Méli-mélo de romances
Chapitre 1
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Je la prends contre la porte. Offerte à moi, elle a été d’une facilité déconcertante à séduire. Cette femme, les cuisses ouvertes, ne m’appelle pas, ne crie pas, elle jouit juste, ne cherche que son propre plaisir. Je ne suis qu’un homme d’un soir, un homme de plus dans sa multiple quête de l’amour. Je ne la connais pas, et pourtant à son comportement je sais qu’elle est comme ça, qu’elle est de ces filles qui ne se prennent pas la tête. Elle est de ces femmes que j’appelle des offertes. C’est une fille à se pavaner sous les couilles de n’importe qui, pourvu qu’il lui mette un coup. Elles sont toutes pareilles, mais derrière leurs artifices à la décadence du sexe, elles cherchent. Elles cherchent l’amour, le vrai, le pur, celui qui n’existe que dans des bouquins à l’eau de rose, celui qui vous fait chialer, celui pour lequel vous feriez n’importe quoi. Déprimant, et pourtant… tellement vrai.
Je suis là, tout contre elle, en elle. J’essaie de m’évader, de ne penser qu’à cette femme plutôt pas mal. J’essaie de torturer sa poitrine pour éviter de torturer mon esprit, mais je n’y arrive pas ce soir. M’abandonner pour oublier, c’est ce que je fais habituellement. Pourtant, il m’est impossible de m’ôter tout cela du crâne. Mes emmerdes, mon passé, tout me ronge, me poussent à faire ce que je fais avec cette femme. Elle n’a pas l’air de s’en plaindre, perdue dans les abysses de l’orgasme. Moi je n’y suis pas du tout.
Merde ! Ça va finir avec ma fidèle copine à cinq doigts. Hors de question qu’elle croit que je n’ai pas joui.
Elle termine, je fais mine d’en être au même point. Les femmes se plaisent à croire qu’une double jouissance est superbe, incroyable. La simulation pour un homme, ça existe. J’y ai souvent recours depuis elle. Au moins, la blonde sera contentée pour la soirée, pour la nuit même. Quant à moi, je file aux chiottes me terminer et je me casse.
Au moment de franchir la porte, la jeune femme me dit :
— C’était sympa, on remet ça quand tu veux. Comment tu t’appelles ? Tu ne me l’as même pas dit.
— Tu n’as pas besoin de savoir. De toute façon, jamais deux fois la même partenaire. Je ne voudrais pas risquer de créer des liens, lui dis-je en claquant la porte.
Quitte à passer pour un connard, autant l’être jusqu’au bout. Arrivé en bas de son immeuble, je sors le paquet de clopes écrasé qui se terre dans la poche de mon jean. Je m’en saisis d’une, allume et tire dessus comme si ma vie en dépendait. Je ferme les yeux pendant un court instant. Je savoure le calme. J’inspire une grande goulée d’air et recrache le peu de goudron qui ne s’est pas tapi au fond de ma gorge. Cette blonde était mignonnette, mais bon, pas de quoi fouetter un chat.
Pourquoi, je pense à elle tout le temps ? Surtout ces derniers temps. Pourquoi envahit-elle sans arrêt mon esprit ? Pourquoi elle et pas une autre ?
Et merde ! arrête de te fustiger, elle n’existe plus, oublie-la, oublie pour de bon, elle ne t’apportera plus rien de bon. Malgré ma volonté à vouloir la chasser, son souvenir s’acharne, reste bien ancré en moi. Elle reste là, sous-jacente, derrière mes paupières, dans mon cœur, elle s’accroche à mon âme. Inconsciemment, je crois que moi aussi j’en ai envie. Envie de la rejoindre.
Je termine ma cigarette. Le bout rouge vient s’écraser au sol, je le contemple, comparant la chute de celle-ci à la mienne. Je l’éteins dans un mouvement rageux et me mets à courir. Où ? Aucune idée, je vais là où mes jambes me guident. Besoin d’évacuer tout ce stress, toute cette angoisse qui m’emplit. Pendant que je cours comme un dératé, je ne pense plus à l’impensable. J’oublie que ma vie est un tas de merde, que je hais le fait d’être encore de ce monde. Cependant, une chose tourne en boucle, inlassablement, sans jamais me quitter.
Elle.
Je m’arrête, essoufflé après cette course improvisée, je me sens vidé. Enfin, un peu de répit. J’expire, j’aspire bruyamment. Sans le vouloir, j’ai rejoint le jardin des tuileries. Dommage qu’il soit fermé à cette heure-ci. J’aurais aimé me balader entre les dédales d’arbres. Sentir leur odeur. Quoique non ! Après réflexion, ça me ferait penser à elle. Encore et toujours elle. Je vais devoir déménager pour l’oublier. Où que j’aille, tout me la rappelle. Mais où que je me trouve, mon cœur me suis, il faudrait me l’arracher pour qu’enfin ses plaintes se taisent.
Je me laisse aller et m’assois sur un banc. J’ai l’air d’un con tout seul, tant pis. Je me tape de ce que les passants de la nuit peuvent penser de moi. Je ferme les yeux. Je m’envole dans une autre vie. Elle est là. Elle est sur moi. Je suis en elle. Dans mes bras. Dans mon cœur. Dans ma bouche. Encore, j’en veux encore. Elle est comme une dose, un besoin irrépressible, incontrôlable. Je l’imagine de nouveau. De nouveau, je la sens, je la goûte. De nouveau, mon instrument de vie palpite…
Un bruit me fait sortir de ma transe. Mécaniquement, j’essuie les larmes qui se sont glissées discrètement. Sans les importuner, je les efface. Comme son souvenir, comme elle. Je me lève, reprends le peu d’humanité qui me reste et vais faire ce qui me permet de tenir.
En attendant de prendre une décision nous concernant, mon souvenir et moi.
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