Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 7 sur 34

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Méli-mélo de romances

Chapitre 2

 

Plusieurs heures que nous marchons dans la poudreuse et dans le noir, lorsque nous tombons sur une petite cabane en bois. Complètement glacée, je suis prête à aller n’importe où, du moment que j’arrive à me réchauffer.

Sébastien frappe à la porte, personne ne répond et aucune lumière n’est allumée. Il décide de pénétrer dans la bâtisse, celle-ci n’étant pas fermée. Un lit de fortune, une cheminée, un peu de bois et quelques conserves trainent et composent ce modeste logis. Je le suis de près et repousse rapidement le battant de la porte pour couper ce froid givrant qui me pénètre jusque dans les os. Au dos de celle-ci, une pancarte est apposée : « Refuge de secours, merci de respecter les lieux ». Au moins, nous n’avons pas fait d’infraction.

Sans perdre une minute, Sébastien s’active et allume un feu. Je n’en reviens pas que des petits endroits tel que celui-ci existent. C’est rassurant de savoir que l’on ne passera pas le reste de la nuit dehors. Les gens précédents ont laissé de quoi tenir plusieurs jours en chauffage et en alimentation. Pendant que mon futur ex-conjoint s’occupe du feu, je décide de préparer le lit. Le matelas ne paie pas de mine et une odeur de renfermé l’enveloppe. Cependant, il reste agréable, d’épaisses couvertures le recouvrent. Moi, qui suis d’habitude maniaque sur la propreté, je me surprends à ne pas m’en occuper. Après tout, j’ai froid, je ne compte pas faire ma difficile. Je déniche un faitout, y déverse le contenu d’une boite de canard cuisiné puis le dépose sur la crémaillère.

 

Le feu crépite, l’endroit se réchauffe. Nos estomacs soulagés d’avoir bien mangé, nous nous retrouvons tous les deux sous les couvertures au pied de la cheminée, sans nous toucher, sans nous parler. Simplement, nos regards s’amusent des flammes dansantes dans le foyer. La fatigue alourdit mes paupières, je m’endors dos à lui. Cet homme qui ne sera bientôt plus qu’une vieille histoire.

J’ai chaud, le contraste avec la température extérieure est abyssal. Mes yeux entrent en contact avec le torse de Sébastien. Je constate que je me suis lovée dans ses bras, comme avant… Prenant conscience que la situation m’étreint le cœur, je m’écarte. Toujours endormi, il se cramponne à moi et me tire vers lui, comme une ancre reste accrochée à son bateau. Cela fait des semaines que nous n’avons pas fait l’amour, des mois, que les mots de tendresse ont laissé place à la haine, à des mots douloureux. Les seules discussions se terminent toujours en dispute et n’aboutissent jamais.

Cette nuit, nichée contre lui, je retrouve ce sentiment de plénitude que j’ai eu jadis. Dans un demi-sommeil, Sébastien marmonne qu’il m’aime, qu’il ne veut pas qu’on se quitte. Je souhaite lui répondre, mais déjà, les bras de Morphée l’ont repris. Je concède à rester où je suis. De nouveau, je m’endors.

Un rayon de soleil nous éveille tous les deux. Blottis l’un contre l’autre, aucun regard n’ose se croiser. Tout en me serrant, mon mari prend les devants et m’avoue :

— Lanaëlle, je ne veux pas que tu me quittes. J’aimerais avoir une dernière chance.

Je bouge, j’essaie de me dégager de son étreinte plus que confortable. J’ai peur de céder, de perdre mes moyens. Par orgueil ou par fierté, je ne peux pas revenir sur ce que je lui ai avoué hier.

Il ne me lâche pas, resserre son emprise sur moi et continue :

— Je sais qu’on a merdé tous les deux ! J’ai conscience qu’on ne vit plus pour nous, mais pour nos jobs. On pourrait changer tout ça ! On en serait capable, tu ne crois pas ? me dit-il avec un trémolo dans la voix.

Il m’aime, c’est indéniable.

Serait-ce moi le problème ou nous ? Peut-être qu’à force de lui en vouloir, je n’arrive plus à essayer d’aller mieux. Ces derniers mois ont été difficiles professionnellement pour lui comme pour moi. Si l’on prenait le temps de vivre plutôt que de survivre, peut-être qu’on pourrait continuer notre histoire. Dix ans, ça ne s’oublie pas comme ça. Si, pour une fois, je me laissais guider par mon cœur et non par ma raison ?

 

Nous discutons de tout et de rien pendant plusieurs heures puis, pour renouer le dialogue, je lui lance une série de questions sur son travail. Nous dérivons sur des desseins passés non aboutis et doucement, envisageons des projets. Au fil des heures qui s’écoulent, nos corps se collent plus encore. Je redécouvre une facette de cet homme que j’ai mis trop longtemps de côté. Au fur et à mesure de nos échanges, je m’aperçois que c’est bien moi le maillon cassé, que c’est moi, l’unique responsable de tout ce fiasco.

Sans le vouloir, j’ai installé une distance entre nous. Pendant qu’il m’évoquait son envie d’avoir des enfants, je pensais carrière. Il me parlait vacances, j’étudiais concurrence. Il me chuchotait des mots tendres, je cogitais sur un contrat. Sans arrêt, mon travail a pris la première place, à tel point que j’en ai oublié l’essentiel, « travailler pour vivre, vivre pour l’amour ». Cette phrase a été ma devise près d’une décennie, mais s’est fortement dégradée avec le temps.

Ses yeux caramel croisent les miens, et comme une décharge électrique, mon cœur se remémore tous ces merveilleux moments passés en sa compagnie. Laissant mon rythme cardiaque accélérer, je sens les frissons me parcourir le corps. L’excitation de mon entrejambe me surprend, cela fait si longtemps que j’en ai oublié les effets. D’un simple regard, Sébastien vient de raviver cette flamme presque consumée. Des cendres, renaît l’amour véritable, celui dont je niais l’évidence.

Doté d’une hypersensibilité, mon homme se laisse aller et une larme discrète roule sur sa joue. Un sourire étire mes lèvres. J’adore son côté simple, j’aime qu’il m’avoue ses sentiments sans honte.

D’une gourmandise sur mes lèvres, je lui rends un baiser passionné. Avec la sensualité de sa bouche, sa langue savante mène la parfaitement danse. Par la chaleur de la pièce, mon corps surchauffe, par la douceur de ses caresses, mon cœur explose. Nous nous déshabillons mutuellement sans jamais arrêter de nous toucher pour ne pas rompre ce moment magique. À genoux, l’un face à l’autre, nous sommes nus. Mon homme me regarde comme s’il me découvrait de nouveau, quant à moi, je me flagelle intérieurement de ne pas profiter de ce spécimen. Sébastien a le corps d’un Dieu, je me retiens pour ne pas lui sauter dessus. Lorsqu’il tend ses bras vers moi, ses muscles se bandent, m’excitant davantage. Ses baisers me font fondre, partant du lobe de mon oreille, il descend lentement, jouant de sa langue pour attiser toutes les cellules de mon corps en flammes. Lorsque de ses doigts, il s’amuse avec mes tétons, je saisis son pénis bien érigé et lui fais faire quelques va-et-vient. Nous basculons sur les couvertures, nous embrassant ardemment puis je me retourne et vais le trouver pour le prendre en bouche, son goût délicat et légèrement sucré me donne envie de le sucer davantage. D’une main experte, il me caresse le clitoris. À plusieurs reprises, je frôle l’orgasme, mais par désir de faire durer l’instant, il s’arrête puis reprend quelques secondes plus tard. Sa langue vient trouver l’humidité de mes lèvres, je ne peux plus continuer, je dois l’avoir en moi. Je le lâche, me positionne face à lui et sans attendre monte sur sa verge, me déhanchant fiévreusement. Jouant avec mes seins, je sens poindre l’orgasme. Au moment de ma jouissance, il explose. Prise dans les vertiges de l’amour, j’en oublie la tristesse de la veille, l’amertume des semaines passées.

 

Entourée de ses bras, un sourire figé, je suis heureuse comme je ne l’ai pas été depuis bien longtemps. La dernière fois que nous avons fait l’amour avec autant de passion, remonte à quelques années. Cet épisode matinal me remet les idées bien en place. Notre couple n’est pas terminé, il a juste subi une mauvaise passe. Maintenant que j’ai décidé que tout irait bien, tout ira bien. Mon job de responsable marketing sera relayé au second plan et si ça ne suffit pas je quitterai ce poste. Je suis bien trop heureuse à l’instant présent pour me laisser submerger de nouveau par cette triste routine qui nous attend en rentrant.

Comme une réponse à mes pensées, Sébastien me dit :

— Finalement, je suis content que la voiture soit tombée en panne. Je suis bien ici et j’ai l’impression de t’avoir retrouvée, m’avoue-t-il.

— Moi aussi, je voudrais que l’instant dure toujours, lui dis-je amoureusement en souriant. Attends, j’ai une idée, on va fêter ça.

Il me regarde sauter du lit, ahuri. Mon corps nu frissonne au contact de l’air. Je me précipite vers le sac à dos et en sors le champagne et les chocolats. Rapidement, je me remets au chaud sous les épaisses couvertures. Nous nous délectons de l’instant, sirotant à même le goulot les fines bulles.

 

Nos téléphones étant à court de batteries, je ne sais combien de temps a passé depuis notre arrivée ici. Nous sommes dans notre bulle et profitons de chaque caresse, de chaque baiser, de chaque mot doux. Nous sommes surpris lorsqu’un garde forestier coupe notre moment de bonheur nous faisant revenir brusquement à la réalité.

Un peu plus de vingt-quatre heures se sont enfuies depuis notre arrivée ici. Noël étant passé, nous avons décidé de ne pas rejoindre la famille et nous sommes partis à l’aventure. Aucun de nous deux ne souhaite rompre ces moments inoubliables.

Pour le retour à la raison, nous patienterons encore un peu.

 

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