Méli-mélo de romances
Chapitre 3
Elle court vers moi, dans mes bras. Elle me saute dessus comme avant. Comme avant, elle m’embrasse d’abord timidement puis rapidement s’enflamme. Ça a toujours été comme ça avec elle. Tout feu, tout flamme. J’ai du mal à croire qu’elle soit de nouveau dans mon cœur, la douleur s’est dissipée d’un seul regard. De nouveau, il bat pour elle, pour son âme, son cœur et son corps. Tout est beau en elle. Cette femme est l’incarnation de la perfection. Je l’aime pour tout ce qu’elle est, ce qu’elle aurait pu être. Maintenant que nous nous sommes retrouvés, je ne veux plus la quitter.
Sous les draps se joue une partie de tendres caresses. Bien trop longtemps resté sans, je suis avide de sensations fortes. L’appel au sexe, bien que puissant, n’est rien en comparaison de ses mots, de son toucher, de sa présence. Lorsque ses yeux mordorés croisent les miens, je fonds. Quand enfin, sa langue s’amuse de mes lèvres, je m’embrase. Son corps sur le mien, ses hanches dans mes mains, elle s’agite de va-et-vient langoureux, sensuels. Sans avoir besoin de plus, nous explosons. Le temps a eu raison de nous, la rapidité n’a rien enlevé au charme de ma belle. D’un doux baiser, elle s’endort en me murmurant ces mots « bientôt, nous serons réunis ». Je m’endors avec elle, entourée de mes bras pour ne plus la laisser partir, satisfait de notre amour.
Je m’éveille étirant mon bras pour la sentir, le drap est froid comme la sensation qui me remplit. Mon cœur se fige, les battements de mon cœur s’arrêtent le temps de comprendre qu’encore une fois, je me suis fait berner par mes propres émotions.
Non, non, non ! Pas encore, pas ça, pas ce foutu rêve qui me fait croire pour me faire retomber plus bas que terre. Pourtant si, c’est bien réel, son retour n’a été que fugace, qu’une vulgaire chimère illuminant ma nuit. Et comme chaque fois que cela se produit, je meurs un peu plus. La tête retombe sur l’oreiller lourdement, je me vide une fois de plus des sensations qui m’assaillent. Je sais ce que je dois faire, je le sais depuis si longtemps, mais je n’en ai jamais eu le courage. Tout doit s’arrêter, je ne peux plus vivre avec son souvenir, je ne veux plus croire qu’elle reviendra, car je sais que c’est impossible. Tout haut, je crie les mots qu’elle m’a susurrés cette nuit :
— Ah ouais ! on se reverra bientôt et quand, hein quand ? Je ne peux plus te rejoindre.
Ma rage reste sourde à ce monde, seul mon corps l’abrite. Mais mon corps la réclame lui aussi. Entièrement. Il n’y a pas que mon cœur ou mon esprit ou ces putains de souvenirs douloureux, il y a mon corps aussi. C’est à cause de lui que je l’ai rencontré, c’est à cause de ce salopard de cancer que nous nous sommes trouvés. Je me souviens de cette première fois ou j’ai croisé ses jolies prunelles. Aucune femme ne m’avait fait cet effet-là. D’un battement de cil, elle a empoigné mon cœur, m’a pris mon âme. Pour elle, j’aurais été prêt à échanger ma vie. Mon cancer a été moins coriace que le siens. Pendant que le mien se faisait bruler par la chimio, le sien s’étalait, la grignotant cellule par cellule. Il ne lui a laissé aucune chance. Les métastases l’ont vite amoindri. Elle est morte rapidement, beaucoup trop rapidement. Nous n’avons eu le temps d’échanger qu’une seule nuit de tendresse, une seule qui restera à jamais marqué dans mon âme et dans mes souvenirs. Je l’ai aimé et malgré tous mes refus à me laisser succomber, je l’aime encore désespérément. Mais la vie n’en a gardé qu’un. Moi.
Désormais, je devrais pouvoir jouir de la vie, de profiter de ce répit qu’elle m’a laissé, mais je n’y parviens pas. Aujourd’hui, je hais la vie, je hais le fait qu’elle m’ait épargné, je hais le fait qu’elle lui ait pris la sienne. Je hais tout, tout simplement. Mais cette foutue chance me retient de me foutre en l’air. Je suis en contradiction permanente. Si elle avait eu cette chance, elle l’aurait saisit volontiers. Pourquoi ne suis-je pas capable de le faire ? Pour moi, pour elle, je dois me décider.
Devant la pierre tombale parfaitement entretenue, je laisse aller ces larmes que je me suis longtemps retenu de donner, celles des adieux, celles des au revoir éternels. À genoux, le cœur meurtri, je relis ces épigraphes, je relis son prénom. Ce prénom que je me suis encré pour être certain de ne jamais l’oublier. Pour une nuit, elle a inscrit à l’infini ce douloureux sentiment qu’est l’amour. Eternellement, elle restera l’amour de ma vie.
Comme un appel à la séparation, un soleil radieux illumine la stèle de marbre blanc. Je redresse la tête vers le ciel magnifique et d’un dernier baiser posé du bout des doigts sur la pierre fraîche, je quitte celle qui a pris mon cœur des années auparavant, celle qui, un soir, a fait de moi son amant éternel.
Adieu, ma belle Éléonore.
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