sous mes doigts, le velouté de sa peau chatouille la pulpe de celles-ci. Dans mes gants, je ressens tout, la pression, la sensation, l’émotion de nos caresses. Je tape toujours plus fort jusqu’à en avoir mal. Mais rien ne vaut la souffrance de son départ, rien. Étouffé par les sanglots qui m’étranglent, je n’ai plus la force. Cette force me quitte, s’amenuise de jour en jour depuis son envol. J’ai beau vouloir m’accrocher, j’ai beau vouloir espérer, je sais que je ne la verrai jamais plus. Je m’écroule, je ne peux plus. Son souvenir est encore plus douloureux, car jamais il ne me quitte. En permanence, il me rappelle, me broie le cœur. Comme si la vie me faisait payer le fait que je sois toujours là, sur cette putain de terre. Je ne peux continuer ainsi. Mais l’indécision m’étreint, m’angoisse. J’ai toujours su ce que je voulais, je suis toujours allé le chercher. Il en est autrement la concernant. Parce que je n’ai rien pu faire, parce que l’impuissance m’a écrasé, je subis chaque seconde qui s’écoule comme une véritable torture. La tête entre les genoux, les mains sur la nuque, je hurle ma haine, ma rancœur et par-dessus tout, ce désespoir qui me tue à petit feu.

Perdu dans les ténèbres de mon désarroi, je n’entends pas mon pote venir vers moi.

— Salut mec ! Merde qu’est-ce qui t’arrive ? s’inquiète Rafael. C’est encore à cause d’elle ou tu as replongé ?

Il sait que je ne veux pas prononcer son prénom, que seul, le « elle » est tolérée. Entendre son prénom équivaudrait à me briser le cœur encore et encore, sans arrêt, enfonçant le poignard toujours plus loin sans qu’il n’y ait de fin. Quant à replonger, par moment, je le souhaite mais cela me ferait souffrir davantage, me rappelant encore plus son souvenir.

Ne me voyant pas réagir, il s’approche. Rafael m’assène d’une tape amicale sur l’épaule et s’assoit à mes côtés. Raf me connait, je ne suis pas un grand parleur surtout dans ce genre de situation. Me voir chialer fait partie des choses improbables et pourtant, il est là. Même ce fameux jour où elle est partie, je n’ai pas pleuré, je n’en avais pas la force. La douleur de la voir m’abandonner était grandement suffisante.

Je le sens m’observer, mais son respect envers moi lui dicte de ne rien me dire, d’attendre. Il patiente un long moment jusqu’à ce que je me décide à faire face, à retrouver un semblant de dignité. Je me redresse, il en fait autant.

— Un round, ça te dit ?

Je le regarde, les muscles me brûlent à force de m’être entraîné des heures durant, cependant, je ne dis jamais non pour monter sur le ring et affronter un adversaire. De taille qui plus est. Rafael fait partie des meilleures de sa catégorie. Je suis également un très bon boxeur. D’ailleurs, j’ai gagné la finale au Championnat de France, l’année dernière. Mais tout cela, c’était avant que tout parte en vrac à cause de cette saloperie. Depuis je survis, je n’ai plus fait un seul combat classé. Je n’en vois plus l’intérêt, maintenant qu’elle m’a abandonné.

— Allez Léandre, motive-toi mec. Ça va te soulager de t’en prendre une, dit mon ami en souriant.

— OK ! on y va, que je te mette une bonne raclée pour fermer ta grande gueule !

— Oh ! ne sois pas énervé, ça ne va durer que quelques secondes ! En disant cela, Rafael explose de rire, tout heureux de sa répartie.

Il est content, c’est le principal. Cependant, il a réussi à m’arracher un demi-sourire et c’est déjà une belle victoire.

 

Épuisé par cette nuit éprouvante autant moralement que physiquement, je m’écroule dans mon lit. Pour une fois, je m’endors sans penser à elle.

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