Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 8 sur 34

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Méli-mélo de romances

Maya

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Maya

 

Septembre 2019

 

Devant mon écran, je cherche la perle rare. Si je n’ai pas trouvé une nounou d’ici la semaine prochaine, je vais être dans une galère monstre. À force d’écumer toutes les annonces, je n’y crois plus. Aucune ne veut travailler tôt ou tard et encore moins le samedi, ce qui ne m’arrange pas du tout. Comment faire avec mon job de manager magasin ? Et mon ex qui n’a pas trouvé mieux que de se tirer sur le continent et me laisser seule pour gérer Laël.

En entendant mon bébé pleurer depuis quelques minutes, je relève la tête vers l’horloge et constate qu’il est déjà dix heures. Il ne rate jamais un biberon, à croire qu’il a une pendule dans l’estomac. Je lâche mon ordinateur pour m’occuper de mon fils. Allongé dans son berceau, il se calme à l’instant même où ses yeux couleur bleu marine croisent les miens. Encore une chose qui m’interdira d’oublier son père. Joe a les yeux d’un bleu foncé unique, c’est son regard qui m’a interpellée à l’époque. Difficile de faire le deuil d’une relation quand on a la copie du délit qui a brisé son cœur. Dans mes bras, Laël se love quelques minutes puis il semble se rappeler l’objet de son réveil quand il se met à la recherche d’une tétine.

— Hors de question mon mignon, lui précisé-je tout haut, comme s’il pouvait me comprendre. Tu sais que ta maman a une sainte horreur d’exposer ses machins.

Je souris face à ce petit être qui me regarde intensément. Il rompt ce moment magique où seules nos deux âmes comptent par un pleur strident.

— Je sais, je sais, on y va. On va te faire manger.

Dans la cuisine, je m’affaire d’une main pour préparer son breuvage en quelques minutes puis je m’installe dans le rocking-chair de ma véranda.

En ce mois de septembre, les touristes sont beaucoup moins présents et la plage reprend une ambiance plus naturelle. D’ici un mois il n’y aura plus personne et je pourrais tranquillement savourer la vue sur la mer. Ce spectacle qui s’offre à moi est magnifique, je ne pourrais m’en lasser. Le sable blanc, les teintes turquoise de l’eau jouant avec le reflet du soleil… parfois tout cela me semble irréaliste. J’ai eu de la chance de pouvoir profiter de tout ça cet été avec mon petit parce que d’ici une quinzaine de jours, ce sera terminé. Il faudra que je cours chez la nounou puis au boulot pour enchaîner mes quinze heures et je ne verrais plus beaucoup mon bébé. Rien que de l’évoquer, je suis angoissée.

Face à cette étendue d’eau salée, je me replonge dans ces derniers mois qui ont été riches en émotions. L’annonce de cette grossesse surprise, la réaction de Joe, les mois qui ont suivis, faits de solitude, d’interrogations et d’angoisse, la séparation et l’accouchement. Le vivre seule a été difficile moralement et avec les hormones, j’étais au summum de la dépression. Mes derniers jours, je les ai passés à pleurer, à me demander si je saurais m’occuper de cet enfant. Se retrouver face à la douleur, face à l’inconnu lors de l’accouchement a été le pire moment qu’il m’ait été donné de vivre. J’ai insulté l’absent de tout ce qui me venait à la bouche sans aucune retenue, la rage, la haine faisant de moi une autre personne. L’expérience ne sera pas à réitérer, du moins pas maintenant. Puis Laël est arrivé, la douleur s’est arrêtée instantanément, et lorsque sa peau douce a touché la mienne, que mon cœur s’est connecté au sien, j’ai su que j’avais un nouveau but dans la vie, lui, mon fils. Désormais, je ne pense qu’à lui, le faire grandir le mieux possible dans ce monde de fou, sans père en étant mère célibataire.

Ses deux premiers mois de vie ont été un véritable chamboulement, d’abord parce que je me suis retrouvée désarmée face à ce petit être, que je doutais de réussir à assumer. La parentalité ne s’apprend pas dans de foutus bouquins, il a fallu que je me débrouille sans aucune aide. Mais après tout, en faisant mon propre bilan, je ne m’en sors pas trop mal pour l’instant.

Dans mes bras Laël gesticule, me sortant de mon passé encore trop récent. Naturellement, je le positionne debout sur mon épaule pour qu’il expulse l’air. C’est fou comme un si petit homme peut vous faire oublier votre impuissance, vous anesthésier la douleur qui reste lancinante dans votre cage thoracique. Il peut vous donner un amour sans condition, un amour pur, un sentiment auquel je ne croyais plus, ou auquel je ne voulais plus croire. Mon fils est devenu mon nouvel organe de survie. Aujourd’hui, pour lui, je suis devenue plus forte, je suis une femme, une mère célibataire, mais une mère désormais prête à tout pour sa progéniture.

Laissant ce moment de nostalgie, je me redresse et vais jeter un coup d’œil à l’ordinateur. Quand je vois une annonce qui m’interpelle, je regarde attentivement.

« Agréé, sans animaux, fait des activités et accepte les horaires atypiques… »

Génial, c’est celle qu’il me faut. Pas de numéro. Je dépose mon fils dans sa balancelle et je réponds au mail.

« Bonjour, seriez-vous disponible rapidement pour un entretien ? Cordialement Maya. »

Le mail envoyé, je monte changer mon petit. Lorsque je redescends, une réponse m’attend.

« Bonjour, si vous le souhaitez je suis disponible cette après-midi à partir de quatorze heures. Cordialement, Camille »

Je renvoie un message de confirmation, elle me répond avec son adresse. J’ai hâte de la rencontrer.

Arrivée devant une immense villa dans un quartier résidentiel, je suis stupéfaite. Appuyant sur l’interphone, je sursaute à la mélodie qui sort du haut-parleur. Un bruit, le portail s’enclenche, j’entre avec mon bébé dans les bras. La cour est parfaitement entretenue et arborée. Au milieu de ce jardin magnifique, des quantités de jouets sont éparpillés un peu partout. Un rêve éveillé pour un gamin. Lorsque la porte s’ouvre sur un homme, je suis surprise et me demande si je ne suis pas trompée.

Un instant, je l’observe ; beau brun, une carrure digne d’un rugbyman, sa femme a de la chance d’avoir un si bel homme à ses côtés. Tout en m’approchant de lui, je dis :

— Bonjour, je suis Maya, j’ai rendez-vous avec votre femme, Camille.

L’homme me sourit, l’air taquin, je me demande bien pourquoi ?

— C’est bien ici, Camille ? précisé-je devant sa réaction.

— Oui, oui ! Entrez, je vous en prie.

L’homme passe devant pour me guider, je ne manque pas de jeter un coup d’œil et m’imagine un certain nombre de choses. Ce type est sacrement bien bâti et son cul moulé dans ce jean est juste un appel à l’adultère. Il me propose de m’asseoir et me demande si je veux boire quelque chose. Je me rends compte que ma bouche est devenue pâteuse, certainement l’excès de salive des secondes précédentes.

— Un verre d’eau merci.

Une fois servie, l’homme s’assoit face à moi. Étonnée, je ne comprends pas.

Et sa femme, où est-elle ? Ça n’est pas lui qui fait les entretiens tout de même, ça serait bizarre ?

Le type me coupe dans mes tergiversations quand il me dit :

—Désolé, je ne me suis pas présenté. Je suis Camille, c’est moi l’assistant maternel.

 

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