Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 9 sur 34

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Méli-mélo de romances

Camille

 

J’aime voir les gens choqués quand je leur annonce mon métier. Cette femme ne déroge pas à la règle. Être assistant maternel en étant un homme, c’est comme être une biche au milieu des lions, ça détonne. Les personnes se questionnent sans arrêt à mon sujet, certains me prennent même pour un pervers, « un homme qui fait nounou, ce n’est pas sain… », bien d’autres réflexions, des injures et j’en passe. Il m’a été difficile de faire ma place dans ce métier, mais je me suis accroché et aujourd’hui, je suis heureux de pouvoir lier mon travail et ma fille.

La jeune femme ne cache pas sa surprise, mais un léger sourire s’affiche et fait briller ses yeux mordorés, ce qui me laisse à penser que cela ne la dérange pas. Pour éviter qu’un blanc s’installe pendant que je l’observe, je lui dis :

— N’ayez crainte, je suis assistant maternel depuis plus de cinq ans, auparavant j’étais sage-femme. J’ai trente-six ans et je suis papa d’une petite Lyly qui dort. Je suis également veuf depuis quelques mois et…

Merde !

À l’évocation de ce mot, l’étranglement dans ma gorge est immédiat. La douleur de sa perte est encore pesante, moi qui pensais avoir réussi à passer ce cap, je me retrouve décontenancé devant cette inconnue. Bien que j’ai appris à vivre avec et que je ne veux pas cacher ce fait, la tristesse ne s’échappe pas, elle est toujours présente, bien trop d’ailleurs. Ma femme était merveilleuse, il n’y a qu’à voir ma Lyly. Je me reprends quand je vois Maya se décomposer. L’assimilation sage-femme, veuf, a certainement du mal à être intégrée. La bouche légèrement entrouverte, elle est figée. J’en profite pour la détailler et repère si j’aurai affaire à une maman casse bonbon. C’est une jolie brunette avec un sourire lumineux, ses lèvres pulpeuses et légèrement rougies par son maquillage sont un appel à l’indécence. Ses paupières fardées d’une teinte sombre font ressortir l’éclat doré de ses iris. Le temps semble s’être arrêté et mon cœur, lui, remit en fonctionnement, quand le petit qu’elle tient dans ses bras se met à geindre.

D’un naturel déconcertant, je reprends l’entretien comme si de rien n’était.

— Et ce petit, comment s’appelle-t-il ?

— Laël. Il a deux mois.

— Bienvenue Laël, dis-je en faisant un signe de la main. Et quelles sont vos attentes ?

— Mes attentes ? Eh bien j’ai pas mal de contraintes comme vous avez pu le voir sur mon annonce. J’ai un repos dans la semaine parce que je travaille le samedi, j’ai des astreintes une semaine par mois, la nuit…

— Bien, quoi d’autre ?

— Vraiment ? Vous êtes prêt à bosser tous les samedis, et peut-être de nuit ? Il ne faut pas me dire oui pour après me dire que ce n’est pas possible, parce que…

— C’est bon, dis-je, il n’y a pas de problème pour moi. Vous travaillez dans le commerce ?

— Oui, je suis manager magasin dans l’hyper Géant de Porto Vecchio. Ce n’est pas évident de gérer vie de famille et travail quand on est seule.

— C’est sûr ! et le papa si ce n’est pas indiscret, il ne vous aide pas ?

— Je… eh bien, nous sommes divorcés… c’est compliqué…

— Je comprends. Mais pour les horaires, je suis disponible, si je vous dis oui, c’est oui.

Elle ouvre la bouche puis la referme à plusieurs reprises. Elle semble chercher des mots qui ne veulent pas sortir. Son fils l’aide en émettant un cri.

— Oui, oui, on va y aller, lui dit-elle tout bas en le berçant.

— Il a faim ? Si vous voulez je peux faire chauffer son biberon ?

— Euh oui, mais je ne veux pas vous déranger…

De mon sourire Colgate, je tends la main, signe qu’elle peut me donner le repas de ce petit. Elle me retourne un sourire gêné et farfouille dans son sac à langer.

— Merci beaucoup.

Sans répondre, je me dirige vers la cuisine. De là où je suis, je peux allègrement la détailler, dommage qu’elle soit assise. Le « ding » du micro-ondes me sort de ma rêverie. Je lui tends le biberon et elle le donne à son bébé.

— Ok et le matin quatre heure jusqu’à seize heures ou neuf heures jusqu’à vingt-et-une heure. Enfin une semaine sur deux ça irait ? me demande-t-elle en se redressant pour plonger ses yeux dans les miens.

Subjugué, dans mes pensées, je hoche la tête.

— Et en taux horaire vous êtes à combien ?

— Quatre euros net de l’heure.

— Parfait. Vous faites des activités, des sorties… ? je sais que mon petit est très jeune, mais honnêtement je compte bien vous garder pour un long moment, si vous acceptez ce contrat.

Me garder pour un moment, je ne dis pas non, elle n’a pas l’air pénible, bosseuse et pour sublimer le tout, charmante. Pourquoi, ne voudrais-je plus d’elle ?

Je lui énonce les sorties possibles et envisageables en fonction de l’âge des enfants que je garde, les activités, les jeux… Son regard s’illumine, elle est sous le charme. Nous terminons l’entretien sur les horaires d’adaptation de la semaine prochaine et nous validons le contrat.

Sur le pas de la porte, nous nous serrons la main. La sienne se perd dans la mienne et me rappelle la toute première fois ou j’ai tenu celle de ma femme, Christelle. Je lâche celle-ci comme si elle me consumait par ce simple contact. Maya recule d’un pas, un voile sur les yeux et me lance :

— À la semaine prochaine, alors !

— À la semaine prochaine, bonne après-midi !

Lorsque le bruit du moteur s’éloigne, je lâche un gros soupir. Christelle est encore trop présente pour que je m’autorise le droit de regarder une femme. Pourtant, Maya me donne l’envie de braver mes propres limites et d’essayer. Cette femme dégage quelque chose d’unique, de son simple regard, elle me fait oublier, le temps de quelques secondes, mes années passées auprès de ma femme.

Pour me changer les idées, je me dirige dans la chambre de mon bébé, celle-ci dort à poings fermés. Je profite de ce moment de répit pour m’asseoir dans le fauteuil face à elle. Je finis par m’endormir en pensant à cette nouvelle femme.

 

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