Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 29 sur 34

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Méli-mélo de romances

Honorine

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Honorine

 

En plein déménagement, je n’ai pas une minute à moi. La soirée prévue avec Kenaël me fera le plus grand bien.

Il était temps que l’on quitte cet appartement pour lui, pour nous. Pour laisser définitivement notre passé derrière nous.

Kenaël au bureau, j’en profite pour faire le tri dans ses papiers quand je tombe sur sa première lettre. Je m’assois, le cœur tambourinant dans ma poitrine. Je la relis, bien que je la connaisse sur le bout des doigts.

 

Honorine,

 

Je voulais que tu saches que depuis que tu m’as quitté, je meurs à petit feu. J’ai tenté de mettre fin à mes jours, mais ma tentative a échoué. Je me dis que ton amant ne veut pas que je m’en aille, qu’il y a éventuellement une raison à cela. Dans un dernier espoir, je t’écris. Ma vie me paraît fade, insipide. Je passe mes journées déprimé, prostré dans mon canapé. J’apprécie le moment où je m’endors, car là, je te vois. Toi, tes jolies taches de rousseur, tes longs cheveux roux, ta bouche… Par moment, je crois même entendre une de tes blagues, je deviens fou ! Je n’ai plus goût à la vie. Je sais que tu as retrouvé tes pénates, que certainement tu te sens mieux, maintenant que tu es auprès de ta famille. Moi, je n’ai rien ni personne alors je me demande maintenant, si la vie vaut la peine d’être vécue. Cette lettre pour te dire à quel point ces jours passés en ta compagnie ont été les meilleurs de toute ma chienne de vie. Hé ! tu ne sais pas la dernière, j’ai un frère, enfin un demi-frère. Ma merveilleuse marâtre a copulé ailleurs, laissant un orphelin de plus. Il m’a retrouvé, mais, je ne sais plus quoi en pensée ? Et toi, Honorine, qu’en penses-tu ? Je ne saurais jamais de toute façon et puis on s’en fout. Je vais te laisser, et si tu as ce courrier, ces derniers mots que je t’ai dit, je suis désolé.

Je t’aime de tout mon cœur, ma sorcière.

Ton retraitant.

 

Ses mots ont été ma bénédiction de l’époque, la solution à mon choix désespéré. S’il ne m’avait pas écrit à ce moment-là, que serais-je devenue ? Je n’ose y penser. Tout me rappelle notre rencontre, cette première fois où je l’ai vu, cette première fois ou j’ai croisé ses yeux uniques, à l’effet immédiat qu’il eut sur moi. Machinalement, je referme cette lettre et la colle contre moi, pour ne pas oublier d’où nous venons, pour ne pas oublier qui nous sommes.

Aujourd’hui, il en est tout autre chose. Je m’épanouis dans mon travail d’institutrice. Le concours a été difficile, mais je n’ai jamais eu peur ni du travail ni des défis. Je suis fière d’avoir réussi haut la main. Je le suis moins de mon rôle de mère. Ce rôle, je l’apprends davantage chaque seconde, parce que j’ai peur de ne pas être à la hauteur, parce que personne ne m’en a donné l’exemple. Mais derrière cette solitude d’orpheline, l’amour pour ma fille est décuplé. Depuis que Marie a vu le jour, il y a quatre ans, notre vie a été emplie d’un bonheur infini.

Dans les yeux de Marie, nous avons survécu à notre passé, à présent nous vivons notre futur.

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